Somalie: La sécheresse et la crise alimentaire imminente nécessitent une réponse innovante

Une mère donne de l'eau à son enfant dans un camp de personnes déplacées à Baidoa, en Somalie (Photo, AFP).
Une mère donne de l'eau à son enfant dans un camp de personnes déplacées à Baidoa, en Somalie (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 21 septembre 2022

Somalie: La sécheresse et la crise alimentaire imminente nécessitent une réponse innovante

  • L'envoyé présidentiel pour la lutte contre la sécheresse déclare à Arab News que «la famine pourrait survenir dès le mois d'octobre»
  • Abderrahmane Abdichakour déclare que «l'aide humanitaire est vitale mais ne peut oas être une solution permanente»

NEW YORK: Il y a quelques mois à peine, la Somalie était promise à une nouvelle ère. Après un vote pacifique et un transfert de pouvoir tout aussi pacifique, beaucoup espéraient que les décennies de divisions claniques, de politiques factieuses, de tensions accrues entre Mogadiscio et les régions, et d'une présence extrémiste persistante, étaient de l’histoire ancienne.

Ces dernières années, la Somalie a également enregistré une croissance économique encourageante, renforçant les espoirs de la communauté internationale. Jusqu'à ce qu'une tempête parfaite, mêlant la pandémie de coronavirus, une invasion de criquets et des inondations, ne frappe le pays, réduisant à néant les progrès réalisés.

Un nouveau président, dont l'élection avait couronné une période d'espoir marquée par la rédaction d'une nouvelle constitution provisoire, la mise en place d'un gouvernement fédéral et la formation ultérieure de cinq nouveaux États membres, avait promis de se concentrer sur la réconciliation nationale et sur la poursuite des réformes politiques et financières.

James Swan, le représentant spécial de l'ONU en Somalie, avait déclaré au Conseil de sécurité que la présidence d'Hassan Cheikh Mahmoud offrait une «occasion tant attendue de faire avancer les priorités nationales urgentes».

Pourtant, ce n'est pas en raison de ces progrès que la Somalie sera au cœur de la 77e session de l'Assemblée générale des Nations unies cette année. Une fois de plus, le pays se trouve confronté à un état d'urgence alarmant résultant de crises multiples et simultanées.

Selon l'Organisation météorologique mondiale des Nations unies, la Corne de l'Afrique devrait connaître une cinquième saison des pluies défaillante consécutive d'octobre à décembre. La Somalie est l'un des pays les plus vulnérables au changement climatique et elle est mal équipée pour faire face à cette sécheresse, la pire qu'elle ait connue depuis quarante ans.

Beaucoup d’experts déclarent qu'il n'y a pas de fin en vue. Cinq années de sécheresse ont épuisé les niveaux d'eau du pays, entraînant de mauvaises récoltes, avec une production agricole inférieure de 70% à la moyenne. Plus de 3 millions de têtes de bétail ont péri. Les animaux qui sont restés sont maintenant émaciés.

L'acheminement de l'aide aux personnes dans le besoin reste un énorme défi. Certaines zones sont difficiles à atteindre à cause de l'insuffisance des infrastructures routières. D'autres sont sous le contrôle d'Al-Chabab, un groupe intransigeant et impopulaire ayant des liens avec Al-Qaeda.

Abderrahmane Abdichakour, l'envoyé spécial du président somalien, a appelé à une réponse mondiale immédiate à la crise alimentaire du pays (Photo fournie).

L'insurrection meurtrière d'Al-Chabab contre le gouvernement fédéral a entraîné l'attaque de convois d'aide humanitaire. Dans un cercle vicieux, la pénurie, aggravée par Al-Chabab, résulte à son tour en un plus grand nombre de jeunes Somaliens vulnérables au recrutement.

Puis vint la guerre en Ukraine, dont les répercussions ont été profondément ressenties dans la Corne de l'Afrique. La flambée des prix mondiaux des céréales qui en a résulté a poussé des millions de Somaliens à quitter leur foyer à la recherche de nourriture, transportant des enfants affamés et mal nourris.

Cependant, seuls ceux physiquement capables de partir ont entrepris ce voyage. Quant aux plus vulnérables, les enfants, la nouvelle génération de Somaliens, ils sont en train de périr.

«L'insécurité alimentaire est un problème mondial», a déclaré à Arab News Abderrahmane Abdichakour, envoyé spécial du président somalien pour la lutte contre la sécheresse.

«Le monde entier a été affecté par les perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales en céréales, engrais et carburant, résultant du conflit en Ukraine. Tout comme le reste du monde, la Somalie a également été touchée.

«La différence pour la Somalie est que cette crise vient s'ajouter à de nombreuses autres dont le pays souffre depuis des décennies», a-t-il ajouté.

Selon les rapports de l'ONU, certaines communautés, notamment les populations agro-pastorales des régions de Baidoa et Burhakaba et les personnes déplacées dans la ville de Baidoa, dans la région de Bay, connaîtront la famine à partir d'octobre si l'aide n'est pas immédiatement renforcée.

Abdichakour est à New York pour faire du lobbying et exhorter les donateurs, la communauté internationale et la diaspora somalienne à soutenir la réponse à la sécheresse «avant qu'il ne soit trop tard».

Plusieurs organismes des Nations unies, dont l'Unicef, le Programme alimentaire mondial et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), ont averti à maintes reprises que la situation d'urgence ne semblait pas s'améliorer.

La FAO a déclaré dans un communiqué que «sans action, la famine sévira dans les semaines à venir», ajoutant que des décès liés à la sécheresse avaient déjà été enregistrés et que le bilan pourrait être bien plus lourd dans les zones rurales difficiles à atteindre par rapport au nombre enregistré dans les camps de familles déplacées.

Pendant la famine de 2011, 340 000 enfants somaliens ont eu besoin d'un traitement contre la malnutrition aiguë sévère, a expliqué James Elder, porte-parole de l'Unicef, à Genève, en Suisse. «Aujourd'hui, ce nombre s’élève à 513 000. C'est un cauchemar en suspens que nous n'avons pas vu au cours de ce siècle.»

Selon la FAO, environ 6,7 millions de personnes en Somalie seront probablement confrontés à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë entre octobre et décembre de cette année, dont plus de 300 000 laissés «les mains vides» par la triple urgence du pays et qui devraient succomber à la famine.

Un enfant dort dans une tente de fortune au camp de Muuri à Baidoa, l'un des 500 camps de personnes déplacées (Photo, AFP).

Abdichakour a averti: «Les besoins ont augmenté, et les fonds restent inférieurs à ce qui est nécessaire. La communauté internationale n'a plus de temps à perdre. Si le monde n’intensifie pas son aide, la famine pourrait s'installer dès le mois d'octobre.»

Bien que ces prévisions catastrophiques aient placé la Somalie sous les projecteurs, les prévisions de famine remontent en fait au mois de mars.

«De nombreux gouvernements ont augmenté leur financement au cours de la sécheresse, et nous leur en sommes très reconnaissants. Cependant, le besoin de niveaux de financement adéquats afin de contenir l'urgence initiale n'a pas été atteint, permettant ainsi à la situation de se détériorer pour se transformer en la crise que nous connaissons aujourd'hui», a-t-il ajouté.

Aujourd'hui, Abdichakour lance un appel à une réponse humanitaire plus agressive à la crise afin de sauver autant de vies que possible.

«La gravité même de la situation exige une réaction plus agressive, plus innovante et plus concrète de la part de la communauté internationale», a-t-il affirmé. Il a appelé la communauté internationale à «se rallier à l'esprit de la diplomatie humanitaire» et à augmenter ses contributions «avant qu'il ne soit trop tard».

«Personne ne devrait mourir de faim en 2022. Dans ce monde de richesses, de compétences et de connaissances stupéfiantes, il devrait y avoir suffisamment de soutien pour tous», a ajouté Abdichakour.

Ce n'est ni la première ni même la dixième fois qu'un appel d'urgence est lancé pour la Somalie aux pays donateurs, et Abdichakour a fait remarquer que ce ne serait pas la dernière si la même approche continuait à être adoptée chaque année par le gouvernement somalien ou la communauté internationale.

Il a souligné: «Je ne veux pas frapper aux portes de nouveau dans cinq ans ou jamais. Environ un milliard d’euros sont dépensés chaque année pour l'aide accordée à notre pays et pourtant les besoins ne cessent d'augmenter. L'aide humanitaire est vitale pendant une crise, mais elle ne peut pas être une solution permanente.»

Les Somaliens sont conscients des progrès qu'ils avaient commencé à percevoir, mais ils craignent désormais que le potentiel de leur pays ne soit pas pleinement atteint.

Selon les experts, si ce potentiel avait été utilisé, la Somalie aurait pu contribuer à la sécurité alimentaire et à la production d'énergie durable dans la Corne de l'Afrique et dans le monde.

En tant qu'envoyé du président pour la lutte contre la sécheresse, Abdichakour préconise une nouvelle méthode de travail visant à mettre un terme au cycle de la faim et de la souffrance, qui se concentre sur l'adaptation à long terme au changement climatique et l'atténuation de ses effets.

Outre les fonds urgents nécessaires pour sauver des vies, il a appelé à des investissements axés sur la lutte contre l'insécurité alimentaire, la promotion des moyens de subsistance et la construction d'infrastructures, notamment de routes.

Il a révélé qu'entre 20 et 40% des produits agricoles en Somalie sont perdus dans le transport en raison du mauvais état des routes.

EN BREF

*Une famine est un épisode aigu de manque extrême de nourriture caractérisé par la faim, des décès généralisés, la misère et des niveaux extrêmement critiques de malnutrition aiguë.

«La Somalie a besoin de partenariats qui permettent à ses habitants de prospérer en continuant à vivre selon leur mode de vie traditionnel, tout en ajoutant quelques pratiques d'adaptation au climat et d'atténuation de ses effets», a indiqué Abdichakour.

«La Somalie a des ressources. Nous avons des minéraux, des rivières, du vent et du gaz naturel. Nous avons le plus long littoral d'Afrique. Nous avons une population agropastorale importante qui vit d'amples pâturages et exporte du bétail vers les marchés mondiaux lorsque la sécheresse ne ronge pas nos terres.

«Pour sortir des crises récurrentes, nous avons besoin que la communauté internationale comprenne l'importance de renforcer la résilience de nos populations face aux chocs climatiques, économiques et sécuritaires.

«En plus de sauver des vies de toute urgence, l'engagement international en Somalie doit contribuer aux moyens de subsistance, développer des infrastructures modernes et vitales comme les routes et les canaux d'irrigation, et aider les familles à s'adapter à une nouvelle réalité climatique», a-t-il expliqué.

Se tournant vers l'avenir, Abdichakour a insisté: «Nous savons que notre gouvernement a un long chemin à parcourir, mais nous sommes déterminés à mettre fin à cette crise et à arrêter le cycle, notamment en améliorant notre mode de fonctionnement, notre transparence et notre prise de responsabilité.»

«Nous demandons à la communauté internationale, et à tout groupe disposant d'une expertise et de ressources pertinentes, de travailler avec notre gouvernement afin de sauver d'urgence des vies aujourd'hui et de faire des investissements durables dans la Somalie de demain.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le patrimoine mondial en péril face aux conflits et aux urgences écologiques

Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
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  • L’Unesco examinera cette semaine plusieurs inscriptions d’urgence au patrimoine mondial en péril, notamment les châteaux du Mont Amel et Tyr au Liban, ainsi que des sites en Cisjordanie, en Crimée et au Soudan du Sud
  • Face aux conflits et aux menaces environnementales, l’Unesco veut renforcer la protection des sites menacés, dont le lac Baïkal, tout en mobilisant des financements pour leur préservation

PARIS: Forteresses médiévales au Sud-Liban, site archéologique en Crimée, lac Baïkal, parcs naturels au Soudan du Sud... Face à la multiplication des conflits et des menaces environnementales, plusieurs sites devraient rejoindre cette année la liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco.

Réunis à Busan (Corée du Sud), les 196 Etats membres de l'organisation onusienne examineront à partir de lundi une trentaine de nouvelles candidatures souhaitant venir s’ajouter plus de 1.200 sites déjà inscrits à la célèbre liste du patrimoine mondial.

Trois feront l'objet d'un classement en procédure d'urgence, à la fois sur la liste du patrimoine mondial et sur la liste du patrimoine en péril.

Deux sont situés au Moyen-Orient: le site archéologique de Sébastia, la Samarie de la Bible, dans le nord de la Cisjordanie occupée, auquel Israël s'intéresse depuis des années pour son potentiel touristique, et cinq châteaux du Mont Amel, dans le sud du Liban bombardé par Israël depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

L'une des plus connues, datant de l'époque des Croisades et conquise fin mai par l'armée israélienne, la forteresse de Beaufort, lui avait déjà servi de base durant les deux décennies d'occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000.

Israël a quitté l'Unesco en 2017 (comme les Etats-Unis, dont le départ sera effectif fin 2026) mais reste membre du Comité du patrimoine mondial et est signataire de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits armés et de la Convention du patrimoine mondial.

Enfin, le Soudan du Sud intègrera pour la première fois le patrimoine mondial avec un site nécessitant une attention particulière tant en raison du conflit persistant entre forces gouvernementales et milices d'opposition que du réchauffement climatique.

Les savanes de Boma-Badingilo, zone de 37.500 km2 située entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne, abritent la plus grande migration terrestre de mammifères au monde, notamment d'antilopes.

- "Se reconstruire" -

"Nous n'avons peut-être pas les moyens d'envoyer des Casques bleus (...) mais nous pouvons faire passer un message au monde entier : ces sites sont importants, il faut tout faire pour empêcher leur destruction", explique à l'AFP le directeur Centre du patrimoine mondial de l'Unesco Lazare Eloundou Assomo.

"Le patrimoine permet aux communautés qui ont été traumatisées, victimes des conflits, de commencer à revenir, à se reconstruire", ajoute M. Assomo, insistant sur le fait que l'inscription sur la liste en péril n'est pas une sanction : il permet "de mobiliser des financements, des partenaires et l'attention" pour bénéficier d'une protection accrue.

Outre ces procédures d'urgence, d'autres sites devraient s'ajouter à la liste des biens en péril, comme Tyr, ancienne cité phénicienne du sud du Liban touchée ces derniers mois par des bombardements israéliens, ou la cité antique de Chersonèse Taurique et sa chôra, située en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie depuis 2014.

Cette dernière est affectée par des fouilles non autorisées, des constructions de grande ampleur et des déplacements d'artefacts.

En Ukraine, le patrimoine local est ravagé par la guerre lancée par Moscou en 2022. Le dernier site emblématique endommagé a été la cathédrale de la Dormition à Kiev, touché par une frappe aérienne russe en juin.

- Alerte sur le Lac Baïkal -

Selon l'Unesco, le lac Baïkal, plus grande réserve d'eau douce liquide au monde, en Russie, pâtit lui de la pollution, de la pression touristique, d’un projet hydroélectrique en amont (Mongolie) ou encore de l'exploitation forestière à grande échelle.

Après avoir à maintes reprises appelé Moscou à agir pour stopper "la dégradation écologique du lac (...) de toute urgence", l'Unesco juge les mesures prises insuffisantes.

L'an dernier, l'organisation alertait déjà sur la multiplication des menaces climatiques avec près de trois-quarts des sites du patrimoine mondial "confrontés à des risques hydriques graves, pénuries d'eau ou inondations".

De même, sur la cinquantaine de biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, la moitié l'était en raison des conséquences directes des conflits.

Parmi les nouvelles candidatures au Patrimoine mondial, les plages du Débarquement allié du 6 juin 1944, dans le nord-ouest de la France, deux théâtres construits dans l'Amazonie brésilienne et le village tunisien de Sidi Bou Saïd devraient faire leur entrée dans la prestigieuse liste.


Bombardé pour la septième nuit de suite, l'Iran menace de déclencher une "offensive totale"

Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dit avoir riposté contre des bases liées aux forces américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn
  • Les tensions s'aggravent dans le détroit d'Ormuz, alimentant les craintes d'une escalade régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la septième nuit consécutive samedi et Téhéran a une nouvelle fois riposté en frappant des cibles en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn, tout en menaçant de passer à une "offensive totale".

Un mois après la signature, le 17 juin, d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis censé ouvrir une période de pourparlers de paix, l'escalade continue au Moyen-Orient avec des échanges de frappes quotidiens et des incidents maritimes en série.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a dit avoir attaqué dans la nuit en Iran "des sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des dépôts souterrains d'armes et des moyens maritimes", sans mentionner de cibles civiles.

Les autorités de la province d'Hormozgan, dans le sud de l'Iran, ont annoncé que des frappes américaines y avaient fait au moins trois morts et huit blessés, et ciblé deux ponts et un tunnel routiers, selon l'agence officielle Irna.

Toujours selon Irna, les Etats-Unis ont également bombardé les villes d'Ahvaz et Bouchehr (sud-ouest), Bandar Abbas, l'île de Qeshm, Lar, Darab (sud), et Yazd (centre).

- Jordanie et Koweït attaqués -

En riposte, l'armée iranienne, citée par la télévision d'Etat, a affirmé avoir frappé le camp militaire d'Al-Adiri et la base d'Ali Al-Salem au Koweït, la base aérienne d'Al-Azraq en Jordanie, et celle de Sheikh Isa à Bahreïn, accusant l'armée américaine d'attaquer son territoire depuis ces installations.

"Nos défenses aériennes ont intercepté et abattu 10 missiles iraniens visant le territoire du Royaume", et qui n'ont fait ni victime ni dégât, a indiqué un responsable de l'état-major jordanien.

Au Koweït, l'armée a dit faire face à "des attaques de drones hostiles". Les sirènes d'alerte aérienne ont également retenti à Bahreïn, a annoncé le ministère de l'Intérieur de ce pays.

Téhéran va entrer dans "une phase d'offensive totale" si les frappes américaines se poursuivent au-delà de "deux-trois jours", a menacé vendredi Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par la télévision d'Etat.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont prévenu que les frappes "se poursuivront jusqu'au retour du calme sur la côte sud et dans le détroit d'Ormuz", où le trafic maritime est à nouveau pratiquement à l'arrêt.

- L'Iran "stoppe" quatre navires -

Ce détroit stratégique, par lequel transitait avant la guerre au Moyen-Orient un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, est à nouveau verrouillé par l'Iran depuis plus d'une semaine, après la reprise des hostilités avec les Etats-Unis. Ces derniers, en représailles, ont réimposé un blocus des ports iraniens.

Les Gardiens de la Révolution ont annoncé samedi avoir "stoppé" quatre navires qui tentaient de franchir sans leur autorisation le détroit où, toujours selon Téhéran, deux pétroliers ont par ailleurs sauté sur des mines.

"Au cours des dernières heures, quatre navires en infraction, soutenus par l'armée terroriste américaine, ont tenté de traverser le détroit d'Ormuz, et les quatre navires ont été stoppés sur place lors d'une opération combinée de missiles et de drones", ont déclaré les Gardiens, cités par la télévision d'Etat.

"Deux pétroliers, qui tentaient de traverser le champ de mines situé au sud du détroit d'Ormuz, trompés par les services de renseignement américains, ont explosé et pris feu", ont-ils également indiqué, selon Irna, sans préciser la nationalité des navires ni s'il y avait des victimes.

Le Commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient (Centcom) a démenti. "Comme la plupart des revendications du Corps des gardiens de la Révolution islamique, ceci est faux", ont-ils écrit sur X, sans fournir plus d'explications.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques iraniennes contre des navires dans le Golfe. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

"Le détroit d'Ormuz est en train de devenir un piège pour les deux belligérants. La logique de l'escalade leur échappe de plus en plus", a analysé David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, en soulignant le "risque d'une confrontation régionale plus large".


Climat : face à la grogne de l'industrie, l'Europe révise son marché du carbone

Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
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  • L'UE veut assouplir son marché carbone en prolongeant les quotas gratuits pour les industriels jusqu'en 2038
  • La réforme oppose les partisans de la compétitivité industrielle aux défenseurs d'objectifs climatiques plus stricts

BRUXELLES: Une trajectoire climatique moins exigeante pour les entreprises : la Commission européenne a proposé vendredi d'assouplir sa tarification du carbone, pilier de la politique environnementale de l'UE, au cœur d'une bataille féroce entre Etats, industriels et ONG.

Face à la grogne de l'industrie chimique allemande, de pays d'Europe centrale et de l'Italie, Bruxelles a mis sur la table une série de concessions, soumises aux Vingt-Sept et aux eurodéputés pour une négociation qui devrait durer plusieurs mois.

Dans l'ensemble, l'industrie européenne devrait être autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

Et les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Il y a plus de vingt ans, l'Union européenne a mis en place ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), outil pionnier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.

Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement dans l'UE.

Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués.

Ils devaient disparaître en 2034, mais la Commission propose de les prolonger tout comme elle veut réduire moins vite que prévu l'ensemble des quotas disponibles sur le marché.

Pour montrer que ses ambitions climatiques demeurent, l'UE a néanmoins présenté vendredi un objectif "indicatif" d'électrification de son énergie. Elle souhaite que l'électricité représente 46% de sa consommation finale d'énergie en 2040, soit deux fois plus qu'actuellement.

- Scandinavie vs Europe centrale -

Depuis plusieurs années, cette part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%, car elle coûte nettement plus cher que le gaz et parce que l'Europe peine à se priver des fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports.

Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.

Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

La réforme du carbone était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme l'Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.

Entre ces deux camps, la France va être "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Vendredi, la Commission a également poussé  pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Bruxelles avance par ailleurs prudemment sur l'extension de son marché du carbone à de nouveaux secteurs.

L'exécutif propose d'intégrer "graduellement" le secteur des incinérateurs de déchets à ETS. Avec une possibilité de dérogation jusqu'en 2035 pour les Etats, s'ils remplissent des objectifs de recyclage ou disposent déjà d'une taxe nationale équivalente.

Concernant l'aviation, face à la forte pression des compagnies aériennes et aux réticences de certains Etats, dont la France, la Commission a renoncé à directement intégrer les vols internationaux à son marché du carbone.

A la place, elle plaide pour une solution intermédiaire régionale à partir de 2029, avec l'intégration à ETS de vols internationaux dont le point d'atterrissage se situe à 5.000 kilomètres maximum du décollage en Europe. Un vol depuis Francfort vers Dubaï ou Istanbul serait couvert par ETS, mais Francfort-Tokyo ne le serait pas.

Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.

Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.