Gouvernement et carburant: le coup de la panne

Une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris, le 4 octobre 2022. (Photo, AFP)
Une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris, le 4 octobre 2022. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 12 octobre 2022

Gouvernement et carburant: le coup de la panne

Une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris, le 4 octobre 2022. (Photo, AFP)
  • Une cellule interministérielle de crise a été mise en place mercredi et l'exécutif a fait savoir qu'un autre arrêté de réquisition serait activé si la grève se poursuivait au dépôt de TotalEnergie près de Dunkerque (Nord)
  • Le gouvernement a agi «avec tact et mesure», a plaidé mercredi son porte-parole, Olivier Véran, qui a promis une «amélioration très sensible dans les prochains jours»

PARIS: Réquisitions chez Esso-ExxonMobil, menaces pour TotalEnergies, mais près d'un tiers des stations-service en manque de carburant: le gouvernement est accusé d'avoir tardé à réagir face aux conflits sociaux dans le secteur pétrolier, une embûche de plus alors que s'engage la bataille du budget à l'Assemblée nationale. 

Comme la Première ministre Élisabeth Borne l'a annoncé mardi, le gouvernement a lancé une première réquisition visant au déblocage du dépôt de carburant de la raffinerie normande d'Esso-ExxonMobil, où la grève continuait mercredi malgré un accord salarial signé par deux organisations syndicales. 

Une décision qui "ne changera rien" dans les Hauts-de-France, région particulièrement touchée, selon son président (LR) Xavier Bertrand qui avait sonné l'alarme le 6 octobre et appelé mercredi à la réquisition des salariés de Total, en regrettant au passage la "crainte" du gouvernement face à la CGT du géant pétrolier. 

Une cellule interministérielle de crise a été mise en place mercredi et l'exécutif a fait savoir qu'un autre arrêté de réquisition serait activé si la grève se poursuivait au dépôt de TotalEnergie près de Dunkerque (Nord). 

"Une nouvelle fois, rien n'est anticipé, rien n'est géré et les Français ressentent légitimement le sentiment que la France n'est plus gouvernée", a dénoncé mardi à l'Assemblée nationale le député LR Eric Ciotti. 

"Comme toujours, ce gouvernement attend qu'il soit trop tard pour réagir avec des mesures toujours un peu dures, un peu brutales, même si elles sont nécessaires", a renchéri le député RN Laurent Jacobelli. 

A gauche, le ton est plutôt au soutien des salariés grévistes. La députée EELV Sandrine Rousseau a dit souhaiter que ces actions forment les prémices d'un "mouvement de grève générale" alors que se profile, samedi à Paris, la "marche contre la vie chère et l'inaction climatique" organisée par la Nupes, des associations et certains syndicats, mais pas la CGT, à la manœuvre dans les raffineries. 

Le gouvernement a agi "avec tact et mesure", a plaidé mercredi son porte-parole, Olivier Véran, qui a promis une "amélioration très sensible dans les prochains jours" alors que les files d'attente aux abords des stations-service se sont allongées durant le week-end. 

« Pas de pénurie » 

Mercredi dernier, M. Véran expliquait qu'il n'y avait "pas de pénurie" mais des "tensions". "Factuellement, nous ne manquons pas d'essence", insistait-il deux jours plus tard: "On n'est pas dans quelque chose qui relève de la pénurie avec difficulté d'approvisionnement; on est dans des difficultés temporaires de distribution liées à un mouvement social". 

"La situation devrait continuer à s'améliorer", assurait encore samedi matin le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu. 

Mais lundi, lors d'un déplacement en Mayenne, Emmanuel Macron a semblé presser la cadence, glissant qu'il ne revenait pas au président de la République de "faire les négociations salariales chez Esso ou Total". 

Une heure plus tard, Matignon annonçait une réunion ministérielle d'urgence autour de Mme Borne, à peine rentrée d'un déplacement officiel en Algérie. 

Une prise de conscience tardive? Au sein de la délégation à Alger, un ministre estimait notamment que le mouvement de blocage ne prendrait pas dans l'opinion quand celle-ci apprendrait que les salariés des sites concernés gagnent 5 000 euros par mois, chiffre contesté par les syndicats. 

"Une honte", pour le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, qui rappelle que "dans le même temps, Total a distribué 2,5 milliards (d'euros) de dividendes exceptionnels". 

"Total a joué au con. (Son PDG Patrick) Pouyanné a mis dix jours à accepter des négos", regrette un ministre, alors que l'exécutif a jusqu'ici repoussé toute taxe sur les superprofits réclamée par la gauche, qui ne manque jamais de cibler l'exemple du géant pétrolier. 

Ce nouveau front surgit alors que le gouvernement engage mercredi l'examen du budget à l'Assemblée nationale où, faute de majorité, un 49.3 paraît inévitable. 

D'emblée, mercredi, l'Assemblée nationale a rejeté l'article liminaire du budget, qui fixe la prévision de déficit public à 5% du PIB. 

La veille, la majorité avait eu un avant-goût de ces difficultés avec le rejet d'une série d'articles du projet de loi de programmation budgétaire et des échanges acides entre les oppositions et le ministre des Comptes publics, Gabriel Attal. 


Macron convoque un nouveau conseil de défense mardi après-midi sur la situation au Moyen-Orient, annonce l'Elysée

Les pompiers iraniens, assistés d’une pelleteuse, dégagent les décombres d’un immeuble résidentiel détruit dans le nord de Téhéran le 23 mars 2026. Une série de fortes explosions a été entendue dans la capitale iranienne, alors que la guerre avec les États-Unis et Israël entrait dans sa quatrième semaine. (AFP)
Les pompiers iraniens, assistés d’une pelleteuse, dégagent les décombres d’un immeuble résidentiel détruit dans le nord de Téhéran le 23 mars 2026. Une série de fortes explosions a été entendue dans la capitale iranienne, alors que la guerre avec les États-Unis et Israël entrait dans sa quatrième semaine. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron a convoqué un conseil de défense sur la situation en Iran et au Moyen-Orient dans un contexte de fortes tensions régionales
  • Entre menaces américaines, démentis iraniens et échanges de missiles, la situation reste hautement volatile au Moyen-Orient

PARIS: Le président Emmanuel Macron a convoqué un nouveau conseil de défense et de sécurité nationale mardi après-midi "sur la situation en Iran et au Moyen-Orient", a annoncé l'Elysée.

Ce nouveau conseil de défense réunissant les ministres et responsables chargés des questions de sécurité - le dernier remonte au 17 mars - se tiendra à 17H30.

Il intervient alors que Donald Trump a évoqué, dans un spectaculaire revirement, des "négociations" avec un responsable iranien non identifié.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a nié "toute négociation" avec les Etats-Unis depuis le 28 février,  reconnaissant toutefois avoir reçu via des "pays amis" des "messages transmettant une demande américaine de négociations" pour faire cesser le conflit.

Sur son réseau Truth Social, le président américain a également annoncé un report "de cinq jours" des frappes qu'il menaçait de lancer sur des centrales électriques et autres infrastructures en Iran si la République islamique ne débloquait pas le détroit d'Ormuz, voie stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.

En réponse à l'ultimatum de Donald Trump, l'Iran avait menacé de fermer complètement le détroit et de cibler "toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau appartenant aux Etats-Unis", selon l'agence Fars citant l'armée iranienne.

Le président américain a fait savoir que son pays continuerait "à bombarder allègrement" si les négociations échouaient.

Au Liban, où la guerre a fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés, l'armée israélienne a repris ses frappes contre la banlieue sud de Beyrouth.

De son côté, l'Iran a lancé de nouveau des missiles vers Israël mardi matin.


Décès de Lionel Jospin à l'âge de 88 ans

L'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin est décédé dimanche à l'âge de 88 ans, a annoncé lundi sa famille à l'AFP.(AFP)
L'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin est décédé dimanche à l'âge de 88 ans, a annoncé lundi sa famille à l'AFP.(AFP)
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  • Figure reconnue et rassembleuse de la gauche jusqu'au bout, il avait créé le principe de la "gauche plurielle", réunissant dans ses gouvernements des ministres socialistes mais aussi écologistes et communistes
  • Porté par une conjoncture économique favorable, il avait alors mis en place la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, la couverture maladie universelle et un contrat d'union civile: le Pacs

PARIS: L'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin est décédé dimanche à l'âge de 88 ans, a annoncé lundi sa famille à l'AFP.

M. Jospin avait indiqué en janvier avoir subi "une opération sérieuse", sans divulguer de détails.

Chef du gouvernement de 1997 à 2002, premier secrétaire du PS de 1981 à 1988 puis de 1995 à 1997, M. Jospin s'était aussi présenté sans succès aux élections présidentielles de 1995 et 2002.

Figure reconnue et rassembleuse de la gauche jusqu'au bout, il avait créé le principe de la "gauche plurielle", réunissant dans ses gouvernements des ministres socialistes mais aussi écologistes et communistes.

Porté par une conjoncture économique favorable, il avait alors mis en place la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, la couverture maladie universelle et un contrat d'union civile: le Pacs.

La surprise avait été totale lorsqu'en 2002, il n'était pas parvenu à se qualifier pour le second tour de la présidentielle, laissant Jean-Marie Le Pen en duel avec Jacques Chirac.

Dispersion de la gauche, campagne ratée, montée de l'extrême droite, Lionel Jospin s'était alors retiré de la vie politique, n'intervenant plus pendant des années dans le débat public.

Pendant le quinquennat de François Hollande, il avait présidé une commission sur la moralisation de la politique puis était au Conseil constitutionnel en 2014.

Le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon, qui fut ministre de M. Jospin de 2000 à 2002, a rendu hommage à "un modèle d'exigence et de travail" et salué la mémoire d'une "présence intellectuelle dans un univers qui partait à la dérive", dans un message publié sur X.


Grégoire gagne Paris haut la main, défaite cuisante pour Dati

Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à Paris, a été largement élu dimanche face à sa rivale de droite Rachida Dati. (AFP)
Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à Paris, a été largement élu dimanche face à sa rivale de droite Rachida Dati. (AFP)
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  • Le successeur d'Anne Hidalgo, 48 ans, a totalisé 50,52% des suffrages, neuf points devant la candidate de la droite et du centre Rachida Dati, qui a échoué une deuxième fois à ravir la capitale à la gauche
  • L'Insoumise Sophia Chikirou est arrivée troisième, avec 7,96 des voix

PARIS: Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à Paris, a été largement élu dimanche face à sa rivale de droite Rachida Dati. Enfourchant un Vélib, il s'est rendu à l'Hôtel de Ville où Anne Hidalgo lui a donné une chaleureuse accolade avant de lui remettre la clé de la ville.

Le successeur d'Anne Hidalgo, 48 ans, a totalisé 50,52% des suffrages, neuf points devant la candidate de la droite et du centre Rachida Dati, qui a échoué une deuxième fois à ravir la capitale à la gauche, aux commandes depuis 25 ans.

L'Insoumise Sophia Chikirou est arrivée troisième, avec 7,96 des voix.

"Paris a décidé de rester fidèle à son histoire", s'est félicité Emmanuel Grégoire depuis la Rotonde de Stalingrad (nord-est), acclamé par les militants.

Le député PS et ex-premier adjoint de la maire sortante voit dans son succès "une promesse exigeante" et "la victoire d'une certaine idée de Paris, un Paris vivant, progressiste, populaire".

"Ce n'est pas la victoire d'un Paris contre un autre", a ajouté M. Grégoire, dont les sondages prédisaient une victoire sur le fil du rasoir.

Sitôt sa victoire annoncée, le nouvel édile de la capitale, 48 ans, s'est rendu à Vélib à l'Hôtel de ville, où l'attendaient Anne Hidalgo mais aussi l'ex-maire socialiste Bertrand Delanoë, symbole de la "prise" de Paris par la gauche en 2001.

"Je suis très heureuse, c'est un bonheur immense", a déclaré Anne Hidalgo à son arrivée, lui donnant une longue et chaleureuse accolade, avant de lui remettre la clé de la ville.

"Mes premiers mots vont à Anne Hidalgo pour ses mots chaleureux", a répondu Emmanuel Grégoire, passant l'éponge sur leurs dernières années de brouille.

"Je pense à ceux qui dorment ce soir dans les rues, à ceux qui souffrent, à tous les plus vulnérables qui ont besoin de la gauche", a-t-il ajouté, avant de prendre le métro en direction de la Rotonde Stalingrad.

Douche froide chez Dati 

A l'annonce des résultats, plusieurs centaines de sympathisants ont explosé de joie, scandant "Paris reste à gauche !".

"Je suis soulagée! Je m'attendais à un petit écart mais là c'est impressionnant", a réagi Nolween Caruso, 27 ans.

Bière à la main et sourire aux lèves, Léo est allé célébrer la victoire sur le parvis de l'Hôtel de ville. "On eu un peu peur que Rachida Dati puisse être élue avec le soutien de l'extrême droite. Dans une ville comme Paris ça aurait fait mal", confie ce militant PS de 26 ans.

Rachida Dati, déjà battue en 2020 par Anne Hidalgo, a reconnu dans un message lapidaire qu'elle n'avait "pas réussi à convaincre suffisamment" que le changement "était non seulement possible, mais surtout qu'il était nécessaire".

Devant son QG, c'est la douche froide pour les militants. "Je suis extrêmement déçue, j'y croyais fort, Paris méritait l'alternance", se désole Eva Sultan, 57 ans, cadre de banque et militante.

Autre salle, autre ambiance près du QG de campagne de Sophia Chikirou, où une quarantaine de personnes ont explosé de joie à l'annonce de la victoire du député PS.

La candidate insoumise a vu dans cette victoire l'expression du "rejet fort de la droite" et s'est félicitée que des élus LFI entrent pour la première fois au Conseil de Paris.

De son côté, l'ex-candidat Horizons et Renaissance Pierre-Yves Bournazel a dit sur X former "le vœu que Paris réussisse" et "demeure, enfin, la capitale de la lutte contre tous les extrémismes politiques". L'ancien chef de file du centre-droit a fusionné ses listes avec Rachida Dati mais s'est retiré personnellement de la course, un geste perçu comme un désaveu vis-à-vis de l'ex-garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy.

Equilibre inchangé dans les arrondissements 

"Je suis très triste pour les Parisiens", a déclaré Sarah Knafo, l'ex-candidate d'extrême droite, qui s'était désistée pour "faire battre la gauche".

"Paris est une ville définitivement de gauche", analyse Frédéric Dabi, directeur général de l'Ifop. Selon lui, l'électorat de Pierre-Yves Bournazel "s'est très mal reporté sur Rachida Dati, dont le score est une addition de celui du premier tour, et sans doute de 90% à 95% de Sarah Knafo".

Dans les arrondissements, l'équilibre des forces politiques reste inchangé, avec neuf arrondissements restant à gauche et huit demeurant à droite.

Lucie Castets, ex-candidate de la gauche pour Matignon, a été élue maire du XIIe arrondissement, où elle avait remplacé au pied levé la maire écologiste sortante Emmanuelle Pierre-Marie, épinglée pour son management jugé toxique.

Le chef de file des écologistes parisiens David Belliard, ex-adjoint aux transports d'Anne Hidalgo, a remporté le XIe arrondissement. Il avait obtenu la tête de liste aux termes de l'accord d'union négocié avec les socialistes d'Emmanuel Grégoire, qui ont accepté de céder leur bastion, terre d'élection d'Anne Hidalgo.

L'élection du maire aura formellement lieu dimanche prochain.