Cinquante ans après la création du FN, la difficile dernière marche de Le Pen

Dans cette photo d'archive prise le 06 avril 2007, le président français du parti d'extrême droite Front National (FN) et candidat à la présidentielle, Jean-Marie Le Pen, donne une conférence de presse devant un slogan politique, à Saint-Cloud, près de Paris. MARTIN BUREAU / AFP
Dans cette photo d'archive prise le 06 avril 2007, le président français du parti d'extrême droite Front National (FN) et candidat à la présidentielle, Jean-Marie Le Pen, donne une conférence de presse devant un slogan politique, à Saint-Cloud, près de Paris. MARTIN BUREAU / AFP
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Publié le Mardi 04 octobre 2022

Cinquante ans après la création du FN, la difficile dernière marche de Le Pen

  • Jeudi, c'est sous les dorures du Palais Bourbon que le RN de Marine Le Pen célèbrera son anniversaire
  • Le Front national (FN), parti d'extrême droite fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen et devenu le Rassemblement national (RN) présidé par sa fille Marine, poursuit son ascension depuis sa création il y a 50 ans

PARIS: Du groupuscule marginal au premier parti d'opposition qui a réuni plus de 40% des électeurs à la présidentielle: cinquante ans après la création du Front national, devenu Rassemblement national, le mouvement d'extrême droite a su prospérer en réchappant à toutes les crises et s'estime désormais prêt à gouverner.

Jeudi, c'est sous les dorures du Palais Bourbon que le RN de Marine Le Pen célèbrera son anniversaire le temps d'un modeste "colloque" qui doit être "l'occasion de revenir sur les victoires idéologiques que nous avons enregistrées", selon le président par intérim, Jordan Bardella.

Cinquante ans (et un jour) après la création du Front national par des militants nationalistes du mouvement Ordre nouveau qui s'étaient choisi Jean-Marie Le Pen comme vitrine, l'image des 89 députés RN réunis à l'Assemblée nationale entend illustrer la mue d'un parti convaincu que, "à la prochaine élection, ce sera nous", tel que le répète Marine Le Pen.

"En fait, le vrai début du FN, ça n'est pas en 1972 mais aux Européennes de 1984 lorsqu'il dépasse les 10%", note le politologue spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, un score qui ne cessera de croître à chaque présidentielle, jusqu'à l'accession au second tour de Jean-Marie Le Pen en 2002, imité par sa fille en 2017 et 2022.

Avec un discours basé sur la lutte contre l'immigration et l'insécurité, Le Pen père est parvenu dès les années 80 à asseoir un quasi-monopole sur l'extrême droite française.

Celui qui a toujours joué de son charisme a par ailleurs réchappé à toutes les frondes, d'abord celle menée par son numéro deux Bruno Mégret à la fin des années 90. "Dans cette partie de la droite, il y a une culture plébiscitaire: au fond, le sécessionniste a toujours tort", observe Jean-Yves Camus.

Du FN au RN, 50 années sous le sceau des Le Pen

Le Front national (FN), parti d'extrême droite fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen et devenu le Rassemblement national (RN) présidé par sa fille Marine, poursuit son ascension depuis sa création il y a 50 ans.

Les débuts

Le 5 octobre 1972, le "Front national pour l'unité française", parti issu de divers groupes nationalistes dont Ordre Nouveau, voit le jour. Après un score inférieur à 1% à la présidentielle de 1974, son président Jean-Marie Le Pen met l'accent sur la lutte contre l'immigration.

En 1983, première victoire électorale d'importance: Jean-Pierre Stirbois, secrétaire général du FN, obtient 16,7% au premier tour des municipales à Dreux (Eure-et-Loir) et s'allie à la droite au second.

En 1986, le scrutin proportionnel fait entrer 35 députés FN à l'Assemblée nationale, 135 élus FN aux régionales.

M. Le Pen enregistre 14,37% des voix à la présidentielle de 1988, mais ne conserve qu'une députée.

Le «détail»

En septembre 1987, il qualifie les chambres à gaz nazies de "point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale" et est condamné pour cela en 1991. Ce type de propos, comme d'autres stigmatisant les homosexuels, les immigrés ou les roms, servent selon lui la progression du FN.

De 1992 à 1998, le FN prend des bastions: Toulon (Var), Marignane (Bouches-du-Rhône) ou Orange (Vaucluse). A la présidentielle de 1995, M. Le Pen obtient 15,15% des voix. Le 1er mai, en marge d'un défilé FN, un jeune Marocain est poussé dans la Seine par des skinheads et se noie.

En 1997, Catherine Mégret prend la mairie de Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Exclu du FN en proie à de vives tensions, son époux Bruno fonde le Mouvement national républicain (MNR) en 1999.

Le séisme de 2002

Coup de tonnerre en 2002, M. Le Pen devance Lionel Jospin et se qualifie pour le second tour de la présidentielle face à Jacques Chirac avec 16,86%. Sa fille Marine devient vice-présidente du parti.

Le FN recule aux européennes de 2009 (4,17%).

Marine Le Pen accède le 16 janvier 2011 à la tête du parti.

En 2012, elle arrive troisième à la présidentielle avec 17,9%.

Marion Maréchal, sa nièce, et Gilbert Collard entrent au Palais Bourbon.

Soucieuse de polir l'image du FN, Marine Le Pen accentue les questions sociales.

Après avoir remporté onze mairies en 2014, victoire historique du FN aux élections européennes (25%), loin devant l'UMP et le PS.

Père et fille, rien ne va plus

Quand Jean-Marie Le Pen fustige en 2014 des artistes opposés au FN, Marine Le Pen condamne la "faute politique" de son père.

Aux cantonales de 2015, le FN est en tête dans 43 départements. Mais M. Le Pen répète ses propos sur les chambres à gaz. Le 20 août, à 87 ans, il est exclu du parti. Père et fille finiront toutefois par éviter les éclats publics.

En avril 2017, après un débat qu'elle reconnaîtra "raté", Marine Le Pen perd au second tour de la présidentielle (21%) face à Emmanuel Macron.

Fin juin, elle est mise en examen dans une enquête sur les assistants parlementaires d'eurodéputés de son parti.

Aux législatives, le FN engrange huit députés. En septembre, Florian Philippot reproche au FN de renoncer à la sortie de l'euro et claque la porte.

Le FN devient RN

Réélue en 2018, Marine Le Pen veut symboliser la "mue" du FN en un "parti de gouvernement" et d'alliances: il devient le Rassemblement national (RN).

La justice européenne confirme qu'elle doit rembourser près de 300.000 euros au Parlement européen. Sa mise en examen est requalifiée en "détournement de fonds publics".

En 2019, le RN est en tête des élections européennes (23,31%).
En septembre 2021, Marine Le Pen cède les rênes à Jordan Bardella pour se consacrer à la

campagne présidentielle. Son rival à l'extrême-droite, Eric Zemmour, lui ravit des figures du parti, dont Marion Maréchal.

89 députés

L'Office européen de lutte antifraude (Olaf) préconise en mars 2022 le remboursement d'environ 600.000 euros que Mme Le Pen et ses proches auraient abusivement utilisés.

Le 10 avril 2022, elle échoue (41,5%) face à M. Macron au second tour de la présidentielle. Jamais l'extrême droite ne s'est approchée à ce point du pouvoir sous la Ve République.

Aux législatives, le RN fait une percée historique (89 élus), devenant le premier parti d'opposition.

Le parti se veut "constructif" pour "préparer l'alternance". L'élection du successeur de Mme Le Pen est fixée au 5 novembre, cette dernière se consacrant à l'Assemblée. Jordan Bardella et Louis Aliot sont sur les rangs. Pour la première fois, le président du RN ne sera pas un(e) Le Pen.

«Renverser la table»

Reste que les outrances de Jean-Marie Le Pen avaient fini par faire douter de sa volonté de conquérir le pouvoir.

En lui succédant à la tête du parti en 2011, Marine Le Pen entend ainsi "dédiaboliser" le paria FN pour fissurer un plafond de verre devenu écrasant. "Le mouvement réalise qu'il lui faut gommer certains aspects: l'inégalité des races, le +point de détail+", relève Jean-Yves Camus, en même temps que "le centre de gravité de la vie politique a bougé: l'immigration, l'identité, islamisme sont devenus des thèmes centraux".

"Mais par exemple sur l'immigration, à l'époque de Jean-Marie Le Pen, le slogan était: +Quand nous arriverons, ils partiront+, avec l'idée d'une inversion des flux migratoires", poursuit le chercheur. "Aujourd'hui, on n'en est plus du tout là. C'est: +Arrêter la submersion migratoire+".

Sur l'économie, la nuance a tourné au revirement, d'un libéralisme "reaganien" prôné dans les années 80 à un interventionnisme assumé par Marine Le Pen.

"Le but des électeurs FN ou RN, c'est renverser la table. Et finalement, le détail des propositions n'est pas aussi important que ça: si vous retrouvez quelques lignes fondamentales - identité, immigration, sécurité -, ça suffit", explique Jean-Yves Camus.

Au RN, des propositions toujours radicales et tous azimuts

Tout à sa stratégie de notabilisation à l'Assemblée nationale, le RN tente d'éviter les dérapages du Front national d'antan et diversifier ses thématiques, mais ses propositions centrales contre l'immigration demeurent radicales, et inconstitutionnelles aux yeux de plusieurs juristes.

Après l'arrivée inédite de 89 députés RN au mois de juin, les élus d'extrême droite ont commencé à déposer leurs premières propositions de loi au Palais Bourbon, avec des chances d'aboutir quasi nulles.

Certaines s'inspirent directement des promesses de campagne de Marine Le Pen, comme un texte en faveur du port d'un uniforme par établissement à l'école et au collège ou un autre pour interdire le voile islamique pour les accompagnantes scolaires.

Un uniforme par établissement créerait une "identité et une fierté d'appartenir à une école" et éviterait les "tentatives de porter des vêtements d'inspiration religieuse", revendique le député Roger Chudeau, ancien inspecteur général de l'Education nationale.

Le porte-parole Julien Odoul (Yonne) défend lui une proposition contre l'abandon d'animaux domestiques l'été, un sujet qui fait écho à la passion de Marine Le Pen pour les chats. La solution envisagée ? Un crédit d'impôt plafonné à 600 euros pour financer les frais de garde d'animaux de compagnie, soit "un mois et demi de gardiennage".

La députée de la Marne Anne-Sophie Frigout réclame pour sa part la suppression des zones à faibles émissions mobilité, où seuls les véhicules les moins polluants ont le droit de circuler. L'élue RN juge "injustes" ces "zones à fortes exclusions" pour ceux dont les "déplacements sont contraints".

Son collègue du Gard Pierre Meurin, passionné de vieilles voitures, demande aussi "qu'on arrête d'emmerder les automobilistes", un mot d'ordre récurrent du parti à la flamme, depuis les années Jean-Marie Le Pen.

Hongrie et Pologne

L'ex attachée de presse du RN Caroline Parmentier, désormais députée du Pas-de-Calais, défend pour sa part une proposition de résolution pour faire de la natalité une "grande cause nationale" en 2024.

Elle dit s'inspirer des politiques de "natalité ambitieuses" de Hongrie et de Pologne, ce qui fait hurler la gauche, qui lui reproche de citer des pays où l'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est restreint, voire quasiment interdit (Pologne).

"Je ne fais aucun lien" avec la "question de l'avortement", balaye-t-elle. "Qui peut reprocher à la Hongrie d'avoir doublé ses aides familiales entre 2010 et 2019 ?", souligne l'ancienne journaliste d'opinion, qui affichait ses positions anti-IVG quand elle travaillait pour le journal catholique intégriste Présent.

Le RN n'a pas encore arbitré quels textes il présenterait dans l'hémicycle le 12 janvier. Pour la première fois de son histoire, le parti va en effet défendre ses propositions lors d'une "niche" parlementaire, journée réservée à un groupe minoritaire à l'Assemblée.

Sauf surprise, elles seront rapidement rejetées par les autres groupes, mais le RN espère placer ses thèmes de prédilection à l'agenda politique.

"Il va falloir hiérarchiser", souligne la députée de Gironde Edwige Diaz, qui estime que deux sujets occupent actuellement la rentrée, "la crise énergétique et l'immigration, quand on voit l'échec du taux de réalisation d'OQTF (obligation de quitter le territoire français, en cas notamment de refus de délivrance de titre de séjour)".

Car tout en axant largement sa campagne présidentielle sur le pouvoir d'achat, Marine Le Pen avait placé la lutte contre la "submersion migratoire " en tête de son programme.

Avec comme proposition phare un référendum pour inscrire dans la Constitution la "priorité nationale" dans l'accès au logement social, à l'emploi et "réserver un certain nombre de prestations sociales aux Français".

Selon le constitutionnaliste Dominique Rousseau, de telles propositions conduiraient à une "sortie du cadre constitutionnel" actuel, aussi bien sur le fond par une "remise en cause radicale des grands principes d'égalité", que sur la forme, avec la volonté de Marine Le Pen de modifier la Constitution via son article 11 et un référendum direct, à rebours de la jurisprudence.

Quant au souhait de Marine Le Pen d'inscrire dans la Constitution la supériorité du droit français sur le droit européen et international, il équivaudrait à "sortir des engagements " signés par la France dans les traités et à "faire un Frexit" de facto, estime le juriste Serge Slama.

«S'affranchir de l'Histoire»

Premier parti d'opposition à l'Assemblée nationale depuis juin, le RN estime qu'il dispose désormais de figures à présenter aux Français pour un futur gouvernement en cas d'accession au pouvoir, "ce qui nous manquait jusqu'alors", estime Marine Le Pen, qui lie cette carence à son échec à la dernière présidentielle.

"Il y a des individualités qui se détachent, mais il leur manque encore de l'expertise technique", tempère le politologue, en faisant observer par ailleurs qu'"aucun gouvernement n'a fait l'impasse de puiser dans le vivier dans la société civile: là, il y a un manque".

Et, selon Jean-Yves Camus, c'est avant tout "par le travail législatif à l'Assemblée que le RN pourra montrer sa capacité à gouverner".

Enfin, si "le parti a incontestablement évolué", selon le politologue, a-t-il pleinement achevé sa "dédiabolisation", alors que Marine Le Pen a, après son père, accusé le pire score au second tour de la présidentielle sous la Vè République?

"Il est impossible de couper totalement à une filiation et le RN ne pourra jamais s'affranchir de l'Histoire. Après, on n'est jamais affilié à vie à ses débuts", estime Jean-Yves Camus.

Jusqu'à rassembler une majorité absolue d'électeurs? "A un moment donné, si vous labourez le sillon pendant 50 ans, avec une certaine ardeur", poursuit le chercheur, "vous pouvez arriver à la conjonction de la rencontre d'un homme, ou une femme, et d'un moment".


La cote de popularité de Marine Le Pen en baisse même si elle reste en tête des personnalités, selon un sondage

La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national, Marine Le Pen (C-G), quitte les lieux après le verdict du procès en appel d'anciens et d'actuels membres du RN, jugés pour détournement de fonds publics européens dans l'affaire des emplois fictifs présumés au Parlement européen, à la cour d'appel de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national, Marine Le Pen (C-G), quitte les lieux après le verdict du procès en appel d'anciens et d'actuels membres du RN, jugés pour détournement de fonds publics européens dans l'affaire des emplois fictifs présumés au Parlement européen, à la cour d'appel de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
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  • Jordan Bardella reste en tête des personnalités politiques les plus populaires (36%), devant Marine Le Pen (34%), dont la cote recule de 4 points après sa condamnation en appel
  • La confiance envers Emmanuel Macron progresse à 24% (+1), mais 48% des Français déclarent ne lui faire « pas du tout confiance »

PARIS: La cote de popularité de Marine Le Pen a baissé en juillet après sa condamnation en appel, la candidate RN restant néanmoins en haut du classement des personnalités politiques, juste derrière Jordan Bardella, selon un sondage Elabe pour Les Echos publié jeudi.

Alors que Mme Le Pen a officialisé sa candidature à la présidentielle de 2027 après sa condamnation en appel pour détournement de fonds, Jordan Bardella se maintient en tête du classement. Le président du RN jouit d'une "image positive" auprès de 36% des Français, malgré deux points perdus en un mois.

Marine Le Pen le talonne de près avec 34%, mais enregistre une baisse de quatre points.

Edouard Philippe et Gabriel Attal, ex-æquo, les suivent avec 30% d'opinions positives. Le président d'Horizons recule de 4 points et celui de Renaissance de 2 points.

Auprès des électeurs de gauche, François Ruffin retrouve la première place du classement (45%), suivi par le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon (42%).

L'ancien président François Hollande chute de cinq points, passant de la première à la troisième place, ex-æquo avec Fabien Roussel (41%), suivis par Raphaël Glucksmann en cinquième position (40%, -2).

Le sondage mesure également la cote de confiance du président Emmanuel Macron, qui gagne un point: 24% des Français interrogés dans ce sondage déclarent lui faire confiance pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays.

Mais la part de ceux qui ne lui font "pas du tout confiance" est en hausse de 4 points, et concerne près d'un Français sur deux (48%).

La cote de confiance du Premier ministre Sébastien Lecornu est la même que celle du président (24%, -1). La part des Français ne lui faisant "pas du tout" confiance est plus basse, à 35% (+1).

Le sondage a été réalisé en ligne du 28 au 29 juillet, sur un échantillon de 1.004 personnes, représentatif des résidents de France métropolitaine âgés de 18 ans ou plus, selon la méthode des quotas.

La marge d'erreur est située entre 1,4 et 3,1 points.


«Optimisme» sur le front du mégafeu en Gironde, incendie maîtrisé dans les Landes

Après plus d'une semaine de lutte acharnée des pompiers et 42.000 hectares de forêt partis en fumée, l'optimisme prévaut enfin jeudi sur le front du mégafeu de Gironde même s'il est encore trop tôt pour savoir quand l'incendie sera fixé. (AFP)
Après plus d'une semaine de lutte acharnée des pompiers et 42.000 hectares de forêt partis en fumée, l'optimisme prévaut enfin jeudi sur le front du mégafeu de Gironde même s'il est encore trop tôt pour savoir quand l'incendie sera fixé. (AFP)
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  • "C'est la première journée un peu optimiste, puisqu'on a l'impression qu'on est en train de revenir sur le chemin d'une vie normale et que les choses commencent à s'améliorer nettement"
  • "Nous sommes résolument optimistes (...) On peut penser" que le pire est derrière nous avec ce "feu totalement inédit", a renchéri sur BFMTV le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez

LEGE-CAP-FERET: Après plus d'une semaine de lutte acharnée des pompiers et 42.000 hectares de forêt partis en fumée, l'optimisme prévaut enfin jeudi sur le front du mégafeu de Gironde même s'il est encore trop tôt pour savoir quand l'incendie sera fixé.

Bonne nouvelle également dans le département voisin des Landes. Le préfet Gilles Clavreul a annoncé en fin de journée que le feu près de Biscarrosse était "maîtrisé" et que tous les quartiers allaient "rouvrir" à la circulation. Cet incendie survenu il y a une semaine a brûlé 3.600 hectares et conduit à évacuer environ 30.000 personnes à titre préventif.

"C'est la première journée un peu optimiste, puisqu'on a l'impression qu'on est en train de revenir sur le chemin d'une vie normale et que les choses commencent à s'améliorer nettement", s'est réjouie sans triomphalisme la préfète de Gironde, Sophie Brocas, lors d'un point presse.

Elle a rappelé qu'après huit jours de combat contre le plus grave incendie en France depuis 1949, le feu était toujours "stabilisé" mais qu'il restait "deux points actifs" sur le cordon dunaire du Porge au sud de Lacanau et au hameau de Claouey à l'entrée de la presqu'île du Cap Ferret, toujours "inaccessible".

"Nous sommes résolument optimistes (...) On peut penser" que le pire est derrière nous avec ce "feu totalement inédit", a renchéri sur BFMTV le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.

Le patron du Sdis 33, Marc Vermeulen, qui avait salué à la mi-journée "un nouveau cap, une forme de bascule", s'est toutefois gardé de dire quand ce mégafeu serait considéré comme "fixé".

"Vous répondre sur une date, ce serait trop hasardeux de ma part. Ça va dépendre à la fois de la réaction du terrain, du nombre de pieds de feu qui vont encore sortir, mais également des conditions météorologiques", a souligné l'officier.

Côté températures justement, les voyants sont pour l'instant au vert, ce qui devrait soulager les soldats du feu très éprouvés. La baisse se poursuivra vendredi en Gironde, selon Météo-France. Le département sera sous vigilance jaune aux orages pendant la nuit, jusqu'à 09H00 du matin.

Sur le terrain, 3.300 pompiers venus de toute la France, 1.500 militaires, 1.250 policiers et gendarmes, forestiers, agriculteurs et une cohorte de bénévoles conjuguent leurs efforts, épaulés par 24 moyens aériens dont sept fournis via le mécanisme européen de solidarité.

"Début de la fin du feu mais début de la crise" 

"C'est le début de la fin du feu, mais c'est le début de la crise", craint Nina Rosazza, gérante d'une métallerie à Andernos-les-Bains venue, avec d'autres artisans du coin, prêter main forte dans la forêt ravagée de Lanton. "Touristiquement, écologiquement, visuellement, c'est une catastrophe à long terme".

Si aucune perte humaine n'est à déplorer, les sauveteurs ont la "hantise" de trouver des animaux morts. Chats, poules, chiens, lapins... Une "brigade de secours animal", montée dans l'urgence par la mairie de Lège, arpente la commune armée de croquettes, de graines et de bidons d'eau pour "leur permettre de tenir" jusqu'à ce que leurs propriétaires reviennent, a constaté une journaliste de l'AFP.

La préfecture a autorisé 84.000 nouvelles personnes à rentrer "immédiatement" chez elles, dans neuf communes près de Bordeaux et l'autoroute A63 jusqu'à Bayonne a rouvert à 14H00. En revanche, comme les jours précédents, aucun TGV ne circulera jusqu'à dimanche au sud de Bordeaux, hormis ceux desservant Agen et Toulouse.

Au total, 144.000 des 220.000 personnes évacuées depuis le déclenchement du feu, le 22 juillet, ne sont plus concernées par ces mesures préventives.

"Une aiguille de pin et hop, ça repart" 

Malgré un certain optimisme, les autorités martèlent qu'il ne faut pas baisser la garde.

"Il suffit d'une aiguille de pin et hop, ça repart", explique le lieutenant Xavier, Mayennais qui a œuvré toute la nuit en forêt de Claouey dans le nord de la presqu'île du Cap Ferret.

Samuel Allix, producteur de pommes de terre à St-Jean d'Illac se réjouit de "bientôt pouvoir bosser" après "cinq jours" d'interdiction de récolter. "On a perdu beaucoup".

Selon le ministre de l'Economie, un quart des 82.000 salariés empêchés ces derniers jours d'aller travailler ont repris le travail jeudi. "A peu près 4.000 établissements", sur les 23.000 fermés ou évacués, ont rouvert, a détaillé Roland Lescure.

Pour l'instant, 230 sapeurs-pompiers ont été blessés dans la lutte contre cet incendie hors norme.

Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.

Feux criminels à 70% 

Le sud-est de la France a lui aussi été touché par plusieurs incendies, en Corse, dans les Hautes-Alpes et dans le Var, des départements qui sont tous de nouveau en vigilance orange canicule.

Dans le Var, un nouveau feu virulent, au sud-est de Brignoles, a parcouru 130 hectares, moins de 24 heures après la fixation de l'incendie du massif du Gros Bessillon, toujours sous haute surveillance.

Enfin, un feu d'une ampleur très rare en Bourgogne est survenu dans un village de la côte viticole proche de Dijon mais a pu être fixé après avoir parcouru 150 hectares, dont 90 ont brûlé.

Sur la France entière, 275 interpellations ont été réalisées qui se sont traduites par 31 détentions, a mentionné Laurent Nuñez, rappelant que "70% des incendies sont criminels".

 


Nouveau départ de feu dans le Var: plus de 600 évacuations, 100 hectares parcourus

Plusieurs centaines de personnes ont dû être évacuées mercredi soir après le départ d'un nouveau feu dans le Var, au sud-est de Brignoles, a annoncé le maire de la commune, Didier Brémond sur sa page Facebook. (AFP)
Plusieurs centaines de personnes ont dû être évacuées mercredi soir après le départ d'un nouveau feu dans le Var, au sud-est de Brignoles, a annoncé le maire de la commune, Didier Brémond sur sa page Facebook. (AFP)
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  • Le feu s'est déclaré aux environs de 17H00 en périphérie de Brignoles, commune de 17.000 habitants, entrainant l'évacuation de plusieurs quartiers, selon la préfecture du Var
  • 250 pompiers, assistés de trois Canadair, deux Dash et sept hélicoptères ont été mobilisés, alors que le département du Var faisait face mercredi à des températures caniculaires

MARSEILLE: Plusieurs centaines de personnes ont dû être évacuées mercredi soir après le départ d'un nouveau feu dans le Var, au sud-est de Brignoles, a annoncé le maire de la commune, Didier Brémond sur sa page Facebook.

"600 à 700 personnes" ont été évacuées, indique le maire, faisant état de 100 hectares de végétation parcourus depuis le déclenchement de ce nouveau feu, moins de 24 heures après l'annonce de la fixation de l'incendie du Gros Besillon, à une vingtaine de km plus au nord, qui a parcouru 4.500 hectares en huit jours.

Le feu s'est déclaré aux environs de 17H00 en périphérie de Brignoles, commune de 17.000 habitants, entrainant l'évacuation de plusieurs quartiers, selon la préfecture du Var. Parmi les personnes évacuées, 120 sont accueillies au Hall des expositions de Brignoles, a précisé M. Brémond.

250 pompiers, assistés de trois Canadair, deux Dash et sept hélicoptères ont été mobilisés, alors que le département du Var faisait face mercredi à des températures caniculaires.