‘Inner child’ de Bady Dalloul ou la redéfinition de l’enfance

Un dessin de la collection «Inner child» de Bady Dalloul. (Photo fournie)
Un dessin de la collection «Inner child» de Bady Dalloul. (Photo fournie)
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Publié le Mercredi 02 novembre 2022

‘Inner child’ de Bady Dalloul ou la redéfinition de l’enfance

  • Dalloul s'engage dans un discours révolutionnaire qui franchit les frontières nationales et culturelles et crée un dialogue entre la fiction et le réel
  • Le Japon, terre étrangère pour Dalloul, lui a permis de se sentir à nouveau comme un enfant et, par conséquent, de reconstituer consciemment des aspects de son enfance

DUBAÏ: Né à Paris de parents syriens, l'artiste multimédia Bady Dalloul s’est tourné vers des concepts historiques, politiques et sociologiques divergents pour réfléchir sur la question de la migration mondiale.

À travers le dessin, la vidéo et les objets, Dalloul s'engage dans un discours révolutionnaire qui franchit les frontières nationales et culturelles et crée un dialogue entre la fiction et le réel, en interrogeant la logique d'écriture de l'histoire et la construction artificielle des délimitations territoriales.

Dalloul et son plus jeune frère Jad ont trouvé refuge dans le dessin, alors qu’ils visitaient, pendant les vacances d’été, leur ville natale à Damas, en Syrie. Ces premiers gribouillages ont orienté Dalloul vers d'autres formes de création artistique, qui l'ont à son tour conduit à une application artistique multimédia et à l'obtention du diplôme de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts (ENSBA) de Paris en 2015, puis du Prix de l’Arab Contemporary Creation décerné par les Amis de l'Institut du Monde Arabe en 2017.

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L’artiste multimédia Bady Dalloul. (Photo Fournie)

«Ma carrière a commencé par un simple jeu auquel je jouais avec mon petit frère à Damas, quand nous rendions visite à nos proches en été. Le jeu consistait à imaginer que nous étions les rois de pays fictifs. Jad était le roi de Jadland et moi celui de Badland. Nous avons commencé à dessiner sur les pages des agendas de mon grand-père. Plus nous écrivions, dessinions et faisions des collages et découpions des journaux et les mettions dans nos agendas, plus ces pays qui étaient les nôtres devenaient réels pour nous», raconte Dalloul dans une entrevue.

«Pendant des années, je me suis demandé ce que je devais faire de ma passion de dessin et de ce monde parallèle que je m’inventais, mais j'ai continué à le faire, même lorsque mon petit frère ne s’y intéressait plus», poursuit Dalloul.

Les souvenirs de ces étés à Damas et le recours qu'il a trouvé dans ces premiers dessins nourrissent encore son travail, qui a été exposé dans des galeries du monde entier, comme Mathaf: Arab Museum of Modern Art au Qatar, la Galerie Untilthen à Paris, la galerie Alexandra de Viveiros à Paris également, ainsi que l'ENSBA. Dalloul a notamment participé à des expositions collectives au Palais de Tokyo (Paris), au Centre Pompidou (Paris), à la Fondation Gulbenkian, à l’Instituto Valenciano de Arte Moderno – IVAM, Valence, et au Warehouse 421, à Abu Dhabi.

«J'ai compris que ma pratique de l'art était une façon de comprendre l'histoire, comprendre comment les pays du Proche-Orient sont récemment nés au XXème siècle. L'art m'a donc aidé à comprendre d'abord, et parfois même à faire face à l'histoire, quand c'était plus douloureux», révèle Dalloul.

East-East: UAE meets Japan Vol.5, Atami Blues, du 3 au 27 novembre, est la cinquième édition d'une série d'expositions lancée par la conservatrice Sophie Mayuko Arni qui vise à favoriser les dialogues artistiques entre les EAU et le Japon à travers des collaborations et des échanges artistiques, à l'occasion du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre ces deux pays. L'exposition sera axée autour de l'idée que «les océans et les mers sont habités par des esprits, et que les artistes contribuent à honorer et donner vie aux qualités cachées portées par leurs vagues.» Dalloul y exposera des exemples de sa série d’œuvres la plus récente, «Inner child». 

L’idée principale de cette collection apparaît dans son titre «Inner child»Enfant intérieur»): elle vise à aborder dans son ensemble la question de la migration et permet aux spectateurs de s'imaginer momentanément des expériences de lieux et de personnes inconnus qui évoluent en dehors du domaine des galeries ou des musées.

La source d'inspiration à l’origine de cette collection provient de l'expérience personnelle de Dalloul lors de sa visite au Japon. Durant son premier voyage au Japon à l’occasion d’une exposition, Dalloul a découvert qu'en cette terre étrangère, il pouvait se sentir à nouveau comme un enfant, ce qui lui a permis d'affronter les questions délicates de l'identité et de reconstituer consciemment des aspects de son enfance.

L'intérêt de Dalloul pour le Japon a influencé ses œuvres antérieures, en particulier son court métrage «Ahmad the Japanese», dont le titre s’inspire de celui du poème du Palestinien Mahmoud Darwish «Ahmed Al-Zaatar.» Le film «Ahmad the Japanese» documente le voyage d'un personnage archétype appelé Ahmad, qui va du monde arabe jusqu’au Japon «rapportant les histoires de plusieurs personnes et de leur migration», illustrant les récits complexes de l'immigration et du mélange de cultures.

«J'ai trouvé que le Japon était un endroit où je pouvais prendre du recul et voir plus clairement ce qui se passait dans les pays de mes parents au Proche-Orient, mais également comprendre ma vie depuis mon enfance, moi qui suis d’origine étrangère et né à Paris», dit Dalloul.

«Par exemple, les boulangeries dans lesquelles je me rendais ressemblaient à celles que j’avais connues auparavant, mais d'une manière très différente. Cette différence résidait dans les détails. Il en était de même pour les bibliothèques. La même chose se produisait aussi quand j’allais dans certains endroits et essayais de les comprendre, alors que je ne savais ni lire ni écrire.»

«Avec le temps, j'ai compris que ce qui m'intéressait le plus au Japon n'était pas seulement la culture que j'aime et respecte, et dont j’essaye de profiter. Je pense que c'est surtout cette étape qui précède l’apprentissage d’une langue, cette étape durant laquelle nous essayons de comprendre la langue, nous sommes attentifs aux choses, sans les comprendre pleinement», explique Dalloul.

Inspiré et influencé par sa nouvelle compréhension des événements qui ont eu lieu tout au long de sa formation et de son auto-orientation, Dalloul optimise cette expérience de compréhension universelle en la reliant à la rencontre d'un enfant avec le monde.

«Quand on est bébé, et avant qu'on ne comprenne les langues, nos proches nous disent des choses. Je pense que le bébé les comprend, mais il ne comprend pas tout à fait en raison de son âge bien sûr, mais aussi parce qu'il ne maîtrise pas la langue.»

L'association la plus proche pour conceptualiser cette expérience d'être dans un pays étranger, dans la perspective de Dalloul, est de l'associer à un enfant qui est incapable de comprendre le langage mais qui reste capable de comprendre et de communiquer dans une certaine mesure, grâce à la compréhension universelle et à l'instinct.

La scène commence avec le spectateur accompagné individuellement dans une pièce et vers un siège qui lui est réservé, avec des écouteurs qui transmettent une voix dans une langue étrangère alternant entre le japonais, le français, l'anglais et l'arabe, qui finissent par s'entremêler d'une manière qui oblige le public à imaginer une réalité parallèle. Simultanément, en même temps que la voix, le public visionnera des textes, des vidéos et un dessin qui seront diffusés devant lui.

Pour cela, Dalloul a collaboré avec l'hypnothérapeute Mami Nakanishi pour créer une situation qui placerait le public dans une forme «d'hypnose douce» qui le rapprocherait de l'état d'esprit vécu pendant la petite enfance et aiderait chaque personne à atteindre son «inner child

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Un dessin de la collection «Inner child» de Bady Dalloul. (Photo Fournie)

Après avoir écouté les enregistrements, les spectateurs curieux remarqueront une petite lumière dans une zone spécifique de la pièce, qui contient le dessin d'un jeune garçon se tenant debout à côté d'un rivage délimité par des oreilles et où se superposent les images d'une main, d'un doigt, d’un nez, d’un œil et d’une oreille, renforçant le thème de l'enfance. À côté du dessin, une grande oreille, de la taille d'une main humaine, avec un écouteur, invite les spectateurs à écouter. Les écouteurs contiennent des enregistrements à basse fréquence similaires à l’écho du coquillage que l'on entend lorsqu'un coquillage est placé sur l'oreille.

Par ailleurs, la collection se trouve dans une pièce faisant face à la mer, ce qui rend l’expérience et le message véhiculé par rapport à l'universalité, la mer et la migration, particulièrement puissants.

Dalloul introduit progressivement le thème de la migration en juxtaposant la compréhension universelle associée à la communication avec les différences culturelles, tout en intégrant le sujet des zones côtières, notamment la mer, à travers des vidéos, et le son de la mer. Alors que le thème de la mer est universel et représente quelque chose que même le plus jeune enfant visitant l'exposition pourrait comprendre, cette perception partagée de l'eau a permis à Dalloul de se rendre compte que chacun fait partie d'une espèce collective partageant une plate-forme mondiale. Cependant, certaines marges sont continuellement contestées, ce qui fait que les individus, notamment ceux issus de cultures différentes, entretiennent chacun une relation différente avec la mer.

«Quand les gens quittent le Liban et la Syrie au Proche-Orient à la recherche d’un avenir meilleur, ils prennent parfois la mer pour se rendre ailleurs. Au Japon, chaque fois que je parlais de gens venant d'ailleurs par voie maritime – pas nécessairement du Proche-Orient – ce n'était pas une image très courante. C’est alors que je me suis demandé comment parler de ces voyages à des personnes qui seraient peut-être moins enclines à écouter…»

La différence de cultures abordée par Dalloul fait référence aux histoires dramatiques entendues au Moyen-Orient et en Afrique, de réfugiés et de migrants qui voyagent par bateau pour échapper aux guerres, à la pauvreté et à l'oppression politique dans leur pays d'origine. À titre d’exemple, selon l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), 137 000 personnes ont traversé la mer Méditerranée au cours des six premiers mois de 2015. Cela offre une représentation statistique du nombre effarant de réfugiés et de migrants à l'Est qui utilisent la mer comme issue de secours.

En introduisant ce concept, Dalloul met en évidence la discordance entre la compréhension locale de la mer et celle des différentes cultures.

Les motivations de la collection «Inner child» englobent des sentiments et des expériences difficiles à cerner, en particulier dans un pays où la population est majoritairement homogène. Cependant, le fait que Dalloul joue sur la sentimentalité, en utilisant des images de l'enfance, des scénarios d'hypnose dans des enregistrements audio et des concepts universels, permet un choc de mondes qui autrement se croiseraient sans doute rarement, créant ainsi un lien entre l'imaginaire, fourni par différentes formes d'art, et le réel, fourni par son insistance sur les problèmes du monde réel. Ce faisant, il parvient à créer une collection qui reflète et inspire à la fois de meilleures conceptions des rencontres des gens avec le monde, approfondissant et élargissant les façons dont le sentiment peut être formé à partir d'expériences ou de lieux subjectifs.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Philippe Bouvard est mort, «Les Grosses Têtes» sont orphelines

Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
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  • "Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier
  • Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux

PARIS: Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans.

C'est sa radio de toujours qui a annoncé son décès, après en avoir été informée par son épouse. "Il s'est éteint ce matin aux alentours de huit heures, en douceur", a déclaré à l'antenne la présentatrice de la matinale de RTL, Céline Landreau.

Les hommages ont aussitôt afflué sur la station pour saluer celui que beaucoup considéraient comme un précurseur, à la frontière du journalisme et du divertissement.

"Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier, qui lui avait succédé aux commandes des "Grosses Têtes" en 2014 pour rajeunir l'émission.

Un épisode que l'intéressé avait d'ailleurs mal vécu, parlant lui-même d'"un déchirement". Il était resté 37 ans aux commandes de cette émission culte, qu'il avait lancée en 1977, et dont le succès ne s'est jamais démenti.

Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux.

Avec cette émission, "Philippe a su mettre à la portée de tous la culture générale", a estimé Jean-Pierre Foucault, en saluant "notre maître à tous".

Philippe Bouvard "a plus fait pour la langue française que la moitié des 40 momies de l'Académie française" mais "n'a jamais été récompensé de cet effort populaire", a regretté le navigateur Olivier de Kersauson, pilier historique des "Grosses Têtes", que Bouvard avait coutume de saluer par une apostrophe qui a marqué le programme: "Bonne réponse de l'Amiral!"

"Français moyen" 

"C'était quelqu'un de curieusement très attachant. Je n'ai jamais su s'il nous aimait ou pas", a réagi l'humoriste Bernard Mabille, autre figure de l'émission.

Pour le journaliste Marc-Olivier Fogiel, le principal atout de Philippe Bouvard était "de ne pas avoir de frontières": "C'était un journaliste qui pouvait passer du divertissement au sérieux".

Après avoir entamé sa carrière de journaliste au Figaro dans les années 50, Bouvard avait rejoint France Soir en 1973, parallèlement à son parcours sur RTL.

A la télévision, il avait présenté de 1982 à 1987 "Le petit théâtre de Bouvard" sur Antenne 2, une émission de sketchs où il donnait leur chance à des comédiens débutants dont plusieurs allaient devenir des vedettes : Muriel Robin, Les Inconnus, Mimie Mathy Michèle Bernier ou encore le duo Chevallier et Laspalès.

Hyperactif, Philippe Bouvard tenait encore à 94 ans une page dans le magazine VSD, ainsi qu'une chronique dominicale sur RTL. Il avait tout arrêté le 1er janvier 2025 après avoir atteint son "double record": "60 ans de radio et 60 ans de RTL".

Physique rond et jovial, passionné de jeux d'argent et de belles voitures, ce fils d'un couple de petits commerçants se revendiquait comme "un Français moyen, râleur, chauvin, un rien xénophobe", comme il le disait au journal Le Parisien en 2022. Pour autant, il avouait regretter parfois de "s'être laissé engluer dans ce personnage".


Critique littéraire : « Le Mystère d’Henri Pick », un roman français empreint d’intrigues

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  • C’est un livre qui donne envie de s’attarder, au sens propre comme au sens figuré
  • « Le Mystère d’Henri Pick » est mon choix – pas si mystérieux que ça – pour une bonne lecture alors que je me prépare à un prochain voyage en France

RIYAD: Ce roman policier humoristique nous emmène en Bretagne, dans une bibliothèque sans prétention au bord de la mer qui accepte tout manuscrit original n’ayant pas trouvé d’éditeur
« Le Mystère d’Henri Pick » est mon choix – pas si mystérieux que ça – pour une bonne lecture alors que je me prépare à un prochain voyage en France.

Écrit par le maître des mots français David Foenkinos, initialement sous le titre « Le Mystère Henri Pick » (2016), puis traduit en anglais en 2020 par Sam Taylor chez Pushkin Press, ce roman allie intrigue et espièglerie.

Ce roman policier humoristique nous emmène en Bretagne, dans une bibliothèque sans prétention au bord de la mer qui accepte tout livre original n’ayant pas trouvé d’éditeur.

Une seule condition : vous devez vous-même déposer en personne un exemplaire papier du livre « refusé ».

Il s’agit en somme, pour reprendre mes propres termes, d’un cimetière littéraire où vos manuscrits peuvent continuer à vivre.

Alors qu’elle rend visite à ses parents, la jeune éditrice Delphine Despero se rend à vélo à la bibliothèque avec son amant, un auteur un peu aigrí qui se considère toujours comme un raté depuis que son propre livre n’a pas connu le succès escompté.

Là, ils tombent sur un roman extraordinaire attribué à feu Henri Pick, un pizzaiolo du coin.

Despero meurt d’envie de rencontrer cet auteur talentueux, mais le mystère s’épaissit lorsque la veuve de Pick affirme que son défunt mari n’aurait pas pu écrire ce livre. Il n’a jamais aimé lire, dit-elle, et elle l’aurait su.

Alors que les questions commencent à tourbillonner autour d’Henri Pick et de son succès littéraire improbable, Despero ramène le livre à Paris, où il connaît un succès immédiat.

Il en résulte un mystère autour de la renommée littéraire, de l’ambition, de la paternité littéraire et de la question de savoir dans quelle mesure nous connaissons réellement les gens qui nous entourent.

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre, c’est qu’il fait confiance à l’intelligence des lecteurs pour combler les blancs entre les lignes. J’aime la façon dont le récit fournit juste ce qu’il faut de contexte et de description sans se noyer dans les détails.

J’ai lu ce livre dans un café tranquille et je me suis surprise à m’arrêter toutes les quelques pages pour réfléchir. Un passage m’a fait pleurer.

C’est un livre qui invite à s’attarder, au sens propre comme au sens figuré. C’est un rappel poétique que si nous avons le courage de coucher nos pensées sur le papier, peut-être que quelqu’un, quelque part, parviendra à nous faire revivre — ou à faire revivre la version de nous-mêmes qui a écrit un livre fantastique — longtemps après notre départ de ce monde.


De Gaulle, L'Odyssée: deux blockbusters à succès, attendus par les profs à la rentrée

Le réalisateur et scénariste français Antonin Baudry et l’acteur franco-arménien Simon Abkarian posent lors d’un photocall du film « La Bataille de Gaulle : L’âge de fer » au 79e Festival de Cannes, à Cannes, le 21 mai 2026. (Photo : AFP)
Le réalisateur et scénariste français Antonin Baudry et l’acteur franco-arménien Simon Abkarian posent lors d’un photocall du film « La Bataille de Gaulle : L’âge de fer » au 79e Festival de Cannes, à Cannes, le 21 mai 2026. (Photo : AFP)
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  • La Bataille de Gaulle pourrait devenir un outil pédagogique pour enseigner la Résistance et confronter histoire et récit cinématographique
  • L’Odyssée sera surtout étudiée avec des élèves plus âgés pour analyser le récit, les héros et les polémiques médiatiques

PARIS: Après leur triomphe estival au cinéma, L’Odyssée et La Bataille de Gaulle poursuivront-ils leur parcours en classe ? A l’approche de la rentrée scolaire, plusieurs professeurs de lettres et d'histoire prévoient déjà d'en faire des ressources pédagogiques.

"Je pense que nous allons être très nombreux à utiliser ces films", déclare à l'AFP Joëlle Alazard, présidente de l'Association des professeurs d’histoire et de géographie.

Selon elle, le diptyque du réalisateur Antonin Baudry, vu par plus de 4,7 millions de spectateurs, permet de "donner chair au monument de Gaulle", étudié en classe de troisième et au-delà.

"C'est ce qu'on essaie de faire en cours : expliquer la situation de juin 1940, le courage des premiers résistants, des premiers opposants à la France de Vichy", explique la professeure d'histoire au lycée Louis-Le-Grand, à Paris.

A défaut de pouvoir visionner La Bataille de Gaulle en entier avec ses élèves, chaque volet durant plus de 2 heures et demie, Ludovic Chevassus, prof d'histoire-géographie au lycée du Golfe, à Gassin (Var), prévoit d'en étudier des extraits ciblés, pour "les mettre en perspective avec un regard critique".

En particulier sur leur dimension "très héroïque", alors que les Français activement résistants ne représentaient que "2 à 3% de la population".

Même s'il reconnaît "certaines libertés" du film avec la réalité, il estime "important de montrer aux élèves qu'il y a ce qui s'est passé et puis ce qui est raconté", d'autant que les deux volets s'adressent aux jeunes, de l'aveu même du réalisateur Antonin Baudry.

Les enseignants interrogés se félicitent aussi que La Bataille de Gaulle mette en avant des événements peu abordés en classe par manque de temps, tels que l'attaque de Mers-el-Kébir ou le ralliement des colonies d'Afrique.

- L'Odyssée, pour des élèves plus âgés -

Ils peuvent en outre recourir au kit pédagogique du film publié par Belin peu avant sa sortie et conçu par Natacha Zeiger, professeure d'histoire-géographie au lycée international de Saint-Germain-en Laye (Yvelines), en concertation avec Pathé, producteur des films.

Complémentaire au déroulement chronologique du film, "très compréhensible" pour les élèves, selon l'enseignante, ce document pensé de "manière thématique" contient ainsi des "fiches clé en main" sur la figure de Jean Moulin ou encore sur les femmes dans la résistance.

Le visionnage de L'Odyssée de Christopher Nolan s'avère en revanche impossible pour les élèves qui étudient l'oeuvre originelle d'Homère en 6e, le film étant "interdit aux moins de 12 ans", pointe Robert Delord, professeur de lettres classiques au collège Daniel Faucher, dans la Drôme, et président d’Arrête ton char, association de promotion des langues et cultures de l'Antiquité.

"Le film est suffisamment magistral pour être étudié dans d’autres dimensions, moins littérales, avec des élèves plus âgés", estime cependant Milly La Delfa, professeure de lettres modernes et enseignante en collège et lycée au Collège Sévigné, à Paris.

Elle envisage ainsi "une exploitation en classe de 3e dans le cadre de l’étude du récit", qui se pencherait sur l'"infléchissement de la figure héroïque (d'Ulysse, interprétée par) Matt Damon" et "les traumatismes et les lacunes mémorielles (provoqués par) les conflits" dans l'adaptation de Christopher Nolan, qui a attiré 5,7 millions de spectateurs en France.

Robert Delord imagine pour sa part pouvoir travailler avec ses élèves sur les "choix narratifs" du réalisateur, en confrontant sa chronologie du voyage d'Ulysse, condensée en un peu moins de trois heures, à celle d'Homère.

Mais l'enseignant aimerait surtout, avec ses classes de la 5e à la 3e, consacrer une "séance d'éducation aux médias et aux réseaux sociaux, autour des polémiques racistes qu'il y a eu autour du film", principalement autour du choix de l'actrice mexicano-kényane Lupita Nyong'o pour incarner le personnage mythologique d'Hélène.

Une approche partagée par Ludovic Chevassus, qui prévoit l'étude, dans sa spécialité HGGSP (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques) de Terminale, de cette polémique en ligne, alimentée notamment par le patron de X, Elon Musk.

"Ce que je constate chez mes élèves, c'est qu'avant de voir un film (...) ils se réfèrent à des influenceurs" sur TikTok ou YouTube, pour se faire un avis, et "notre travail (est) de leur apprendre à penser par eux-mêmes", conclut l'enseignant.