Cinquante ans après la création du FN, la difficile dernière marche de Le Pen

Dans cette photo d'archive prise le 06 avril 2007, le président français du parti d'extrême droite Front National (FN) et candidat à la présidentielle, Jean-Marie Le Pen, donne une conférence de presse devant un slogan politique, à Saint-Cloud, près de Paris. MARTIN BUREAU / AFP
Dans cette photo d'archive prise le 06 avril 2007, le président français du parti d'extrême droite Front National (FN) et candidat à la présidentielle, Jean-Marie Le Pen, donne une conférence de presse devant un slogan politique, à Saint-Cloud, près de Paris. MARTIN BUREAU / AFP
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Publié le Mardi 04 octobre 2022

Cinquante ans après la création du FN, la difficile dernière marche de Le Pen

  • Jeudi, c'est sous les dorures du Palais Bourbon que le RN de Marine Le Pen célèbrera son anniversaire
  • Le Front national (FN), parti d'extrême droite fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen et devenu le Rassemblement national (RN) présidé par sa fille Marine, poursuit son ascension depuis sa création il y a 50 ans

PARIS: Du groupuscule marginal au premier parti d'opposition qui a réuni plus de 40% des électeurs à la présidentielle: cinquante ans après la création du Front national, devenu Rassemblement national, le mouvement d'extrême droite a su prospérer en réchappant à toutes les crises et s'estime désormais prêt à gouverner.

Jeudi, c'est sous les dorures du Palais Bourbon que le RN de Marine Le Pen célèbrera son anniversaire le temps d'un modeste "colloque" qui doit être "l'occasion de revenir sur les victoires idéologiques que nous avons enregistrées", selon le président par intérim, Jordan Bardella.

Cinquante ans (et un jour) après la création du Front national par des militants nationalistes du mouvement Ordre nouveau qui s'étaient choisi Jean-Marie Le Pen comme vitrine, l'image des 89 députés RN réunis à l'Assemblée nationale entend illustrer la mue d'un parti convaincu que, "à la prochaine élection, ce sera nous", tel que le répète Marine Le Pen.

"En fait, le vrai début du FN, ça n'est pas en 1972 mais aux Européennes de 1984 lorsqu'il dépasse les 10%", note le politologue spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, un score qui ne cessera de croître à chaque présidentielle, jusqu'à l'accession au second tour de Jean-Marie Le Pen en 2002, imité par sa fille en 2017 et 2022.

Avec un discours basé sur la lutte contre l'immigration et l'insécurité, Le Pen père est parvenu dès les années 80 à asseoir un quasi-monopole sur l'extrême droite française.

Celui qui a toujours joué de son charisme a par ailleurs réchappé à toutes les frondes, d'abord celle menée par son numéro deux Bruno Mégret à la fin des années 90. "Dans cette partie de la droite, il y a une culture plébiscitaire: au fond, le sécessionniste a toujours tort", observe Jean-Yves Camus.

Du FN au RN, 50 années sous le sceau des Le Pen

Le Front national (FN), parti d'extrême droite fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen et devenu le Rassemblement national (RN) présidé par sa fille Marine, poursuit son ascension depuis sa création il y a 50 ans.

Les débuts

Le 5 octobre 1972, le "Front national pour l'unité française", parti issu de divers groupes nationalistes dont Ordre Nouveau, voit le jour. Après un score inférieur à 1% à la présidentielle de 1974, son président Jean-Marie Le Pen met l'accent sur la lutte contre l'immigration.

En 1983, première victoire électorale d'importance: Jean-Pierre Stirbois, secrétaire général du FN, obtient 16,7% au premier tour des municipales à Dreux (Eure-et-Loir) et s'allie à la droite au second.

En 1986, le scrutin proportionnel fait entrer 35 députés FN à l'Assemblée nationale, 135 élus FN aux régionales.

M. Le Pen enregistre 14,37% des voix à la présidentielle de 1988, mais ne conserve qu'une députée.

Le «détail»

En septembre 1987, il qualifie les chambres à gaz nazies de "point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale" et est condamné pour cela en 1991. Ce type de propos, comme d'autres stigmatisant les homosexuels, les immigrés ou les roms, servent selon lui la progression du FN.

De 1992 à 1998, le FN prend des bastions: Toulon (Var), Marignane (Bouches-du-Rhône) ou Orange (Vaucluse). A la présidentielle de 1995, M. Le Pen obtient 15,15% des voix. Le 1er mai, en marge d'un défilé FN, un jeune Marocain est poussé dans la Seine par des skinheads et se noie.

En 1997, Catherine Mégret prend la mairie de Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Exclu du FN en proie à de vives tensions, son époux Bruno fonde le Mouvement national républicain (MNR) en 1999.

Le séisme de 2002

Coup de tonnerre en 2002, M. Le Pen devance Lionel Jospin et se qualifie pour le second tour de la présidentielle face à Jacques Chirac avec 16,86%. Sa fille Marine devient vice-présidente du parti.

Le FN recule aux européennes de 2009 (4,17%).

Marine Le Pen accède le 16 janvier 2011 à la tête du parti.

En 2012, elle arrive troisième à la présidentielle avec 17,9%.

Marion Maréchal, sa nièce, et Gilbert Collard entrent au Palais Bourbon.

Soucieuse de polir l'image du FN, Marine Le Pen accentue les questions sociales.

Après avoir remporté onze mairies en 2014, victoire historique du FN aux élections européennes (25%), loin devant l'UMP et le PS.

Père et fille, rien ne va plus

Quand Jean-Marie Le Pen fustige en 2014 des artistes opposés au FN, Marine Le Pen condamne la "faute politique" de son père.

Aux cantonales de 2015, le FN est en tête dans 43 départements. Mais M. Le Pen répète ses propos sur les chambres à gaz. Le 20 août, à 87 ans, il est exclu du parti. Père et fille finiront toutefois par éviter les éclats publics.

En avril 2017, après un débat qu'elle reconnaîtra "raté", Marine Le Pen perd au second tour de la présidentielle (21%) face à Emmanuel Macron.

Fin juin, elle est mise en examen dans une enquête sur les assistants parlementaires d'eurodéputés de son parti.

Aux législatives, le FN engrange huit députés. En septembre, Florian Philippot reproche au FN de renoncer à la sortie de l'euro et claque la porte.

Le FN devient RN

Réélue en 2018, Marine Le Pen veut symboliser la "mue" du FN en un "parti de gouvernement" et d'alliances: il devient le Rassemblement national (RN).

La justice européenne confirme qu'elle doit rembourser près de 300.000 euros au Parlement européen. Sa mise en examen est requalifiée en "détournement de fonds publics".

En 2019, le RN est en tête des élections européennes (23,31%).
En septembre 2021, Marine Le Pen cède les rênes à Jordan Bardella pour se consacrer à la

campagne présidentielle. Son rival à l'extrême-droite, Eric Zemmour, lui ravit des figures du parti, dont Marion Maréchal.

89 députés

L'Office européen de lutte antifraude (Olaf) préconise en mars 2022 le remboursement d'environ 600.000 euros que Mme Le Pen et ses proches auraient abusivement utilisés.

Le 10 avril 2022, elle échoue (41,5%) face à M. Macron au second tour de la présidentielle. Jamais l'extrême droite ne s'est approchée à ce point du pouvoir sous la Ve République.

Aux législatives, le RN fait une percée historique (89 élus), devenant le premier parti d'opposition.

Le parti se veut "constructif" pour "préparer l'alternance". L'élection du successeur de Mme Le Pen est fixée au 5 novembre, cette dernière se consacrant à l'Assemblée. Jordan Bardella et Louis Aliot sont sur les rangs. Pour la première fois, le président du RN ne sera pas un(e) Le Pen.

«Renverser la table»

Reste que les outrances de Jean-Marie Le Pen avaient fini par faire douter de sa volonté de conquérir le pouvoir.

En lui succédant à la tête du parti en 2011, Marine Le Pen entend ainsi "dédiaboliser" le paria FN pour fissurer un plafond de verre devenu écrasant. "Le mouvement réalise qu'il lui faut gommer certains aspects: l'inégalité des races, le +point de détail+", relève Jean-Yves Camus, en même temps que "le centre de gravité de la vie politique a bougé: l'immigration, l'identité, islamisme sont devenus des thèmes centraux".

"Mais par exemple sur l'immigration, à l'époque de Jean-Marie Le Pen, le slogan était: +Quand nous arriverons, ils partiront+, avec l'idée d'une inversion des flux migratoires", poursuit le chercheur. "Aujourd'hui, on n'en est plus du tout là. C'est: +Arrêter la submersion migratoire+".

Sur l'économie, la nuance a tourné au revirement, d'un libéralisme "reaganien" prôné dans les années 80 à un interventionnisme assumé par Marine Le Pen.

"Le but des électeurs FN ou RN, c'est renverser la table. Et finalement, le détail des propositions n'est pas aussi important que ça: si vous retrouvez quelques lignes fondamentales - identité, immigration, sécurité -, ça suffit", explique Jean-Yves Camus.

Au RN, des propositions toujours radicales et tous azimuts

Tout à sa stratégie de notabilisation à l'Assemblée nationale, le RN tente d'éviter les dérapages du Front national d'antan et diversifier ses thématiques, mais ses propositions centrales contre l'immigration demeurent radicales, et inconstitutionnelles aux yeux de plusieurs juristes.

Après l'arrivée inédite de 89 députés RN au mois de juin, les élus d'extrême droite ont commencé à déposer leurs premières propositions de loi au Palais Bourbon, avec des chances d'aboutir quasi nulles.

Certaines s'inspirent directement des promesses de campagne de Marine Le Pen, comme un texte en faveur du port d'un uniforme par établissement à l'école et au collège ou un autre pour interdire le voile islamique pour les accompagnantes scolaires.

Un uniforme par établissement créerait une "identité et une fierté d'appartenir à une école" et éviterait les "tentatives de porter des vêtements d'inspiration religieuse", revendique le député Roger Chudeau, ancien inspecteur général de l'Education nationale.

Le porte-parole Julien Odoul (Yonne) défend lui une proposition contre l'abandon d'animaux domestiques l'été, un sujet qui fait écho à la passion de Marine Le Pen pour les chats. La solution envisagée ? Un crédit d'impôt plafonné à 600 euros pour financer les frais de garde d'animaux de compagnie, soit "un mois et demi de gardiennage".

La députée de la Marne Anne-Sophie Frigout réclame pour sa part la suppression des zones à faibles émissions mobilité, où seuls les véhicules les moins polluants ont le droit de circuler. L'élue RN juge "injustes" ces "zones à fortes exclusions" pour ceux dont les "déplacements sont contraints".

Son collègue du Gard Pierre Meurin, passionné de vieilles voitures, demande aussi "qu'on arrête d'emmerder les automobilistes", un mot d'ordre récurrent du parti à la flamme, depuis les années Jean-Marie Le Pen.

Hongrie et Pologne

L'ex attachée de presse du RN Caroline Parmentier, désormais députée du Pas-de-Calais, défend pour sa part une proposition de résolution pour faire de la natalité une "grande cause nationale" en 2024.

Elle dit s'inspirer des politiques de "natalité ambitieuses" de Hongrie et de Pologne, ce qui fait hurler la gauche, qui lui reproche de citer des pays où l'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est restreint, voire quasiment interdit (Pologne).

"Je ne fais aucun lien" avec la "question de l'avortement", balaye-t-elle. "Qui peut reprocher à la Hongrie d'avoir doublé ses aides familiales entre 2010 et 2019 ?", souligne l'ancienne journaliste d'opinion, qui affichait ses positions anti-IVG quand elle travaillait pour le journal catholique intégriste Présent.

Le RN n'a pas encore arbitré quels textes il présenterait dans l'hémicycle le 12 janvier. Pour la première fois de son histoire, le parti va en effet défendre ses propositions lors d'une "niche" parlementaire, journée réservée à un groupe minoritaire à l'Assemblée.

Sauf surprise, elles seront rapidement rejetées par les autres groupes, mais le RN espère placer ses thèmes de prédilection à l'agenda politique.

"Il va falloir hiérarchiser", souligne la députée de Gironde Edwige Diaz, qui estime que deux sujets occupent actuellement la rentrée, "la crise énergétique et l'immigration, quand on voit l'échec du taux de réalisation d'OQTF (obligation de quitter le territoire français, en cas notamment de refus de délivrance de titre de séjour)".

Car tout en axant largement sa campagne présidentielle sur le pouvoir d'achat, Marine Le Pen avait placé la lutte contre la "submersion migratoire " en tête de son programme.

Avec comme proposition phare un référendum pour inscrire dans la Constitution la "priorité nationale" dans l'accès au logement social, à l'emploi et "réserver un certain nombre de prestations sociales aux Français".

Selon le constitutionnaliste Dominique Rousseau, de telles propositions conduiraient à une "sortie du cadre constitutionnel" actuel, aussi bien sur le fond par une "remise en cause radicale des grands principes d'égalité", que sur la forme, avec la volonté de Marine Le Pen de modifier la Constitution via son article 11 et un référendum direct, à rebours de la jurisprudence.

Quant au souhait de Marine Le Pen d'inscrire dans la Constitution la supériorité du droit français sur le droit européen et international, il équivaudrait à "sortir des engagements " signés par la France dans les traités et à "faire un Frexit" de facto, estime le juriste Serge Slama.

«S'affranchir de l'Histoire»

Premier parti d'opposition à l'Assemblée nationale depuis juin, le RN estime qu'il dispose désormais de figures à présenter aux Français pour un futur gouvernement en cas d'accession au pouvoir, "ce qui nous manquait jusqu'alors", estime Marine Le Pen, qui lie cette carence à son échec à la dernière présidentielle.

"Il y a des individualités qui se détachent, mais il leur manque encore de l'expertise technique", tempère le politologue, en faisant observer par ailleurs qu'"aucun gouvernement n'a fait l'impasse de puiser dans le vivier dans la société civile: là, il y a un manque".

Et, selon Jean-Yves Camus, c'est avant tout "par le travail législatif à l'Assemblée que le RN pourra montrer sa capacité à gouverner".

Enfin, si "le parti a incontestablement évolué", selon le politologue, a-t-il pleinement achevé sa "dédiabolisation", alors que Marine Le Pen a, après son père, accusé le pire score au second tour de la présidentielle sous la Vè République?

"Il est impossible de couper totalement à une filiation et le RN ne pourra jamais s'affranchir de l'Histoire. Après, on n'est jamais affilié à vie à ses débuts", estime Jean-Yves Camus.

Jusqu'à rassembler une majorité absolue d'électeurs? "A un moment donné, si vous labourez le sillon pendant 50 ans, avec une certaine ardeur", poursuit le chercheur, "vous pouvez arriver à la conjonction de la rencontre d'un homme, ou une femme, et d'un moment".


Deux Chinois inculpés en France, suspectés d'espionnage pour Pékin

Le président français Emmanuel Macron salue la foule en quittant l'université du Sichuan après une rencontre avec des étudiants à Chengdu, dans la province du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine, le 5 décembre 2025. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron salue la foule en quittant l'université du Sichuan après une rencontre avec des étudiants à Chengdu, dans la province du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine, le 5 décembre 2025. (AFP)
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  • Ces quatre suspects, interpellés fin janvier en Gironde (sud-ouest), ont été déférés notamment pour "livraison d'informations à une puissance étrangère" de nature "à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation"
  • A l'issue de leur inculpation, les deux ressortissants chinois ont été placés en détention provisoire, selon une source proche du dossier, les deux autres personnes ont été placées sous contrôle judiciaire

PARIS: Des données militaires sensibles sont au coeur du dossier: deux ressortissants chinois ainsi que deux autres personnes ont été inculpés jeudi à Paris pour espionnage présumé au profit de Pékin.

Ces quatre suspects, interpellés fin janvier en Gironde (sud-ouest), ont été déférés notamment pour "livraison d'informations à une puissance étrangère" de nature "à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation", décrit le parquet de Paris, sollicité par l'AFP.

Ces infractions présumées font encourir jusqu'à 15 ans de réclusion.

A l'issue de leur inculpation, les deux ressortissants chinois ont été placés en détention provisoire, selon une source proche du dossier, les deux autres personnes ont été placées sous contrôle judiciaire.

"Mon client a séjourné en France pour des raisons strictement professionnelles. Il conteste totalement les accusations formulées à son encontre et n'a aucun lien avec un quelconque service d'espionnage", a commenté auprès de l'AFP Me Baptiste Bellet, avocat de l'un des ressortissants chinois.

"L'information judiciaire confirmera la réalité de sa situation et établira son innocence", poursuit ce conseil.

Les défenseurs des autres mis en cause n'ont pu être joints dans l'immédiat par l'AFP.

Le parquet de Paris avait précisé mercredi que la venue des deux ressortissants chinois en France était destinée à "effectuer une mission de captation de données satellitaires du réseau Starlink et des données provenant d'entités d'importance vitale, notamment militaires, afin de les retransmettre à leur pays d'origine, la Chine".

L'enquête, dirigée par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris, a été confiée à la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure).

Le 30 janvier, la police a été avisée que deux personnes de nationalité chinoise étaient suspectées de procéder à des opérations de captation satellitaire depuis leur location sur la plateforme Airbnb en Gironde. A l'origine de l'affaire: des riverains avaient constaté le déploiement d'une parabole d'environ 2 mètres de diamètre, corrélée à une déconnexion internet.

Lors d'une perquisition menée le lendemain, les enquêteurs ont découvert "un système d'ordinateurs reliés à des antennes paraboliques permettant la captation de données satellitaires", qui a été saisi pour exploitation.

"Brouillage de fréquences" 

L'agence nationale des fréquences radios, requise, avait constaté "l'utilisation illégale de fréquences, l'utilisation non conforme d'équipements radio, le brouillage de fréquences, la détention illégale de dispositifs techniques de captation de données informatiques".

Le dispositif permettait "d'intercepter illégalement le flux descendant des satellites, notamment des échanges entre entités militaires d'importance vitale", avait souligné le parquet.

Ces deux Chinois avaient, pour leur demande de visa, déclaré travailler comme ingénieurs pour une entreprise spécialisée dans la recherche et le développement d'équipements et de systèmes de communication sans fil, selon le ministère public.

Cette entreprise coopère avec des universités établissant des projets à vocation militaire, selon la même source.

Deux autres personnes ont été interpellées lorsqu'elles se sont présentées dans le logement, suspectées d'avoir procédé à l'importation illégale du matériel, a précisé le parquet.

C'est donc une nouvelle affaire d'espionnage présumé au profit de la Chine en France. Mi-décembre, un enseignant-chercheur à l'institut d'ingénierie et de mécanique de Bordeaux, préfecture du département de la Gironde, avait été mis en examen, soupçonné d'ingérence au profit de la Chine en ayant fait pénétrer une délégation chinoise dans des zones sensibles interdites.

Ce professeur, laissé libre sous contrôle judiciaire, est poursuivi notamment pour "livraison d'information à une puissance étrangère", "intelligence avec une puissance étrangère" et "complicité d'intrusion dans un local ou terrain clos intéressant la défense nationale".

Plusieurs affaires d'espionnage en lien avec la Chine ont par ailleurs secoué l'Europe ces derniers mois.


A Paris, Grégoire veut être un maire «d'hyper-proximité», «différent» d'Hidalgo

Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à la mairie de Paris, a promis jeudi d’être un maire "différent" d'Anne Hidalgo, en "hyper-proximité" avec les Parisiens, s’érigeant en "rempart" contre la "spéculation" voulue, selon lui, par Rachida Dati. (AFP)
Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à la mairie de Paris, a promis jeudi d’être un maire "différent" d'Anne Hidalgo, en "hyper-proximité" avec les Parisiens, s’érigeant en "rempart" contre la "spéculation" voulue, selon lui, par Rachida Dati. (AFP)
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  • Il entend renforcer "considérablement" les prérogatives des maires d'arrondissements pour pouvoir "réorganiser l'ensemble du service public à l'échelle du quartier"
  • "Plus aucune grande décision ne sera prise sans les Parisiens", a-t-il assuré, évoquant la tenue de votations comme en a organisé Anne Hidalgo

PARIS: Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à la mairie de Paris, a promis jeudi d’être un maire "différent" d'Anne Hidalgo, en "hyper-proximité" avec les Parisiens, s’érigeant en "rempart" contre la "spéculation" voulue, selon lui, par Rachida Dati.

"Je serai un maire différent, les nouvelles attentes sont nombreuses et je porterai ces nouvelles priorités avec l'énergie et le style qui sont les miens", a déclaré celui qui fut pendant six ans le premier adjoint de l'édile socialiste sortante, en présentant son programme à la presse.

Bien que n'ayant "que des souvenirs merveilleux" de son mandat à l'Hôtel de ville, l'actuel député socialiste "assume une méthode de rupture" avec Anne Hidalgo, en froid avec son ancien dauphin qu'elle n'a soutenu que tardivement et du bout des lèvres.

Le candidat de la gauche unie non-mélenchoniste (écologistes, communistes, Place Publique et ex-Insoumis de L'Après), promet "hyper-proximité", "disponibilité" et "écoute permanente" avec les Parisiens s'il est élu en mars.

Il entend renforcer "considérablement" les prérogatives des maires d'arrondissements pour pouvoir "réorganiser l'ensemble du service public à l'échelle du quartier", à contre-pied selon lui du nouveau mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille, qui permet d'élire le maire directement sans passer par les maires de secteurs.

"Plus aucune grande décision ne sera prise sans les Parisiens", a-t-il assuré, évoquant la tenue de votations comme en a organisé Anne Hidalgo.

Dans chaque mairie, un guichet physique unique accompagnera les démarches administratives avec des "horaires élargis" qui s'appliqueront aussi aux bibliothèques et gymnases.

Contre les déserts médicaux, il prévoit de "mailler tous les quartiers en maisons de santé et cabinets de secteur 1".

Mille rues piétonnes seront aussi déployées dans la capitale, a indiqué le candidat qui détaillera son programme écologique la semaine prochaine.

"Notre socle, c'est le droit de vivre à Paris", a résumé l'aspirant maire de 48 ans, né en Seine-Saint-Denis, qui a longtemps vu la capitale comme une "promesse d'ascension sociale".

Le logement sera la "première des batailles", a-t-il insisté, rappelant son objectif de créer 60.000 logements sociaux et abordables, avec un "rééquilibrage à l'ouest", 4.000 hébergements d'urgence pour que "zéro enfant" ne dorme dans la rue l'hiver prochain.

"Dati a peur du débat" 

"Paris doit rester un modèle de mixité, elle n'appartient ni aux spéculateurs, ni aux plus riches", a-t-il cinglé à l'encontre de ses rivales à droite, Rachida Dati, candidate des LR et du MoDem, et Sarah Knafo (Reconquête).

"Rachida Dati et Sarah Knafo sont les deux faces d'une même pièce qui veut vendre Paris aux plus offrants, où la seule loi qui vaille est celle du marché", selon Emmanuel Grégoire.

Il craint notamment que "le travail des 71.000 associations qui aident les plus fragiles, et sont une structure invisible de notre action publique", soit "bradé" si Rachida Dati gagnait les élections.

"Paris a toujours été une ville refuge pour les ennemis des droites extrêmes et réactionnaires, et le restera. J'en serai le garant et le rempart", a-t-il développé.

Pour financer son programme, l'élu socialiste compte "maintenir un effort d'investissement soutenu, autour de 1,5 à 1,6 milliard d'euros par an". Il s'engage "à ne pas continuer à endetter la Ville au rythme de celui des dernières années, en gardant la capacité de désendettement à 12 ans en fin de mandature". La dette actuelle s'élève à 9,4 milliards d'euros et devrait s'élever à 9,7 milliards d'euros fin 2026.

Le candidat s'engage aussi à ne pas augmenter la taxe foncière, en hausse de 52% sous la mandature d'Anne Hidalgo.

Selon un sondage Cluster 17 pour Politico paru lundi, la liste conduite par Emmanuel Grégoire recueillerait 33% des suffrages exprimés, creusant l'écart avec Rachida Dati, créditée de 26% des intentions de vote.

Si l'actuelle ministre de la Culture a exclu de débattre avec ses opposants au premier tour, "c'est par peur, parce qu'elle est la moins armée sur les sujets parmi les candidats", a taclé le socialiste.


Jean-Noël Barrot au Proche-Orient: renforcer le rôle de la France dans le jeu régional

À travers cette tournée, la France entend rappeler qu’elle demeure un acteur engagé, porteur de messages de stabilité, de sécurité et de souveraineté étatique.  Selon une source diplomatique, le premier axe central de la visite est la lutte contre Daech, un enjeu partagé par la Syrie, l’Irak et le Kurdistan irakien. (AFP)
À travers cette tournée, la France entend rappeler qu’elle demeure un acteur engagé, porteur de messages de stabilité, de sécurité et de souveraineté étatique. Selon une source diplomatique, le premier axe central de la visite est la lutte contre Daech, un enjeu partagé par la Syrie, l’Irak et le Kurdistan irakien. (AFP)
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  • Selon une source diplomatique, le premier axe central de la visite est la lutte contre Daech, un enjeu partagé par la Syrie, l’Irak et le Kurdistan irakien
  • La récente crise au nord-est de la Syrie, marquée par des affrontements entre les autorités de Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS), a profondément modifié l’équation sécuritaire

PARIS: Sur fond de double crise régionale, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a entamé une tournée éclair au Proche-Orient, le conduisant successivement en Syrie, en Irak et au Liban, jusqu’à vendredi.

Il s’agit d’une séquence diplomatique dense, pensée comme une réponse française à une région sous tension, mais aussi d’une tentative de réaffirmer un rôle diplomatique autonome, à l’heure où l’omniprésence américaine menace de reléguer Paris à la marge des grands équilibres régionaux.

Le choix de ces trois pays n’a rien d’anodin, car tous sont directement exposés aux retombées de la recomposition sécuritaire du nord-est syrien, à la persistance de la menace djihadiste et, surtout, au risque d’escalade autour de l’Iran, qui pourrait embraser l’ensemble de la région.

À travers cette tournée, la France entend rappeler qu’elle demeure un acteur engagé, porteur de messages de stabilité, de sécurité et de souveraineté étatique.

Selon une source diplomatique, le premier axe central de la visite est la lutte contre Daech, un enjeu partagé par la Syrie, l’Irak et le Kurdistan irakien.

La récente crise au nord-est de la Syrie, marquée par des affrontements entre les autorités de Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS), a profondément modifié l’équation sécuritaire.

Jusqu’ici, les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde soutenue par la coalition internationale, constituaient le principal partenaire opérationnel dans la lutte contre l’organisation terroriste.

Mais l’accord conclu le 29 janvier entre Damas et les FDS, auquel la France a activement contribué par sa médiation, prévoit l’intégration progressive des forces et des institutions kurdes dans l’appareil étatique syrien.

Il s’agit là d’une évolution lourde de conséquences, car désormais Damas est appelé à devenir l’interlocuteur central dans la lutte antiterroriste au nord-est du pays.

Pour Paris, ce développement crée un risque, car non seulement la menace djihadiste demeure, mais l’architecture antiterroriste construite depuis plus de dix ans avec les FDS doit être entièrement repensée.

La source diplomatique estime que la sécurité des camps et des prisons abritant des détenus de Daech, la coordination opérationnelle et le partage du renseignement figurent parmi les dossiers sensibles que le ministre entend aborder avec les autorités syriennes, kurdes et irakiennes, en amont de la réunion de la coalition internationale prévue ce mois-ci à Riyad.

Le deuxième message concerne la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier, perçu à Paris comme une avancée politique majeure, mais encore fragile.

Il est vrai, indique la source, que le cessez-le-feu tient, mais la méfiance demeure entre des acteurs qui se sont affrontés militairement, et les risques de sabotages par des factions radicales existent de part et d’autre.

La France plaide pour une application complète et sincère de l’accord, conforme à sa vision d’une Syrie unie, mais respectueuse de sa pluralité ethnique, culturelle et religieuse.

À Damas, Jean-Noël Barrot doit rappeler qu’une stabilité durable passe par des garanties concrètes accordées à la composante kurde, en matière de sécurité, de droits politiques et de reconnaissance culturelle et éducative.

Forte de ses liens anciens avec les Kurdes syriens, forgés dans le combat contre Daech, la diplomatie française assume son rôle d’intermédiaire crédible, capable de faire passer des messages difficiles, tout en refusant de renier cette « fraternité d’armes » qui structure encore sa position dans la région.

Troisième pilier de la tournée : la crise avec l’Iran et le risque d’escalade militaire régionale.

L’Irak et le Liban figurent parmi les pays les plus vulnérables, en raison de la présence de puissants relais iraniens, à savoir certaines factions de la mobilisation populaire irakienne et le Hezbollah libanais.

À Bagdad comme à Beyrouth, Jean-Noël Barrot entend délivrer un message de réassurance stratégique. Si le Liban a déjà été entraîné dans la spirale régionale en 2024, l’Irak, jusqu’ici, est parvenu à éviter l’engrenage.

Paris souhaite aider ses partenaires à préserver cette fragile stabilité, tout en soulignant les dangers d’une instrumentalisation de leurs territoires par des acteurs extérieurs.

La dernière étape libanaise constitue le temps fort de la tournée et sera largement consacrée à la préparation de la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises, prévue le 5 mars à Paris, sous l’égide du « quintet » (France, États-Unis, Arabie saoudite, Qatar, Égypte).

L’objectif est clair : renforcer l’armée libanaise afin qu’elle puisse assurer la souveraineté de l’État et progresser vers le monopole légitime des armes, conformément au plan « Nation Shield ».

Dans un contexte régional explosif, la question du désarmement du Hezbollah reste hautement sensible, mais Paris estime qu’une fenêtre d’opportunité existe, alors que l’Iran apparaît affaibli.

La France souligne les premiers résultats du déploiement de l’armée libanaise dans le sud du pays, longtemps laissé aux seules forces des Nations unies (Finul), ainsi que le renforcement des contrôles aux frontières, au port et à l’aéroport de Beyrouth. Un processus lent, estime la source, mais indispensable pour restaurer l’autorité de l’État.

Au-delà du sécuritaire, Paris entend aussi rappeler l’urgence des réformes économiques et financières.

À ce niveau, le vote par le gouvernement libanais du projet de loi sur la répartition des pertes, considéré comme une étape clé vers un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), est salué comme un acte de courage politique.

Mais sans restructuration du secteur bancaire, aucun redressement n’est possible, martèle Paris, qui plaide pour des réformes imparfaites mais concrètes, plutôt que pour un statu quo stérile.

Cette tournée traduit, au fond, une ambition plus large : maintenir la France dans le jeu régional, malgré la domination américaine sur les dossiers les plus sensibles, en renforçant sa position de médiatrice en Syrie, de partenaire stratégique en Irak et de pilier historique au Liban.