Au Maroc, le dérèglement climatique, «  cercueil » des derniers nomades

La rareté de l'eau contraint même certains nomades à s'endetter pour nourrir leur bétail, principale source de revenu, comme l'explique Ahmed Assni, 37 ans, croisé près d'une minuscule source d'eau, presque asséchée, sur la route reliant Amellagou à Er-Rich. (AFP).
La rareté de l'eau contraint même certains nomades à s'endetter pour nourrir leur bétail, principale source de revenu, comme l'explique Ahmed Assni, 37 ans, croisé près d'une minuscule source d'eau, presque asséchée, sur la route reliant Amellagou à Er-Rich. (AFP).
Short Url
Publié le Lundi 03 octobre 2022

Au Maroc, le dérèglement climatique, «  cercueil » des derniers nomades

  • Au Maroc, le nomadisme pastoral, un mode de vie millénaire reposant sur la mobilité au gré des saisons et des pâtures du bétail, tend à disparaître
  • Les nomades ne sont plus que 25.000, selon le dernier recensement officiel en 2014 contre près de 70.000 en 2004, soit une chute des deux-tiers en dix ans

AMELLAGOU: "Tout a changé. Je ne me reconnais pas dans le monde d’aujourd’hui. Même la nature se retourne contre nous."

Moha Ouchaâli, l'un des derniers nomades du sud du Maroc, le visage aux traits tirés encadré d'un turban noir, se bat au quotidien pour survivre dans d'âpres conditions climatiques et sociales.

Ce quinquagénaire et sa famille ont été contraints de poser leur bagages dans un no man's land à environ 60 km de la petite ville d'Er-Rich, non loin d'une rivière à sec.

Dans un paysage aride et rocailleux, près du village d'Amellagou, sont dressées deux tentes en laine noire, tapissées de sacs de fourrage colorés et de chutes de tissus.

"L’eau se fait rare. Les températures augmentent, la sécheresse sévit sans qu’on puisse faire grand-chose", lâche le nomade de la tribu amazigh (berbère) des Aït Aïssa Izem.

Au Maroc, le nomadisme pastoral, un mode de vie millénaire reposant sur la mobilité au gré des saisons et des pâtures du bétail, tend à disparaître.

Les nomades ne sont plus que 25.000, selon le dernier recensement officiel en 2014 contre près de 70.000 en 2004, soit une chute des deux-tiers en dix ans.

« Le cercueil des nomades »

"Nous sommes épuisés", souffle Ida, l'épouse de Moha Ouchaâli.

"Avant on arrivait à vivre convenablement mais les sécheresses successives, de plus en plus intenses, nous compliquent la vie car sans eau on ne peut rien faire", s'émeut cette femme de 45 ans.

Cette année, le Maroc subit sa pire sécheresse depuis quatre décennies et la situation devrait empirer progressivement jusqu'en 2050 sous l'effet d'une baisse de la pluviométrie (-11%) et d'une augmentation annuelle des températures (+1,3°C), selon le ministère de l'Agriculture.

"Les nomades ont toujours été considérés comme un thermomètre des changements climatiques. Si eux, qui vivent dans des conditions extrêmes, n'arrivent plus à résister à l'intensité du réchauffement, c'est que l'heure est grave", souligne l'anthropologue Ahmed Skounti.

"Le tarissement des ressources hydriques, visible aujourd'hui même chez les sédentaires, plante le dernier clou dans le cercueil des nomades", assène-t-il.

Le dérèglement climatique perturbe en premier lieu leur parcours de transhumance.

En temps normal, les Aït Aïssa Izem passent l'été dans la vallée montagneuse d'Imilchil car il y fait plus frais et préfèrent les environs plus cléments de la province voisine d'Errachidia l'hiver.

"C’est de l’histoire ancienne, maintenant on va là où il reste un peu d’eau pour sauver le bétail", raconte M. Ouchaâli autour d'un verre de thé.

« Parias »

La rareté de l'eau contraint même certains nomades à s'endetter pour nourrir leur bétail, principale source de revenu, comme l'explique Ahmed Assni, 37 ans, croisé près d'une minuscule source d'eau, presque asséchée, sur la route reliant Amellagou à Er-Rich.

"Je m'endette pour acheter du fourrage pour mon bétail et ne pas mourir de faim."

Mais le phénomène le plus commun face au changement du climat demeure le choix de la sédentarisation.

"J'étais fatigué de me battre. On était devenus des parias de la société. Je n'ose même pas imaginer ce qu'endurent les nomades d'aujourd'hui", raconte Haddou Oudach, 67 ans, qui a abandonné le nomadisme en 2010 pour s'établir à Er-Rich.

Un autre itinérant, Saïd Ouhada, la quarantaine, a déjà mis un pied en ville en y installant sa femme et ses enfants pour leur scolarité.

"Etre nomade, ce n’est plus comme avant. Je continue à l'être par contrainte car mes parents très âgés refusent de vivre en ville", témoigne M. Ouhada, dont le campement est aussi installé près d'Amellagou.

Cette localité "comptait 460 tentes. Actuellement on n'en dénombre qu'une quarantaine", précise Driss Skounti, élu communal représentant des nomades.

« Se battre pour survivre »

Le climat n'est pas l'unique facteur précipitant la détérioration de leurs conditions de vie.

"La raréfaction des pâturages due à la privatisation des terres et de l’investissement agricole, y contribue", avance Moha Haddachi, 54 ans, président de l’association des nomades des Aït Aïssa Izem.

"Ce sont les investisseurs agricoles qui dominent des espaces où les animaux des nomades avaient pour habitude de paître", ajoute le militant associatif.

Les nomades peuvent aussi faire face à "l’hostilité" de certains villageois, rétifs à l'idée de les voir s'installer "chez eux".

"Pourtant, ça n'a pas été toujours le cas, partout où on allait on était les bienvenus", déplore l'ex-nomade Haddou Oudach.

Face à ces difficultés, la vie nomade ne semble plus séduire les jeunes qui rêvent de sédentarité.

C'est le cas de Houda Ouchaâli, 19 ans.

Installée chez un oncle à Er-Rich, la jeune fille, qui cherche à suivre une formation professionnelle après avoir quitté le lycée, avoue "détester" le nomadisme car elle "ne supporte plus de voir (ses) parents souffrir et se battre pour survivre".

"La nouvelle génération veut fermer le chapitre du nomadisme. Les choses les plus simples deviennent trop compliquées ici."


Liban: un Casque bleu français tué dans une embuscade attribuée au Hezbollah

Un contingent français de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) patrouille dans la zone tandis que des habitants déplacés, brandissant des drapeaux du Hezbollah, regagnent leurs foyers par une route de fortune construite à l’emplacement du pont de Qasmieh, détruit par des frappes israéliennes, dans la région d’Al-Qasmiyeh, au sud du Liban, le 18 avril 2026. (AFP)
Un contingent français de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) patrouille dans la zone tandis que des habitants déplacés, brandissant des drapeaux du Hezbollah, regagnent leurs foyers par une route de fortune construite à l’emplacement du pont de Qasmieh, détruit par des frappes israéliennes, dans la région d’Al-Qasmiyeh, au sud du Liban, le 18 avril 2026. (AFP)
Short Url
  • Un soldat français a été tué et trois blessés au sud-Liban lors d’une embuscade contre des Casques bleus, attribuée au Hezbollah, marquant une nouvelle escalade dans le conflit régional
  • La France appelle le Liban à agir contre les responsables, tandis que les tensions persistent malgré les cessez-le-feu et les efforts diplomatiques en cours

PARIS: Deuxième soldat français tué depuis le début de la guerre contre l'Iran fin février, un militaire français a été tué et trois autres soldats français blessés samedi au sud-Liban, lors d'une embuscade contre des Casques bleus attribuée au Hezbollah.

"La Nation s'incline avec respect et adresse son soutien aux familles de nos soldats et à tous nos militaires engagés pour la paix au Liban. Tout laisse à penser que la responsabilité de cette attaque incombe au Hezbollah", a déclaré le président français Emmanuel Macron sur X.

Le sergent-chef Florian Montorio, rattaché au 17e régiment du génie parachutiste de Montauban, dans le sud-ouest de la France, a été tué "par un tir direct à l'arme légère", dans la région de Deir-Kifa, a précisé la ministre française des Armées Catherine Vautrin sur X.

"La France exige des autorités libanaises qu'elles arrêtent immédiatement les coupables et prennent leurs responsabilités aux côtés de la Finul", a ajouté M. Macron.

Le président libanais Joseph Aoun a condamné samedi l'attaque contre les Casques bleus français. Il a promis de poursuivre les responsables.

La Force d'interposition de l'ONU au Liban (Finul) a dénoncé une attaque "délibérée", estimant que les auteurs de l'embuscade étaient vraisemblablement le Hezbollah, groupe militaire islamiste chiite allié de l'Iran, installé au Liban où il exerce une énorme influence et est en guerre contre Israël.

- "Garantir la sécurité" -

M. Macron s'est entretenu samedi avec M. Aoun et le Premier ministre libanais Nawaf Salam, leur demandant de "garantir la sécurité des soldats de la Finul", déployée au Liban depuis 1978, composée de plus de 7.000 militaires, dont plus de 600 Français.

Le sergent-chef Montorio "était en mission d'ouverture d'itinéraire vers un poste de la Finul isolé depuis plusieurs jours par les combats dans la zone, il a été pris dans une embuscade par un groupe armé à très courte distance", a détaillé Mme Vautrin, soulignant que ce "sous-officier expérimenté" avait déjà été "déployé plusieurs fois en opération".

"La Nation s'incline devant la mémoire d'un de ses fils qui a donné sa vie pour elle. Mes pensées vont à sa compagne, à ses enfants, à ses proches et à ses frères d'armes", a ajouté la ministre.

La gravité des blessures des trois autres militaires n'a pas été précisée.

C'est le deuxième militaire français tué par des alliés de Téhéran depuis le début de la guerre amorcée fin février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, qui a embrasé toute la région.

Le 12 mars, l'adjudant-chef Arnaud Frion, 42 ans, a été tué dans une attaque de drone attribuée à une milice pro-iranienne. Il était déployé dans une base dans la région d'Erbil au Kurdistan irakien, où il participait à une mission de formation à la lutte antijihadiste.

Un cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l'Iran est en vigueur depuis le 8 mars, et un intense ballet diplomatique est en cours pour tenter de le consolider.

Une trêve est aussi à l’œuvre au Liban, qu'Israël a attaqué en riposte aux attaques du Hezbollah. Des préparatifs de négociations sont en cours, mais le Hezbollah se dit "non concerné" par ces négociations libanaises avec Israël.


La Turquie espère «réduire les tensions» au Moyen-Orient lors d'un forum

"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP. (AFP)
"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP. (AFP)
Short Url
  • Les représentants de plus de 150 pays sont attendus au Forum d'Antalya, station balnéaire du sud de la Turquie, dont plus de 20 chefs d'Etat et de gouvernement
  • Parmi eux figurent le président syrien Ahmad al-Chareh et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov

ANTALYA: La Turquie organise à partir de vendredi un vaste forum diplomatique qui accueillera notamment le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, au moment où Islamabad intensifie ses efforts pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Les représentants de plus de 150 pays sont attendus au Forum d'Antalya, station balnéaire du sud de la Turquie, dont plus de 20 chefs d'Etat et de gouvernement. Parmi eux figurent le président syrien Ahmad al-Chareh et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Une réunion entre les chefs de la diplomatie de la Turquie, de l'Egypte, du Pakistan et de l'Arabie Saoudite pour "des discussions sur le développement de solutions régionales aux problèmes régionaux, notamment à propos du conflit entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran" est prévue vendredi soir en marge du forum, selon une source du ministère turc des Affaires étrangères.

Le forum annuel d'Antalya intervient alors que le Pakistan multiplie ses efforts de médiation en vue d'une nouvelle série de pourparlers entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre lancée le 28 mars par les Etats-Unis et Israël.

Le chef d'état-major de l'armée pakistanaise a rencontré jeudi à Téhéran des négociateurs de haut niveau et M. Sharif, arrivé jeudi à Antalya, s'est entretenu cette semaine avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et l'émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani dans le cadre d'une tournée régionale.

De premiers pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis au Pakistan se sont soldés par un échec dimanche sans toutefois conduire à une rupture du cessez-le-feu de deux semaines mis en place le 8 avril.

La Turquie veut également contribuer au processus de stabilisation.

"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP.

"On ne peut pas négocier les poings serrés. Il ne faut pas laisser les armes parler à la place des mots. Il faut exploiter pleinement la fenêtre d'opportunité ouverte par le cessez-le-feu", a-t-il ajouté.

Réouverture d'Ormuz 

M. Erdogan prendra la parole lors du forum, qui se tiendra pendant trois jours, et rencontrera M. Sharif en marge de celui-ci.

La guerre et le blocus du détroit d'Ormuz, voie de passage stratégique, devraient être au cœur des discussions. La date et l'heure de cette rencontre n'ont pas encore été communiquées.

La Maison Blanche a déclaré que de nouvelles discussions avec l'Iran se tiendraient "très probablement" à Islamabad, où le vice-président JD Vance a dirigé la délégation américaine lors du premier cycle de négociations.

"Nous continuerons à apporter tout le soutien possible pour faire en sorte que le cessez-le-feu temporaire en cours devienne permanent", a déclaré jeudi une source du ministère turc de la Défense.

"Nous espérons que cette guerre, dont les effets se font de plus en plus sentir non seulement au niveau régional mais aussi mondial, prendra fin au plus vite et que les parties agiront de manière constructive dans le processus de négociation en cours", a déclaré la source.

Critique virulente d'Israël, la Turquie s'est jointe aux efforts diplomatiques du Pakistan et de l'Egypte pour contribuer à l'instauration d'un cessez-le-feu, tant en Iran qu'au Liban.

Le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a par ailleurs demandé lundi une réouverture "dès que possible" du détroit d'Ormuz et le rétablissement de son statut de "zone de libre passage international".

Parallèlement, le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et les Premiers ministres britanniques Keir Starmer et italienne Giorgia Meloni se réunissent vendredi à Paris pour discuter de la mise en place d'une mission de sécurisation de la navigation dans le détroit d'Ormuz. Une trentaine de participants d'autres pays se joindront à eux en visioconférence.

 


Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu de dix jours entre le Liban et Israël

Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. (AFP)
Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. (AFP)
Short Url
  • La trêve a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi)
  • Celle-ci a été annoncée par le président américain Donald Trump.

BEYROUTH: Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump.

La trêve a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi), après un mois et demi de conflit entre Israël et le mouvement libanais pro-iranien Hezbollah. Ce dernier a rejoint début mars la guerre au Moyen-Orient en lançant des roquettes contre le territoire israélien, en solidarité avec l'Iran attaqué par les Etats-Unis et Israël.