La montée du racisme et de l’islamophobie ternissent l’image du Canada

Des Canadiens se dirigent vers la mosquée de London en Ontario, le 11 juin 2021, pour exiger de mettre fin à la vague de haine, après que quatre membres d’une famille musulmane ont été tués par un homme au volant d’une camionnette. (AFP)
Des Canadiens se dirigent vers la mosquée de London en Ontario, le 11 juin 2021, pour exiger de mettre fin à la vague de haine, après que quatre membres d’une famille musulmane ont été tués par un homme au volant d’une camionnette. (AFP)
Les gens défilent au centre-ville de Montréal au Québec, lors d’une manifestation contre le racisme anti-asiatique le 21 mars 2021. (AFP)
Les gens défilent au centre-ville de Montréal au Québec, lors d’une manifestation contre le racisme anti-asiatique le 21 mars 2021. (AFP)
Les opposants à la législation gouvernementale ciblant l’islamophobie agitent des drapeaux canadiens lors d’un rassemblement à Toronto. (Reuters)
Les opposants à la législation gouvernementale ciblant l’islamophobie agitent des drapeaux canadiens lors d’un rassemblement à Toronto. (Reuters)
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Publié le Lundi 10 octobre 2022

La montée du racisme et de l’islamophobie ternissent l’image du Canada

  • L’image exemplaire du Canada est ternie par un point noir qui s’infiltre lentement au sein de l’opinion publique, au moment où les actes discriminatoires, islamophobes, antisémites et racistes sont à la hausse
  • Bien que les musulmans canadiens aient salué les accusations dénonçant les auteurs de l’attaque contre le réfugié syrien de 15 ans, ils affirment que beaucoup reste encore à faire afin que la réalité du Canada soit conforme à son image irréprochable

DUBAÏ/RIYAD: On dit souvent que «le racisme au Canada est inexistant» pour mettre en valeur la nature tolérante et agréable du Canada. Cependant, une série de crimes motivés par la haine, de meurtres de masse et de racisme contre les ethnies porte atteinte à l’image parfaite de la nation.

Le site Web officiel du gouvernement du Canada indique que la diversité et l’inclusion sont les pierres angulaires de l’identité canadienne – une source de force sociale et économique. L’image des Canadiens aux yeux du monde est avant tout positive, chaleureuse, généreuse, polie. Ils disent toujours « S’il vous plaît », « merci » et « désolé.e ». Le Legatum Institute, basé à Londres, a également classé le pays comme le plus tolérant au monde en 2015.

Cependant, l’image exemplaire du Canada est ternie par un point noir qui s’infiltre lentement au sein de l’opinion publique, au moment où les actes discriminatoires, islamophobes, antisémites et racistes sont à la hausse.

Des milliers de personnes manifestent contre la haine après une attaque mortelle contre une famille musulmane en 2021. (AFP)
Des milliers de personnes manifestent contre la haine après une attaque mortelle contre une famille musulmane en 2021. (AFP)

La semaine dernière, six jeunes Canadiens ont été accusés de multiples crimes motivés par la haine après avoir agressé un jeune réfugié syrien. L’agression, enregistrée sur vidéo et largement partagée sur les réseaux sociaux, s’est produite le 8 septembre près de l’établissement d’enseignement secondaire Gloucester à Ottawa. Dans la vidéo, on voit l’orphelin syrien de 15 ans entouré d’autres jeunes garçons. L’un d’eux lui arrache son collier, puis il est poussé au sol et frappé à coups de poing et de pied.

Les six personnes font face à des accusations, notamment de vol, de complot en vue de commettre un acte criminel et d’intimidation.

En apparence, le Canada a une politique d’accueil favorable aux réfugiés. Environ un cinquième de la population du pays est née à l’étranger et le Canada a accueilli plus d’un million de réfugiés depuis 1980, selon le HCR.

En 2017, le Canada, ami des immigrants, a transformé son stade olympique de Montréal en abri pour des centaines de réfugiés qui ont traversé la frontière canado-américaine pour demander l’asile. (Images Getty /AFP)
En 2017, le Canada, ami des immigrants, a transformé son stade olympique de Montréal en abri pour des centaines de réfugiés qui ont traversé la frontière canado-américaine pour demander l’asile. (Images Getty /AFP)

Cependant, tous les Canadiens ne sont pas aussi accueillants envers les réfugiés, en particulier lorsqu’il s’agit de ceux du Moyen-Orient. Un sondage réalisé en mai 2022 par l’institut Angus Reid révèle que seulement 35% des Canadiens sont disposés à accueillir un plus grand nombre de réfugiés en provenance d’Afghanistan et seulement 31% sont favorables à l’arrivée des Syriens dans le pays.

L’attaque contre le jeune Syrien est loin d’être un incident isolé et la dernière décennie a été témoin d’une augmentation de l’intolérance envers les musulmans au Canada. En septembre 2014, plusieurs étudiants musulmans de l’université Queen’s de l’Ontario ont été agressés par des hommes proférant des insultes raciales. En mai 2016, un étudiant d’origine iranienne de l’université Western en Ontario a été agressé par une personne qui l’a traité d’ « Arabe ».

En janvier 2017, un homme armé a attaqué le Centre culturel islamique de Québec, faisant six morts et dix-neuf blessés. Trois ans plus tard, un bénévole de l’International Muslim Organization a été poignardé à Toronto.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau s’est joint aux personnes en deuil lors d’une cérémonie funéraire pour trois des victimes de la fusillade mortelle au Centre culturel islamique de Québec à Montréal, le 2 février 2017. (AFP)
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau s’est joint aux personnes en deuil lors d’une cérémonie funéraire pour trois des victimes de la fusillade mortelle au Centre culturel islamique de Québec à Montréal, le 2 février 2017. (AFP)

De nombreuses femmes musulmanes portant le voile ont également été victimes d’agressions verbales et physiques. En décembre 2020, deux femmes musulmanes portant le voile ont été agressées verbalement et physiquement par un homme à Edmonton.

L’année dernière, toute une famille – Talat Afzaal, 77 ans, son fils, Salman, 46 ans, sa femme, Madiha, 44 ans, Yumna, 15 ans et Fayez, 9 ans – a été renversée par une camionnette à London, en Ontario. Tous les membres de la famille, sauf Fayez, sont morts et la police a déclaré plus tard que l’agresseur avait des motivations islamophobes.

Les personnes en deuil et les partisans se rassemblent pour les funérailles publiques des membres de la famille Afzaal au Centre islamique du sud-ouest de l’Ontario le 12 juin 2021 à London, au Canada. (Images Getty /AFP)
Les personnes en deuil et les partisans se rassemblent pour les funérailles publiques des membres de la famille Afzaal au Centre islamique du sud-ouest de l’Ontario le 12 juin 2021 à London, au Canada. (Images Getty /AFP)

En mars, les fidèles du centre islamique Dar al-Tawheed ont été choqués de voir un homme faire irruption dans la mosquée et pulvériser du gaz poivré sur les vingt fidèles, mais ils n’ont pas tardé à maîtriser l’agresseur armé d'une hachette.

L’agence gouvernementale Statistique Canada a mené une étude en août 2022, révélant que le nombre d’attaques islamophobes documentées est passé de 84 en 2020 à 144 en 2021.

Dans de nombreux cas, des femmes musulmanes portant le voile ont été agressées physiquement ou verbalement. (AFP)
Dans de nombreux cas, des femmes musulmanes portant le voile ont été agressées physiquement ou verbalement. (AFP)

Les attaques racistes et xénophobes au Canada peuvent être justifiées dans l’esprit de ceux qui ont tendance à commettre des crimes motivés par la haine en raison des politiques du gouvernement canadien. Depuis 2010, les gouvernements locaux et nationaux ont tenté de mettre en œuvre des lois interdisant le port du voile. En 2017, l’Assemblée nationale du Québec a adopté une loi interdisant les habits religieux qui couvrent le visage lors de la prestation ou de la réception de services de l’État, ce qui signifie essentiellement que les femmes qui portent le niqab ou la burqa ne peuvent plus travailler dans les bureaux du gouvernement ni même utiliser les transports en commun.

Des sondages menés en 2017 par Ipsos et l’institut Angus Reid révèlent que 76% des Québécois et 70% des Canadiens hors Québec soutiennent la loi ou une loi similaire.                                                                         

Bien que les musulmans soient le groupe le plus détesté au Canada (par 28% des Canadiens, selon le sondage Forum de 2016), ils ne sont pas les seules victimes de la vague de haine qui secoue le pays. Le nombre de crimes motivés par la haine est passé de 2 646 en 2020 à 3 360 en 2021, selon Statistique Canada et les attaques ciblant les juifs ont augmenté de 47% au cours de la même période.

Le discours haineux s’est même propagé au-delà des minorités religieuses et des personnes nées à l’étranger. Bien que les États-Unis aient souvent été pointés du doigt pour leur traitement horrible des Amérindiens – appelés les Premières Nations au Canada – le bilan du Canada n’est guère meilleur. L’année dernière, une fosse commune contenant 215 enfants autochtones, dont certains n’avaient que trois ans, a été découverte sur le site du pensionnat indien de Kamloops, en Colombie-Britannique.

Le « génocide culturel », décrit par une Commission nationale de vérité et réconciliation, créée dans le cadre des excuses présentées par le gouvernement concernant les écoles, est un chapitre noir de l’histoire canadienne.

Les peuples autochtones du Canada ont beaucoup souffert dans ces écoles. Nombre d’entre eux ont été victimes d’abus mentaux, physiques et sexuels alors que les enseignants tentaient de les intégrer, les forçant à se convertir au christianisme et leur interdisant d’utiliser leurs noms et leur langue autochtones ou de porter des vêtements traditionnels. Plusieurs milliers de personnes sont également mortes faute de soins médicaux adéquats.

Bien que des décennies se soient écoulées depuis la fermeture des derniers pensionnats indiens et que le site Web du gouvernement du Canada déclare qu’il soutient « le droit des peuples autochtones à l’autodétermination, y compris le droit de poursuivre librement leur développement économique, politique, social et culturel », les membres des Premières Nations au Canada continuent d’être victimisés.

Lors de sa tournée au Canada en juillet dernier, le pape François a présenté ses excuses aux peuples autochtones du Canada pour les décennies d’abus dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique. (Images Getty /AFP)
Lors de sa tournée au Canada en juillet dernier, le pape François a présenté ses excuses aux peuples autochtones du Canada pour les décennies d’abus dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique. (Images Getty /AFP)

Au Canada – un État colonial –, le racisme systémique est profondément enraciné dans les politiques et les pratiques du pays. Cela signifie que les systèmes ont été conçus pour que  les colons blancs puissent en tirer profit, tout en désavantageant les populations indigènes qui y vivaient avant le colonialisme.

Selon Statistique Canada, plus du tiers des personnes victimes de violence sexuelle ou physique pendant qu’elles étaient prises en charge par le gouvernement étaient autochtones. Selon un rapport de Human Rights Watch publié en 2013, des centaines de femmes et de filles autochtones ont été assassinées ou portées disparues à travers le pays au cours des dernières décennies. Le rapport a également documenté au moins dix incidents au cours desquels la politique canadienne a violé les droits des femmes et des filles autochtones.

L’image du Canada en tant que nation tolérante est démentie par le fort courant sous-jacent de haine et d’intolérance, qui n’a fait qu’augmenter dans le pays. En 2017, le 42e Parlement canadien a adopté la motion 103, qui stipule que les députés de la Chambre des communes appellent le gouvernement du Canada à condamner l’islamophobie et à mener des études sur la façon de réduire le racisme et la discrimination.

Des manifestants canadiens anti-islamophobie défilent à Montréal le 28 mars 2015 contre des partisans du groupe anti-islam Pegida basé en Allemagne. (AFP)
Des manifestants canadiens anti-islamophobie défilent à Montréal le 28 mars 2015 contre des partisans du groupe anti-islam Pegida basé en Allemagne. (AFP)

Bien que le projet de loi ait été adopté, il a suscité de nombreuses protestations, des groupes anti-musulmans et d’extrême droite s’étant alliés pour s’y opposer. La députée qui a présenté le projet de loi, Iqra Khalid, aurait reçu des dizaines de milliers d’e-mails motivés par la haine après l’avoir proposé.

L’année dernière, le gouvernement canadien a organisé un sommet national sur l’islamophobie et fait part de son intention de déclarer le 29 janvier comme journée du souvenir de l’attaque contre la mosquée de Québec.

Bien que les musulmans canadiens aient salué les accusations dénonçant les auteurs de l’attaque contre le réfugié syrien de 15 ans, ils affirment que beaucoup reste encore à faire afin que la réalité du Canada soit conforme à son image irréprochable.

S’adressant à CBC Canada en septembre de l’année dernière, l’ancien PDG du Conseil national des musulmans canadiens, Mustafa Farooq, déclare: «Ce que les Canadiens doivent garder à l’esprit, c’est que ces politiques ne sont malheureusement qu’une goutte d’eau en termes de résolution réelle du problème.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Séisme en Turquie et Syrie: 23 millions de personnes pourraient être touchées, selon l'OMS

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, s'exprime lors d'une conférence de presse au siège de l'OMS à Genève, en Suisse, le 14 décembre 2022. (Fichier/AP)
Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, s'exprime lors d'une conférence de presse au siège de l'OMS à Genève, en Suisse, le 14 décembre 2022. (Fichier/AP)
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  • «Les cartes des événements montrent que 23 millions de personnes sont potentiellement exposées, dont environ 5 millions de personnes vulnérables», a déclaré une responsable de l'Organisation mondiale de la santé
  • «L'OMS connaît la forte capacité de réponse de la Turquie et considère que les principaux besoins non satisfaits pourraient se situer en Syrie dans l'immédiat et à moyen terme», a-t-elle ajouté

GENEVE : Quelque 23 millions de personnes pourraient être touchées par les séismes qui ont secoué le Sud-Est de la Turquie et le Nord de la Syrie, a indiqué mardi l'OMS, promettant son soutien sur le long terme après l'envoi d'aide d'urgence.

"Les cartes des événements montrent que 23 millions de personnes sont potentiellement exposées, dont environ 5 millions de personnes vulnérables", a déclaré une responsable de l'Organisation mondiale de la santé, Adelheid Marschang, lors d'une réunion régulière du Conseil exécutif de l'organisation.

"L'OMS connaît la forte capacité de réponse de la Turquie et considère que les principaux besoins non satisfaits pourraient se situer en Syrie dans l'immédiat et à moyen terme", a-t-elle ajouté.

Le séisme, suivi de puissantes répliques, a tué plus de 5 000 morts en Turquie et en Syrie, faisant également des milliers de blessés et de sans abri par un froid glacial, mais le bilan est encore provisoire.

"L'acheminement de l'aide par la frontière vers le nord-ouest de la Syrie risque d'être ou est déjà perturbé en raison des dégâts causés par le tremblement de terre. En soi, cela constitue déjà une énorme crise", a relevé Mme Marschang.

A ses côtés, le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a d'abord appelé à observer une minute de silence pour les victimes.

"Nous travaillerons en étroite collaboration avec tous les partenaires pour soutenir les autorités de Turquie et de Syrie, dans les heures et les jours critiques à venir, ainsi que dans les mois et les années à venir, alors que les deux pays se rétablissent et se reconstruisent", a-t-il ensuite dit.

Il a annoncé l'envoi de "trois vols charters dans les deux pays" avec des matériels médicaux, y compris des trousses chirurgicales, depuis la plateforme logistique humanitaire de Dubaï.

"Nous mobilisons des matériels d'urgence et nous avons activé le réseau d'équipes médicales d'urgence de l'OMS pour fournir des soins de santé essentiels aux blessés et aux personnes les plus vulnérables", a-t-il ajouté.

Le Dr Tedros a également expliqué qu'une cartographie des dommages est en cours, afin de comprendre où l'OMS doit concentrer son attention.

"C'est maintenant une course contre la montre. Chaque minute, chaque heure qui passe, les chances de retrouver des survivants vivants diminuent", a-t-il affirmé, se disant "particulièrement préoccupé par les zones où nous n'avons pas encore d'informations".

"Les répliques sismiques, la rigueur des conditions hivernales, les dégâts causés aux routes, à l'alimentation électrique, aux communications et aux autres infrastructures continuent d'entraver l'accès et les autres opérations de recherche et de sauvetage", a souligné le chef de l'OMS


Lavrov arrive au Mali en pleine idylle entre Bamako et Moscou

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et son homologue malien, Abdoulaye Diop, tiennent une conférence de presse conjointe à l'issue de leur rencontre à Moscou, le 20 mai 2022. (AFP).
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et son homologue malien, Abdoulaye Diop, tiennent une conférence de presse conjointe à l'issue de leur rencontre à Moscou, le 20 mai 2022. (AFP).
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  • Sergueï Lavrov sera reçu mardi par le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta. Des discussions avec M. Diop et une conférence de presse sont également programmées
  • La visite de M. Lavrov dans ce pays en proie à la violence djihadiste et à une profonde crise multidimensionnelle doit durer moins de 24 heures et concrétise le rapprochement opéré par les colonels maliens depuis 2021

BAMAKO : Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov est arrivé tôt mardi au Mali, en pleine idylle sécuritaire et politique entre Moscou et la junte au pouvoir à Bamako, a constaté un correspondant de l'AFP.

M. Lavrov, qui se trouvait lundi en Irak, a été accueilli à sa descente d'avion vers 1H30 (locales et GMT) par son homologue Abdoulaye Diop. Les deux hommes n'ont pas fait de déclaration aux journalistes.

M. Lavrov sera reçu mardi par le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta. Des discussions avec M. Diop et une conférence de presse sont également programmées.

La visite de M. Lavrov dans ce pays en proie à la violence djihadiste et à une profonde crise multidimensionnelle doit durer moins de 24 heures et concrétise le rapprochement opéré par les colonels maliens depuis 2021, en même temps qu'ils rompaient l'alliance militaire avec la France et ses partenaires.

Si des ministres maliens se sont rendus à plusieurs reprises à Moscou depuis, la venue de M. Lavrov est présentée par les autorités maliennes comme la "première du genre".

Sa visite "matérialise la volonté ferme" des présidents Assimi Goïta et Vladimir Poutine "d'impulser une nouvelle dynamique" à leur coopération dans les domaines de la défense et de la sécurité ainsi qu'au niveau économique, ont indiqué les Affaires étrangères maliennes.

Les militaires qui ont pris le pouvoir par la force en 2020 au Mali et ont consolidé leur emprise par un second putsch en 2021 ont fait de la Russie leur principal allié contre les djihadistes.

L'arrivée de combattants liés à la Russie sur le sol malien a été rapportée dès la fin 2021. Ils seraient des centaines à combattre aux côtés des soldats maliens.

Les autorités maliennes les présentent comme des instructeurs dépêchés au nom d'une coopération historique d'Etat à Etat. Elles revendiquent leur présence comme l'expression d'une liberté de choix stratégique dont la junte a fait son mantra avec la défense de la souveraineté.

Les Occidentaux et des organisations de défense des droits disent, eux, qu'il s'agit de mercenaires de la société russe Wagner, aux agissements décriés ailleurs en Afrique ou en Ukraine.

Le Mali a par ailleurs réceptionné à différentes reprises des avions et hélicoptères de guerre livrés par la Russie.

Le bilan de ce changement de pied stratégique est sujet à controverse.

Les autorités maliennes assurent avoir inversé la dynamique contre les djihadistes.

L'ONU dresse, elle, un bilan plus sombre. Des nouvelles alarmantes remontent depuis des mois des régions de Tombouctou, Gao et Ménaka (nord et nord-est) où les combats entre djihadistes et groupes armés causent de nombreuses victimes civiles et provoquent des déplacements massifs.

Stratégie d'influence

M. Lavrov arrive au Mali alors que l'ex-rébellion touarègue et des groupes armés qui ont signé en 2015 un important accord de paix avec l'Etat central ont suspendu leur participation à cet accord.

Les nouveaux alliés de l'armée malienne font l'objet d'accusations répétées d'exactions contre les populations civiles, de la part d'organisations de défense des droits et de témoins.

Moins de 48 heures avant l'arrivée de M. Lavrov, la junte a annoncé l'expulsion du chef de la division des droits de l'Homme de la mission de l'ONU (Minusma).

Ce nouveau coup porté à la relation avec la Minusma intervient après un discours prononcé par une défenseure malienne des droits humains devant le Conseil de sécurité. Elle dressait un tableau sombre de la sécurité et dénonçait l'implication, selon elle, des nouveaux alliés russes dans de graves violations.

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a demandé à la junte d'"annuler sans délai cette décision regrettable". "Le personnel des Nations unies ne doit jamais être menacé ou sanctionné pour avoir fait son travail, qui est basé sur la Charte des Nations unies", a déclaré Volker Türk dans un communiqué.

Au-delà du Mali, la visite de M. Lavrov s’inscrit dans une stratégie d'influence sur l'ensemble du continent, où de nombreux pays se sont gardés de condamner l'invasion russe de l'Ukraine. M. Lavrov a effectué en janvier sa deuxième tournée en Afrique en six mois. L'Afrique, terrain d'une âpre concurrence économique et politique entre grandes puissances, est en même temps le théâtre d'une offensive diplomatique américaine.


La Corée du Nord annonce «l'élargissement et l'intensification» de ses exercices militaires

Cette photo prise le 6 février 2023 et publiée par l'agence de presse officielle de la Corée du Nord, Korean Central News Agency (KCNA), le 7 février 2023, montre le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un (au centre) participant à la 4e réunion de la 8e Commission militaire centrale du Parti des travailleurs de Corée à Pyongyang. (PHOTO AFP/KCNA VIA KNS)
Cette photo prise le 6 février 2023 et publiée par l'agence de presse officielle de la Corée du Nord, Korean Central News Agency (KCNA), le 7 février 2023, montre le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un (au centre) participant à la 4e réunion de la 8e Commission militaire centrale du Parti des travailleurs de Corée à Pyongyang. (PHOTO AFP/KCNA VIA KNS)
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  • A l'ordre du jour, figurait «l'élargissement et l'intensification constants des opérations et des exercices de combat de l'Armée populaire coréenne (...) afin de strictement perfectionner la préparation à la guerre»
  • En parallèle, des images satellites privées suggèrent que «des préparatifs importants en vue d'une parade» militaire sont en cours dans la capitale Pyongyang, en amont de fêtes nationales qui auront lieu en février

SÉOUL : L'armée nord-coréenne a déclaré qu'elle allait étendre et intensifier ses exercices militaires en vue de "la préparation à la guerre", ont rapporté mardi les médias d'Etat, à l'approche d'une importante parade militaire.

Cet engagement a été pris lors d'une réunion tenue lundi sous la direction du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, à la suite d'exercices aériens conjoints de la Corée du Sud et des Etats-Unis la semaine passée.

A l'ordre du jour, figurait "l'élargissement et l'intensification constants des opérations et des exercices de combat de l'Armée populaire coréenne (...) afin de strictement perfectionner la préparation à la guerre", selon l'agence officielle KCNA.

En parallèle, des images satellites privées suggèrent que "des préparatifs importants en vue d'une parade" militaire sont en cours dans la capitale Pyongyang, en amont de fêtes nationales qui auront lieu en février.

Le 8 février, la Corée du Nord célèbre l'anniversaire de la fondation de ses forces armées, et le 16 février, l'anniversaire de Kim Jong Il, père et prédécesseur de l'actuel leader nord-coréen, Kim Jong Un.

L'état-major inter-armées sudcoréen a déclaré mardi surveiller de près les zones entourant le terrain d'entraînement militaire de Pyongyang, ajoutant y avoir constaté une "forte augmentation du personnel et des véhicules" ces derniers jours.

Ballon nord-coréen

La semaine dernière, Séoul et Washington ont organisé des exercices aériens avec des bombardiers stratégiques et des avions de chasse furtifs, provoquant la colère de Pyongyang, qui a déclaré que de telles manœuvres pourraient "déclencher une confrontation totale".

Cette démonstration de force des deux puissances alliées intervient après que le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, et son homologue sud-coréen ont annoncé une coopération accrue en matière de sécurité face à Pyongyang.

Pour la Corée du Nord, qui perçoit ces manœuvres aériennes comme des répétitions en vue d'une invasion de son territoire, la décision de Séoul et Washington d'intensifier leurs exercices conjoints a franchi "une ligne rouge extrême", a déclaré le ministre nord-coréen des Affaires étrangères.

Le ministère de la Défense sud-coréen a déclaré lundi qu'un ballon nord-coréen avait traversé son espace aérien au cours du week-end, mais a conclu qu'il ne représentait pas une menace.

Il s'agirait d'un ballon météorologique, a rapporté l'agence de presse Yonhap qui cite des responsables. Le ministère de la Défense a déclaré avoir pris des "mesures" sans donner plus de détails.

Samedi, Washington a abattu un ballon de surveillance chinois présumé, Pékin affirmant qu'il s'agissait d'un engin civil qui avait accidentellement pénétré dans l'espace aérien américain.

Renforcer l'armée

Selon Hong Min, chercheur à l'Institut coréen pour l'unification nationale, un organisme de recherche basé à Séoul, la réunion de lundi des gradés nord-coréens visait à souligner que le pays était prêt à faire face aux prochains exercices militaires conjoints et à la guerre.

Yang Moo-jin, professeur à l'Université d'études nord-coréennes de Séoul, a ajouté que la réunion signalait la détermination de Pyongyang à "renforcer agressivement son armée".

Le dirigeant nord-coréen avait appelé début janvier à une "augmentation exponentielle de l'arsenal nucléaire" de la Corée du Nord, incluant la production en masse d'armes nucléaires tactiques et le développement de nouveaux missiles balistiques intercontinentaux (ICBM).

Kim Jong Un a également déclaré que son pays devait "renforcer massivement (sa) force militaire" en 2023 en réponse "aux manoeuvres militaires inquiétantes des Etats-Unis et d'autres forces hostiles".