Somalie: La sécheresse et la crise alimentaire imminente nécessitent une réponse innovante

Une mère donne de l'eau à son enfant dans un camp de personnes déplacées à Baidoa, en Somalie (Photo, AFP).
Une mère donne de l'eau à son enfant dans un camp de personnes déplacées à Baidoa, en Somalie (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 21 septembre 2022

Somalie: La sécheresse et la crise alimentaire imminente nécessitent une réponse innovante

  • L'envoyé présidentiel pour la lutte contre la sécheresse déclare à Arab News que «la famine pourrait survenir dès le mois d'octobre»
  • Abderrahmane Abdichakour déclare que «l'aide humanitaire est vitale mais ne peut oas être une solution permanente»

NEW YORK: Il y a quelques mois à peine, la Somalie était promise à une nouvelle ère. Après un vote pacifique et un transfert de pouvoir tout aussi pacifique, beaucoup espéraient que les décennies de divisions claniques, de politiques factieuses, de tensions accrues entre Mogadiscio et les régions, et d'une présence extrémiste persistante, étaient de l’histoire ancienne.

Ces dernières années, la Somalie a également enregistré une croissance économique encourageante, renforçant les espoirs de la communauté internationale. Jusqu'à ce qu'une tempête parfaite, mêlant la pandémie de coronavirus, une invasion de criquets et des inondations, ne frappe le pays, réduisant à néant les progrès réalisés.

Un nouveau président, dont l'élection avait couronné une période d'espoir marquée par la rédaction d'une nouvelle constitution provisoire, la mise en place d'un gouvernement fédéral et la formation ultérieure de cinq nouveaux États membres, avait promis de se concentrer sur la réconciliation nationale et sur la poursuite des réformes politiques et financières.

James Swan, le représentant spécial de l'ONU en Somalie, avait déclaré au Conseil de sécurité que la présidence d'Hassan Cheikh Mahmoud offrait une «occasion tant attendue de faire avancer les priorités nationales urgentes».

Pourtant, ce n'est pas en raison de ces progrès que la Somalie sera au cœur de la 77e session de l'Assemblée générale des Nations unies cette année. Une fois de plus, le pays se trouve confronté à un état d'urgence alarmant résultant de crises multiples et simultanées.

Selon l'Organisation météorologique mondiale des Nations unies, la Corne de l'Afrique devrait connaître une cinquième saison des pluies défaillante consécutive d'octobre à décembre. La Somalie est l'un des pays les plus vulnérables au changement climatique et elle est mal équipée pour faire face à cette sécheresse, la pire qu'elle ait connue depuis quarante ans.

Beaucoup d’experts déclarent qu'il n'y a pas de fin en vue. Cinq années de sécheresse ont épuisé les niveaux d'eau du pays, entraînant de mauvaises récoltes, avec une production agricole inférieure de 70% à la moyenne. Plus de 3 millions de têtes de bétail ont péri. Les animaux qui sont restés sont maintenant émaciés.

L'acheminement de l'aide aux personnes dans le besoin reste un énorme défi. Certaines zones sont difficiles à atteindre à cause de l'insuffisance des infrastructures routières. D'autres sont sous le contrôle d'Al-Chabab, un groupe intransigeant et impopulaire ayant des liens avec Al-Qaeda.

Abderrahmane Abdichakour, l'envoyé spécial du président somalien, a appelé à une réponse mondiale immédiate à la crise alimentaire du pays (Photo fournie).

L'insurrection meurtrière d'Al-Chabab contre le gouvernement fédéral a entraîné l'attaque de convois d'aide humanitaire. Dans un cercle vicieux, la pénurie, aggravée par Al-Chabab, résulte à son tour en un plus grand nombre de jeunes Somaliens vulnérables au recrutement.

Puis vint la guerre en Ukraine, dont les répercussions ont été profondément ressenties dans la Corne de l'Afrique. La flambée des prix mondiaux des céréales qui en a résulté a poussé des millions de Somaliens à quitter leur foyer à la recherche de nourriture, transportant des enfants affamés et mal nourris.

Cependant, seuls ceux physiquement capables de partir ont entrepris ce voyage. Quant aux plus vulnérables, les enfants, la nouvelle génération de Somaliens, ils sont en train de périr.

«L'insécurité alimentaire est un problème mondial», a déclaré à Arab News Abderrahmane Abdichakour, envoyé spécial du président somalien pour la lutte contre la sécheresse.

«Le monde entier a été affecté par les perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales en céréales, engrais et carburant, résultant du conflit en Ukraine. Tout comme le reste du monde, la Somalie a également été touchée.

«La différence pour la Somalie est que cette crise vient s'ajouter à de nombreuses autres dont le pays souffre depuis des décennies», a-t-il ajouté.

Selon les rapports de l'ONU, certaines communautés, notamment les populations agro-pastorales des régions de Baidoa et Burhakaba et les personnes déplacées dans la ville de Baidoa, dans la région de Bay, connaîtront la famine à partir d'octobre si l'aide n'est pas immédiatement renforcée.

Abdichakour est à New York pour faire du lobbying et exhorter les donateurs, la communauté internationale et la diaspora somalienne à soutenir la réponse à la sécheresse «avant qu'il ne soit trop tard».

Plusieurs organismes des Nations unies, dont l'Unicef, le Programme alimentaire mondial et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), ont averti à maintes reprises que la situation d'urgence ne semblait pas s'améliorer.

La FAO a déclaré dans un communiqué que «sans action, la famine sévira dans les semaines à venir», ajoutant que des décès liés à la sécheresse avaient déjà été enregistrés et que le bilan pourrait être bien plus lourd dans les zones rurales difficiles à atteindre par rapport au nombre enregistré dans les camps de familles déplacées.

Pendant la famine de 2011, 340 000 enfants somaliens ont eu besoin d'un traitement contre la malnutrition aiguë sévère, a expliqué James Elder, porte-parole de l'Unicef, à Genève, en Suisse. «Aujourd'hui, ce nombre s’élève à 513 000. C'est un cauchemar en suspens que nous n'avons pas vu au cours de ce siècle.»

Selon la FAO, environ 6,7 millions de personnes en Somalie seront probablement confrontés à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë entre octobre et décembre de cette année, dont plus de 300 000 laissés «les mains vides» par la triple urgence du pays et qui devraient succomber à la famine.

Un enfant dort dans une tente de fortune au camp de Muuri à Baidoa, l'un des 500 camps de personnes déplacées (Photo, AFP).

Abdichakour a averti: «Les besoins ont augmenté, et les fonds restent inférieurs à ce qui est nécessaire. La communauté internationale n'a plus de temps à perdre. Si le monde n’intensifie pas son aide, la famine pourrait s'installer dès le mois d'octobre.»

Bien que ces prévisions catastrophiques aient placé la Somalie sous les projecteurs, les prévisions de famine remontent en fait au mois de mars.

«De nombreux gouvernements ont augmenté leur financement au cours de la sécheresse, et nous leur en sommes très reconnaissants. Cependant, le besoin de niveaux de financement adéquats afin de contenir l'urgence initiale n'a pas été atteint, permettant ainsi à la situation de se détériorer pour se transformer en la crise que nous connaissons aujourd'hui», a-t-il ajouté.

Aujourd'hui, Abdichakour lance un appel à une réponse humanitaire plus agressive à la crise afin de sauver autant de vies que possible.

«La gravité même de la situation exige une réaction plus agressive, plus innovante et plus concrète de la part de la communauté internationale», a-t-il affirmé. Il a appelé la communauté internationale à «se rallier à l'esprit de la diplomatie humanitaire» et à augmenter ses contributions «avant qu'il ne soit trop tard».

«Personne ne devrait mourir de faim en 2022. Dans ce monde de richesses, de compétences et de connaissances stupéfiantes, il devrait y avoir suffisamment de soutien pour tous», a ajouté Abdichakour.

Ce n'est ni la première ni même la dixième fois qu'un appel d'urgence est lancé pour la Somalie aux pays donateurs, et Abdichakour a fait remarquer que ce ne serait pas la dernière si la même approche continuait à être adoptée chaque année par le gouvernement somalien ou la communauté internationale.

Il a souligné: «Je ne veux pas frapper aux portes de nouveau dans cinq ans ou jamais. Environ un milliard d’euros sont dépensés chaque année pour l'aide accordée à notre pays et pourtant les besoins ne cessent d'augmenter. L'aide humanitaire est vitale pendant une crise, mais elle ne peut pas être une solution permanente.»

Les Somaliens sont conscients des progrès qu'ils avaient commencé à percevoir, mais ils craignent désormais que le potentiel de leur pays ne soit pas pleinement atteint.

Selon les experts, si ce potentiel avait été utilisé, la Somalie aurait pu contribuer à la sécurité alimentaire et à la production d'énergie durable dans la Corne de l'Afrique et dans le monde.

En tant qu'envoyé du président pour la lutte contre la sécheresse, Abdichakour préconise une nouvelle méthode de travail visant à mettre un terme au cycle de la faim et de la souffrance, qui se concentre sur l'adaptation à long terme au changement climatique et l'atténuation de ses effets.

Outre les fonds urgents nécessaires pour sauver des vies, il a appelé à des investissements axés sur la lutte contre l'insécurité alimentaire, la promotion des moyens de subsistance et la construction d'infrastructures, notamment de routes.

Il a révélé qu'entre 20 et 40% des produits agricoles en Somalie sont perdus dans le transport en raison du mauvais état des routes.

EN BREF

*Une famine est un épisode aigu de manque extrême de nourriture caractérisé par la faim, des décès généralisés, la misère et des niveaux extrêmement critiques de malnutrition aiguë.

«La Somalie a besoin de partenariats qui permettent à ses habitants de prospérer en continuant à vivre selon leur mode de vie traditionnel, tout en ajoutant quelques pratiques d'adaptation au climat et d'atténuation de ses effets», a indiqué Abdichakour.

«La Somalie a des ressources. Nous avons des minéraux, des rivières, du vent et du gaz naturel. Nous avons le plus long littoral d'Afrique. Nous avons une population agropastorale importante qui vit d'amples pâturages et exporte du bétail vers les marchés mondiaux lorsque la sécheresse ne ronge pas nos terres.

«Pour sortir des crises récurrentes, nous avons besoin que la communauté internationale comprenne l'importance de renforcer la résilience de nos populations face aux chocs climatiques, économiques et sécuritaires.

«En plus de sauver des vies de toute urgence, l'engagement international en Somalie doit contribuer aux moyens de subsistance, développer des infrastructures modernes et vitales comme les routes et les canaux d'irrigation, et aider les familles à s'adapter à une nouvelle réalité climatique», a-t-il expliqué.

Se tournant vers l'avenir, Abdichakour a insisté: «Nous savons que notre gouvernement a un long chemin à parcourir, mais nous sommes déterminés à mettre fin à cette crise et à arrêter le cycle, notamment en améliorant notre mode de fonctionnement, notre transparence et notre prise de responsabilité.»

«Nous demandons à la communauté internationale, et à tout groupe disposant d'une expertise et de ressources pertinentes, de travailler avec notre gouvernement afin de sauver d'urgence des vies aujourd'hui et de faire des investissements durables dans la Somalie de demain.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Des missiles Patriot redéployés en Crète face aux menaces iraniennes

Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
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  • Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer
  • Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale

ATHENES: Une batterie de missiles Patriot était en cours de transfert lundi de l'île de Karpathos, à l'extrême est de la Grèce, jusqu'en Crète, en raison de menaces iraniennes visant des bases américaines en Europe, a rapporté la presse grecque.

Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer.

Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale.

Toujours selon la presse, ce redéploiement fait suite à des informations selon lesquelles l'Iran envisagerait des attaques contre des cibles militaires américaines en Europe si le président Donald Trump intensifiait le conflit dans le détroit d'Ormuz.

Le ministère de la Défense grec n'a pas communiqué sur le sujet.

Selon un article du Financial Times (FT) publié la semaine dernière, citant des sources au sein du régime iranien, l'Iran ne se contentera plus de limiter sa riposte au Moyen-Orient et envisage de frapper des cibles américaines en Europe en cas de nouvelle escalade militaire américaine.

Selon ces deux sources, les forces iraniennes ont évalué la possibilité de frapper des installations américaines dans les Balkans et autour de la Méditerranée. Sont notamment évoquées la Bulgarie, où la base aérienne de Bezmer a autorisé son usage pour le ravitaillement d'appareils américains, entre juillet et octobre 2026, et Chypre, où une base britannique avait déjà été visée par un drone en mars.

La Grèce compte de plusieurs bases américaines, à Alexandroupoli – dans le nord du pays – et en Crète, à Souda.

Depuis la publication du FT, le ministère de la Défense nationale et l'état-major "étaient en état d'alerte", selon le quotidien de référence I Kathimerini.

Ce journal explique que la décision de déployer une batterie de Patriot en Crète a été fortement influencée par l'évaluation des capacités de l'arsenal iranien qui, selon les informations transmises à Athènes par les alliés, dispose encore d'un nombre suffisant de missiles balistiques d'une portée supérieure à 2 000 kilomètres, susceptibles de cibler des bases et des infrastructures en Europe du Sud-Est.

Les missiles Patriot avaient été transférés sur l'île de Karpathos,  au voisinage de la Turquie, en mars.

En mars dernier, après une attaque de drones menée par le Hezbollah libanais contre la base anglaise d'Akrotiri à Chypre, la Grèce avait envoyé des F-16 et une frégate équipée d'un système de neutralisation de drones dans l'île.

Une autre batterie de Patriot grecque est par ailleurs déployée en Arabie Saoudite depuis septembre 2021, qui est déjà entrée en action à plusieurs reprises contre des missiles et drones iraniens visant le royaume.


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
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  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.