‘Inner child’ de Bady Dalloul ou la redéfinition de l’enfance

Un dessin de la collection «Inner child» de Bady Dalloul. (Photo fournie)
Un dessin de la collection «Inner child» de Bady Dalloul. (Photo fournie)
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Publié le Mercredi 02 novembre 2022

‘Inner child’ de Bady Dalloul ou la redéfinition de l’enfance

  • Dalloul s'engage dans un discours révolutionnaire qui franchit les frontières nationales et culturelles et crée un dialogue entre la fiction et le réel
  • Le Japon, terre étrangère pour Dalloul, lui a permis de se sentir à nouveau comme un enfant et, par conséquent, de reconstituer consciemment des aspects de son enfance

DUBAÏ: Né à Paris de parents syriens, l'artiste multimédia Bady Dalloul s’est tourné vers des concepts historiques, politiques et sociologiques divergents pour réfléchir sur la question de la migration mondiale.

À travers le dessin, la vidéo et les objets, Dalloul s'engage dans un discours révolutionnaire qui franchit les frontières nationales et culturelles et crée un dialogue entre la fiction et le réel, en interrogeant la logique d'écriture de l'histoire et la construction artificielle des délimitations territoriales.

Dalloul et son plus jeune frère Jad ont trouvé refuge dans le dessin, alors qu’ils visitaient, pendant les vacances d’été, leur ville natale à Damas, en Syrie. Ces premiers gribouillages ont orienté Dalloul vers d'autres formes de création artistique, qui l'ont à son tour conduit à une application artistique multimédia et à l'obtention du diplôme de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts (ENSBA) de Paris en 2015, puis du Prix de l’Arab Contemporary Creation décerné par les Amis de l'Institut du Monde Arabe en 2017.

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L’artiste multimédia Bady Dalloul. (Photo Fournie)

«Ma carrière a commencé par un simple jeu auquel je jouais avec mon petit frère à Damas, quand nous rendions visite à nos proches en été. Le jeu consistait à imaginer que nous étions les rois de pays fictifs. Jad était le roi de Jadland et moi celui de Badland. Nous avons commencé à dessiner sur les pages des agendas de mon grand-père. Plus nous écrivions, dessinions et faisions des collages et découpions des journaux et les mettions dans nos agendas, plus ces pays qui étaient les nôtres devenaient réels pour nous», raconte Dalloul dans une entrevue.

«Pendant des années, je me suis demandé ce que je devais faire de ma passion de dessin et de ce monde parallèle que je m’inventais, mais j'ai continué à le faire, même lorsque mon petit frère ne s’y intéressait plus», poursuit Dalloul.

Les souvenirs de ces étés à Damas et le recours qu'il a trouvé dans ces premiers dessins nourrissent encore son travail, qui a été exposé dans des galeries du monde entier, comme Mathaf: Arab Museum of Modern Art au Qatar, la Galerie Untilthen à Paris, la galerie Alexandra de Viveiros à Paris également, ainsi que l'ENSBA. Dalloul a notamment participé à des expositions collectives au Palais de Tokyo (Paris), au Centre Pompidou (Paris), à la Fondation Gulbenkian, à l’Instituto Valenciano de Arte Moderno – IVAM, Valence, et au Warehouse 421, à Abu Dhabi.

«J'ai compris que ma pratique de l'art était une façon de comprendre l'histoire, comprendre comment les pays du Proche-Orient sont récemment nés au XXème siècle. L'art m'a donc aidé à comprendre d'abord, et parfois même à faire face à l'histoire, quand c'était plus douloureux», révèle Dalloul.

East-East: UAE meets Japan Vol.5, Atami Blues, du 3 au 27 novembre, est la cinquième édition d'une série d'expositions lancée par la conservatrice Sophie Mayuko Arni qui vise à favoriser les dialogues artistiques entre les EAU et le Japon à travers des collaborations et des échanges artistiques, à l'occasion du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre ces deux pays. L'exposition sera axée autour de l'idée que «les océans et les mers sont habités par des esprits, et que les artistes contribuent à honorer et donner vie aux qualités cachées portées par leurs vagues.» Dalloul y exposera des exemples de sa série d’œuvres la plus récente, «Inner child». 

L’idée principale de cette collection apparaît dans son titre «Inner child»Enfant intérieur»): elle vise à aborder dans son ensemble la question de la migration et permet aux spectateurs de s'imaginer momentanément des expériences de lieux et de personnes inconnus qui évoluent en dehors du domaine des galeries ou des musées.

La source d'inspiration à l’origine de cette collection provient de l'expérience personnelle de Dalloul lors de sa visite au Japon. Durant son premier voyage au Japon à l’occasion d’une exposition, Dalloul a découvert qu'en cette terre étrangère, il pouvait se sentir à nouveau comme un enfant, ce qui lui a permis d'affronter les questions délicates de l'identité et de reconstituer consciemment des aspects de son enfance.

L'intérêt de Dalloul pour le Japon a influencé ses œuvres antérieures, en particulier son court métrage «Ahmad the Japanese», dont le titre s’inspire de celui du poème du Palestinien Mahmoud Darwish «Ahmed Al-Zaatar.» Le film «Ahmad the Japanese» documente le voyage d'un personnage archétype appelé Ahmad, qui va du monde arabe jusqu’au Japon «rapportant les histoires de plusieurs personnes et de leur migration», illustrant les récits complexes de l'immigration et du mélange de cultures.

«J'ai trouvé que le Japon était un endroit où je pouvais prendre du recul et voir plus clairement ce qui se passait dans les pays de mes parents au Proche-Orient, mais également comprendre ma vie depuis mon enfance, moi qui suis d’origine étrangère et né à Paris», dit Dalloul.

«Par exemple, les boulangeries dans lesquelles je me rendais ressemblaient à celles que j’avais connues auparavant, mais d'une manière très différente. Cette différence résidait dans les détails. Il en était de même pour les bibliothèques. La même chose se produisait aussi quand j’allais dans certains endroits et essayais de les comprendre, alors que je ne savais ni lire ni écrire.»

«Avec le temps, j'ai compris que ce qui m'intéressait le plus au Japon n'était pas seulement la culture que j'aime et respecte, et dont j’essaye de profiter. Je pense que c'est surtout cette étape qui précède l’apprentissage d’une langue, cette étape durant laquelle nous essayons de comprendre la langue, nous sommes attentifs aux choses, sans les comprendre pleinement», explique Dalloul.

Inspiré et influencé par sa nouvelle compréhension des événements qui ont eu lieu tout au long de sa formation et de son auto-orientation, Dalloul optimise cette expérience de compréhension universelle en la reliant à la rencontre d'un enfant avec le monde.

«Quand on est bébé, et avant qu'on ne comprenne les langues, nos proches nous disent des choses. Je pense que le bébé les comprend, mais il ne comprend pas tout à fait en raison de son âge bien sûr, mais aussi parce qu'il ne maîtrise pas la langue.»

L'association la plus proche pour conceptualiser cette expérience d'être dans un pays étranger, dans la perspective de Dalloul, est de l'associer à un enfant qui est incapable de comprendre le langage mais qui reste capable de comprendre et de communiquer dans une certaine mesure, grâce à la compréhension universelle et à l'instinct.

La scène commence avec le spectateur accompagné individuellement dans une pièce et vers un siège qui lui est réservé, avec des écouteurs qui transmettent une voix dans une langue étrangère alternant entre le japonais, le français, l'anglais et l'arabe, qui finissent par s'entremêler d'une manière qui oblige le public à imaginer une réalité parallèle. Simultanément, en même temps que la voix, le public visionnera des textes, des vidéos et un dessin qui seront diffusés devant lui.

Pour cela, Dalloul a collaboré avec l'hypnothérapeute Mami Nakanishi pour créer une situation qui placerait le public dans une forme «d'hypnose douce» qui le rapprocherait de l'état d'esprit vécu pendant la petite enfance et aiderait chaque personne à atteindre son «inner child

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Un dessin de la collection «Inner child» de Bady Dalloul. (Photo Fournie)

Après avoir écouté les enregistrements, les spectateurs curieux remarqueront une petite lumière dans une zone spécifique de la pièce, qui contient le dessin d'un jeune garçon se tenant debout à côté d'un rivage délimité par des oreilles et où se superposent les images d'une main, d'un doigt, d’un nez, d’un œil et d’une oreille, renforçant le thème de l'enfance. À côté du dessin, une grande oreille, de la taille d'une main humaine, avec un écouteur, invite les spectateurs à écouter. Les écouteurs contiennent des enregistrements à basse fréquence similaires à l’écho du coquillage que l'on entend lorsqu'un coquillage est placé sur l'oreille.

Par ailleurs, la collection se trouve dans une pièce faisant face à la mer, ce qui rend l’expérience et le message véhiculé par rapport à l'universalité, la mer et la migration, particulièrement puissants.

Dalloul introduit progressivement le thème de la migration en juxtaposant la compréhension universelle associée à la communication avec les différences culturelles, tout en intégrant le sujet des zones côtières, notamment la mer, à travers des vidéos, et le son de la mer. Alors que le thème de la mer est universel et représente quelque chose que même le plus jeune enfant visitant l'exposition pourrait comprendre, cette perception partagée de l'eau a permis à Dalloul de se rendre compte que chacun fait partie d'une espèce collective partageant une plate-forme mondiale. Cependant, certaines marges sont continuellement contestées, ce qui fait que les individus, notamment ceux issus de cultures différentes, entretiennent chacun une relation différente avec la mer.

«Quand les gens quittent le Liban et la Syrie au Proche-Orient à la recherche d’un avenir meilleur, ils prennent parfois la mer pour se rendre ailleurs. Au Japon, chaque fois que je parlais de gens venant d'ailleurs par voie maritime – pas nécessairement du Proche-Orient – ce n'était pas une image très courante. C’est alors que je me suis demandé comment parler de ces voyages à des personnes qui seraient peut-être moins enclines à écouter…»

La différence de cultures abordée par Dalloul fait référence aux histoires dramatiques entendues au Moyen-Orient et en Afrique, de réfugiés et de migrants qui voyagent par bateau pour échapper aux guerres, à la pauvreté et à l'oppression politique dans leur pays d'origine. À titre d’exemple, selon l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), 137 000 personnes ont traversé la mer Méditerranée au cours des six premiers mois de 2015. Cela offre une représentation statistique du nombre effarant de réfugiés et de migrants à l'Est qui utilisent la mer comme issue de secours.

En introduisant ce concept, Dalloul met en évidence la discordance entre la compréhension locale de la mer et celle des différentes cultures.

Les motivations de la collection «Inner child» englobent des sentiments et des expériences difficiles à cerner, en particulier dans un pays où la population est majoritairement homogène. Cependant, le fait que Dalloul joue sur la sentimentalité, en utilisant des images de l'enfance, des scénarios d'hypnose dans des enregistrements audio et des concepts universels, permet un choc de mondes qui autrement se croiseraient sans doute rarement, créant ainsi un lien entre l'imaginaire, fourni par différentes formes d'art, et le réel, fourni par son insistance sur les problèmes du monde réel. Ce faisant, il parvient à créer une collection qui reflète et inspire à la fois de meilleures conceptions des rencontres des gens avec le monde, approfondissant et élargissant les façons dont le sentiment peut être formé à partir d'expériences ou de lieux subjectifs.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


IMA: Le centenaire de Youssef Chahine, ou le souvenir d’un cinéaste qui voulait changer le monde

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, s'exprime aux côtés de l'adjointe au maire Anne Hidalgo (2e à droite) et de l'architecte Philippe Pumain (3e à droite) tandis qu'une photo du réalisateur égyptien Youssef Chahine est projetée sur un écran lors de l'inauguration du cinéma Louxor, le 17 avril 2013 à Paris. (AFP)
Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, s'exprime aux côtés de l'adjointe au maire Anne Hidalgo (2e à droite) et de l'architecte Philippe Pumain (3e à droite) tandis qu'une photo du réalisateur égyptien Youssef Chahine est projetée sur un écran lors de l'inauguration du cinéma Louxor, le 17 avril 2013 à Paris. (AFP)
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  • L’empreinte de Chahine n’est jamais loin de l’œuvre du cinéaste égyptien Yousri Nasrallah, de la Libanaise Randa Chahal, ou encore des réalisateurs syriens Mohammad Malas et Omar Amiralay
  • C’est également à Youssef Chahine que revient le mérite d’avoir découvert la star du cinéma arabe et international Omar Sharif. C’est lui aussi qui fit tourner la diva libanaise Fayrouz dans Le Vendeur d’anneaux

PARIS: Il y a des cinéastes dont on célèbre l’œuvre, et il y a ceux dont on célèbre aussi la présence, l’empreinte humaine, la voix qui continue de résonner longtemps après la disparition. Le réalisateur Youssef Chahine appartient à cette seconde catégorie.

À l’occasion du centenaire de sa naissance, le 25 janvier 1926 à Alexandrie, en Égypte, l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris rend hommage à un géant du cinéma arabe et convoque une mémoire vivante, vibrante, profondément affective.

À partir du 22 janvier, l’IMA déploie un programme dense de projections, de tables rondes, de rencontres et de témoignages, conçu sous la direction attentive de Jean-Michel Frodon, critique et fin connaisseur du cinéma arabe. Un programme qui ne cherche pas à figer Chahine dans un panthéon, mais à le faire revivre, à le réentendre, à le regarder autrement.

Disparu en juillet 2008, Youssef Chahine a accompagné, secoué et parfois dérangé l’histoire du monde arabe dès les années 1950. Son œuvre, composée notamment de 38 longs métrages, est traversée par une urgence permanente : dire le réel sans fard, interroger l’identité, le pouvoir, l’injustice et les appartenances multiples.

Son cinéma est politique, militant, parfois mélodramatique, mais surtout accessible à tous. Il parle de l’Égypte, mais il parle aussi de nous tous.

Ce cinéma, souvent patriotique et combatif, n’a jamais été confortable. Chahine refusait la facilité comme il refusait le silence. Il filmait la société avec une liberté rare, parfois au prix de la censure, souvent au prix de la solitude.

Et pourtant, il n’a jamais cessé de transmettre, d’aider, d’ouvrir la voie. Son œuvre est devenue une école, une matrice pour toute une génération de cinéastes arabes — égyptiens, libanais, syriens — qui ont trouvé en lui un maître, mais surtout un compagnon de route.

L’empreinte de Chahine n’est jamais loin de l’œuvre du cinéaste égyptien Yousri Nasrallah, de la Libanaise Randa Chahal, ou encore des réalisateurs syriens Mohammad Malas et Omar Amiralay.

C’est également à Youssef Chahine que l’on doit la révélation de la star du cinéma arabe et international Omar Sharif. Il fit aussi tourner la diva libanaise Fayrouz dans Le Vendeur d’anneaux, ainsi que la chanteuse Dalida dans Le Sixième Jour.

Mais parler de Youssef Chahine, c’est aussi parler de l’homme. Et la parole de Jack Lang, président de l’IMA et ancien ministre français de la Culture, prend ici une résonance particulière.

Dans un échange avec Arab News en français, Jack Lang ne parle pas d’un monument, mais d’un ami.
« Youssef Chahine, c’est un immense cinéaste », dit-il simplement, avant d’ajouter : « Nous étions liés d’amitié. »

Cette amitié remonte à une époque lointaine. Jack Lang se souvient de sa première rencontre avec son cinéma, presque par hasard, dans une petite salle parisienne.
Le film La Terre, projeté dans un cinéma du Quartier latin, fut pour lui un choc :
« Ce film m’a touché, ébloui. Je me suis dit que je devais rencontrer un jour l’auteur de ces images », confie-t-il.

Ce désir de rencontre n’était pas celui d’un futur ministre, mais d’un jeune homme passionné et curieux, saisi par la puissance d’un regard. La rencontre aura lieu en Égypte, et avec elle, la découverte d’un homme « merveilleusement charmant, ouvert, accessible ».

Chahine n’était ni distant ni intimidant. Il aimait partager, transmettre, faire découvrir. Grâce à lui, Jack Lang entre dans le Caire des artistes, des créateurs et des intellectuels. Il assiste même — privilège rarissime — à un concert de la grande diva Oum Kalthoum.

Ces souvenirs ne sont pas anecdotiques. Ils racontent un homme pour qui l’art était indissociable de la vie, de l’amitié et du plaisir d’être ensemble.

Sauver le cinéma africain

Lorsque Jack Lang devient ministre de la Culture sous la présidence de François Mitterrand, Youssef Chahine est son premier visiteur rue de Valois. Il arrive avec une inquiétude, presque une supplique : sans soutien public, les cinéastes africains et arabes risquent de disparaître.

Cette conversation sera décisive. Elle donnera naissance à un système d’aide directe aux cinéastes, d’abord du Sud, puis élargi à d’autres horizons — une politique culturelle audacieuse, presque visionnaire, qui permettra à de nombreuses œuvres majeures de voir le jour.

« Je lui dois cette idée », reconnaît Jack Lang.

Chahine pensait le cinéma comme une responsabilité collective. Il se battait pour les autres autant que pour lui-même. Généreux, attentif aux jeunes talents, il a accompagné des parcours, encouragé des vocations et porté des projets parfois restés inachevés, mais toujours porteurs de sens.

L’homme, surtout, demeure inoubliable.
« C’est comme s’il était là aujourd’hui », confie Jack Lang. « Sa voix, sa langue, son français impeccable, son intelligence décapante et son humour irrésistible. »

On riait beaucoup avec lui. On se disputait parfois. On pleurait aussi. Chahine était courageux. Il affrontait la censure, les interdits et les régimes autoritaires avec une habileté mêlée de témérité.

Des films comme Le Moineau ou Le Chaos portent cette audace et cette lucidité presque prophétique. C’est cette complexité humaine et artistique que l’IMA a choisi de mettre en lumière.

Le programme du centenaire alterne projections emblématiques et temps de réflexion autour de son héritage, de son regard sur les femmes, de son engagement et de ses combats. Seront notamment projetés La Terre, Le Sixième Jour, Le Destin, L’Émigré et Le Moineau. Autant d’occasions d’écouter ceux qui l’ont connu, aimé, admiré — parfois affronté.

À travers ce centenaire, l’Institut du monde arabe ravive une présence : celle d’un homme qui croyait que le cinéma pouvait changer les consciences, bousculer l’ordre établi et, peut-être, rendre le monde un peu plus juste.


La Grande Table Marocaine sacrée par le prix Art of Hospitality 2026

La Grande Table Marocaine, restaurant gastronomique emblématique du Royal Mansour Marrakech, a été distinguée par le prestigieux Art of Hospitality Award dans le cadre de l’édition Middle East & North Africa’s 50 Best Restaurants 2026. (Photo fournie)
La Grande Table Marocaine, restaurant gastronomique emblématique du Royal Mansour Marrakech, a été distinguée par le prestigieux Art of Hospitality Award dans le cadre de l’édition Middle East & North Africa’s 50 Best Restaurants 2026. (Photo fournie)
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  • La remise officielle du prix aura lieu lors de la cinquième édition de l’événement, organisée à Abu Dhabi le mardi 3 février 2026, en présence des grandes figures de la gastronomie régionale et internationale
  • Attribuée par l’Académie de vote — composée de plus de 250 professionnels indépendants du secteur culinaire et gastronomes issus de toute la région MENA — cette distinction récompense les établissements qui établissent de nouveaux standards

MARRAKECH: La Grande Table Marocaine, restaurant gastronomique emblématique du Royal Mansour Marrakech, a été distinguée par le prestigieux Art of Hospitality Award dans le cadre de l’édition Middle East & North Africa’s 50 Best Restaurants 2026.

La remise officielle du prix aura lieu lors de la cinquième édition de l’événement, organisée à Abu Dhabi le mardi 3 février 2026, en présence des grandes figures de la gastronomie régionale et internationale.

Attribuée par l’Académie de vote — composée de plus de 250 professionnels indépendants du secteur culinaire et gastronomes issus de toute la région MENA — cette distinction récompense les établissements qui établissent de nouveaux standards en matière de service, d’attention portée aux clients et d’expérience globale.

Une hospitalité ancrée dans la tradition marocaine

À La Grande Table Marocaine, l’art de recevoir s’inspire directement des valeurs fondatrices de la culture marocaine : chaleur humaine, générosité et sens du rituel. Chaque détail du parcours client est pensé pour créer un sentiment d’accueil authentique, où élégance et simplicité cohabitent harmonieusement.

Dès l’arrivée des convives, le service se déploie avec précision et discrétion, rythmé par des gestes raffinés et une attention constante. Des moments emblématiques — de l’accueil traditionnel à la cérémonie du thé — sont intégrés naturellement à l’expérience, révélant les récits, symboles et subtilités de l’hospitalité marocaine. Une approche qui positionne le restaurant comme une référence régionale du savoir-recevoir.

Une cuisine d’héritage portée par l’excellence

Sous la direction culinaire de la cheffe multi-étoilée Hélène Darroze, accompagnée du Deputy Executive Chef Karim Ben Baba, expert reconnu de la gastronomie marocaine, La Grande Table Marocaine propose une interprétation raffinée du patrimoine culinaire national.

La brigade, largement féminine, sublime les recettes traditionnelles à travers une exécution contemporaine et précise. Parmi les créations emblématiques figurent notamment une pastilla de pigeon revisitée, des tajines délicatement épicés ou encore le couscous national, véritables marqueurs d’identité et de terroir.

Ces propositions culinaires, pensées pour accompagner sans jamais dominer l’expérience, renforcent l’équilibre entre cuisine et hospitalité. Chaque plat est présenté avec clarté et intention, permettant au service de rythmer le repas comme une véritable narration gastronomique.

Une reconnaissance de l’émotion et du lien culturel

Le Art of Hospitality Award salue la capacité du restaurant à transformer le repas en un moment de connexion culturelle, où le raffinement s’allie à une approche profondément humaine.

« Nous sommes ravis d’annoncer La Grande Table Marocaine comme lauréate du Art of Hospitality Award 2026. Le restaurant incarne les plus hauts standards de service, d’authenticité culturelle et de chaleur humaine. L’engagement constant de l’équipe crée une atmosphère à la fois élégante et intimement personnelle », a déclaré un porte-parole de Middle East & North Africa’s 50 Best Restaurants.

De son côté, Jean-Claude Messant, directeur général de La Grande Table Marocaine, a exprimé sa fierté :

« Cette distinction honore l’ensemble de notre équipe. L’hospitalité au Royal Mansour repose sur la sincérité, la générosité et le sens profond de l’accueil. Notre ambition est d’inviter chaque hôte non seulement à notre table, mais au cœur même de l’esprit du Maroc. Cette reconnaissance est particulièrement significative pour nous. »

Un rendez-vous majeur pour la gastronomie régionale

La cérémonie des Middle East & North Africa’s 50 Best Restaurants 2026 se tiendra à Abu Dhabi le 3 février 2026 au soir. Le programme comprendra notamment #50BestTalks, forum de réflexion réunissant leaders d’opinion du secteur, ainsi que la révélation officielle du classement.

En parallèle, plusieurs événements culinaires ouverts au public animeront la capitale émiratie, dont les 50 Best Signature Sessions et Flavours of 50 Best, offrant aux amateurs de gastronomie des expériences uniques aux côtés de chefs internationaux et régionaux de renom.

Avant la cérémonie finale, le dernier prix à être annoncé sera le One To Watch Award, mettant en lumière un établissement émergent à fort potentiel.


Des trésors mondiaux passent sous le marteau

« Vue de Zevekote, Knokke », Camille Pissarro. (Fourni)
« Vue de Zevekote, Knokke », Camille Pissarro. (Fourni)
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  • Points forts internationaux de la vente aux enchères « Origins II » de Sotheby’s, qui se tiendra le 31 janvier à Diriyah

Andy Warhol

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« Muhammad Ali »

Peut-être le nom le plus célèbre du pop art rencontre probablement le sportif le plus célèbre du XXᵉ siècle dans cet ensemble de quatre sérigraphies de 1978, réalisées à la demande de l’homme d’affaires américain Richard Weisman. « Rassembler cette série m’a semblé naturel, car deux des loisirs les plus populaires à l’époque étaient le sport et l’art, mais à ma connaissance ils n’avaient aucun lien direct », expliquait Weisman en 2007. « J’ai donc pensé que faire réaliser la série par Andy inspirerait les amateurs de sport à entrer dans les galeries, peut-être pour la première fois, et que les amateurs d’art découvriraient un grand champion. » Warhol s’est rendu au camp d’entraînement d’Ali pour prendre des Polaroids servant à sa recherche et a été « frappé par la concentration sereine sous-jacente à la puissance d’Ali — sa quiétude contemplative, sa discipline intérieure », selon le catalogue de vente.

Jean-Michel Basquiat

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« Untitles »

Basquiat « émergea de la scène underground new-yorkaise pour devenir l’un des artistes les plus influents de la fin du XXᵉ siècle », précise Sotheby’s. L’œuvre de 1985 présentée ici « témoigne de manière éclatante de sa capacité singulière à transformer le dessin en lieu de réflexion intellectuelle, de mémoire culturelle et d’expression viscérale de soi ». D’origine caribéenne et portoricaine, Basquiat « développa un langage visuel d’une immédiateté et d’une intelligence extraordinaires, où image et texte se heurtent avec une urgence brute », poursuit le catalogue.

Camille Pissarro

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« Vue de Zevekote, Knokke »

Le « Knokke » du titre désigne Knokke-sur-Mer, village balnéaire belge où l’impressionniste franco-danois séjourna à l’été 1894 et produisit 14 tableaux, dont celui-ci. Le village séduisait Pissarro par son « intérêt durable pour la vie provinciale ». Dans cette œuvre, « des coups de pinceau staccato, rappelant ses tableaux des années 1880, se mêlent à la palette de couleurs terreuse de ses œuvres ultérieures. Le paysage résultant, baigné d’une lumière solaire, célèbre les environnements ruraux pittoresques pour lesquels il est le plus connu. »

David Hockney

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« 5 May »

Ce dessin sur iPad provient de la série de 2011 de l’artiste anglais, « Arrival of Spring in Woldgate, East Yorkshire in 2011 », décrite par Sotheby’s comme « l’une des explorations les plus ambitieuses et vibrantes de Hockney sur le paysage, la perception et les possibilités technologiques ». Chaque image documente « de subtiles variations de couleur, de lumière et d’atmosphère » sur le même tronçon de Woldgate, « montrant le paysage comme une expérience dans le temps plutôt qu’un instant figé ». Le catalogue souligne que le printemps a longtemps inspiré les artistes européens, mais qu’« aucun artiste ne l’a observé avec une attention si fascinée et aimante, ni enregistré avec un tel détail comme un processus évolutif ».

Zarina

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« Morning »

Sotheby’s décrit l’artiste indienne Zarina Hashmi — connue sous son prénom — comme « l’une des figures les plus captivantes de l’art international d’après-guerre — une artiste dont les œuvres épurées et méditatives distillent le tumulte d’une vie itinérante en formes visuelles ». Née à Aligarh, en Inde britannique, « la tragédie de la Partition de 1947 a façonné une méditation à vie sur la notion de foyer, à la fois lieu physique et concept spirituel ». Cette œuvre fait partie d’une série de 36 gravures sur bois intitulée « Home is a Foreign Place ».

George Condo

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« Untitles »

Cette peinture à l’huile sur lin de 2016 illustre parfaitement ce que l’artiste américain appelle le « cubisme psychologique », que Sotheby’s définit comme « une reconfiguration radicale de la figure humaine fragmentant l’identité en états émotionnels et perceptifs simultanés ». L’œuvre « condense des décennies de réflexion sur les mécanismes du portrait, s’inspirant du passé artistique tout en affirmant un langage contemporain à la fois incisif et sombrement humoristique », note le catalogue, ajoutant que l’œuvre est « brûlante de tension psychologique et de virtuosité picturale ».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com