La montée du racisme et de l’islamophobie ternissent l’image du Canada

Des Canadiens se dirigent vers la mosquée de London en Ontario, le 11 juin 2021, pour exiger de mettre fin à la vague de haine, après que quatre membres d’une famille musulmane ont été tués par un homme au volant d’une camionnette. (AFP)
Des Canadiens se dirigent vers la mosquée de London en Ontario, le 11 juin 2021, pour exiger de mettre fin à la vague de haine, après que quatre membres d’une famille musulmane ont été tués par un homme au volant d’une camionnette. (AFP)
Les gens défilent au centre-ville de Montréal au Québec, lors d’une manifestation contre le racisme anti-asiatique le 21 mars 2021. (AFP)
Les gens défilent au centre-ville de Montréal au Québec, lors d’une manifestation contre le racisme anti-asiatique le 21 mars 2021. (AFP)
Les opposants à la législation gouvernementale ciblant l’islamophobie agitent des drapeaux canadiens lors d’un rassemblement à Toronto. (Reuters)
Les opposants à la législation gouvernementale ciblant l’islamophobie agitent des drapeaux canadiens lors d’un rassemblement à Toronto. (Reuters)
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Publié le Lundi 10 octobre 2022

La montée du racisme et de l’islamophobie ternissent l’image du Canada

  • L’image exemplaire du Canada est ternie par un point noir qui s’infiltre lentement au sein de l’opinion publique, au moment où les actes discriminatoires, islamophobes, antisémites et racistes sont à la hausse
  • Bien que les musulmans canadiens aient salué les accusations dénonçant les auteurs de l’attaque contre le réfugié syrien de 15 ans, ils affirment que beaucoup reste encore à faire afin que la réalité du Canada soit conforme à son image irréprochable

DUBAÏ/RIYAD: On dit souvent que «le racisme au Canada est inexistant» pour mettre en valeur la nature tolérante et agréable du Canada. Cependant, une série de crimes motivés par la haine, de meurtres de masse et de racisme contre les ethnies porte atteinte à l’image parfaite de la nation.

Le site Web officiel du gouvernement du Canada indique que la diversité et l’inclusion sont les pierres angulaires de l’identité canadienne – une source de force sociale et économique. L’image des Canadiens aux yeux du monde est avant tout positive, chaleureuse, généreuse, polie. Ils disent toujours « S’il vous plaît », « merci » et « désolé.e ». Le Legatum Institute, basé à Londres, a également classé le pays comme le plus tolérant au monde en 2015.

Cependant, l’image exemplaire du Canada est ternie par un point noir qui s’infiltre lentement au sein de l’opinion publique, au moment où les actes discriminatoires, islamophobes, antisémites et racistes sont à la hausse.

Des milliers de personnes manifestent contre la haine après une attaque mortelle contre une famille musulmane en 2021. (AFP)
Des milliers de personnes manifestent contre la haine après une attaque mortelle contre une famille musulmane en 2021. (AFP)

La semaine dernière, six jeunes Canadiens ont été accusés de multiples crimes motivés par la haine après avoir agressé un jeune réfugié syrien. L’agression, enregistrée sur vidéo et largement partagée sur les réseaux sociaux, s’est produite le 8 septembre près de l’établissement d’enseignement secondaire Gloucester à Ottawa. Dans la vidéo, on voit l’orphelin syrien de 15 ans entouré d’autres jeunes garçons. L’un d’eux lui arrache son collier, puis il est poussé au sol et frappé à coups de poing et de pied.

Les six personnes font face à des accusations, notamment de vol, de complot en vue de commettre un acte criminel et d’intimidation.

En apparence, le Canada a une politique d’accueil favorable aux réfugiés. Environ un cinquième de la population du pays est née à l’étranger et le Canada a accueilli plus d’un million de réfugiés depuis 1980, selon le HCR.

En 2017, le Canada, ami des immigrants, a transformé son stade olympique de Montréal en abri pour des centaines de réfugiés qui ont traversé la frontière canado-américaine pour demander l’asile. (Images Getty /AFP)
En 2017, le Canada, ami des immigrants, a transformé son stade olympique de Montréal en abri pour des centaines de réfugiés qui ont traversé la frontière canado-américaine pour demander l’asile. (Images Getty /AFP)

Cependant, tous les Canadiens ne sont pas aussi accueillants envers les réfugiés, en particulier lorsqu’il s’agit de ceux du Moyen-Orient. Un sondage réalisé en mai 2022 par l’institut Angus Reid révèle que seulement 35% des Canadiens sont disposés à accueillir un plus grand nombre de réfugiés en provenance d’Afghanistan et seulement 31% sont favorables à l’arrivée des Syriens dans le pays.

L’attaque contre le jeune Syrien est loin d’être un incident isolé et la dernière décennie a été témoin d’une augmentation de l’intolérance envers les musulmans au Canada. En septembre 2014, plusieurs étudiants musulmans de l’université Queen’s de l’Ontario ont été agressés par des hommes proférant des insultes raciales. En mai 2016, un étudiant d’origine iranienne de l’université Western en Ontario a été agressé par une personne qui l’a traité d’ « Arabe ».

En janvier 2017, un homme armé a attaqué le Centre culturel islamique de Québec, faisant six morts et dix-neuf blessés. Trois ans plus tard, un bénévole de l’International Muslim Organization a été poignardé à Toronto.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau s’est joint aux personnes en deuil lors d’une cérémonie funéraire pour trois des victimes de la fusillade mortelle au Centre culturel islamique de Québec à Montréal, le 2 février 2017. (AFP)
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau s’est joint aux personnes en deuil lors d’une cérémonie funéraire pour trois des victimes de la fusillade mortelle au Centre culturel islamique de Québec à Montréal, le 2 février 2017. (AFP)

De nombreuses femmes musulmanes portant le voile ont également été victimes d’agressions verbales et physiques. En décembre 2020, deux femmes musulmanes portant le voile ont été agressées verbalement et physiquement par un homme à Edmonton.

L’année dernière, toute une famille – Talat Afzaal, 77 ans, son fils, Salman, 46 ans, sa femme, Madiha, 44 ans, Yumna, 15 ans et Fayez, 9 ans – a été renversée par une camionnette à London, en Ontario. Tous les membres de la famille, sauf Fayez, sont morts et la police a déclaré plus tard que l’agresseur avait des motivations islamophobes.

Les personnes en deuil et les partisans se rassemblent pour les funérailles publiques des membres de la famille Afzaal au Centre islamique du sud-ouest de l’Ontario le 12 juin 2021 à London, au Canada. (Images Getty /AFP)
Les personnes en deuil et les partisans se rassemblent pour les funérailles publiques des membres de la famille Afzaal au Centre islamique du sud-ouest de l’Ontario le 12 juin 2021 à London, au Canada. (Images Getty /AFP)

En mars, les fidèles du centre islamique Dar al-Tawheed ont été choqués de voir un homme faire irruption dans la mosquée et pulvériser du gaz poivré sur les vingt fidèles, mais ils n’ont pas tardé à maîtriser l’agresseur armé d'une hachette.

L’agence gouvernementale Statistique Canada a mené une étude en août 2022, révélant que le nombre d’attaques islamophobes documentées est passé de 84 en 2020 à 144 en 2021.

Dans de nombreux cas, des femmes musulmanes portant le voile ont été agressées physiquement ou verbalement. (AFP)
Dans de nombreux cas, des femmes musulmanes portant le voile ont été agressées physiquement ou verbalement. (AFP)

Les attaques racistes et xénophobes au Canada peuvent être justifiées dans l’esprit de ceux qui ont tendance à commettre des crimes motivés par la haine en raison des politiques du gouvernement canadien. Depuis 2010, les gouvernements locaux et nationaux ont tenté de mettre en œuvre des lois interdisant le port du voile. En 2017, l’Assemblée nationale du Québec a adopté une loi interdisant les habits religieux qui couvrent le visage lors de la prestation ou de la réception de services de l’État, ce qui signifie essentiellement que les femmes qui portent le niqab ou la burqa ne peuvent plus travailler dans les bureaux du gouvernement ni même utiliser les transports en commun.

Des sondages menés en 2017 par Ipsos et l’institut Angus Reid révèlent que 76% des Québécois et 70% des Canadiens hors Québec soutiennent la loi ou une loi similaire.                                                                         

Bien que les musulmans soient le groupe le plus détesté au Canada (par 28% des Canadiens, selon le sondage Forum de 2016), ils ne sont pas les seules victimes de la vague de haine qui secoue le pays. Le nombre de crimes motivés par la haine est passé de 2 646 en 2020 à 3 360 en 2021, selon Statistique Canada et les attaques ciblant les juifs ont augmenté de 47% au cours de la même période.

Le discours haineux s’est même propagé au-delà des minorités religieuses et des personnes nées à l’étranger. Bien que les États-Unis aient souvent été pointés du doigt pour leur traitement horrible des Amérindiens – appelés les Premières Nations au Canada – le bilan du Canada n’est guère meilleur. L’année dernière, une fosse commune contenant 215 enfants autochtones, dont certains n’avaient que trois ans, a été découverte sur le site du pensionnat indien de Kamloops, en Colombie-Britannique.

Le « génocide culturel », décrit par une Commission nationale de vérité et réconciliation, créée dans le cadre des excuses présentées par le gouvernement concernant les écoles, est un chapitre noir de l’histoire canadienne.

Les peuples autochtones du Canada ont beaucoup souffert dans ces écoles. Nombre d’entre eux ont été victimes d’abus mentaux, physiques et sexuels alors que les enseignants tentaient de les intégrer, les forçant à se convertir au christianisme et leur interdisant d’utiliser leurs noms et leur langue autochtones ou de porter des vêtements traditionnels. Plusieurs milliers de personnes sont également mortes faute de soins médicaux adéquats.

Bien que des décennies se soient écoulées depuis la fermeture des derniers pensionnats indiens et que le site Web du gouvernement du Canada déclare qu’il soutient « le droit des peuples autochtones à l’autodétermination, y compris le droit de poursuivre librement leur développement économique, politique, social et culturel », les membres des Premières Nations au Canada continuent d’être victimisés.

Lors de sa tournée au Canada en juillet dernier, le pape François a présenté ses excuses aux peuples autochtones du Canada pour les décennies d’abus dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique. (Images Getty /AFP)
Lors de sa tournée au Canada en juillet dernier, le pape François a présenté ses excuses aux peuples autochtones du Canada pour les décennies d’abus dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique. (Images Getty /AFP)

Au Canada – un État colonial –, le racisme systémique est profondément enraciné dans les politiques et les pratiques du pays. Cela signifie que les systèmes ont été conçus pour que  les colons blancs puissent en tirer profit, tout en désavantageant les populations indigènes qui y vivaient avant le colonialisme.

Selon Statistique Canada, plus du tiers des personnes victimes de violence sexuelle ou physique pendant qu’elles étaient prises en charge par le gouvernement étaient autochtones. Selon un rapport de Human Rights Watch publié en 2013, des centaines de femmes et de filles autochtones ont été assassinées ou portées disparues à travers le pays au cours des dernières décennies. Le rapport a également documenté au moins dix incidents au cours desquels la politique canadienne a violé les droits des femmes et des filles autochtones.

L’image du Canada en tant que nation tolérante est démentie par le fort courant sous-jacent de haine et d’intolérance, qui n’a fait qu’augmenter dans le pays. En 2017, le 42e Parlement canadien a adopté la motion 103, qui stipule que les députés de la Chambre des communes appellent le gouvernement du Canada à condamner l’islamophobie et à mener des études sur la façon de réduire le racisme et la discrimination.

Des manifestants canadiens anti-islamophobie défilent à Montréal le 28 mars 2015 contre des partisans du groupe anti-islam Pegida basé en Allemagne. (AFP)
Des manifestants canadiens anti-islamophobie défilent à Montréal le 28 mars 2015 contre des partisans du groupe anti-islam Pegida basé en Allemagne. (AFP)

Bien que le projet de loi ait été adopté, il a suscité de nombreuses protestations, des groupes anti-musulmans et d’extrême droite s’étant alliés pour s’y opposer. La députée qui a présenté le projet de loi, Iqra Khalid, aurait reçu des dizaines de milliers d’e-mails motivés par la haine après l’avoir proposé.

L’année dernière, le gouvernement canadien a organisé un sommet national sur l’islamophobie et fait part de son intention de déclarer le 29 janvier comme journée du souvenir de l’attaque contre la mosquée de Québec.

Bien que les musulmans canadiens aient salué les accusations dénonçant les auteurs de l’attaque contre le réfugié syrien de 15 ans, ils affirment que beaucoup reste encore à faire afin que la réalité du Canada soit conforme à son image irréprochable.

S’adressant à CBC Canada en septembre de l’année dernière, l’ancien PDG du Conseil national des musulmans canadiens, Mustafa Farooq, déclare: «Ce que les Canadiens doivent garder à l’esprit, c’est que ces politiques ne sont malheureusement qu’une goutte d’eau en termes de résolution réelle du problème.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Après l'arrestation d'Andrew, la monarchie britannique dans une crise sans précédent

Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
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  • L’ex-prince Andrew a été placé en garde à vue pendant près de 12 heures dans le cadre de l’affaire Epstein, soupçonné d’avoir transmis des informations confidentielles
  • Son arrestation provoque une crise majeure pour la monarchie britannique

LONDRES: L'enquête policière continue après la garde à vue spectaculaire de l'ex-prince Andrew pour des soupçons liés à l'affaire Epstein et la famille royale britannique fait face à une crise jugée particulièrement périlleuse par les experts de la monarchie.

Le frère cadet de Charles III a été relâché jeudi en fin de journée "en attendant la suite de l'enquête", selon la police, et les perquisitions devaient se poursuivre vendredi à Royal Lodge, près de Windsor, son ancien domicile dont il a été récemment chassé.

Andrew, dont l'interpellation a coïncidé avec son 66e anniversaire, a été interrogé près de 12 heures sur des accusations de "manquements dans l'exercice de fonctions officielles", accusé d'avoir transmis des informations confidentielles au financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein.

Après sa garde à vue, le prince déchu a été photographié quittant le commissariat situé à une trentaine de kilomètres de sa nouvelle résidence de Sandringham (est de l'Angleterre): le cliché spectaculaire, qui le montre hagard, les yeux écarquillés à l'arrière d'une voiture, faisait vendredi la Une de la totalité des journaux britanniques, Financial Times excepté.

Cette arrestation aura marqué "le jour le plus préjudiciable pour la monarchie", soulignait le Telegraph, tandis que le Daily Mail évoquait une "monarchie moderne face à son plus grave péril".

- Fin de la "déférence" -

Pour l'expert royal Ed Owens, la situation à laquelle la monarchie est confrontée est d'autant plus dangereuse qu'elle compte "beaucoup d'inconnues". A commencer par l'incertitude sur une éventuelle inculpation d'Andrew, ou les soupçons d'agressions sexuelles qui l'entourent, pour l'instant restés hors du champ de toute enquête formelle.

Évoquant les précédentes crises qui l'ont ébranlée au cours des dernières décennies - la mort de la princesse Diana en 1997 ou l'abdication d'Édouard VIII en 1936 - il a rappelé qu'il avait fallu "plus de 10 ans pour stabiliser l'institution et regagner l'affection et la loyauté du public".

L'ex-prince est accusé d'avoir transmis des informations confidentielles à Epstein, notamment des rapports de voyages en Asie et des possibilités d'investissement en Afghanistan, lorsqu'il était envoyé spécial du Royaume-Uni pour le Commerce, de 2001 à 2011.

Dans un rare communiqué après l'arrestation, le roi Charles III a affirmé jeudi que la "justice doit suivre son cours", tout en faisant part de sa "plus profonde inquiétude".

Le monarque, qui avait déjà déchu son cadet de tous ses titres royaux en octobre en raison de nouvelles informations sur les liens d'Andrew avec Epstein, a néanmoins évité de chambouler son agenda, se rendant comme prévu à un défilé de la Fashion Week de Londres.

Selon Roya Nikkhah, experte royale du Sunday Times, la famille royale va essayer de "poursuivre ses activités comme si de rien n'était", mais "la confiance dans l'institution risque vraiment d'être érodée" avec cette arrestation inédite depuis le XVIIe siècle.

"Le temps de la déférence qui prévalait pendant le règne de la reine (Elizabeth II, ndlr) est terminé, et il s'agit d'un immense défi pour Charles, car le public n'a plus l'affection pour l'institution" qu'il avait sous la défunte reine, dit-elle.

- Suspect comme un autre -

Alimentant le sentiment que la famille royale n'est plus au-dessus des lois, les médias britanniques ont souligné que le roi n'avait pas été prévenu à l'avance de l'arrestation de son frère.

Et le tabloid The Sun note que, comme tout suspect, Andrew a dû se soumettre à un prélèvement salivaire pour recueillir son ADN, à la prise d'empreintes digitales et d'une photo d'identité judiciaire.

Donald Trump, qui a souvent manifesté une certaine fascination pour la monarchie britannique, a jugé jeudi soir l'arrestation de l'ex-Duc d'York "très triste" et "très mauvaise pour la famille royale".

Son interpellation a aussi mis en évidence le contraste avec les Etats-Unis, où les répercussions de la tentaculaire affaire Jeffrey Epstein sont restées jusqu'ici limitées. Seule son ex-compagne et complice, Ghislaine Maxwell, a été condamnée pour ses liens avec le criminel sexuel.

Ces derniers jours, la police britannique avait indiqué examiner des documents contenus dans la dernière salve des dossiers Epstein, publiés le 30 janvier par le ministère américain de la Justice.

De nouvelles accusations en avaient émergé à l'encontre de l'ex-prince, qui s'est gardé de les commenter.

La police a aussi indiqué "évaluer" des informations selon lesquelles une femme aurait été envoyée par Jeffrey Epstein à Royal Lodge en 2010, potentiellement pour avoir des relations sexuelles avec Andrew.

Mais cette accusation n'a pas été mentionnée jeudi par la police et on ignore si Andrew a été interrogé sur ce sujet.


Internet, IA: l'Europe est un "espace sûr", contrairement à ce que disent des "amis mal informés"

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
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  • Macron défend l’Europe comme un “espace sûr” pour l’innovation et l’investissement dans l’intelligence artificielle, tout en participant à la définition des règles internationales avec des alliés comme l’Inde
  • Protection des enfants et durabilité de l’IA : priorité au G7 pour limiter l’exposition des mineurs aux contenus numériques et promouvoir une IA moins énergivore et au service du bien commun

NEW DELHI: Le président français Emmanuel Macron a affirmé jeudi que l'Europe était un "espace sûr", non "centré aveuglément" sur la régulation contrairement à ce que les Etats-Unis disent, et déterminé à participer à la définition des "règles du jeu" dans l'intelligence artificielle.

"Contrairement à ce que certains amis mal informés disent, l'Europe n'est pas aveuglément centrée sur la régulation (..) L'Europe est un espace sûr (pour l'innovation et l'investissement, ndlr) et les espaces sûrs gagnent sur le long terme", a-t-il dit à l'ouverture du sommet sur l'intelligence artificielle à New Delhi.

"Nous sommes déterminés à continuer à définir les règles du jeu et à le faire avec nos alliés, tels l'Inde, parce que nous croyons dans les valeurs fondamentales partagées, la science, l'Etat de droit, l'équilibre mondial, un multilatéralisme efficace et l'innovation au bénéfice de tous", a-t-il ajouté devant un parterre de chefs d'Etat et des plus grands patrons de la "tech".

L'administration américaine, invoquant la liberté d'expression, dénonce régulièrement la régulation des grandes plateformes américaines imposée par l'Union européenne, des "actes flagrants de censure extraterritoriale", selon elle.

"L'intelligence artificielle va aider l'humanité à investir plus vite (..) dans la santé, l'énergie, la mobilité, l'agriculture, les services publics et le bien commun de tous", a poursuivi Emmanuel Macron.

Le chef de l'Etat a insisté sur la nécessité pour la France comme pour l'Inde de "prendre ensemble le chemin de l'innovation, de l'indépendance et de l'autonomie stratégique" en la matière.

Et sur le besoin d'une IA qui serve à "protéger la planète et pousser la prospérité de tous" et qui soit "durable" et donc moins dévoreuse d'énergie avec ses gigantesques centres de données.

Le président français a aussi insisté sur la nécessité de mieux protéger les enfants des "abus numériques et de l'IA", en soulignant que ce serait une priorité de la présidence française du G7 cette année.

"Il n'y a pas de raison que nos enfants soient exposés en ligne à ce qui est légalement interdit dans le monde réel", a-t-il dit, appelant plateformes, gouvernements et régulateurs "à travailler ensemble pour faire de l'internet et des réseaux sociaux un espace sûr".

La France est elle-même en train de prendre des mesures pour interdire l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux, a-t-il rappelé.


Macron retrouve Modi en Inde, entre vente de Rafale et IA

Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
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  • À Bombay, Emmanuel Macron retrouve Narendra Modi pour renforcer le partenariat stratégique franco-indien, marqué par l’intention d’achat de 114 Rafale supplémentaires et l’inauguration d’une chaîne d’assemblage d’hélicoptères H125 d’Airbus avec Tata Group
  • La visite met aussi l’accent sur l’intelligence artificielle et l’innovation, avec le Sommet mondial pour l’Impact de l’IA à New Delhi et des échanges sur le multilatéralisme (G7/Brics)

BOMBAY: Le président français Emmanuel Macron retrouve mardi le Premier ministre Narendra Modi à Bombay, capitale économique de l'Inde, pour renforcer le partenariat stratégique bilatéral, avec à la clef la vente de 114 chasseurs Rafale et un ancrage dans l'intelligence artificielle.

Le chef de l'Etat français, arrivé dans la nuit, rendra d'abord hommage aux victimes des attentats de Bombay en 2008 au Taj Mahal Palace.

Les attentats, perpétrés devant les caméras de télévision du monde entier, avaient fait 166 morts, dont deux Français. Pendant trois jours, les assaillants avaient mené des attaques au fusil d'assaut AK-47 et à la grenade à travers la métropole, y compris dans cet hôtel mythique de l'époque coloniale.

Emmanuel Macron rencontrera ensuite autour d'un déjeuner six stars du cinéma indien, dont Bombay est la capitale avec les studios de Bollywood, machine à superproductions mondiales.

Il entend évoquer les "coopérations possibles" dans ce domaine et "mettre en valeur l'attractivité de la France pour les tournages", précise l'Elysée.

- "Made in India" -

Le Premier ministre indien, venu spécialement à Bombay, rejoindra son hôte vers 15H00 (09H30 GMT) pour une série d'entretiens, suivis de déclarations à la presse et d'un dîner dans le décor somptueux du Taj Mahal Palace.

Les échanges s'annoncent sous les meilleurs auspices après la confirmation par l'Inde de son intention d'acheter 114 avions de combat Rafale supplémentaires, une commande sans précédent pour le constructeur Dassault, qui s'ajouterait aux 62 déjà acquis.

"Les discussions porteront sur la consolidation du partenariat stratégique et sur sa diversification dans des secteurs nouveaux et émergents", ont indiqué les services de Narendra Modi.

Elles vont permettre de "continuer à ancrer la relation bilatérale en la tournant résolument vers l'avenir", renchérit l'Elysée.

Les deux dirigeants inaugureront ensemble, à distance, une chaîne de montage d'hélicoptères Airbus, les H125, située à 1.000 kilomètres de là, près de Bangalore (sud), la capitale technologique indienne.

Cette ligne, dont la construction avait été annoncée lors de la dernière visite du président français en Inde en janvier 2024, devrait être opérationnelle en avril et le premier vol du H125 "Made in India", cher au gouvernement indien, réalisé à la fin de l'année.

La première ligne d'assemblage d'hélicoptères Airbus gérée par un groupe privé indien, le célèbre conglomérat Tata Group, a été conçue pour produire à terme la variante militaire du H125, appelée H125M.

- Lula, Google et Anthropic -

Les deux dirigeants donneront ensuite le coup d'envoi de l'année franco-indienne de l'innovation en présence d'un parterre de chefs d'entreprises et chercheurs.

Le désordre mondial généré par les coups de butoir permanents de Donald Trump, des droits de douane à la diplomatie, tout comme la montée en puissance de la Chine seront aussi au coeur des entretiens.

Narendra Modi n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie, partenaire traditionnel de l'Inde - notamment pour les livraisons d'équipement militaire -, mais il s'est rendu à Kiev en septembre 2024 et est sous pression de Donald Trump pour réduire les importations indiennes de pétrole russe.

Le président français et le Premier ministre indien, qui président respectivement le G7 et le groupe des Brics cette année, vont aussi "explorer les convergences possibles" pour "défendre et promouvoir le multilatéralisme à un moment où il est particulièrement remis en cause", souligne l'Elysée.

La suite de la visite sera placée sous le signe de l'intelligence artificielle, avec un dîner inaugural mercredi soir à New Delhi du Sommet mondial pour l'Impact de l'IA, avant son ouverture effective jeudi, après une série de tables rondes en début de semaine.

Ce rendez-vous, auquel sont attendus une quinzaine de chefs d'Etat, dans la foulée du sommet de Paris sur l'IA en février 2025, se penchera sur l'investissement dans le secteur, la "recherche scientifique en faveur de l'intérêt général" et "l'accès par tous aux outils technologiques", selon l'Elysée.

Emmanuel Macron doit rencontrer en marge du sommet son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ainsi que les dirigeants de Google et de la start-up américaine Anthropic, rivale d'OpenAI (la société qui développe ChatGPT).

Il inaugurera aussi le Centre franco-indien de l'IA en santé globale mercredi à New Delhi.