Moment historique pour la mission de l'ONU en Palestine, selon le représentant palestinien

L'ambassadeur palestinien Riyad H. Mansour, s'exprime au siège de l'ONU le 11 novembre (Photo, AP).
L'ambassadeur palestinien Riyad H. Mansour, s'exprime au siège de l'ONU le 11 novembre (Photo, AP).
Short Url
Publié le Mardi 15 novembre 2022

Moment historique pour la mission de l'ONU en Palestine, selon le représentant palestinien

  • Les Israéliens ont été par «l'audace» palestinienne à l'ONU
  • Pour plusieurs ONG, l'occupation israélienne s'apparente à de l'apartheid

AMMAN: Israël ne peut plus dissimuler les réalités de sa politique expansionniste niant «le droit de notre peuple à l'autodétermination», a déclaré Riyad Mansour, représentant de la Palestine à l'ONU.

Ces propos font écho à l'approbation par un comité clé de l'ONU d'un projet de résolution demandant à la Cour internationale de Justice d'émettre d'urgence un avis sur les conséquences juridiques du déni du droit à l'autodétermination du peuple palestinien résultant des actions d'Israël depuis la guerre de 1967.

Le vote de vendredi à la Commission des questions politiques spéciales et de la décolonisation de l'Assemblée générale a été de 98-17, avec 52 abstentions.

L'Assemblée générale devrait se prononcer sur la résolution en décembre.

«Dans l'histoire, se produit parfois un moment qui ne se répétera pas. Vous devez agir de manière décisive lorsque ce moment arrive». Pour M. Mansour la décision du comité des Nations unies de demander à la Cour internationale de Justice de se prononcer sur le statut juridique des territoires palestiniens occupés représente ce moment.

En théorie, le droit international est du côté de M. Mansour et des Palestiniens.  Il ne leur manquait qu'un alignement politique des planètes pour que la communauté internationale soutienne leur action.

Sur le terrain, les conditions se sont aggravées dans les territoires occupés. La répression israélienne s'est poursuivie et les droits fondamentaux des Palestiniens ont été régulièrement violés.

Les organisations internationales des droits humains s'accordent à dire que l'occupation israélienne s'apparente à de l'apartheid dans la bande de Gaza.

M. Mansour et son équipe s'efforcent de convaincre les Américains de les soutenir depuis l'élection du président Joe Biden, sans grand succès jusqu'ici.

«Depuis cet été, nous avons eu des discussions sérieuses. Nous avons parlé de la nécessité de protéger et de sauvegarder la solution à deux États, nous leur avons dit que nous le ferons au Conseil de sécurité de l'ONU, où les États-Unis sont plus à l'aise qu'à l'Assemblée générale», a-t-il déclaré.

Les diplomates palestiniens souhaitaient une décision du Conseil de sécurité de l'ONU, sans veto américain, pour que la Palestine devienne membre à part entière des Nations Unies.

Ce serait un signal fort en faveur de la solution à deux États de la part de la communauté internationale, a-t-il fait valoir à Arab News.

Les Etats-Unis ont jusque là bloqué cette issue, notamment lors de la période où la coalition Naftali Bennet/Yair Lapid/Benny Gantz était au pouvoir.

La perte de ces amis israéliens de Washington et la montée en puissance de Benjamin Netanyahou et des éléments racistes d'extrême droite ont fourni aux dirigeants palestiniens un moment rare pour agir.

«Nous savions que demander un avis juridique de la Cour internationale de Justice ne sera pas populaire. C'est également très coûteux pour le budget de l'ONU, mais nous devions agir.»

Dans les cas précédents, aucun pays ayant fait une démarche similaire n'avait pu obtenir un large bloc de vote.

La décision de l'ONU demande «un avis consultatif de la Cour internationale de Justice sur l'illégalité de “l'occupation” par Israël des territoires palestiniens au motif qu'elle peut être considérée comme une annexion de facto.»

M. Mansour explique que le droit international humanitaire a codifié la manière dont les pays doivent agir pendant une occupation temporaire.

«Mais il s'agit d'une occupation vieille de 55 ans et elle n'est donc pas temporaire. Le tribunal, plus haute juridiction du monde, doit décider qu'il s'agit d'une occupation qui mène à une annexion qui serait illégale. Cela aura des conséquences pour tous les États du monde.»

Selon Mansour, Israël et d'autres pays ont été surpris par l'audace des Palestiniens de demander une telle stipulation légale.

La plus grande surprise a peut-être été le soutien de l'Ukraine à la résolution.

«Les Arabes ont souvent soutenu l'Ukraine et il était donc naturel pour eux de soutenir un cas clair de droit international», a indiqué M. Mansour.

Il s'agit d'une décision historique pour le représentant palestinien, qui mesure cependant l'ampleur de la tâche qu'il reste à accomplir.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: le diplomate coordonnant le soutien international critique la «lenteur» des réformes

Le ministre libanais de l'Énergie par intérim Walid Fayad rencontre l'envoyé français chargé de coordonner l'aide internationale au Liban Pierre Duquesne dans la capitale Beyrouth, le 3 février 2023 (Photo, AFP).
Le ministre libanais de l'Énergie par intérim Walid Fayad rencontre l'envoyé français chargé de coordonner l'aide internationale au Liban Pierre Duquesne dans la capitale Beyrouth, le 3 février 2023 (Photo, AFP).
Short Url
  • Le FMI avait annoncé en avril un accord de principe avec Beyrouth pour une aide de trois milliards de dollars
  • Pierre Duquesne s'est rendu à Beyrouth dans le cadre d'une mission sur l'appui de la France au redressement du secteur énergétique du Liban

BEYROUTH: Le diplomate français chargé de la coordination du soutien international au Liban a déploré vendredi la "lenteur" dans la mise en place par les autorités des réformes préalables à une aide financière du Fonds monétaire international (FMI).

Le FMI avait annoncé en avril un accord de principe avec Beyrouth pour une aide de trois milliards de dollars, échelonnée sur quatre ans mais conditionnée à la mise en œuvre de réformes cruciales dans le pays en crise.

"C'est vraiment lent", a estimé Pierre Duquesne, tout en soulignant lors d'un entretien avec des journalistes à Beyrouth, dont l'AFP, "quelques petits ajustements qui vont dans le bon sens" de la part des autorités.

Parmi les réformes réclamées par le FMI figure l'approbation par le Parlement du budget 2022, adoptée de façon "tardive" selon M. Duquesne.

Le FMI exige également la réforme de la loi sur le secret bancaire, la restructuration du secteur bancaire et une loi sur le contrôle des capitaux, qui tardent à voir le jour.

"Il n'y a pas d'autre solution que le FMI pour apporter capitaux, crédibilité et confiance (...) et réduire les inégalités", a souligné le diplomate français.

Pierre Duquesne s'est rendu à Beyrouth dans le cadre d'une mission sur l'appui de la France au redressement du secteur énergétique du Liban, qui l'a déjà conduit en Egypte et en Jordanie.

"Les deux pays ont fait part d'une extrême bonne volonté et se sont dits prêts techniquement à fournir gaz et électricité au Liban"", presque entièrement privé de courant, a dit le diplomate.

Mais le gaz devra passer par la Syrie, soumise à des sanctions américaines en vertu de la "loi César" sanctionnant les Etats commerçant avec ce pays.

M. Duquesne se rendra dans les dix prochains jours à Washington pour évoquer avec l'administration américaine "des exemptions", selon lui, afin de permettre la fourniture de gaz égyptien et d'électricité jordanienne au Liban, via la Syrie.

Il doit également rencontrer des responsables de la Banque mondiale, l'accord pour la fourniture de gaz et d'électricité au Liban étant également conditionné au financement de cette institution.

Depuis 2019, le Liban est plongé dans une crise socio-économique largement imputée à la corruption et l'incurie de la classe dirigeante.

En septembre 2022, le FMI avait déjà épinglé les autorités libanaises pour la "lenteur" des réformes et en octobre, la patronne du FMI les avait appelé à "faire passer d'abord la population", dont plus de 80% a basculé dans la pauvreté, selon l'ONU.


Liban: la famille d'un intellectuel assassiné en 2021 réclame une enquête de l'ONU

Les gens se rassemblent pour commémorer l'éminent militant et intellectuel libanais Lokman Slim place de la Sorbonne à Paris, la capitale française, le 11 février 2021 (Photo, AFP).
Les gens se rassemblent pour commémorer l'éminent militant et intellectuel libanais Lokman Slim place de la Sorbonne à Paris, la capitale française, le 11 février 2021 (Photo, AFP).
Short Url
  • Des ONG et les familles de victimes de l'explosion du port, qui a fait plus de 215 morts en août 2020, réclament une enquête internationale sur ce drame
  • Lokman Slim avait été assassiné deux semaines après avoir révélé que des quantités de ce nitrate d'ammonium avaient été utilisées par le régime syrien

BEYROUTH: La famille de l'intellectuel libanais Lokman Slim a réclamé vendredi une mission d'enquête de l'ONU pour déterminer si son assassinat il y a deux ans ainsi que deux autres meurtres sont liés à la gigantesque explosion au port de Beyrouth.

Des Rapporteurs spéciaux de l'ONU ont critiqué jeudi "la lenteur des progrès" de l'enquête locale sur le meurtre de Lokman Slim, un militant réputé pour ses positions critiques envers le Hezbollah pro-iranien.

"Nous appelons le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à s'engager à mener une mission d'enquête" sur l'explosion meurtrière au port, a déclaré Monika Borgman, la veuve de Lokman Slim. Elle s'exprimait en présence d'ambassadeurs occidentaux au cours d'une commémoration de l'assassinat de son époux organisée à son domicile de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah.

Soulignant que "l'enquête locale n'avance pas et est entravée", elle a demandé à ce qu'une enquête de l'ONU engloble l'assassinat le 3 février 2021 de Lokman Slim et deux meurtres qui l'ont précédé, "qui pourraient être liés à l'explosion" ayant ravagé Beyrouth.

Des ONG et les familles de victimes de l'explosion du port, qui a fait plus de 215 morts en août 2020, réclament une enquête internationale sur ce drame, la classe politique tentant d'entraver l'investigation locale par tous les moyens.

Le juge chargé de l'enquête a même été poursuivi pour "insubordination" la semaine dernière en raison de sa détermination à faire toute la lumière sur l'explosion causée par une énorme quantité de nitrate d'ammonium stockée au port depuis 2013.

Lokman Slim avait été assassiné deux semaines après avoir révélé que des quantités de ce nitrate d'ammonium avaient été utilisées par le régime syrien pour larguer des barils explosifs sur les zones rebelles au plus fort de la guerre en Syrie.

Deux mois plus tôt, un officier des douanes à la retraite, Mounir Abou Rjeili, et un photographe indépendant, Joe Bejjani, avaient été assassinés, et des médias libanais avaient suggéré un possible lien avec l'explosion au port de Beyrouth.

L'enquête locale sur l'assassinat de Lokman Slim "n'avance pas pour des raisons politiques", a déclaré sa veuve de nationalité allemande à l'AFP, soulignant que sur "plus de 200 assassinats politiques au Liban depuis l'indépendance", "presque rien n'a été fait".

Lokman Slim, 58 ans, avait été retrouvé mort dans sa voiture, tué par balles, dans le sud du pays. Partisan acharné de la laïcité, issu de la haute bourgeoisie chiite, il était l'une des rares voix dissidentes au sein de sa communauté.

Peu avant son assassinat, il avait répété lors d'entretiens à la télévision que le Hezbollah prenait le Liban en otage pour le compte de l'Iran.


Emoi en Irak après la mort d'une jeune YouTubeuse tuée par son père

Tiba al-Ali (Photo, Twitter).
Tiba al-Ali (Photo, Twitter).
Short Url
  • Tiba al-Ali a été tuée par son père dans la nuit du 31 janvier au 1er février dans la province de Diwaniya
  • Dans des enregistrements de leurs conversations partagés sur les réseaux sociaux, on peut entendre combien son père est ulcéré que Tiba al-Ali vive seule en Turquie

BAGDAD: Le meurtre d'une YouTubeuse irakienne de 22 ans tuée par son père en raison d'un "différend familial" suscitait l'émoi vendredi en Irak, pays largement patriarcal où les féminicides commis au nom de l'"honneur" ne sont pas rares.

Tiba al-Ali a été tuée par son père dans la nuit du 31 janvier au 1er février dans la province de Diwaniya (sud), a indiqué vendredi sur Twitter Saad Maan, porte-parole du ministère de l'Intérieur.

Selon lui, la police avait auparavant tenté une médiation entre la jeune femme et ses proches pour "résoudre de manière définitive le différend familial" les opposant.

Dans des enregistrements de leurs conversations partagés sur les réseaux sociaux, on peut entendre combien son père est ulcéré que Tiba al-Ali vive seule en Turquie. 

Saad Maan a expliqué qu'une unité de police suivant les questions de société était intervenue. Au lendemain d'une première rencontre, "alors que nous devions les revoir, nous avons été surpris par la nouvelle du meurtre par son père, qui a fait des aveux initiaux après s'être livré à la police", a-t-il précisé.

Sollicité par l'AFP, un responsable des services de sécurité de Diwaniya a confirmé que des "différends familiaux" remontant à 2015 étaient à l'origine du drame.

La famille s'était rendue en Turquie en 2017. Mais au moment de rentrer en Irak, Tiba al-Ali avait refusé de se joindre à ses proches. Elle vivait depuis en Turquie, selon ce responsable s'exprimant sous couvert d'anonymat.

Son meurtre a eu lieu alors qu'elle était en visite en Irak.

Sur son compte YouTube, la jeune femme partageait des vidéos de son quotidien dans lesquelles apparaissait très souvent son fiancé.

Le drame a provoqué un tollé et des militants ont appelé à manifester dimanche devant un tribunal de Bagdad.

Dans une société irakienne largement patriarcale, avocates et militantes luttent pour défendre les droits des femmes souvent piétinés. Elles dénoncent l'inaction des autorités face aux violences domestiques, aux mariages précoces et aux crimes dits d'"honneur".

"Les femmes dans nos sociétés sont les otages de coutumes arriérées en raison de l'absence de lois dissuasives et de mesures gouvernementales qui ne sont pas à la hauteur de l'ampleur des violences domestiques", a déploré sur Twitter l'ancienne députée kurde Ala Talabani.

"Tant que les autorités irakiennes n'auront pas adopté de législation assez solide pour protéger les femmes et les filles des violences sexistes, nous continuerons à être témoins de meurtres aussi épouvantables que celui de Tiba Ali", a réagi vendredi Aya Majzoub, directrice régionale adjointe à Amnesty International.