Première en Italie: L'extrême droite au pouvoir avec Giorgia Meloni

La présidente du parti italien Fratelli d'Italia Giorgia Meloni aux côtés de l'ancien Premier ministre et chef du parti Forza Italia Silvio Berlusconi (Photo, AFP).
La présidente du parti italien Fratelli d'Italia Giorgia Meloni aux côtés de l'ancien Premier ministre et chef du parti Forza Italia Silvio Berlusconi (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 22 octobre 2022

Première en Italie: L'extrême droite au pouvoir avec Giorgia Meloni

  • La Romaine âgée de 45 ans, a réussi à « dédiaboliser» son parti pour parvenir au pouvoir exactement un siècle après Mussolini
  • L'ancien président du Parlement européen Antonio Tajani, membre de Forza Italia, est nommé aux Affaires étrangères, et Giancarlo Giorgetti prend le portefeuille crucial de l'Economie

ROME: Giorgia Meloni, qui avec son parti post-fasciste Fratelli d'Italia a remporté une victoire historique aux législatives italiennes du 25 septembre, a été officiellement nommée vendredi cheffe du gouvernement, la première femme à occuper ce poste.

La Romaine de 45 ans a réussi à "dédiaboliser" son parti pour accéder au pouvoir exactement un siècle après le dictateur fasciste Benito Mussolini, dont elle fut une admiratrice.

Elle dispose avec ses partenaires de coalition, le dirigeant populiste de la Ligue antimigrants Matteo Salvini et le chef déclinant de Forza Italia Silvio Berlusconi, de la majorité absolue tant à la Chambre des députés qu'au Sénat.

Aussitôt nommée, Mme Meloni a présenté la composition de son gouvernement, qui prêtera serment samedi matin à 08H00 GMT sous les ors du palais du Quirinal devant le président de la République Sergio Mattarella.

La liste des ministres - 24 au total, dont six femmes - reflète son désir de rassurer les partenaires de Rome, inquiets face à l'arrivée au pouvoir en Italie, pays fondateur de l'Europe, du chef de gouvernement le plus à droite et le plus eurosceptique depuis 1946.

La nomination aux Affaires étrangères, avec le titre de vice-Premier ministre, de l'ex-président du Parlement européen Antonio Tajani, membre de Forza Italia, a ainsi été aussitôt saluée sur Twitter par le président du Parti populaire européen, l'Allemand Manfred Weber, comme "une garantie d'une Italie pro-européenne et atlantiste".

Autre gage à Bruxelles, c'est Giancarlo Giorgetti, un représentant de l'aile modérée de la Ligue, déjà ministre dans le gouvernement sortant de Mario Draghi, qui hérite du portefeuille crucial de l'Economie.

Quant à Matteo Salvini, il est également nommé vice-Premier ministre, mais doit se contenter du portefeuille des Infrastructures et Transports alors qu'il convoitait celui plus prestigieux de l'Intérieur, qui échoit à un technocrate.

Fissures

Au moment où la troisième économie de la zone euro affronte, comme ses voisins, une situation économique difficile due à la crise énergétique et à l'inflation, la tâche de Mme Meloni s'annonce ardue, d'autant qu'elle devra veiller à l'unité de sa coalition qui montre déjà des fissures.

MM. Salvini et Berlusconi renâclent à accepter l'autorité de Giorgia Meloni, dont le parti a remporté 26% des voix aux élections, contre seulement 8% pour Forza Italia et 9% pour la Ligue.

Les médias se sont fait l'écho des multiples passes d'armes entre les trois dirigeants sur la répartition des postes au Parlement et au sein du gouvernement.

Elle-même atlantiste et favorable au soutien à l'Ukraine face à la Russie, Mme Meloni a dû affronter cette semaine les propos polémiques de M. Berlusconi, qui a affirmé avoir "renoué" avec Vladimir Poutine et imputé à Kiev la responsabilité de la guerre.

Des déclarations du plus mauvais effet qui ont obligé Mme Meloni à rectifier le tir mercredi en affirmant que l'Italie fait "pleinement partie et la tête haute" de l'Europe et de l'Otan.

«Dieu, patrie, famille»

Oratrice de talent, cette chrétienne conservatrice hostile aux droits LGBT+ ayant pour devise "Dieu, patrie, famille" a cependant promis de ne pas toucher à la loi autorisant l'avortement.

Son gouvernement devra avant tout se concentrer sur les nombreux défis, essentiellement économiques, qui l'attendent.

L'inflation dans la péninsule a augmenté en septembre de 8,9% sur un an et l'Italie risque d'entrer en récession technique l'an prochain, au côté de l'Allemagne.

Les marges de manœuvre de Rome sont en outre limitées par une dette colossale représentant 150% du produit intérieur brut (PIB), le ratio le plus élevé de la zone euro après la Grèce.

Le conseil européen a rendu hommage vendredi à Mario Draghi, qui a tenu à réaffirmer l'engagement européen de son pays: "tout le monde considère l'UE comme une source de sécurité, de stabilité et de paix: nous devons la garder à l'esprit comme l'étoile polaire pour l'avenir, surtout dans des moments difficiles comme ceux-ci".

La passation de pouvoir entre M. Draghi et Mme Meloni se tiendra dimanche à 08H30 GMT au palais Chigi, siège du gouvernement, et sera suivie du premier conseil des ministres.

Eurosceptique notoire, Mme Meloni a renoncé à militer pour une sortie de l'euro, mais elle a promis de défendre davantage les intérêts de son pays à Bruxelles. Et ce alors que la croissance dépend de près de 200 milliards d'euros de subventions et de prêts accordés par l'Union européenne dans le cadre de son fonds de relance post-pandémie.

Coincée entre le marteau de ses "alliés" et l'enclume de Bruxelles et des marchés, Giorgia Meloni paraît déjà sur le fil du rasoir avant même d'avoir pris ses fonctions, presque une tradition dans un pays connu pour son instabilité gouvernementale chronique.


Des milliers de manifestants anti-Netanyahu près du Congrès américain avant son discours

Des manifestants pro-palestiniens protestent près du Capitole américain avant que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ne s'adresse à une réunion conjointe du Congrès, le 24 juillet 2024, à Washington, DC. (Photo AFP)
Des manifestants pro-palestiniens protestent près du Capitole américain avant que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ne s'adresse à une réunion conjointe du Congrès, le 24 juillet 2024, à Washington, DC. (Photo AFP)
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  • "Nous sommes là pour montrer notre opposition à l'accueil du criminel Netanyahu dans notre capitale par les mêmes responsables politiques qui lui envoient des armes pour tuer des enfants à Gaza", a expliqué à l'AFP Karameh Kuemmerle, de l'association Doct
  • Benjamin Netanyahu devait débuter à 18H00 GMT un discours devant un Congrès américain divisé sur sa conduite de la guerre à Gaza.

WASHINGTON : Des milliers de manifestants se sont rassemblés mercredi autour du Congrès américain à Washington pour protester contre le discours du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et pour demander un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, dévastée par plus de neuf mois de guerre.

Vers 17H30 GMT, de légers heurts ont éclaté entre les manifestants portant des drapeaux palestiniens et la police, qui a utilisé du gaz au poivre contre la foule pour la repousser alors qu'elle s'approchait du Capitole, dans le centre de la capitale des Etats-Unis, a constaté un journaliste de l'AFP.

Auparavant, avec des slogans comme "Palestine libre", elle criait sa colère contre la venue du dirigeant israélien, contre lequel le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a demandé un mandat d'arrêt pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.

"Nous sommes là pour montrer notre opposition à l'accueil du criminel Netanyahu dans notre capitale par les mêmes responsables politiques qui lui envoient des armes pour tuer des enfants à Gaza", a expliqué à l'AFP Karameh Kuemmerle, de l'association Doctors Against Genocide (Médecins contre le génocide, en français).

"Nous sommes horrifiés par la destruction du système de santé à Gaza", a-t-il dit, alors que le territoire palestinien est assiégé et bombardé sans relâche par l'armée israélienne depuis l'attaque sans précédant du Hamas sur le sol israélien le 7 octobre.

Benjamin Netanyahu devait débuter à 18H00 GMT un discours devant un Congrès américain divisé sur sa conduite de la guerre à Gaza. Il s'efforcera de faire pression sur les Etats-Unis dans un contexte relativement tendu entre les deux pays. Les Etats-Unis restent le premier allié et principal soutien militaire d'Israël.

"L'hypocrisie des hommes politiques a complètement dépassé les limites", a dit à l'AFP Mo, un manifestant de 58 ans qui n'a pas souhaité donner son nom complet. Pour lui, le soutien américain à Israël est "la question numéro un" pour l'élection présidentielle de novembre aux Etats-Unis.

"Recherche la paix et poursuis-la", peut-on lire sur une pancarte, reprenant une citation de la Bible.

Des manifestants montrent Benjamin Netanyahu sur une affiche de criminel recherché quand d'autres demandent sur leurs pancartes: "Arrêtez ce criminel de guerre".

Le Premier ministre israélien doit s'entretenir jeudi avec le président américain Joe Biden. Il doit aussi rencontrer sa vice-présidente et désormais candidate démocrate à la présidentielle Kamala Harris ainsi que le candidat républicain Donald Trump.

Le 7 octobre, des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza dans le sud d'Israël ont mené une attaque qui a entraîné la mort de 1.197 personnes, essentiellement des civils, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes.

En riposte, Israël a lancé une campagne aérienne puis terrestre contre le territoire pauvre et surpeuplé, qui a provoqué une catastrophe humanitaire et fait jusque-là 39.145 morts, majoritairement des civils, selon des données du ministère de la Santé du gouvernement de Gaza, dirigé par le Hamas.


HRW condamne le "procès expéditif" de 57 Bangladais aux Emirats

Des étudiants bangladais transportent une femme blessée après des affrontements avec la section jeunesse de la ligue Awami à Dhaka le 15 juillet 2024. (AFP)
Des étudiants bangladais transportent une femme blessée après des affrontements avec la section jeunesse de la ligue Awami à Dhaka le 15 juillet 2024. (AFP)
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  • La justice des Emirats, où les manifestations non autorisées sont interdites, a prononcé ces peines dimanche, à l'issue d'une enquête expéditive.
  • Dans un communiqué, l'ONG de défense des droits humains a dénoncé un procès "expéditif qui soulève de sérieuses inquiétudes quant à l'équité et à la régularité de la procédure".

DUBAI :  L'ONG Human Rights Watch (HRW) a qualifié mercredi de "déni de justice" la condamnation aux Emirats arabes unis de 57 Bangladais à de lourdes peines de prison pour avoir manifesté dans ce pays du Golfe.

La justice des Emirats, où les manifestations non autorisées sont interdites, a prononcé ces peines dimanche, à l'issue d'une enquête expéditive.

Trois accusés ont été condamnés à la prison à vie, tandis que 53 autres à 10 ans de prison chacun et un à 11 ans.

Dans un communiqué, l'ONG de défense des droits humains a dénoncé un procès "expéditif qui soulève de sérieuses inquiétudes quant à l'équité et à la régularité de la procédure".

"Il est impossible que les accusés puissent bénéficier d'un procès équitable lorsque l'enquête, le procès et le verdict ont eu lieu en moins de 48 heures", a déclaré, dans le communiqué, Joey Shea, chercheur de HRW.

Les autorités ont donné peu de détails sur l'ampleur des manifestations ou leur localisation, mais des vidéos collectées et vérifiées par HRW ont montré d'importants rassemblements dans plusieurs villes des Emirats, y compris la capitale Abou Dhabi et Dubaï.

Une vidéo enregistrée près du Dubaï Mall "montre des centaines, voire des milliers de manifestants rassemblés sur la route et reprenant les slogans des étudiants du Bangladesh", a indiqué HRW.

Des manifestations ont eu lieu ce mois-ci au Bangladesh pour protester contre un système de quotas pour les emplois de la fonction publique qui, selon les critiques, profite aux partisans de la Première ministre autocratique Sheikh Hasina.

Des marches ont dégénéré en troubles civils, faisant au moins 186 morts, selon un décompte de l'AFP portant sur les victimes signalées par la police et les hôpitaux.

Les Bangladais constituent le troisième groupe d'étrangers aux Emirats arabes unis, après les Pakistanais et les Indiens, selon le ministère des affaires étrangères émirati.

L'Etat du Golfe, riche en pétrole, interdit les manifestations non autorisées ainsi que les critiques à l'encontre des dirigeants ou les discours susceptibles d'encourager l'agitation sociale.

La diffamation, ainsi que les insultes verbales et écrites, qu'elles soient publiées ou prononcées en privé, sont punies par la loi. Le code pénal du pays criminalise également l'offense aux Etats étrangers ou la mise en péril des liens avec eux.


A la tête du G20, Lula sonne la mobilisation contre la faim

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  • Le défi est de taille: 733 millions de personnes ont souffert de la faim en 2023, soit 9% de la population mondiale, selon un rapport publié mercredi par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et d'autres agences onusi
  • Il y aurait d'une part un document spécifique sur la "coopération internationale en matière fiscale", incluant la question de la taxation des "super-riches", d'autre part un communiqué final plus large et enfin une "déclaration" publiée séparément par la

RIO DE JANEIRO : Le président brésilien Lula va embarquer mercredi à Rio de Janeiro les pays du G20 dans la lutte contre la faim dans le monde, avant une réunion des ministres des Finances du groupe promise à d'âpres discussions sur la taxation des milliardaires.

Le défi est de taille: 733 millions de personnes ont souffert de la faim en 2023, soit 9% de la population mondiale, selon un rapport publié mercredi par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et d'autres agences onusiennes.

Le président Luiz Inacio Lula da Silva avait affiché ses ambitions lundi lors d'un entretien à plusieurs agences de presse internationales, dont l'AFP. "La lutte contre les inégalités, contre la faim, contre la pauvreté, ne peut pas être menée par un seul pays. Elle doit être menée de concert par les pays qui sont disposés à assumer cette responsabilité historique", a-t-il dit.

Face au fléau de la malnutrition, qui persiste en raison notamment des conflits, des difficultés économiques et des intempéries extrêmes, Lula va lancer l'"Alliance globale contre la faim et la pauvreté", une priorité de la présidence brésilienne du G20.

Le dirigeant de gauche a une crédibilité dans ce domaine: ses programmes sociaux avaient permis de sortir des millions de Brésiliens de la pauvreté durant ses deux premiers mandats (2003-2010).

L'"Alliance" vise à trouver des moyens financiers communs pour lutter contre la faim ou à répliquer les initiatives qui fonctionnent localement.

- Taxation des milliardaires -

Jeudi et vendredi, le rendez-vous des grands argentiers du G20 marquera l'une des dernières grandes étapes avant le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des principales économies mondiales les 18 et 19 novembre, également à Rio.

Après une première réunion à Sao Paulo en février, les ministres des Finances du G20 doivent tenter d'avancer sur l'idée d'une taxation des "super-riches", autre objectif fixé par Brasilia.

Soutenue par la France, l'Espagne, l'Afrique du Sud, la Colombie et l'Union africaine, l'initiative entend taxer les plus hauts patrimoines en utilisant comme base les travaux du spécialiste français des inégalités Gabriel Zucman, auteur d'un rapport en juin à la demande du Brésil.

Mais les avancées restent très hypothétiques.

"Il n'y a aucun consensus en l'état actuel des choses", a averti mardi le ministère allemand des Finances.

Les Etats-Unis s'opposent à des négociations internationales sur le sujet, comme la secrétaire au Trésor Janet Yellen l'a rappelé lors d'un "G7 Finances" en Italie en mai. D'éventuelles taxes de ce genre "varieront très certainement assez largement" d'un pays à l'autre, selon un haut fonctionnaire de son administration.

La France - représentée par le directeur général du Trésor en l'absence de Bruno Le Maire, membre d'un gouvernement qui gère désormais les affaires courantes - veut croire pour sa part qu'"une première étape peut être atteinte de façon rapide", en matière d'échange d'informations entre Etats.

- Trois textes -

Les pays membres du G20 vont par ailleurs tenter de progresser sur la fiscalité des multinationales, près de trois ans après la signature d'un accord par près de 140 pays. Les négociations patinent sur la façon de taxer les multinationales du numérique là où elles exercent leur activité.

Alors que le G20 est entravé par les divisions entre pays occidentaux et Russie depuis le début de la guerre en Ukraine, la question d'un communiqué commun demeure épineuse. A Sao Paulo en février, les grands argentiers avaient buté sur une "impasse", de l'aveu du ministre brésilien de l'Economie Fernando Haddad.

La solution imaginée par le Brésil est d'aboutir cette fois à trois textes, a expliqué mardi soir Tatiana Rosito, une haute responsable du ministère.

Il y aurait d'une part un document spécifique sur la "coopération internationale en matière fiscale", incluant la question de la taxation des "super-riches", d'autre part un communiqué final plus large et enfin une "déclaration" publiée séparément par la présidence brésilienne qui elle seule évoquerait les crises géopolitiques.

"Les négociations avancent bien", a affirmé Mme Rosito.

Fondé en 1999, le G20 rassemble la plupart des principales économies mondiales, ainsi que l'Union européenne et l'Union africaine. Sa vocation était dans un premier temps surtout économique mais il s'est de plus en plus saisi des sujets brûlants de l'actualité mondiale.