Lois, sécurité et éthique: Elon Musk au pied du mur chez Twitter

Le siège social de Twitter à San Francisco en Californie (Photo, AFP).
Le siège social de Twitter à San Francisco en Californie (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 31 octobre 2022

Lois, sécurité et éthique: Elon Musk au pied du mur chez Twitter

  • Elon Musk a congédié la direction et envisage de remercier quelque 75% des 7 500 employés de Twitter, selon le Washington Post. 
  • Il semble déjà avoir tempéré son approche absolutiste de la liberté d'expression, pour rassurer les annonceurs, généralement soucieux de ne pas associer leur marque à des contenus non consensuels

SAN FRANCISCO: L'acquisition de Twitter par Elon Musk a suscité de l'enthousiasme, de l'épouvante, et aussi beaucoup de commentaires narquois d'observateurs qui ne donnent pas cher du patron de Tesla face à la tâche gargantuesque qui l'attend, surtout s'il licenciait de nombreux employés. 

Car la "place publique" qu'il a rachetée pour 44 milliards de dollars a des responsabilités légales, éthiques et techniques disproportionnées par rapport à ses moyens. 

Twitter ne dispose pas des ressources humaines et financières de ses voisins Meta et Google, mais doit gérer des problématiques similaires, de la modération des contenus à la cybersécurité en passant par la mise en conformité avec des lois différentes selon les pays. 

Or Elon Musk a congédié la direction et envisage de remercier quelque 75% des 7 500 employés de Twitter, selon le Washington Post. 

Plus de 700 personnes sont déjà parties cet été, de leur plein gré, d'après un salarié qui souhaitait rester anonyme. 

La plateforme "a un nombre infini de problèmes de sécurité et de sûreté", remarque Rebekah Tromble, professeur à la George Washington University. "Ma pire crainte à ce stade, c'est un plan de licenciements massif ou des démissions en masse. Cela ferait largement régresser un système déjà imparfait". 

Twitter ne comptait "que" 238 millions d'utilisateurs actifs au quotidien fin juin, une fraction de la fréquentation de Facebook ou YouTube, mais l'assiduité des décideurs politiques et autres personnalités médiatiques le place régulièrement au cœur des controverses. 

« Prison de Twitter » 

Le réseau social est critiqué aussi vertement par la droite américaine, qui s'estime censurée, que par la gauche et de nombreuses ONG qui prônent une lutte plus ferme contre les abus. 

Actuellement, Twitter applique des sanctions allant de l'avertissement, au retrait de tweets et à la suspension de compte pour des infractions comme une fausse information sur la Covid-19, un message raciste ou de l'incitation à la violence. 

"Ce n'est pas efficace à 100%. Et quand la haine ou le harcèlement passe à travers les mailles, cela se traduit par des préjudices dans la vie réelle", souligne Rebekah Tromble. 

Elon Musk semble déjà avoir tempéré son approche absolutiste de la liberté d'expression, pour rassurer les annonceurs, généralement soucieux de ne pas associer leur marque à des contenus non consensuels. 

Le nouveau patron a promis que Twitter ne deviendrait pas "infernal" et qu'il doterait la plateforme d'un "conseil de modération des contenus" pour prendre les décisions. 

"Twitter a déjà eu un comité de ce type dans le passé, comme d'autres réseaux sociaux. Cela ne débouche jamais sur grand-chose", juge Rebekah Tromble. 

Elon Musk, nouveau propriétaire de Twitter, relaie de fausses allégations puis supprime son tweet

Face au tollé, le tout nouveau propriétaire de Twitter, Elon Musk, a supprimé dimanche un tweet véhiculant des rumeurs sur l'agression du mari de la cheffe des démocrates au Congrès Nancy Pelosi, alors que sa récente acquisition de la plateforme fait craindre un regain de désinformation sur l'application.

"Il y a une petite possibilité que les apparences soient trompeuses", a écrit dimanche matin le milliardaire dans un tweet à ses 123 millions d'abonnés, supprimé dans l'après-midi.

Sa publication faisait référence à l'agression de Paul Pelosi, et renvoyait à un lien d'un article du site conservateur Santa Monica Observer propageant des informations non vérifiées sur l'attaque.

Ce média a déjà publié des théories complotistes et de fausses informations par le passé, selon le quotidien Los Angeles Times.

Les sociétés technologiques ont aussi mis au point des algorithmes sophistiqués pour filtrer les contenus problématiques, "mais en pratique, la modération est faite à la main par des dizaines de milliers de personnes sous payées", ajoute-t-elle. 

Vendredi, Elon Musk semblait déterminé à assurer lui-même le service après-vente. 

"Ceux qui ont été suspendus pour des raisons mineures ou douteuses seront libérés de la prison de Twitter", a-t-il par exemple répondu à une utilisatrice qui lui demandait de laisser son père revenir sur la plateforme. 

« Bienvenue en enfer » 

Le multimilliardaire va subir la pression de ses fans, mais aussi celle des nombreux gouvernements qui remettent en cause les pouvoirs des réseaux sociaux. 

"Sa marge de manœuvre va être réduite par les nouvelles règles adoptées en Europe et en Inde", juge Emma Llanso de l'ONG Center for Democracy and Technology. 

Les Etats-Unis ont longtemps été plus laxistes, mais certains Etats conservateurs veulent désormais aussi réguler la modération. 

"Musk va se retrouver dans une position difficile si la loi votée au Texas impose de garder certains contenus que l'Europe oblige à retirer", résume la spécialiste. 

"Avez-vous hâte que le gouvernement chinois trouve des moyens de menacer les affaires de Tesla en Chine à cause de contenus qui apparaissent sur Twitter? Parce que cela va arriver", a de son côté écrit vendredi Nilay Patel, le rédacteur en chef de The Verge, dans un éditorial adressé à l'entrepreneur. 

Le réseau des gazouillis doit par ailleurs repousser des cyberattaques au quotidien, venant aussi bien de hackers que de groupes criminels et d'agences travaillant pour le compte d'Etats étrangers. 

En juillet 2020, les comptes de personnalités américaines dont Joe Biden, Barack Obama, Jeff Bezos (le fondateur d'Amazon) et... Elon Musk avaient été piratés par de jeunes Américains qui avaient obtenu les identifiants de salariés. 

"Vous êtes maintenant le roi de Twitter et les gens pensent que vous êtes désormais personnellement responsable de tout ce qui s'y passe", s'est moqué Nilay Patel. "Bienvenue en enfer. C'était votre idée". 


Le pétrole accentue sa flambée après de nouvelles frappes en Iran

L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
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  • Le pétrole bondit après de nouvelles frappes en Iran et l'annonce du retour du blocus des ports iraniens
  • Les tensions autour d'Ormuz renforcent les craintes pour l'approvisionnement mondial

LONDRES: Les cours du pétrole accélèrent mardi leur ascension, après de nouvelles frappes en Iran, à quelques heures du rétablissement du blocus naval des ports iraniens annoncé par Donald Trump, qui a aussi dit vouloir de mettre en place un péage sur le détroit d'Ormuz.

En pleine escalade militaire entre Téhéran et Washington, les autorités locales ont rapporté de nouveaux bombardements américains sur la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, et au sud-ouest du pays, dans une zone pétrolifère proche de l'Irak et du Koweït.

Peu après avoir brièvement pris plus de 5%, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, montait de 4,93% à 87,41 dollars vers 10H55 GMT (12H55 à Paris). Celui de son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en août, progressait de 3,75% à 81,07 dollars.

Les deux références du brut ont atteint mardi des prix inédits depuis mi-juin, après s'être envolées jusqu'à plus de 10% la veille.

Le président américain a annoncé lundi sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz, avec la mise en place d'un nouveau blocus des ports iraniens, qui doit entrer en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

"La perte de pétrole brut iranien, qui a représenté en moyenne 2% de la demande mondiale depuis la signature du protocole d'accord" entre Washington et Téhéran le 17 juin - qui s'était traduit par la levée du précédent blocus - "se fera sentir sur les marchés mondiaux", note Vivek Dhar, de CBA.

L'analyste estime qu'environ 40 à 50% du pétrole ayant quitté le détroit d'Ormuz depuis le 18 juin est attribuable à l'Iran, contre une part de 10 à 15% avant la guerre.

"La véritable inconnue est la réaction de l'offre non iranienne" selon lui, car la République islamique "est désormais fortement incitée à rétablir son propre blocus".

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, Donald Trump a aussi dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Pour l'association d'armateurs Bimco, "le surcoût qui en résulterait constituerait un frein supplémentaire au transit" via Ormuz.

"Un tournant extraordinaire des événements est en train de se jouer au Moyen-Orient", résume John Evans, de PVM Energy, qui constate que "cette dégradation de la diplomatie et cette accélération des échanges de tirs ont pris le marché quelque peu de court".

Mais Donald Trump tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible", les consultations avec les médiateurs se poursuivant selon la diplomatie iranienne.


Le pétrole bondit après les déclarations Trump sur la fin du cessez-le-feu avec l'Iran

Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
  • Les prix du pétrole ont bondi de plus de 6 % après les déclarations de Donald Trump annonçant la fin du cessez-le-feu avec l’Iran
  • La reprise des tensions au détroit d’Ormuz ravive les craintes sur l’approvisionnement mondial en pétrole, malgré la poursuite possible des négociations

LONDRES: Les cours du pétrole bondissent mercredi après les déclarations de Donald Trump affirmant mettre fin au cessez-le-feu avec l'Iran, dans la foulée d'une reprise des hostilités à la suite d'attaques de bateaux dans le détroit d'Ormuz.

Vers 09H15 GMT (11H15 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, s'envolait de 6,45% à 78,94 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en août, grimpait de 6,49% à 75,01 dollars.

Les deux références du brut évoluaient à leurs plus hauts niveaux depuis deux semaines.

Le président américain a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", qualifiant les Iraniens de "menteurs".

"En ce qui me concerne, c'est terminé (...) c'est juste une perte de temps de négocier avec eux, ce sont des menteurs", a-t-il affirmé, interrogé sur le cessez-le-feu avec l'Iran, qu'il a qualifié de pays "malade".

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois laissé entendre que les négociateurs pourraient poursuivre les discussions.

Si "le prix du baril a fortement progressé" ce matin, il n'est pas revenu à ses plus hauts atteints durant la guerre, tempère John Plassard, analyste chez Cité Gestion, interrogé par l'AFP.

L'analyste voit davantage une "pause" du cessez-le-feu que sa fin, car si le président américain dit qu'il "est terminé, c'est aussi un moyen de mettre de la pression".

Donald Trump n'a, selon lui, "aucun intérêt à ce que les discussions s'arrêtent totalement", pour des raisons électorales, après avoir mis en avant les prix bas à la pompe dans sa campagne.

Trois navires ont été frappés en 24 heures dans le détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO mardi. Le Qatar et l'Arabie saoudite ont imputé deux de ces attaques à l'Iran.

Dénonçant des "attaques iraniennes" et une "violation flagrante du cessez-le-feu", l'armée américaine a lancé une série de "frappes puissantes" contre l'Iran, touchant plus de 80 cibles, dont des systèmes iraniens de défense antiaérienne.

Ces tirs américains ont déclenché mercredi des représailles de Téhéran, qui a dit avoir attaqué des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Washington a également rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien.

Le protocole d'accord, signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique, prévoit la réouverture du passage stratégique d'Ormuz ainsi que la levée des sanctions américaines sur le pétrole iranien.


Le patron de TotalEnergies voit la Syrie comme une «route alternative» pour le pétrole

  • "Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas"
  • "C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient"

DAMAS: La Syrie peut devenir un "pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée", et offrir des "routes alternatives" au détroit d'Ormuz, a déclaré mardi à Damas le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné, en marge de la visite d'Emmanuel Macron.

"Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas", a-t-il dit à des journalistes juste avant l'annonce de l'explosion de deux bombes à proximité de l'hôtel où le président français avait passé la nuit.

"C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient", a-t-il ajouté.

Selon lui, "ce qui vient de passer avec le détroit d'Ormuz" dans le Golfe, bloqué durant la guerre américano-israélienne contre l'Iran, "lui donne également plus d'importance", "puisqu'on voit bien que maintenant, si on veut investir au Moyen-Orient, il va falloir qu'on trouve des routes alternatives".

Début avril, l'Irak avait annoncé avoir commencé à transporter du pétrole par camion à travers la Syrie en vue de sa réexportation, en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz. L'Irak et la Syrie ont récemment évoqué un projet de restauration de l'oléoduc reliant les deux pays, fermé depuis des décennies.

TotalEnergies a conclu un mémorandum d'entente avec la Syrie pour un bloc d'exploration offshore en Méditerranée, mais n'a pas encore d'autre projet spécifique dans le pays, a souligné Patrick Pouyanné.

Sa visite à Damas, la première depuis la fin de la guerre civile en 2024, vise à "rencontrer les autorités" pour "des prises de contact", a-t-il précisé.

"Laissons au gouvernement le temps de prendre le contrôle de ce pays. Il ne faut pas trop demander" après plus de 13 ans de guerre civile, "il faut être un peu patient", a-t-il ajouté.