Après Bolsonaro, Macron recommence à regarder vers l'Amérique latine

Le président français Emmanuel Macron lors d'une cérémonie à l'Arc de Triomphe à Paris le 11 novembre 2022 (Photo, AFP).
Le président français Emmanuel Macron lors d'une cérémonie à l'Arc de Triomphe à Paris le 11 novembre 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 11 novembre 2022

Après Bolsonaro, Macron recommence à regarder vers l'Amérique latine

  • Depuis les premiers jours de son premier quinquennat, Emmanuel Macron se focalise en premier lieu sur l'Europe, puis sur l'Afrique, et enfin sur l'Indo-Pacifique
  • L'Amérique latine, où opèrent pourtant nombre d'entreprises françaises, est moins considérée comme une priorité diplomatique

PARIS: Emmanuel Macron n'est allé qu'une fois en Amérique latine, hors Guyane française, depuis qu'il est président. C'était en 2018, pour le G20 en Argentine. Mais après la victoire de Lula au Brésil, il semble mettre l'accent sur cette région, comme l'indiquent ses efforts récents sur le Venezuela.

Jeudi, il appelait le président vénézuélien Nicolas Maduro et son opposition à reprendre "dans les plus brefs délais" les négociations pour sortir leur pays de la crise politique.

Des représentants des deux camps doivent s'entretenir vendredi à l'occasion de l'ouverture du Forum pour la paix, un évènement diplomatique organisé chaque année à Paris depuis 2018 sous l'égide d'Emmanuel Macron.

"Les Vénézuéliens et d'autres pays d'Amérique latine nous ont demandé si le Forum pouvait accueillir cet année un dialogue entre les parties vénézuéliennes qui jusqu'ici ne se parlaient pas", a expliqué à l'AFP Pascal Lamy, le président de cette manifestation, qui cette année a pris une forte tonalité sud-américaine.

Y participeront notamment les chefs d'Etat de la Colombie et de l'Argentine, Gustavo Petro et Alberto Fernandez. Luiz Inácio Lula da Silva, le nouveau président brésilien, interviendra également par vidéo.

Dans un contexte de "changements politiques majeurs", comme au Brésil, au Chili et en Colombie, "la France, qui était assez éloignée de l'Amérique latine, se rapproche", constate Éléonore Caroit, une députée élue par les Français de cette région, dans un entretien avec l'AFP.

Depuis les premiers jours de son premier quinquennat, Emmanuel Macron se focalise en premier lieu sur l'Europe, puis sur l'Afrique, et enfin sur l'Indo-Pacifique. L'Amérique latine, où opèrent pourtant nombre d'entreprises françaises, est moins considérée comme une priorité diplomatique.

Mais la récente victoire de Lula au Brésil, première économie et première puissance régionale, semble ouvrir la voie à un rapprochement tant les relations de M. Macron étaient exécrables avec son prédécesseur Jair Bolsonaro.

En août 2019, le président français avait notamment accusé M. Bolsonaro de lui avoir "menti" alors que des incendies ravageaient l'Amazonie. Le Brésilien l'avait, lui, accusé d'être "colonialiste", avant de s'en prendre à son épouse Brigitte.

Partenaire incontournable

"J'attendais avec beaucoup d'impatience ce moment pour qu'on puisse relancer un partenariat stratégique à la hauteur de notre histoire", a dit à Lula Emmanuel Macron, l'un des premiers dirigeants étrangers à le féliciter après sa victoire.

Paris considère Brasilia comme un "partenaire incontournable en Amérique latine", a déclaré mardi la secrétaire d'État chargée de l'Europe, Laurence Boone, annonçant une nouvelle feuille de route pour "les prochains mois".

La France, via la Guyane, dispose d'une importante frontière terrestre avec le Brésil. En 2006, alors que Lula était déjà au pouvoir, le président Jacques Chirac et lui avaient signé un partenariat stratégique, qui a "commencé à décliner" en 2016 avant de toucher le fond sous Bolsonaro, observe le politologue Gaspard Estrada.

"Macron ne devrait pas gaspiller cette opportunité. Il devrait aller à l'inauguration de Lula le 1er janvier et replacer la France en Amérique latine", affirme à l'AFP ce chercheur à Sciences Po Paris. Mais la neutralité brésilienne dans le conflit entre Ukraine et Russie est un important obstacle à dépasser.

"Macron voudrait que (Brasilia) prenne une position plus explicite sur la condamnation de la guerre", comme des "sanctions", mais le Brésil a besoin des engrais russes pour son agriculture, poursuit-il.

L'initiative sur le Venezuela pourrait entrer dans ce cadre, alors que la guerre en Ukraine a fait monter les prix du pétrole, dont Caracas est un producteur majeur.

Les Etats-Unis, qui comme la France et de nombreux autres pays ne reconnaissent pas la réélection en 2018 du président Maduro, ont tenté de l'évincer du pouvoir en infligeant au Venezuela de lourdes sanctions, notamment contre ses exportations d'hydrocarbures.

Mais alors que l'augmentation du prix de l'essence génère une grogne mondiale, notamment en France, MM. Macron et Maduro ont eu lundi un court échange rempli d'amabilités lors de la COP27 en Egypte.

"Je serais heureux qu'on puisse se parler plus longuement, que l'on puisse engager un travail bilatéral utile pour la région", a alors lancé le chef de l'Etat français. Et d'ajouter, quelques instants plus tard, à l'intention du Vénézuélien : "Président (...) Je vous rappellerai, moi".


France: jugement pour Lafarge, accusé de financement du terrorisme en Syrie

Bruno Lafont, ancien directeur général de Lafarge, quitte la salle d'audience pour une pause lors de la première journée du procès du groupe cimentier français Lafarge et de huit personnes, dont d'anciens dirigeants, accusés de financement du terrorisme en Syrie, au tribunal de Paris, le 4 novembre 2025. (AFP)
Bruno Lafont, ancien directeur général de Lafarge, quitte la salle d'audience pour une pause lors de la première journée du procès du groupe cimentier français Lafarge et de huit personnes, dont d'anciens dirigeants, accusés de financement du terrorisme en Syrie, au tribunal de Paris, le 4 novembre 2025. (AFP)
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  • L'entreprise française - avalée depuis par le groupe suisse Holcim - et d'anciens responsables sont poursuivis pour le versement en 2013-2014, via la filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), de plusieurs millions d'euros à des groupes jihadistes armés
  • Durant l'âpre procès en novembre-décembre, la défense a cherché à casser le narratif selon lequel la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d'euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières

PARIS: La justice française rend lundi son jugement à l'encontre du cimentier Lafarge et huit anciens responsables du groupe accusés de financement du terrorisme pour avoir payé des groupes jihadistes afin qu'ils laissent tourner une usine au milieu de la guerre en Syrie

Dans ce dossier à la croisée du monde international des affaires, de la géopolitique et des eaux troubles du renseignement, l'affaire Lafarge raconte la retentissante compromission d'une grande entreprise pour préserver ses intérêts économiques dans une Syrie à feu et à sang, que les autres multinationales avaient quittée.

"C'est l'histoire d'un dérapage, d'un dévoiement qui fait que la société Lafarge, fleuron de l'industrie française, en est venue à financer des organisations terroristes, dans une seule visée: mercantile", avait fustigé le parquet national antiterroriste (Pnat) dans ses réquisitions en décembre dernier.

L'entreprise française - avalée depuis par le groupe suisse Holcim - et d'anciens responsables sont poursuivis pour le versement en 2013-2014, via la filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), de plusieurs millions d'euros à des groupes jihadistes armés afin de maintenir l'activité d'une cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie.

Durant l'âpre procès en novembre-décembre, la défense a cherché à casser le narratif selon lequel la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d'euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières, au détriment de la sécurité de son millier de salariés.

"On peut se laver les mains et partir, mais que seraient devenus les salariés de l'usine si nous étions partis?", a soutenu en interrogatoire Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de Lafarge. "On avait le choix entre deux mauvaises solutions, la pire et la moins pire."

Décortiquant échanges de mails, comptes-rendus de réunions et relevés bancaires, le tribunal correctionnel de Paris s'est plongé de longues semaines durant dans l'engrenage des paiements de Lafarge, via son intermédiaire syrien Firas Tlass, aux groupes Etat islamique (EI) et Jabhat al-Nosra.

Pour le Pnat, les versements aux entités classées comme "terroristes" ont atteint un montant minimal de près de 4,7 millions d'euros.

"Ahurissant de cynisme" 

Ce système prévoyait le versement d'argent pour, d'une part, financer l'acquisition d'intrants destinés à la production de ciment, tels que les hydrocarbures ou la pouzzolane, et, d'autre part, assurer des "paiements de sécurité" et permettre aux employés de la cimenterie et aux marchandises de passer les barrages dans la région.

Si les prévenus ont soutenu avoir été victimes de "racket", le terme a fait tiquer la présidente du tribunal Isabelle Prévost-Desprez, plusieurs messages internes à Lafarge faisant plutôt état de "négociations" ou d'"accords".

"Il y avait cette conviction que (la guerre) n'allait pas durer. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas certaines décisions qui ont été prises", a expliqué Bruno Pescheux, l'un des protagonistes du dossier en tant que directeur de la filiale syrienne de Lafarge de 2008 à l'été 2014.

"Cette crise était un tunnel. Tout le monde nous disait que cette crise serait courte, qu'on allait voir la lumière. Mais en fait, la lumière n'est jamais venue", a-t-il dit.

A l'audience, les deux procureures du Pnat ont souligné "l'absence totale d'adhésion à l'idéologie jihadiste" des prévenus, mais noté leur "absence de reconnaissance" et de "regrets" sur les faits.

Elles ont requis à l'encontre de la société Lafarge l'amende maximale de 1,125 million d'euros ainsi qu'une confiscation partielle du patrimoine à hauteur de 30 millions d'euros.

Contre l'ex-PDG du groupe, Bruno Lafont, qui nie mordicus avoir été au courant des versements illicites, le parquet a demandé six ans d'emprisonnement avec mandat de dépôt différé mais sans exécution provisoire.

Le Pnat estime que Bruno Lafont était bien informé et qu'il a "donné des directives claires" pour maintenir l'activité de l'usine, "un choix purement économique, ahurissant de cynisme".

Malgré les millions versés, la cimenterie de Jalabiya est finalement évacuée par Lafarge dans l'urgence et l'impréparation la plus totale le 18 septembre 2014 face à l'avancée de l'EI. Le lendemain, elle tombe aux mains des jihadistes.

Particularité de ce dossier, des victimes des attentats jihadistes du 13 novembre 2015 à Paris et ses environs se sont constituées parties civiles, voyant dans cette affaire l'un des "rouages" des attaques qui ont ensanglanté la France les années suivantes.

 


Macron: Paris et Londres organiseront une «conférence» en vue d'une «mission multinationale pacifique» à Ormuz

La France va organiser avec le Royaume-Uni "dans les tout prochains jours une conférence avec les pays prêts à contribuer" à "une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation" dans le détroit d'Ormuz, a annoncé lundi le président Emmanuel Macron. (AFP)
La France va organiser avec le Royaume-Uni "dans les tout prochains jours une conférence avec les pays prêts à contribuer" à "une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation" dans le détroit d'Ormuz, a annoncé lundi le président Emmanuel Macron. (AFP)
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  • "Cette mission strictement défensive et distincte des belligérants aura vocation à se déployer dès que la situation le permettra", a ajouté le président français sur le réseau X
  • Emmanuel Macron, qui s'était entretenu dimanche avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, ne commente pas la décision américaine d'un "blocus" naval dans ce passage maritime du Golfe, annoncée par Donald Trump après l'échec des négociations

PARIS: La France va organiser avec le Royaume-Uni "dans les tout prochains jours une conférence avec les pays prêts à contribuer" à "une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation" dans le détroit d'Ormuz, a annoncé lundi le président Emmanuel Macron.

"Cette mission strictement défensive et distincte des belligérants aura vocation à se déployer dès que la situation le permettra", a ajouté le président français sur le réseau X. Autrement dit, cette mission n'a pas vocation à être intégrée directement dans les efforts des Etats-Unis dans le détroit.

Aucun effort ne doit être ménagé pour parvenir rapidement à un règlement solide et durable du conflit au Moyen-Orient par la voie de la diplomatie.

Un règlement qui permette de doter la région d’un cadre robuste permettant à chacun de vivre en paix et en sécurité.…

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) April 13, 2026

Emmanuel Macron, qui s'était entretenu dimanche avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, ne commente pas la décision américaine d'un "blocus" naval dans ce passage maritime du Golfe, annoncée par Donald Trump après l'échec des négociations entre les Etats-Unis et l'Iran et censé entrer en vigueur lundi.

Keir Starmer a lui dit ne pas soutenir ce blocus.

Dans son message sur X, le président français a appelé à ne ménager "aucun effort" pour "parvenir rapidement à un règlement solide et durable du conflit au Moyen-Orient par la voie de la diplomatie", "qui permette de doter la région d’un cadre robuste permettant à chacun de vivre en paix et en sécurité".

"Pour y parvenir, toutes les questions de fond doivent être traitées en leur apportant une réponse durable, aussi bien s’agissant des activités nucléaires et balistiques de l’Iran que de ses actions déstabilisatrices dans la région, mais aussi pour permettre la reprise, le plus rapidement possible, d’une navigation libre et sans entrave dans le détroit d’Ormuz et faire en sorte que le Liban retrouve le chemin de la paix dans le plein respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale", a-t-il insisté.

 


Grenoble: un homme tué par balles, le troisième en une semaine

Un homme a été tué par balles dans la nuit de dimanche à lundi près d'un point de vente de drogue à Grenoble, portant à trois le nombre de morts par balles en une semaine dans la ville, a indiqué la police. (AFP)
Un homme a été tué par balles dans la nuit de dimanche à lundi près d'un point de vente de drogue à Grenoble, portant à trois le nombre de morts par balles en une semaine dans la ville, a indiqué la police. (AFP)
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  • La victime est un homme de 27 ans atteint par balles "au thorax et au visage", qui n'a pas pu être ranimé par les secours, selon une autre source policière. L'auteur des tirs a pris la fuite à pied, a-t-on ajouté
  • Dans la nuit de samedi à dimanche, c'est un homme de 38 ans, videur d'un établissement de nuit, qui est mort après avoir été visé par plusieurs tirs dans le centre-ville

LYON: Un homme a été tué par balles dans la nuit de dimanche à lundi près d'un point de vente de drogue à Grenoble, portant à trois le nombre de morts par balles en une semaine dans la ville, a indiqué la police.

Les coups de feu ont été tirés vers 01H15 place André Malraux, dans le quartier Hoche, près d'un point de deal connu de la ville, a précisé cette source.

La victime est un homme de 27 ans atteint par balles "au thorax et au visage", qui n'a pas pu être ranimé par les secours, selon une autre source policière. L'auteur des tirs a pris la fuite à pied, a-t-on ajouté.

Dans la nuit de samedi à dimanche, c'est un homme de 38 ans, videur d'un établissement de nuit, qui est mort après avoir été visé par plusieurs tirs dans le centre-ville. Une femme de 26 ans qui se trouvait à ses côtés a été légèrement touchée à un bras, "victime collatérale" des tirs, selon le parquet.

Le 8 avril, un homme de 27 ans avait été tué par balles sur un point de deal dans le quartier Villeneuve-Village-Olympique. Il avait été condamné à plusieurs reprises, notamment pour trafic de stupéfiants et des violences.

Grenoble et certaines de ses banlieues sont régulièrement marquées par des épisodes de violence par arme à feu liées au trafic de drogue.