Mondial-2022: Giroud, les blessés... Deschamps doit enfin trancher

Cette photo d'archive prise le 25 septembre 2022 montre l'entraîneur français Didier Deschamps réagissant après le match de football de l'UEFA Nations League entre le Danemark et la France à Copenhague. (Photo de FRANCK FIFE / AFP)
Cette photo d'archive prise le 25 septembre 2022 montre l'entraîneur français Didier Deschamps réagissant après le match de football de l'UEFA Nations League entre le Danemark et la France à Copenhague. (Photo de FRANCK FIFE / AFP)
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Publié le Mardi 08 novembre 2022

Mondial-2022: Giroud, les blessés... Deschamps doit enfin trancher

  • Le sélectionneur s'invite sur le plateau du Journal de 20h de TF1, comme avant chaque grand tournoi, afin de livrer l'identité des 23 à 26 heureux élus autour des cadres Hugo Lloris, Kylian Mbappé, Antoine Griezmann et Karim Benzema
  • La quête d'une troisième étoile après 1998 et 2018 se fera ainsi sans Paul Pogba et N'Golo Kanté, deux piliers du sacre en Russie coincés à l'infirmerie

PARIS: Quels Bleus défendront le titre mondial au Qatar? Didier Deschamps met fin mercredi soir (20h00) au suspense entourant une liste à plusieurs inconnues, entre les blessures à évaluer et quelques cas à trancher, dont celui d'Olivier Giroud.

Le sélectionneur s'invite sur le plateau du Journal de 20h de TF1, comme avant chaque grand tournoi, afin de livrer l'identité des 23 à 26 heureux élus autour des cadres Hugo Lloris, Kylian Mbappé, Antoine Griezmann et Karim Benzema. Et de doucher les espoirs des candidats recalés.

"Il y a toujours des choix difficiles car je fais aussi des choix humains. Ne pas en sélectionner un pour une Coupe du monde, c'est dur. Mais c'est mon rôle, je l'assume", a-t-il assuré en septembre.

Après des semaines à se torturer l'esprit, l'entraîneur de 54 ans lance véritablement sa compétition avec cette annonce, cinq jours avant le rassemblement à Clairefontaine (Yvelines) et seulement treize avant l'entrée en lice au Qatar contre l'Australie, le 22 novembre, au stade Al-Janoub.

La réflexion de "DD" a été compliquée par le flot de blessures qui a emporté plusieurs Bleus ces dernières semaines.

Varane dans les temps

La quête d'une troisième étoile après 1998 et 2018 se fera ainsi sans Paul Pogba et N'Golo Kanté, deux piliers du sacre en Russie coincés à l'infirmerie.

Deschamps scrute le rétablissement de Mike Maignan, gardien N.2 blessé à un mollet, et du défenseur central Presnel Kimpembe (tendon d'Achille), avec une pointe d'inquiétude. L'optimisme accompagne en revanche le vice-capitaine Raphaël Varane (cuisse), dans les temps pour être rétabli.

Dans tous les cas, le staff des Bleus attendra le dernier moment pour valider ou non leur présence.

D'autres titulaires récents restent fragiles: Jules Koundé (préservé par Barcelone), Lucas Hernandez (à peine de retour de blessure) et Benzema, Ballon d'Or mis au repos lundi par le Real Madrid pour une gêne persistante à une cuisse.

"Je ne prendrai pas un joueur qui n'est pas en mesure de jouer le début de la compétition", a affirmé ces derniers jours Deschamps à l'AFP.

La liste définitive doit être transmise lundi à 19h00 à la Fifa mais, en cas de blessure sérieuse, il peut opérer des remplacements de dernière minute jusqu'au 21 novembre.

Entre 23 et 26 joueurs, le dilemme de Deschamps

Avec la possibilité d'appeler 23 à 26 joueurs pour le Mondial-2022, le sélectionneur Didier Deschamps fait face à un dilemme: accumuler des remplaçants peut-être mécontents de leur temps de jeu, ou restreindre l'effectif et s'exposer aux blessures ?

Questionné à de multiples reprises sur le nombre de joueurs qu'il emmènera au Qatar, le patron de l'équipe de France n'a jamais répondu clairement, préférant se laisser le choix jusqu'à l'annonce de liste attendue mercredi (20h00).

Champion du monde avec 23 joueurs en 2018, Deschamps avait émis des doutes au sujet de l'élargissement des listes, annoncé cet été par la Fifa pour faire face aux répercussions du Covid-19 et au calendrier inhabituel de cette Coupe du monde programmée en milieu de saison.

"J'ai une certaine marge entre 23 et 26. A l'Euro-2021, on était 26, on avait des joueurs blessés et heureusement qu'Adrien (Rabiot) était là pour palier à gauche (au poste de latéral). Mais ce n'est pas pour ça qu'on sera plus fort pour autant: il reste toujours onze places sur le terrain", a exposé le Basque au mois de septembre.

Ces explications résument les enjeux auquel "DD" est confronté au moment de finaliser son équipe.

A 24 ou 25 ?

Les blessures de certains (Raphaël Varane, Mike Maignan, Presnel Kimpembe) et les fragilités d'autres (Karim Benzema, Lucas Hernandez, Jules Koundé) risquent de le pousser à dépasser un peu le strict minimum de 23 joueurs.

Mais à l'inverse, il paraît très improbable de le voir convoquer 26 joueurs, au vu de ses récentes prises de position et de son attachement à la vie de groupe.

"Un des objectifs les plus importants pour moi et mon staff, c'est de ne perdre personne (au fil du tournoi). Cela demande beaucoup de discussions, encore plus avec ceux qui jouent peu

ou pas", reconnaissait-il ces derniers mois. "Au début, ils ont tous le sourire, ils sont tous heureux d'être là, puis il y a le premier match, et je ne peux pas tous les faire jouer en même temps."

Même en 2018, à 23 joueurs, l'encadrement avait dû prendre le temps d'échanger avec certains remplaçants déçus de leur temps de jeu lors de la phase de groupe, comme Florian Thauvin, rappellent plusieurs proches de l'équipe de France.

Cette analyse peut l'encourager à privilégier des profils pouvant évoluer à plusieurs postes. Elle vaut aussi pour le choix d'éventuels réservistes: si Deschamps a jusqu'au 14 novembre pour modifier sa liste comme il l'entend, et même jusqu'au 21 novembre en cas de blessure, il est peu probable de le voir constituer un groupe de suppléants.

En 2018, Rabiot avait d'ailleurs refusé d'endosser ce statut... Et Deschamps l'avait laissé de côté pendant deux ans.

"La plupart aura joué le week-end du 12-13 novembre, donc s'il faut rappeler un joueur à la dernière minute, il sera encore dans le rythme", remarque une source proche de l'équipe de France.

L'énoncé des joueurs retenus pour le dernier Euro, au printemps 2021, avait résonné comme un tremblement de terre avec le retour inattendu de Benzema, banni à l'époque depuis cinq ans et demi. Celle du Mondial-2022 réservera moins de surprises: tous les cadres mentionnés jusqu'ici sont attendus dans le groupe.

Les incertitudes concernent surtout les remplaçants... et Giroud.

L'avant-centre de l'AC Milan, deuxième meilleur buteur de l'histoire des Bleus, est intenable en club malgré ses 36 ans. Mais Deschamps se refuse, depuis l'Euro, à l'appeler en même temps que Benzema, estimant qu'un joueur de ce statut peut difficilement accepter un rôle de doublure sans faire de vagues.

Peu de rescapés de Russie

Néanmoins, "DD" et "Olive" ont récemment échangé sur le sujet et ce dernier a répété, en interview, qu'il était prêt à se contenter des miettes en échange d'une convocation pour un troisième Mondial, après 2014 et 2018.

S'il est appelé, Giroud apportera de l'expérience à un groupe renouvelé: parmi les 23 champions du monde de Moscou, il est peu probable d'en retrouver plus de dix en 2022.

Lloris et Alphonse Areola (gardien N.3) enchaîneront ainsi Russie et Qatar, comme Lucas Hernandez, Benjamin Pavard, Kimpembe et Varane s'ils sont aptes, comme Mbappé et Griezmann en attaque.

Le milieu de terrain sera en revanche novice en Coupe du monde, avec Adrien Rabiot et Aurélien Tchouaméni en pole pour être titulaires, et de sérieux candidats comme Youssouf Fofana et Eduardo Camavinga pour compléter la ligne.

Theo Hernandez, cadet de Lucas, est attendu en défense pour devenir la première fratrie tricolore "mondialiste" depuis Jean et Lucien Laurent en 1930.

En attaque, les candidats sont nombreux: Christopher Nkunku et Kingsley Coman sont bien partis pour disputer leur premier Mondial, Ousmane Dembélé postule pour en jouer un deuxième.

La structure de la liste dépendra aussi des intentions tactiques de Deschamps. S'il a privilégié

ces derniers mois un système à trois défenseurs centraux, l'hypothèse de voir les Bleus revenir à une défense à quatre, leur force du dernier Mondial, a gagné en consistance depuis le rassemblement de septembre... Mais avant d'affiner la tactique, il faut annoncer les joueurs.


Municipales: les questions du second tour

L'entre-deux-tours a été dominé par la controverse sur les alliances, dans des proportions inattendues, entre LFI et le PS (à Toulouse, Nantes, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand...) alors même que la direction du PS avait assuré qu'il n'y aurait pas d'accord national et très peu d'accords locaux. (AFP)
L'entre-deux-tours a été dominé par la controverse sur les alliances, dans des proportions inattendues, entre LFI et le PS (à Toulouse, Nantes, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand...) alors même que la direction du PS avait assuré qu'il n'y aurait pas d'accord national et très peu d'accords locaux. (AFP)
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  • Selon une enquête Elabe pour BFMTV mercredi, 69% des électeurs de gauche sont favorables aux accords entre LFI et le PS, mais seulement 50% des sympathisants socialistes
  • Dans le sens inverse, les candidats LFI ayant choisi de se maintenir au risque de faire perdre la gauche, comme Sophia Chirikou à Paris, pourraient voir leur score diminuer

PARIS: Succès des alliances PS-LFI, dynamique du RN, reconduite de certains maires écologistes ou remontada de Rachida Dati à Paris... les principales questions du second tour des municipales dimanche.

Les électeurs socialistes valideront-ils les alliances avec LFI ?

L'entre-deux-tours a été dominé par la controverse sur les alliances, dans des proportions inattendues, entre LFI et le PS (à Toulouse, Nantes, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand...) alors même que la direction du PS avait assuré qu'il n'y aurait pas d'accord national et très peu d'accords locaux.

A l'inverse, les candidats PS ont refusé la fusion avec LFI à Paris, Marseille ou Rennes.

Comment se positionneront les électeurs de gauche sur ces fusions ?

Selon une enquête Elabe pour BFMTV mercredi, 69% des électeurs de gauche sont favorables aux accords entre LFI et le PS, mais seulement 50% des sympathisants socialistes.

Dans le sens inverse, les candidats LFI ayant choisi de se maintenir au risque de faire perdre la gauche, comme Sophia Chirikou à Paris, pourraient voir leur score diminuer.

Existe-t-il encore un "front républicain" anti-RN ?

Le RN, qui a remporté une vingtaine de villes au premier tour, est en tête d'une soixantaine d'autres, principalement dans ses places fortes du sud (Toulon, Nîmes, Carcassonne, Menton, Carpentras...) et de l'ancien bassin minier du Pas-de-Calais.

Les espoirs du RN sont renforcés par l'affaiblissement du "front républicain" (désistement d'une liste de gauche en faveur d'une liste de droite ou inversement) contre lui.

A Nice, l'écologiste Juliette Chesnel-Le Roux (11,9%) a refusé de se retirer au profit du maire sortant Horizons Christian Estrosi (30,9%) loin derrière les 43,4% d'Éric Ciotti, allié du RN.

Ce "front" fonctionnera peut-être encore à Toulon où, pour faire barrage à Laure Lavalette (42%), la divers gauche Magali Brunel (pas en position de se maintenir avec 8,4%) a appelé à voter pour la sortante divers droite Josée Massi (29,5%), qui a également bénéficié du retrait du LR Michel Bonnus (15,7%). A Cavaillon (Vaucluse), PS et LFI appellent à voter pour le sortant divers droite, arrivé deuxième derrière le RN, mais le candidat divers gauche troisième s'est tout de même maintenu.

Dans l'autre sens (désistement de la droite pour la gauche), les exemples sont quasi inexistants.

Les accords entre la droite et le RN ont été très peu nombreux en dépit de la main tendue à "la droite sincère" du président du RN Jordan Bardella. L'enjeu sera de suivre le comportement des électeurs LR, dont une partie est favorable à "l'union des droites", dans des configurations comme celle de Marseille où leur candidate Martine Vassal n'a quasiment aucune chance de gagner.

 

Les écologistes vont-ils sauver les meubles ?

Grands vainqueurs en 2020, les écologistes se retrouvent en difficulté à Bordeaux, Annecy ou Besançon. Mais ils espèrent, grâce des accords avec LFI, pouvoir sauver Poitiers, Grenoble, voire Lyon et Strasbourg.

Dans ces deux grandes métropoles, le scrutin s'annonce serré.

A Lyon, le sortant Grégory Doucet a réalisé au premier tour une "remontada" après une campagne jugée très mauvaise de son concurrent de la droite et du centre, l'ancien patron de l'OL Jean-Michel Aulas. A Strasbourg, la triangulaire s'annonce indécise entre l'ancienne maire socialiste Catherine Trautmann, la sortante Jeanne Barseghian, qui n'est arrivée qu'en troisième position, et le LR Jean-Philippe Vetter.

LR: Paris pour sauver la face ?

Champion des petites villes, Les Républicains sont en difficulté depuis longtemps dans les métropoles. Ils pourraient perdre leur plus grande ville actuelle, Nîmes, où une triangulaire serrée s'annonce au second tour avec le RN et la gauche.

Mais une défaite à Nîmes serait largement éclipsée en cas de succès à Nantes, où la numéro 2 du PS Johanna Rolland part avec une faible avance sur le LR Foulques Chombart de Lauwe, et surtout à Paris.

Distancée de plus de 12 points au premier tour, Rachida Dati (25,5%) se retrouve, après une fusion avec les listes de Pierre-Yves Bournazel (Horizons, 11,3%) et le retrait de Sarah Knafo (Reconquête!, 10,4%), dans la meilleure configuration possible pour elle sur le papier. D'autant que la LFI Sophia Chikirou (11,7%) a refusé se retirer au bénéfice du socialiste Emmanuel Grégoire (38%).

Les autres formations soutenant le gouvernement sont moins représentées à l'échelon municipal. Pour Horizons, même si Christian Estrosi est battu à Nice, l'essentiel sera préservé en cas de victoire au Havre de son leader Edouard Philippe, qui en a fait une condition de sa candidature à la présidentielle et part favori dans une triangulaire avec gauche et RN.

Renaissance, peu implanté localement, pourrait finalement gagner deux grandes villes avec les anciens ministres Antoine Armand à Annecy et Thomas Cazenave à Bordeaux. Quant au MoDem, François Bayrou, engagé dans une triangulaire, est en bonne position pour rester maire de Pau.

 


Guillaume Ancel : le Liban pris au piège par Israël, par la volonté de l’Iran

Guillaume Ancel. (AFP)
Guillaume Ancel. (AFP)
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  • Depuis le 2 mars, deux jours après l’assassinat ciblé du guide suprême iranien Ali Khamenei, le Liban a renoué avec une nouvelle spirale meurtrière, avec son cortège de destructions et de déplacés
  • Pour l’ancien officier de l’armée française Guillaume Ancel (éditeur du blog Ne pas subir), dans la configuration actuelle, « il s’agit moins d’une stratégie d’Israël contre le Liban que d’une stratégie de l’Iran contre Israël »

PARIS : Dans le conflit généralisé que vit actuellement le Moyen-Orient, la balance penche nettement du côté des incertitudes, et la somme des questions qu’il pose l’emporte sur les réponses quant à la nature de son issue.

Le seul élément avéré est que, depuis le début des frappes israélo-américaines, le régime iranien joue sa survie, entraînant le Liban dans son sillage.

Depuis le 2 mars, deux jours après l’assassinat ciblé du guide suprême iranien Ali Khamenei, le Liban a renoué avec une nouvelle spirale meurtrière, avec son cortège de destructions et de déplacés.

Des missiles tirés par le Hezbollah contre Israël sont venus à bout d’un cessez-le-feu fragile, instauré en novembre 2024 sur la ligne de démarcation séparant les deux pays.

Ce parti avait d’ores et déjà prévenu qu’il entrerait dans le conflit si le guide suprême iranien venait à être menacé. Or, une fois Khamenei assassiné, le Hezbollah s’est jeté dans la bataille, faisant fi des menaces émanant des plus hauts responsables israéliens, mettant le Liban en garde contre un déluge de feu qui le réduirait en poussière, à l’image de Gaza.

La riposte israélienne ne s’est pas fait attendre, provoquant à ce jour la mort d’environ 968 personnes et près d’un million de déplacés, alors que les hostilités se poursuivent de part et d’autre et qu’aucune issue ne se profile à l’horizon.

La France a beau inciter les Libanais à prendre les devants et à consolider leur souveraineté sur leur territoire, proposer d’aider le Liban à sortir de la spirale infernale par des négociations directes avec Israël ; Paris a beau rallier des pays tels que le Canada, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni à sa position, ses propos restent inaudibles dans le fracas des déflagrations qui sèment la mort aux quatre coins du pays.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sera à Beyrouth aujourd’hui pour une nouvelle tentative de désescalade dont l’issue est loin d’être certaine.

Dans ce paysage de chaos et de désolation, il est utile de tenter de démêler les fils, d’essayer d’esquisser les contours de la stratégie israélienne au Liban et de s’interroger sur l’avenir de ce pays piégé dans une équation impossible entre Israël et l’Iran.

Pour l’ancien officier de l’armée française Guillaume Ancel (éditeur du blog Ne pas subir), dans la configuration actuelle, « il s’agit moins d’une stratégie d’Israël contre le Liban que d’une stratégie de l’Iran contre Israël ».

« Si le Hezbollah s’était tenu à l’écart du conflit, il aurait été très difficile pour le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou de justifier une offensive contre le Liban », assure l’officier en réponse à Arab News en français.

Le Hezbollah, acteur politique intégré au système libanais, agit dans les faits comme une force militaire étroitement liée aux intérêts stratégiques des gardiens de la révolution : « ce sont eux qui avaient intérêt à déporter une partie du conflit contre l’Iran au Liban », afin d’enflammer le nord d’Israël.

Dans cette perspective, le front libanais devient une extension du conflit opposant Israël à l’Iran, une manière pour Téhéran d’éviter un face-à-face direct tout en multipliant les foyers de tension.

Cette stratégie d’« externalisation » de la guerre n’est pas nouvelle, affirme Ancel, mais elle atteint aujourd’hui un niveau particulièrement préoccupant, car elle se déploie sur un territoire déjà fragilisé, économiquement exsangue et politiquement fragmenté.

De son point de vue, Israël adopte une réponse fidèle à sa doctrine sécuritaire, qui consiste à frapper fort, vite et de manière dissuasive.

Pour l’État hébreu, la menace posée par le Hezbollah est existentielle : peu importe que le mouvement soit affaibli ou que ses capacités soient entamées, sa simple présence armée à la frontière nord constitue un risque inacceptable à ses yeux.

Mais cette logique, souligne Ancel, comporte ses limites, car les opérations israéliennes, souvent d’une intensité considérable, voire disproportionnée, n’ont jamais réussi à éradiquer le Hezbollah. Au contraire, elles contribuent régulièrement à renforcer sa légitimité interne, tout en infligeant des destructions massives au Liban.

C’est là que se révèle l’un des nœuds du problème : l’impuissance de l’État libanais.

L’armée libanaise ne dispose ni des moyens militaires ni de la légitimité politique pour affronter le Hezbollah, et toute tentative de désarmement par la force risquerait de plonger le pays dans une nouvelle guerre civile, un scénario que tous cherchent à éviter.

Sur le plan diplomatique, l’idée persiste : le Liban devrait reprendre le contrôle de son territoire et mettre fin à l’autonomie militaire du Hezbollah.

La France pour un renforcement de l’armée libanaise

Cette position, défendue notamment par la France, plaide pour un renforcement de l’armée libanaise, avec le soutien de partenaires européens, afin de rééquilibrer progressivement le rapport de force interne.

Cette stratégie se heurte à un obstacle majeur : comment envisager un processus de désarmement dans un pays soumis à des bombardements réguliers, sachant qu’une telle initiative suppose un minimum de stabilité, voire un cessez-le-feu ?

Or, le Hezbollah ne semble pas prêt à suspendre ses opérations sans garanties préalables, et il en va de même pour Israël, qui tourne en outre le dos à la main tendue par les autorités libanaises pour discuter d’une désescalade.

Dans ce contexte, estime Ancel, la clé du conflit libanais ne se trouve pas à Beyrouth, mais à Téhéran : « tant que l’Iran maintient son soutien au Hezbollah, celui-ci conservera sa capacité d’action et sa volonté d’affronter Israël ».

À l’inverse, ajoute-t-il, un affaiblissement du régime iranien pourrait rebattre les cartes et souligne une réalité dérangeante : le Liban dépend largement de décisions prises en dehors de ses frontières, et son destin est suspendu à l’évolution d’un rapport de force régional qui le dépasse.

En attendant, le pays continue de s’enfoncer : les infrastructures sont touchées, les populations déplacées, l’économie touche le fond. Mais le plus inquiétant est le tissu social libanais, historiquement fragile, qui risque de se déliter davantage sous la pression des événements.

Le pronostic est pessimiste, mais Ancel rappelle que le pays a déjà traversé des crises majeures et a su, à plusieurs reprises, éviter l’effondrement total.

« L’essentiel, affirme-t-il, réside dans la manière dont le président américain Donald Trump va terminer cette guerre », qui est déjà dans sa troisième semaine, « et il n’a plus beaucoup de temps devant lui ».

Mais là aussi, on est face à une inconnue, car, souligne Ancel, « personne ne sait dire aujourd’hui quel est l’état du régime iranien : est-ce qu’il est au bord de l’effondrement ou bien est-il capable de résister encore pendant des semaines ? »

Il est en revanche important de signaler que les frappes américaines ciblent essentiellement les centres du pouvoir et les gardiens de la révolution, tout en épargnant l’armée iranienne.

Cela permet donc de penser que « l’armée américaine mise sur le fait que l’armée iranienne prenne le pouvoir », mettant fin au régime des mollahs et des gardiens de la révolution.

Le sort du Liban, affirme Ancel, étroitement lié à celui du régime iranien, dépend donc du dénouement de ce conflit. Si ce dénouement conforte le régime actuel, « je crains que la situation au Liban ne soit vouée à davantage de dégradation ».

Si, en revanche, poursuit-il, le régime iranien s’effondre, « à ce moment-là, le sujet du Hezbollah sera géré et nécessitera une aide internationale pour mettre un terme à son aspect militaire, tout en continuant à exister comme entité politique ».


Moyen-Orient: Macron dénonce une "escalade inconsidérée" et plaide pour une trêve pendant l'Aïd

Le président Emmanuel Macron arrive au sommet de l’Union européenne à Bruxelles le 19 mars 2026. Les dirigeants de l’Union européenne se réunissent dans un contexte de guerre au Moyen-Orient entre les États-Unis, Israël et l’Iran, avec des impacts sur l’énergie et la sécurité. (AFP)
Le président Emmanuel Macron arrive au sommet de l’Union européenne à Bruxelles le 19 mars 2026. Les dirigeants de l’Union européenne se réunissent dans un contexte de guerre au Moyen-Orient entre les États-Unis, Israël et l’Iran, avec des impacts sur l’énergie et la sécurité. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron dénonce une « escalade inconsidérée » au Moyen-Orient, où les frappes touchent désormais des infrastructures énergétiques, notamment au Qatar
  • Il appelle à un arrêt temporaire des combats pendant l’Aïd al-Fitr et à l’ouverture de discussions directes entre les États-Unis et l’Iran

BRUXELLES: Emmanuel Macron a dénoncé jeudi une "escalade inconsidérée" au Moyen-Orient où la guerre s'est étendue aux sites de production d'hydrocarbures, en particulier au Qatar, et a appelé à "stopper" les combats pendant l'Aïd el-Fitr, la fête qui marque la fin du ramadan.

"Plusieurs (...) pays du Golfe ont été frappés pour la première fois sur leurs capacités de production, de la même manière que l'Iran avait été frappé", a relevé le président français à son arrivée à un sommet européen à Bruxelles, appelant de ses voeux des discussions "directes" entre Américains et Iraniens sur cette question.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, Emmanuel Macron avait proposé un "moratoire sur les frappes ciblant les infrastructures civiles, en particulier les infrastructures énergétiques et hydrauliques" après avoir parlé au président américain Donald Trump et à l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.

Ces frappes se sont poursuivies après cet appel.

"Nous allons continuer de nous mobiliser et, évidemment, nous avons passé aussi ce message aux Iraniens", a dit le président français devant la presse à Bruxelles. Il a ajouté souhaiter "qu'il y ait des discussions directes qui puissent s'établir entre Américains et Iraniens sur ce point".

"Je pense que tous les esprits devraient se calmer et le combat devrait stopper au moins pour quelques jours pour essayer de redonner une chance aux négociations", à la faveur de la fin du ramadan célébrée dans les tout prochains jours, a insisté Emmanuel Macron.