Cinquante ans après la création du FN, la difficile dernière marche de Le Pen

Dans cette photo d'archive prise le 06 avril 2007, le président français du parti d'extrême droite Front National (FN) et candidat à la présidentielle, Jean-Marie Le Pen, donne une conférence de presse devant un slogan politique, à Saint-Cloud, près de Paris. MARTIN BUREAU / AFP
Dans cette photo d'archive prise le 06 avril 2007, le président français du parti d'extrême droite Front National (FN) et candidat à la présidentielle, Jean-Marie Le Pen, donne une conférence de presse devant un slogan politique, à Saint-Cloud, près de Paris. MARTIN BUREAU / AFP
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Publié le Mardi 04 octobre 2022

Cinquante ans après la création du FN, la difficile dernière marche de Le Pen

  • Jeudi, c'est sous les dorures du Palais Bourbon que le RN de Marine Le Pen célèbrera son anniversaire
  • Le Front national (FN), parti d'extrême droite fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen et devenu le Rassemblement national (RN) présidé par sa fille Marine, poursuit son ascension depuis sa création il y a 50 ans

PARIS: Du groupuscule marginal au premier parti d'opposition qui a réuni plus de 40% des électeurs à la présidentielle: cinquante ans après la création du Front national, devenu Rassemblement national, le mouvement d'extrême droite a su prospérer en réchappant à toutes les crises et s'estime désormais prêt à gouverner.

Jeudi, c'est sous les dorures du Palais Bourbon que le RN de Marine Le Pen célèbrera son anniversaire le temps d'un modeste "colloque" qui doit être "l'occasion de revenir sur les victoires idéologiques que nous avons enregistrées", selon le président par intérim, Jordan Bardella.

Cinquante ans (et un jour) après la création du Front national par des militants nationalistes du mouvement Ordre nouveau qui s'étaient choisi Jean-Marie Le Pen comme vitrine, l'image des 89 députés RN réunis à l'Assemblée nationale entend illustrer la mue d'un parti convaincu que, "à la prochaine élection, ce sera nous", tel que le répète Marine Le Pen.

"En fait, le vrai début du FN, ça n'est pas en 1972 mais aux Européennes de 1984 lorsqu'il dépasse les 10%", note le politologue spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, un score qui ne cessera de croître à chaque présidentielle, jusqu'à l'accession au second tour de Jean-Marie Le Pen en 2002, imité par sa fille en 2017 et 2022.

Avec un discours basé sur la lutte contre l'immigration et l'insécurité, Le Pen père est parvenu dès les années 80 à asseoir un quasi-monopole sur l'extrême droite française.

Celui qui a toujours joué de son charisme a par ailleurs réchappé à toutes les frondes, d'abord celle menée par son numéro deux Bruno Mégret à la fin des années 90. "Dans cette partie de la droite, il y a une culture plébiscitaire: au fond, le sécessionniste a toujours tort", observe Jean-Yves Camus.

Du FN au RN, 50 années sous le sceau des Le Pen

Le Front national (FN), parti d'extrême droite fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen et devenu le Rassemblement national (RN) présidé par sa fille Marine, poursuit son ascension depuis sa création il y a 50 ans.

Les débuts

Le 5 octobre 1972, le "Front national pour l'unité française", parti issu de divers groupes nationalistes dont Ordre Nouveau, voit le jour. Après un score inférieur à 1% à la présidentielle de 1974, son président Jean-Marie Le Pen met l'accent sur la lutte contre l'immigration.

En 1983, première victoire électorale d'importance: Jean-Pierre Stirbois, secrétaire général du FN, obtient 16,7% au premier tour des municipales à Dreux (Eure-et-Loir) et s'allie à la droite au second.

En 1986, le scrutin proportionnel fait entrer 35 députés FN à l'Assemblée nationale, 135 élus FN aux régionales.

M. Le Pen enregistre 14,37% des voix à la présidentielle de 1988, mais ne conserve qu'une députée.

Le «détail»

En septembre 1987, il qualifie les chambres à gaz nazies de "point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale" et est condamné pour cela en 1991. Ce type de propos, comme d'autres stigmatisant les homosexuels, les immigrés ou les roms, servent selon lui la progression du FN.

De 1992 à 1998, le FN prend des bastions: Toulon (Var), Marignane (Bouches-du-Rhône) ou Orange (Vaucluse). A la présidentielle de 1995, M. Le Pen obtient 15,15% des voix. Le 1er mai, en marge d'un défilé FN, un jeune Marocain est poussé dans la Seine par des skinheads et se noie.

En 1997, Catherine Mégret prend la mairie de Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Exclu du FN en proie à de vives tensions, son époux Bruno fonde le Mouvement national républicain (MNR) en 1999.

Le séisme de 2002

Coup de tonnerre en 2002, M. Le Pen devance Lionel Jospin et se qualifie pour le second tour de la présidentielle face à Jacques Chirac avec 16,86%. Sa fille Marine devient vice-présidente du parti.

Le FN recule aux européennes de 2009 (4,17%).

Marine Le Pen accède le 16 janvier 2011 à la tête du parti.

En 2012, elle arrive troisième à la présidentielle avec 17,9%.

Marion Maréchal, sa nièce, et Gilbert Collard entrent au Palais Bourbon.

Soucieuse de polir l'image du FN, Marine Le Pen accentue les questions sociales.

Après avoir remporté onze mairies en 2014, victoire historique du FN aux élections européennes (25%), loin devant l'UMP et le PS.

Père et fille, rien ne va plus

Quand Jean-Marie Le Pen fustige en 2014 des artistes opposés au FN, Marine Le Pen condamne la "faute politique" de son père.

Aux cantonales de 2015, le FN est en tête dans 43 départements. Mais M. Le Pen répète ses propos sur les chambres à gaz. Le 20 août, à 87 ans, il est exclu du parti. Père et fille finiront toutefois par éviter les éclats publics.

En avril 2017, après un débat qu'elle reconnaîtra "raté", Marine Le Pen perd au second tour de la présidentielle (21%) face à Emmanuel Macron.

Fin juin, elle est mise en examen dans une enquête sur les assistants parlementaires d'eurodéputés de son parti.

Aux législatives, le FN engrange huit députés. En septembre, Florian Philippot reproche au FN de renoncer à la sortie de l'euro et claque la porte.

Le FN devient RN

Réélue en 2018, Marine Le Pen veut symboliser la "mue" du FN en un "parti de gouvernement" et d'alliances: il devient le Rassemblement national (RN).

La justice européenne confirme qu'elle doit rembourser près de 300.000 euros au Parlement européen. Sa mise en examen est requalifiée en "détournement de fonds publics".

En 2019, le RN est en tête des élections européennes (23,31%).
En septembre 2021, Marine Le Pen cède les rênes à Jordan Bardella pour se consacrer à la

campagne présidentielle. Son rival à l'extrême-droite, Eric Zemmour, lui ravit des figures du parti, dont Marion Maréchal.

89 députés

L'Office européen de lutte antifraude (Olaf) préconise en mars 2022 le remboursement d'environ 600.000 euros que Mme Le Pen et ses proches auraient abusivement utilisés.

Le 10 avril 2022, elle échoue (41,5%) face à M. Macron au second tour de la présidentielle. Jamais l'extrême droite ne s'est approchée à ce point du pouvoir sous la Ve République.

Aux législatives, le RN fait une percée historique (89 élus), devenant le premier parti d'opposition.

Le parti se veut "constructif" pour "préparer l'alternance". L'élection du successeur de Mme Le Pen est fixée au 5 novembre, cette dernière se consacrant à l'Assemblée. Jordan Bardella et Louis Aliot sont sur les rangs. Pour la première fois, le président du RN ne sera pas un(e) Le Pen.

«Renverser la table»

Reste que les outrances de Jean-Marie Le Pen avaient fini par faire douter de sa volonté de conquérir le pouvoir.

En lui succédant à la tête du parti en 2011, Marine Le Pen entend ainsi "dédiaboliser" le paria FN pour fissurer un plafond de verre devenu écrasant. "Le mouvement réalise qu'il lui faut gommer certains aspects: l'inégalité des races, le +point de détail+", relève Jean-Yves Camus, en même temps que "le centre de gravité de la vie politique a bougé: l'immigration, l'identité, islamisme sont devenus des thèmes centraux".

"Mais par exemple sur l'immigration, à l'époque de Jean-Marie Le Pen, le slogan était: +Quand nous arriverons, ils partiront+, avec l'idée d'une inversion des flux migratoires", poursuit le chercheur. "Aujourd'hui, on n'en est plus du tout là. C'est: +Arrêter la submersion migratoire+".

Sur l'économie, la nuance a tourné au revirement, d'un libéralisme "reaganien" prôné dans les années 80 à un interventionnisme assumé par Marine Le Pen.

"Le but des électeurs FN ou RN, c'est renverser la table. Et finalement, le détail des propositions n'est pas aussi important que ça: si vous retrouvez quelques lignes fondamentales - identité, immigration, sécurité -, ça suffit", explique Jean-Yves Camus.

Au RN, des propositions toujours radicales et tous azimuts

Tout à sa stratégie de notabilisation à l'Assemblée nationale, le RN tente d'éviter les dérapages du Front national d'antan et diversifier ses thématiques, mais ses propositions centrales contre l'immigration demeurent radicales, et inconstitutionnelles aux yeux de plusieurs juristes.

Après l'arrivée inédite de 89 députés RN au mois de juin, les élus d'extrême droite ont commencé à déposer leurs premières propositions de loi au Palais Bourbon, avec des chances d'aboutir quasi nulles.

Certaines s'inspirent directement des promesses de campagne de Marine Le Pen, comme un texte en faveur du port d'un uniforme par établissement à l'école et au collège ou un autre pour interdire le voile islamique pour les accompagnantes scolaires.

Un uniforme par établissement créerait une "identité et une fierté d'appartenir à une école" et éviterait les "tentatives de porter des vêtements d'inspiration religieuse", revendique le député Roger Chudeau, ancien inspecteur général de l'Education nationale.

Le porte-parole Julien Odoul (Yonne) défend lui une proposition contre l'abandon d'animaux domestiques l'été, un sujet qui fait écho à la passion de Marine Le Pen pour les chats. La solution envisagée ? Un crédit d'impôt plafonné à 600 euros pour financer les frais de garde d'animaux de compagnie, soit "un mois et demi de gardiennage".

La députée de la Marne Anne-Sophie Frigout réclame pour sa part la suppression des zones à faibles émissions mobilité, où seuls les véhicules les moins polluants ont le droit de circuler. L'élue RN juge "injustes" ces "zones à fortes exclusions" pour ceux dont les "déplacements sont contraints".

Son collègue du Gard Pierre Meurin, passionné de vieilles voitures, demande aussi "qu'on arrête d'emmerder les automobilistes", un mot d'ordre récurrent du parti à la flamme, depuis les années Jean-Marie Le Pen.

Hongrie et Pologne

L'ex attachée de presse du RN Caroline Parmentier, désormais députée du Pas-de-Calais, défend pour sa part une proposition de résolution pour faire de la natalité une "grande cause nationale" en 2024.

Elle dit s'inspirer des politiques de "natalité ambitieuses" de Hongrie et de Pologne, ce qui fait hurler la gauche, qui lui reproche de citer des pays où l'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est restreint, voire quasiment interdit (Pologne).

"Je ne fais aucun lien" avec la "question de l'avortement", balaye-t-elle. "Qui peut reprocher à la Hongrie d'avoir doublé ses aides familiales entre 2010 et 2019 ?", souligne l'ancienne journaliste d'opinion, qui affichait ses positions anti-IVG quand elle travaillait pour le journal catholique intégriste Présent.

Le RN n'a pas encore arbitré quels textes il présenterait dans l'hémicycle le 12 janvier. Pour la première fois de son histoire, le parti va en effet défendre ses propositions lors d'une "niche" parlementaire, journée réservée à un groupe minoritaire à l'Assemblée.

Sauf surprise, elles seront rapidement rejetées par les autres groupes, mais le RN espère placer ses thèmes de prédilection à l'agenda politique.

"Il va falloir hiérarchiser", souligne la députée de Gironde Edwige Diaz, qui estime que deux sujets occupent actuellement la rentrée, "la crise énergétique et l'immigration, quand on voit l'échec du taux de réalisation d'OQTF (obligation de quitter le territoire français, en cas notamment de refus de délivrance de titre de séjour)".

Car tout en axant largement sa campagne présidentielle sur le pouvoir d'achat, Marine Le Pen avait placé la lutte contre la "submersion migratoire " en tête de son programme.

Avec comme proposition phare un référendum pour inscrire dans la Constitution la "priorité nationale" dans l'accès au logement social, à l'emploi et "réserver un certain nombre de prestations sociales aux Français".

Selon le constitutionnaliste Dominique Rousseau, de telles propositions conduiraient à une "sortie du cadre constitutionnel" actuel, aussi bien sur le fond par une "remise en cause radicale des grands principes d'égalité", que sur la forme, avec la volonté de Marine Le Pen de modifier la Constitution via son article 11 et un référendum direct, à rebours de la jurisprudence.

Quant au souhait de Marine Le Pen d'inscrire dans la Constitution la supériorité du droit français sur le droit européen et international, il équivaudrait à "sortir des engagements " signés par la France dans les traités et à "faire un Frexit" de facto, estime le juriste Serge Slama.

«S'affranchir de l'Histoire»

Premier parti d'opposition à l'Assemblée nationale depuis juin, le RN estime qu'il dispose désormais de figures à présenter aux Français pour un futur gouvernement en cas d'accession au pouvoir, "ce qui nous manquait jusqu'alors", estime Marine Le Pen, qui lie cette carence à son échec à la dernière présidentielle.

"Il y a des individualités qui se détachent, mais il leur manque encore de l'expertise technique", tempère le politologue, en faisant observer par ailleurs qu'"aucun gouvernement n'a fait l'impasse de puiser dans le vivier dans la société civile: là, il y a un manque".

Et, selon Jean-Yves Camus, c'est avant tout "par le travail législatif à l'Assemblée que le RN pourra montrer sa capacité à gouverner".

Enfin, si "le parti a incontestablement évolué", selon le politologue, a-t-il pleinement achevé sa "dédiabolisation", alors que Marine Le Pen a, après son père, accusé le pire score au second tour de la présidentielle sous la Vè République?

"Il est impossible de couper totalement à une filiation et le RN ne pourra jamais s'affranchir de l'Histoire. Après, on n'est jamais affilié à vie à ses débuts", estime Jean-Yves Camus.

Jusqu'à rassembler une majorité absolue d'électeurs? "A un moment donné, si vous labourez le sillon pendant 50 ans, avec une certaine ardeur", poursuit le chercheur, "vous pouvez arriver à la conjonction de la rencontre d'un homme, ou une femme, et d'un moment".


La candidature Mélenchon met la pression sur le reste de la gauche

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  • Si le premier secrétaire du PS Olivier Faure est favorable à la primaire, le patron des députés Boris Vallaud est contre, tout comme Raphaël Glucksmann (Place Publique), le mieux placé selon les sondages, et François Hollande qui "se prépare"
  • A gauche du PS, les ex-Insoumis François Ruffin et Clémentine Autain sont candidats à cette primaire mais pourraient porter leurs propres couleurs si ce processus n'aboutissait pas, tout comme Marine Tondelier

PARIS: Au lendemain de l'officialisation de la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, le reste de la gauche se retrouve sous pression pour désigner son candidat sous peine d'être pris de vitesse par les Insoumis qui doivent convaincre que leur leader n'est pas "l'assurance-vie" d'une victoire du RN.

Pas de réaction d'Olivier Faure ni de Boris Vallaud... "Un non-événement" pour le député PS Jérôme Guedj (sur TF1).  Les socialistes tentaient lundi de minimiser la quatrième candidature du chef insoumis avec qui les ponts sont rompus.

Mais derrière l'indifférence affichée, la gauche non LFI se retrouve renvoyée à ses divisions internes, notamment sur l'organisation d'une primaire pour désigner un seul candidat de ses rangs.

"Mélenchon, il va y aller à fond, il va avoir ses signatures, ses trucs, l'argent, les militants, les réseaux sociaux. Et nous on va faire quoi ?", s'alarmait dès vendredi la patronne des Ecologistes Marine Tondelier, candidate à cette primaire.

"Nous avons une responsabilité de nous rassembler et de ne plus être la gauche la plus bête du monde", a admis lundi le secrétaire général du PS Pierre Jouvet sur Franceinfo.

Pour autant, pas d'urgence selon lui. "A partir de la rentrée de septembre, trouvons le chemin pour désigner notre candidat commun", a-t-il plaidé, que ce soit "par une primaire, un conclave, une convention citoyenne..."

De fait, la gauche est complètement empêtrée sur le sujet.

Multitude de candidatures 

Si le premier secrétaire du PS Olivier Faure est favorable à la primaire, le patron des députés Boris Vallaud est contre, tout comme Raphaël Glucksmann (Place Publique), le mieux placé selon les sondages, et François Hollande qui "se prépare".

A gauche du PS, les ex-Insoumis François Ruffin et Clémentine Autain sont candidats à cette primaire mais pourraient porter leurs propres couleurs si ce processus n'aboutissait pas, tout comme Marine Tondelier.

Jean-Luc Mélenchon ne s'y est pas trompé. "Les divisions internes dans les partis font qu'il y a une multitude de candidatures et c'est la confusion. Nous, c'est carré, il y a une équipe, un programme, un seul candidat", a-t-il fait valoir dimanche soir.

Et les Insoumis d'appuyer sur leur avantage de notoriété. "Dans les quartiers populaires, on me parle beaucoup plus d'un Jean-Luc Mélenchon que de tout autre candidat. Aucun ne me cite Olivier Faure, aucun ne cite le nom de +je ne sais qui+ du Parti communiste ou des écologistes", a assuré sur Public Sénat Bally Bagayoko, le maire de Saint-Denis où se déroulera le premier meeting de campagne le 7 juin.

"Pour gagner une campagne électorale, il faut un programme, puis une incarnation. Et lui, il a tout ça à la fois et c'est vrai que par effet de contraste il peut jouer là-dessus", souligne auprès de l'AFP Adélaïde Zulfikarpasic de l'institut Ipsos-BVA.

Vote utile 

Mais les Insoumis doivent désormais convaincre les électeurs de gauche de ne pas se fier aux sondages qui le donnent pour l'instant autour de 11-12% au premier tour et surtout comme le plus mauvais candidat dans un éventuel second tour face au RN.

Car "la question qui va structurer la campagne, c'est +est-ce que le RN prendra le pouvoir ?+", pense Jean-Yves Dormagen de l'institut Cluster 17. "Du coup, quand vous êtes un mauvais candidat de second tour, vous risquez de le payer dès le premier tour", juge-t-il

Et les socialistes d'appuyer sur ce point. "S’il se qualifie au second tour, c’est la certitude de la victoire du RN", a martelé Jérôme Guedj. "Jean-Luc Mélenchon est l'homme politique le plus détesté de ce pays et le meilleur épouvantail pour la droite et l'extrême droite", a renchéri Pierre Jouvet.

Un argument balayé dimanche soir par Jean-Luc Mélenchon qui compte battre le RN "à plates coutures". Le coordinateur insoumis Manuel Bompard renvoie aux campagnes de 2017 et de 2022 où Jean-Luc Mélenchon, parti bas dans les sondages, a bénéficié du vote utile à gauche et fini aux portes du second tour.

"On a fait la démonstration à chaque élection présidentielle qu'on est en mesure de déclencher une dynamique de mobilisation. Il faut mettre des gens en mouvement, c'est comme ça qu'on peut contrer les scénarios écrits", a-t-il affirmé sur France Inter.


Détroit d'Ormuz: Macron appelle à une «réouverture concertée entre l'Iran et les Etats-Unis»

Emmanuel Macron a appelé lundi à une réouverture "concertée" du détroit d'Ormuz entre "l'Iran et les Etats-Unis", jugeant que le cadre de la nouvelle opération annoncée par Donald Trump pour débloquer cette voie stratégique majeure n'était "pas clair". (AFP)
Emmanuel Macron a appelé lundi à une réouverture "concertée" du détroit d'Ormuz entre "l'Iran et les Etats-Unis", jugeant que le cadre de la nouvelle opération annoncée par Donald Trump pour débloquer cette voie stratégique majeure n'était "pas clair". (AFP)
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  • "Nous souhaitons qu'il y ait surtout une réouverture concertée entre l'Iran et les Etats Unis", a insisté Emmanuel Macron
  • "C'est la seule solution qui permette durablement de rouvrir le détroit d'Ormuz, de permettre la libre navigation et de le faire sans restriction et sans péage", a-t-il ajouté

EREVAN: Emmanuel Macron a appelé lundi à une réouverture "concertée" du détroit d'Ormuz entre "l'Iran et les Etats-Unis", jugeant que le cadre de la nouvelle opération annoncée par Donald Trump pour débloquer cette voie stratégique majeure n'était "pas clair".

"Je ne sais pas quelle est cette initiative", a déclaré le président français à son arrivée au 8e sommet de la Communauté politique européenne en Arménie.

Donald Trump a annoncé une opération à partir de lundi pour débloquer des navires bloqués depuis deux mois dans le Golfe. L'armée américaine sera attaquée si elle tente de s'approcher du détroit d'Ormuz, a aussitôt rétorqué le commandement militaire iranien.

"Nous souhaitons qu'il y ait surtout une réouverture concertée entre l'Iran et les Etats Unis", a insisté Emmanuel Macron.

"C'est la seule solution qui permette durablement de rouvrir le détroit d'Ormuz, de permettre la libre navigation et de le faire sans restriction et sans péage", a-t-il ajouté.

Emmanuel Macron a aussi réitéré que l'initiative lancée conjointement avec le Premier ministre britannique Keir Starmer pour sécuriser la navigation dans le détroit ne serait pas mise en œuvre tant que les hostilités se poursuivraient entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Si les Etats-unis sont prêts à rouvrir Ormuz, c'est très bien. C'est ce qu’on demande depuis le début. Mais nous, on ne va pas participer à quelque opération de vive force que ce soit, dans un cadre qui ne me semble pas clair", a souligné le président français.

La mission à l'initiative d'Emmanuel Macron et Keir Starmer réunit une cinquantaine de pays de tous les continents qui ont entamé une planification militaire à Londres.

Elle se veut "neutre", "bien distincte des belligérants", afin d'accompagner et sécuriser les navires marchands qui transiteront dans le Golfe une fois la stabilité revenue, martèlent Paris et Londres.

 


Le repas à un euro pour tous les étudiants généralisé lundi

Des personnes déjeunent dans un restaurant du Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) où des repas à un euro sont servis aux étudiants le 9 février 2021 à Paris. (AFP)
Des personnes déjeunent dans un restaurant du Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) où des repas à un euro sont servis aux étudiants le 9 février 2021 à Paris. (AFP)
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  • À partir de lundi, tous les étudiants pourront bénéficier d’un repas à 1€ dans les restaurants universitaires, une mesure intégrée au budget 2026 pour soutenir le pouvoir d’achat et lutter contre la précarité étudiante
  • Malgré un financement de 50 millions d’euros, des inquiétudes persistent sur la capacité des Crous (risque de saturation, manque de personnel) et sur l’accès équitable pour tous les étudiants

PARIS: Tous les étudiants, quels que soient leurs revenus, pourront manger dans les restaurants universitaires pour un euro seulement à partir de lundi, une mesure réclamée par les organisations étudiantes et intégrée au budget 2026 comme une concession du gouvernement aux députés socialistes.

Le repas à un euro dans les restaurants gérés par les Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous) existe déjà pour les étudiants boursiers et en difficulté financière. Les autres étudiants payaient jusqu'à présent 3,30 euros - ils avaient bénéficié provisoirement des repas à un euro pendant le Covid.

Alors en quête d'un compromis sur le budget 2026 pour éviter la censure, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait annoncé en janvier plusieurs mesures en faveur du pouvoir d'achat réclamées par le Parti socialiste, dont le repas à un euro. Une mesure réclamée par les organisations étudiantes pour lutter contre la précarité des étudiants.

Pour 2026, 50 millions d'euros sont alloués, pour compenser le manque à gagner - le coût réel d'un repas est d'environ 8 à 9 euros -, recruter des agents et investir dans le matériel de restauration.

En plus des 7.500 agents qui travaillent dans les quelque 800 points de vente, les Crous pourront recruter 204 emplois équivalents temps plein (ETP), un chiffre calculé sur une affluence de 12% d'étudiants non boursiers en plus.

Insuffisant pour Raymond Rivière, secrétaire fédéral de la CFDT et représentant syndical au Crous d'Amiens-Picardie. Il dénonce une "intensification du travail" des agents.

- "Risque de saturation" ? -

Le plus grand défi, c'est le "risque de saturation", que ce soit au niveau de la capacité d'accueil, de la quantité de repas à servir, des files d'attente, de la zone de stockage disponible, a rappelé la présidente du Cnous, Bénédicte Durand, lors d'un déplacement au restaurant universitaire "l'Amazone", de l'université de Bordeaux à Talence.

A cause des emplois du temps, plus de 50% des passages en caisse au niveau national ont lieu entre 12h00 et 13h00, alors que les files d'attente sont déjà fréquentes devant les Crous et le personnel parfois sous tension.

"Le public boursier, pour moi, reste un public prioritaire. Je pense qu'il faut vraiment veiller (...) à ce qu'il n'y ait pas d'effet d'éviction des boursiers", avait insisté lors d'un déplacement en Seine-Saint-Denis en février le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste. Il visitera lundi le Crous d'Amiens.

Cette généralisation du repas à un euro, au mois de mai, intervient en période creuse. Les prochaines semaines pourraient servir de test avant la rentrée universitaire à l'automne, lorsque la fréquentation est plus élevée.

"Je n'ai pas un énorme budget pour vivre, je venais environ une fois par semaine manger au Crous, mais là clairement à un euro le repas, c'est imbattable", a témoigné auprès de l'AFP Juliette, étudiante en sciences de la vie à Bordeaux.

Suzanne Nijdam, présidente de la Fage, première organisation étudiante, salue auprès de l'AFP la mise en place de cette mesure, qu'elle espère pérennisée au delà de 2026, mais regrette une enveloppe "insuffisante pour couvrir pleinement les besoins".

"Des étudiants, notamment en santé, sont tellement loin des sites universitaires classiques que tout le monde aura du mal à vraiment bénéficier de ce tarif", craint-elle.

Même inquiétude du côté de l'Union étudiante: "faute de moyens, les Crous mettent en place des mécanismes de compensation qui viennent tarir cette avancée pour les droits étudiants", comme ceux de Rennes ou Mulhouse qui ont "annoncé mettre fin au dispositif du repas à emporter".

"L'effectivité de la mesure", pour les étudiants sur les sites dépourvus de restaurant gérés par les Crous, "est une vraie question", abonde Nicolas Oget, co-coordinateur du réseau des vices-présidents d'université chargés de la vie étudiante.

En 2025, les structures gérées par les Crous ont servi plus de 44 millions de repas (+1,4 % par rapport à 2024) dont la moitié au bénéfice des étudiants boursiers et précaires.