Un siècle après, la trouble indulgence de nombre d'Italiens envers Mussolini

Un buste en bronze du politicien italien, militaire et fondateur du fascisme Benito Mussolini est photographié à l'entrée de l'exposition fasciste «O Roma o Morte» à Predappio le 26 août 2022. (AFP)
Un buste en bronze du politicien italien, militaire et fondateur du fascisme Benito Mussolini est photographié à l'entrée de l'exposition fasciste «O Roma o Morte» à Predappio le 26 août 2022. (AFP)
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Publié le Jeudi 27 octobre 2022

Un siècle après, la trouble indulgence de nombre d'Italiens envers Mussolini

  • Le centenaire, vendredi, de cet événement intervient quelques jours après la nomination de la dirigeante d'extrême droite Giorgia Meloni à la présidence du Conseil
  • Si la propagande du régime fasciste constitue un délit en Italie, elle est toutefois tolérée et les sites exaltant le souvenir du «ventennio» (les deux décennies du pouvoir mussolinien) font florès sur la toile

ROME: Le 28 octobre 1922, la "marche sur Rome" marquait l'arrivée au pouvoir en Italie des fascistes et du dictateur Benito Mussolini, pour lequel une partie des Italiens manifestent encore, un siècle plus tard, une certaine indulgence.

Le centenaire, vendredi, de cet événement intervient quelques jours après la nomination de la dirigeante d'extrême droite Giorgia Meloni à la présidence du Conseil, première femme à accéder à cette fonction dans l'histoire de la République italienne.

Son parti Fratelli d'Italia, qu'elle a contribué à fonder il y a tout juste dix ans et dirigé à partir de 2014, possède des racines néo-fascistes mais dans son premier discours devant le Parlement cette semaine la nouvelle Première ministre a indiqué n'avoir jamais éprouvé "de sympathie ou de proximité avec les régimes anti-démocratiques (...), y compris le fascisme".

Et pourtant. Alors qu'Hitler en Allemagne, le maréchal Pétain en France ou Franco en Espagne ne sont plus vénérés que par une poignée d'extrémistes, Benito Mussolini, au pouvoir de 1922 à 1943, bénéficie encore d'une lecture indulgente chez certains de ses compatriotes.

En 2013, Silvio Berlusconi, alors Premier ministre, estimait: malgré la "faute" des lois antijuives, "Mussolini a fait de bonnes choses dans tant d'autres domaines".

"Les déclarations de Silvio Berlusconi (en marge d'une cérémonie à l'occasion de la journée de la mémoire de l'holocauste, NDLR) démontrent à quel point l'Italie a encore du mal a accepter sérieusement sa propre histoire et ses propres responsabilités", avait dénoncé à l'époque le président de l'Union des communautés juives italiennes, Renzo Gattegna.

En regard de l'Holocauste, certains en oublient les terribles "lois raciales", qui à partir de 1938 ont exclu les juifs de l'armée et de l'enseignement et limité leur droit de propriété. Sous son régime, plus de 7 000 hommes, femmes et enfants juifs italiens furent exterminés dans les camps de la mort nazis.

Dans son discours inaugural, Giorgia Meloni a qualifié cet épisode "de point le plus noir de l'Histoire de l'Italie, une honte qui marquera notre peuple à jamais".

"Une grande partie de la population n'a jamais, selon moi, vraiment affronté et fait le bilan du fascisme", explique néanmoins Valerio Alfonso Bruno, chercheur associé au Centre de recherche sur la droite radicale basé à Londres, dans un entretien avec l'AFP.

En Italie, où est encore prégnant le "culte de l'homme fort, de l'autocrate qui gouverne sans se soucier de la démocratie", Mussolini est crédité par beaucoup d'avoir doté le pays d'infrastructures (trains, autoroutes...) ou lancé des programmes de protection sociale, même si on le crédite souvent de mesures déjà amorcées avant son arrivée au pouvoir.

«Mémoire tolérée»

Selon un sondage mené en octobre 2021 par l'Institut Ipsos pour le compte de l'Association nationale des anciens déportés dans les camps nazis, 66% des jeunes de 16 à 25 ans estiment que le régime fasciste de Mussolini a été une dictature qu'il faut condamner en partie mais a aussi eu des effets bénéfiques.

Seuls 29% des jeunes interrogés jugent qu'il est complètement condamnable et 5% une forme de gouvernement positive.

Une attitude qui se reflète aussi dans l'urbanisme ou certains monuments à travers la péninsule, comme l'énorme obélisque sur lequel est inscrit "Mussolini Dux", qui trône aujourd'hui encore à deux pas du stade olympique de Rome sans aucune mise en contexte. Sans compter les portraits du Duce ornant toujours les murs de certains ministères.

Si la propagande du régime fasciste constitue un délit en Italie, elle est toutefois tolérée et les sites exaltant le souvenir du "ventennio" (les deux décennies du pouvoir mussolinien) font florès sur la toile. A l'image de la page Facebook des jeunes fascistes italiens, créée en 2015, qui compte des dizaines de milliers d'adhérents ou encore le profil "officiel" de Mussolini sur Instagram.

Le culte du dictateur est entretenu dans la paisible bourgade de Predappio, en Emilie-Romagne (nord), où il est né et enterré: son tombeau dans la crypte de la chapelle familiale qui surplombe le cimetière attire chaque année des dizaines de milliers de visiteurs.

"Cette mémoire est tolérée, et pas seulement à Predappio", regrette Valerio Alfonso Bruno. "Et malheureusement cette tolérance s'est encore accentuée ces dernières années".

Membre du parti de Giorgia Meloni, Ignazio La Russa, dont le deuxième prénom est Benito, et qui est un collectionneur assumé de bustes de Mussolini et autres "souvenirs" de l'ère fasciste a été élu sans encombre le 13 octobre à la présidence du Sénat. "Nous sommes tous les héritiers du Duce", avait-il affirmé en septembre.

Pour Valerio Alfonso Bruno, "le vrai problème est que nous sommes de plus en plus indulgents (...) envers ces situations, qui nous semblent désormais normales alors qu'elles ne le sont pas!"


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
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  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.

 

 


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.