Mondial: créer le «chaos» sans perdre «l'équilibre», l'équation des Bleus

TOPSHOT - L'attaquant français #10 Kylian Mbappe regarde le ballon lors du match de football du groupe D de la Coupe du monde Qatar 2022 entre la France et le Danemark au stade 974 de Doha le 26 novembre 2022. (Photo de FRANCK FIFE / AFP)
TOPSHOT - L'attaquant français #10 Kylian Mbappe regarde le ballon lors du match de football du groupe D de la Coupe du monde Qatar 2022 entre la France et le Danemark au stade 974 de Doha le 26 novembre 2022. (Photo de FRANCK FIFE / AFP)
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Publié le Lundi 28 novembre 2022

Mondial: créer le «chaos» sans perdre «l'équilibre», l'équation des Bleus

  • Au Qatar, l'équipe de France a retrouvé sa ligne de quatre défenseurs, comme en Russie, mais elle joue avec un joueur offensif en plus
  • Fini le trio d'attaque, place à un quatuor avec, à la baguette, Antoine Griezmann en milieu ratisseur et créateur, Olivier Giroud en pivot, Mbappé et Dembélé en feux follets sur les côtés

DOHA: Lors de ce Mondial, le danger peut venir de tous les côtés chez les Bleus, avec le roi du K.-O. Kylian Mbappé ou le créateur de "chaos" Ousmane Dembélé, au coeur d'une animation "assez imprévisible" qui impose cependant une gestion minutieuse de "l'équilibre" cher à Didier Deschamps.

Tactiquement, le sélectionneur a changé de braquet à plusieurs reprises depuis le Mondial-2018, avec l'obsession d'utiliser le système épousant au mieux les qualités de ses joueurs. Avant le départ à Doha, les derniers résultats décevants et la cascade de blessés l'ont toutefois contraint à revoir ses plans, au dernier moment.

Au Qatar, l'équipe de France a retrouvé sa ligne de quatre défenseurs, comme en Russie, mais elle joue avec un joueur offensif en plus. Fini le trio d'attaque, place à un quatuor avec, à la baguette, Antoine Griezmann en milieu ratisseur et créateur, Olivier Giroud en pivot, Mbappé et Dembélé en feux follets sur les côtés.

"L'adversaire sait qu'il y a du danger à gauche, dans l'axe, et à droite", a résumé Deschamps dimanche. Mais les ailes ne se déploient pas de la même manière.

A gauche, le latéral Theo Hernandez forme un attelage résolument attiré vers le but adverse avec Mbappé, double buteur contre le Danemark (2-1). A droite, Benjamin Pavard ou Jules Koundé se concentre sur le travail défensif en collant davantage la ligne de touche derrière Dembélé, dribbleur intenable chargé "d'amener (...) le chaos en défense", comme Deschamps l'a décrit sur TF1.

La rotation dans l'ère Deschamps, large mais peu convaincante

Rarement décisif sous le mandat de Didier Deschamps, le troisième match de groupe en grande compétition a souvent offert du temps de jeu aux "coiffeurs". Mais ces remplaçants aux dents longues n'ont jamais marqué beaucoup de points en équipe de France.

La rotation annoncée par le sélectionneur pour Tunisie-France mercredi (16h00) au Mondial-2022 sourira-t-elle à certains Bleus ?

Mondial-2014: Equateur-France, 0-0

Après les probants succès contre le Honduras (3-0) et la Suisse (5-2), Deschamps effectue six changements pour défier l'Equateur, alors que la qualification n'est pas encore acquise à 100%.

Si le gardien Hugo Lloris tient son rang, la défense est remodelée à 75%, seul Mamadou Sakho conservant sa place pour une heure de jeu. Paul Pogba et Antoine Griezmann, laissés de côté contre la Suisse, retrouvent le "onze" de départ aux côtés des cadres Blaise Matuidi et Moussa Sissoko.

Déjà auteur de trois buts en deux matches et candidat au titre de meilleur buteur du Mondial - comme Kylian Mbappé en 2022 -, Karim Benzema est maintenu en attaque mais il ne brille pas. Le joueur du Real Madrid ne marquera plus du tournoi.

Le match nul assure l'essentiel: un ticket pour les huitièmes de finale avec la première place de groupe. Mais la prestation insipide ne bouscule aucunement la hiérarchie, même si Morgan Schneiderlin réussit ses débuts en Coupe du monde au milieu.

Euro-2016: Suisse-France, 0-0
Déjà qualifiée pour les huitièmes de son Euro, la France obtient le match nul qui lui assure la

première place de groupe avec cinq changements, tous au milieu et en attaque.

La défense, inchangée, tient le choc. Et contrairement à 2014, plusieurs joueurs parviennent à se maintenir dans le "onze" en huitième de finale: c'est le cas de Pogba et de Griezmann, ce dernier se montrant étincelant en phase finale.

Olivier Giroud et Dimitri Payet, titulaires en puissance, profitent de ce match pour se reposer.

Mondial-2018: Danemark-France, 0-0

Contre le Danemark, le scénario est le même qu'en 2016: les Bleus n'ont besoin que d'un point pour s'assurer la première place, au stade Loujniki de Moscou.

Une fois n'est pas coutume, même Lloris fait partie de la rotation, au profit de Steve Mandanda, et cinq autres changements sont effectués par le staff.

L'ossature reste néanmoins bien en place, avec Raphaël Varane en défense, N'Golo Kanté au milieu et la doublette Giroud-Griezmann en attaque.

Mbappé est préservé au coup d'envoi, comme Pogba. Satisfait avec ce match nul, le Danemark reste regroupé et les Bleus n'enflamment jamais la rencontre. "On n'allait pas non plus prendre de risques inconsidérés", soulignera Deschamps après le match.

Le sélectionneur a en tête son équipe-type depuis le deuxième match contre le Pérou (1-0) et il y reviendra dès les huitièmes de finale contre l'Argentine (4-3), ramenant très peu d'enseignements de ce triste Danemark-France.

Et en 2022 ?

"Il y aura évidemment des changements", a confirmé Deschamps dimanche sur Téléfoot, car les Bleus sont "déjà qualifiés (...) avec de fortes probabilités de rester premiers, ce qui n'était pas le cas en 2018", ni à l'Euro en 2021 d'ailleurs, avant un France-Portugal décisif pour la tête du groupe.

Le sélectionneur a plusieurs paramètres à prendre en compte avant de se décider.

L'état physique des troupes peut le convaincre de reposer certains cadres ou au contraire de leur donner du rythme. A titre d'exemple, Olivier Giroud a reçu un coup à une cheville samedi contre le Danemark (2-1) et Raphaël Varane, revenu à la compétition cinq semaines après sa blessure, a besoin de temps de jeu pour retrouver l'intégralité de ses sensations.

Tunisie-France est sans doute aussi l'ultime occasion de tester une doublure à Theo Hernandez comme latéral gauche, avec Eduardo Camavinga comme profil privilégié.

Les égos sont également un paramètre non négligeable: Kylian Mbappé semble déterminé à marquer le tournoi de son empreinte.

Avec cinq changements et non trois comme lors des précédents Mondiaux, Deschamps a néanmoins plus de marge pour oxygéner son groupe en cours de match.

Et l'hypothèse d'une perte de rythme éventuelle pour les joueurs mis au repos ne se pose pas vraiment, car le calendrier resserré du Mondial qatari prévoit un 1/8 de finale le 4 décembre en cas de première place, soit seulement huit jours après France-Danemark.

Griezmann, le balancier

"Le fait d'avoir parfois des déséquilibres, ça nous permet aussi d'être plus dangereux, plus tranchants offensivement", a fait valoir Raphaël Varane devant la presse. "Quand on perd d'un coté, on gagne de l'autre", a expliqué le défenseur central, de retour comme titulaire face aux Danois.

Une telle asymétrie réclame une compensation de chaque instant pour les milieux, tout particulièrement, obligés de coulisser perpétuellement pour assurer la balance.

C'est là où Griezmann entre en jeu, dans une position hybride à mi-chemin entre les milieux relayeurs derrière et le trident d'attaquants devant.

"Il marquera moins de buts, certainement, parce qu'il y a du monde devant, mais il est tellement utile, intelligent, pour faire les compensations et permettre à l'équipe d'avoir un bon équilibre tout en ayant beaucoup de joueurs offensifs", a pointé Deschamps après le succès contre le Danemark.

Le sélectionneur a d'ailleurs noté des progrès par rapport à la victoire initiale contre l'Australie (4-1), à mettre au crédit de "Grizi" et des autres attaquants.

Il y a eu de "meilleurs équilibres" grâce à "une disponibilité très importante des joueurs offensifs pour faire des efforts, des déplacements les uns par rapport aux autres", s'est-il satisfait.

"A partir du moment où tous les joueurs sont concernés sans ballon et travaillent ensemble, peu importe le nombre de joueurs offensifs, on fait le boulot et cela crée cette solidité collective", a insisté Varane.

Attention à la déconcentration

La réussite de cette animation exige une débauche d'énergie importante, une concentration maximale et une solidarité d'équipe sans faille. Si l'une des pièces vient à manquer, danger!

En bon capitaine, Hugo Lloris l'a souligné dans les couloirs du stade 974 de Doha après le succès contre les Danois.

"On ne peut pas omettre qu'aujourd'hui, nous avons eu une période plus difficile dans ce match. Il y a eu probablement un peu de fatigue, on a perdu notre concentration et le Danemark est revenu et a même eu deux occasions pour prendre l'avantage", a souligné le gardien, trop souvent mis à contribution en fin de partie.

Pour l'heure, la France a néanmoins réussi à assimiler les principes de jeu impulsés par Deschamps, de surcroît en un temps record en l'absence de véritable préparation. Sur le terrain, cela débouche sur un jeu attrayant et "assez imprévisible", selon la formule de Varane.

"On peut jouer avec bloc bas, pressing haut, en possession, en contre-attaque, on a des joueurs avec des qualités différentes et complémentaires. C'est à nous de choisir la bonne arme pour être dangereux", a analysé le joueur de Manchester United.


Une enquête ouverte sur de possibles ingérences étrangères lors des municipales de 2026

Selon les élus insoumis, plusieurs actions coordonnées auraient été menées pour nuire à leur image auprès des électeurs. Sébastien Delogu a notamment déclaré avoir vu apparaître des affiches comportant son nom et un code QR renvoyant vers de prétendues accusations de viol qu’il qualifie de mensongères. (AFP)
Selon les élus insoumis, plusieurs actions coordonnées auraient été menées pour nuire à leur image auprès des électeurs. Sébastien Delogu a notamment déclaré avoir vu apparaître des affiches comportant son nom et un code QR renvoyant vers de prétendues accusations de viol qu’il qualifie de mensongères. (AFP)
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  • L’enquête concerne notamment Sébastien Delogu à Marseille, François Piquemal à Toulouse et David Guiraud à Roubaix, qui affirment avoir été victimes de campagnes de désinformation et de dénigrement
  • Plusieurs actions coordonnées auraient été menées pour nuire à leur image auprès des électeurs. Sébastien Delogu a notamment déclaré avoir vu apparaître des affiches comportant son nom et un code QR renvoyant vers de prétendues accusations de viol

PARIS: Le parquet de Paris a ouvert une enquête visant à déterminer si plusieurs candidats de La France insoumise (LFI) ont été ciblés par une opération d’ingérence étrangère durant la campagne des élections municipales de 2026.

L’enquête concerne notamment Sébastien Delogu à Marseille, François Piquemal à Toulouse et David Guiraud à Roubaix, qui affirment avoir été victimes de campagnes de désinformation et de dénigrement au cours de la période électorale.

Selon les élus insoumis, plusieurs actions coordonnées auraient été menées pour nuire à leur image auprès des électeurs. Sébastien Delogu a notamment déclaré avoir vu apparaître des affiches comportant son nom et un code QR renvoyant vers de prétendues accusations de viol qu’il qualifie de mensongères.

François Piquemal a, pour sa part, dénoncé la création de comptes sur les réseaux sociaux diffusant des rumeurs à son encontre, la divulgation présumée de mots de passe liés à ses comptes numériques ainsi que la circulation de faux supports de campagne.

Les responsables de LFI estiment que ces opérations pourraient être liées à leur soutien affiché à la cause palestinienne. Jean-Luc Mélenchon, fondateur du mouvement, a également indiqué que David Guiraud avait été visé par des actions similaires à Roubaix.

Selon des informations publiées par les quotidiens Libération en France et Haaretz en Israël, les campagnes incriminées auraient été menées depuis Israël et pourraient impliquer deux entreprises établies dans ce pays. Ces allégations n’ont cependant pas été confirmées par les autorités judiciaires françaises.

Le parquet de Paris a indiqué avoir ouvert l’enquête de sa propre initiative afin de vérifier si certains candidats aux élections municipales avaient pu être ciblés par une opération menée dans l’intérêt d’un État tiers.

Toutefois, le ministère public a souligné qu’aucun signalement ne permettait, à ce stade, d’établir l’existence d’une intervention directe d’un État étranger. Il a rappelé que la notion d’ingérence visée par l’enquête concerne l’action potentielle d’une puissance étrangère et non celle d’une entreprise ou d’un acteur privé étranger.

Les investigations portent notamment sur des soupçons d’« intelligence avec une puissance étrangère », de « détournement du suffrage des électeurs par fausses nouvelles ou manœuvres frauduleuses » ainsi que sur des faits liés à l’« apologie du terrorisme en ligne », en raison de certains contenus et symboles signalés dans le dossier.

L’enquête devra désormais établir l’origine exacte des opérations dénoncées, leur éventuelle coordination ainsi que leur impact sur le déroulement de la campagne électorale.

(Avec AFP)


Paris mise sur la société civile pour faciliter la solution à deux États

Les participants de l’Appel de Paris pour la solution à deux États, réunissant des groupes de la société civile israélienne et palestinienne, déploient une banderole portant l’inscription « Deux peuples, deux États, un avenir » sur le pont de la Tournelle, avec la cathédrale Notre-Dame de Paris en arrière-plan, à Paris le 12 juin 2026. (AFP)
Les participants de l’Appel de Paris pour la solution à deux États, réunissant des groupes de la société civile israélienne et palestinienne, déploient une banderole portant l’inscription « Deux peuples, deux États, un avenir » sur le pont de la Tournelle, avec la cathédrale Notre-Dame de Paris en arrière-plan, à Paris le 12 juin 2026. (AFP)
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  • La France a organisé à Paris la deuxième édition de « l’Appel de Paris », réunissant acteurs israéliens et palestiniens de la société civile pour relancer la perspective d’une solution à deux États
  • L’initiative vise à maintenir la question israélo-palestinienne à l’agenda international et à pousser vers des actions concrètes (cessez-le-feu, reconnaissance de la Palestine, fin de la colonisation)

Paris : À Paris, dans le cadre symbolique de l’Institut du monde arabe (IMA), la France a accueilli vendredi la deuxième édition de « l’Appel de Paris », une initiative singulière portée non pas par les seuls États, mais par des acteurs de la société civile israélienne et palestinienne.

Un an après une première rencontre tenue le 13 juin dans la capitale française, ce nouveau rendez-vous s’inscrit dans une volonté assumée de maintenir vivante la perspective d’une solution politique et de faire avancer la solution à deux États, dont la possibilité semble s’éloigner chaque jour.

Le premier « Appel de Paris » était né dans un contexte diplomatique marqué par une dynamique internationale en faveur de la solution à deux États. Portée conjointement par la France et l’Arabie saoudite à l’ONU, cette initiative avait trouvé un écho significatif avec l’adoption de la « Déclaration de New York » par 142 pays et avait permis de tracer les contours d’un cadre politique crédible, tout en contribuant à une série de reconnaissances de l’État de Palestine.

Mais un an plus tard, tout a basculé : la guerre à Gaza, l’expansion continue des colonies en Cisjordanie et l’enlisement des initiatives internationales ont profondément assombri l’horizon.

Dans ce contexte, la réunion parisienne prend une dimension presque contre-courant : celle d’un effort pour empêcher l’effacement pur et simple de la solution à deux États. 

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Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot tient une conférence de presse dans le cadre de l’Appel de Paris pour la solution à deux États, avec des groupes de la société civile israélienne et palestinienne, à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris, le 12 juin 2026. (AFP) 

Inaugurée par deux mots de bienvenue prononcés respectivement par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et la présidente de l’IMA Anne-Claire Legendre, suivis par la projection d’une vidéo en hommage à Ofer Bronchtein, le militant associatif engagé pour la paix, décédé récemment à Paris.

La rencontre s’est organisée autour de trois groupes de travail, réunissant des représentants de la société civile. Puis, l’après-midi, la conférence s’est élargie à l’ensemble des participants, parmi lesquels une quinzaine de ministres dont le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Khalifa Shaheen Al Marar et la ministre de la Coopération du Qatar Mariam bint Ali bin Nasser Al-Misnad, ainsi que des figures européennes comme Kaja Kallas et de nombreux diplomates.

Fait significatif dans le contexte actuel : l’ambassadeur israélien à Paris, Joshua Zarka, a décliné l’invitation, reflétant l’opposition persistante de son pays à la solution à deux États. Les autorités palestiniennes, quant à elles, étaient représentées par l’ambassadrice de Palestine Hala Bouhassira.

Le moment central de la journée a été la lecture du nouvel « Appel de Paris », confiée à deux jeunes voix, une Palestinienne et un Israélien, incarnant cette société civile que la France entend mettre au premier plan.

Le texte, dense et structuré, s’adresse directement aux dirigeants internationaux, en particulier à ceux du G7, qui doivent se réunir à Évian quelques jours plus tard, et constitue un message clair : il est temps de passer des déclarations aux actes.

Parmi les principales demandes figurent : la réaffirmation sans ambiguïté de l’engagement en faveur d’une solution négociée à deux États fondée sur le droit international, la reconnaissance de l’État de Palestine et son admission pleine à l’ONU.

L’appel insiste sur l’exigence d’un cessez-le-feu permanent à Gaza et d’un accès humanitaire immédiat, et demande la fin des mesures unilatérales compromettant la solution à deux États, notamment la colonisation, le renforcement de l’Autorité palestinienne, ainsi que des garanties de sécurité pour Israël dans un cadre régional et international.

Il souligne la nécessité d’un soutien actif aux initiatives de la société civile et la création d’un mécanisme international de suivi.

Au-delà de ces propositions, le texte se distingue par son ton : grave, pressant, presque inquiet. « Chaque jour qui passe sans solution politique aggrave les souffrances », avertissent ses auteurs, insistant sur l’urgence d’un sursaut politique.

L’un des aspects les plus marquants de cette journée réside dans la place accordée aux acteurs non étatiques tels que les artistes, militants et intellectuels, qui ont pris la parole pour porter un discours souvent absent des arènes diplomatiques traditionnelles.

La chanteuse israélienne Noa et la Palestinienne Mira Awad ont livré une intervention particulièrement émouvante. Évoquant plus de deux décennies d’engagement commun, elles ont plaidé pour une « réhumanisation » du conflit, au-delà des slogans et des postures.

Leur message, à la fois simple et puissant, repose sur une idée fondamentale : celle de la possibilité de ne pas être d’accord sur le passé, à condition de s’accorder sur l’avenir.

D’autres intervenants ont insisté sur les valeurs communes identifiées lors des travaux, dont la dignité, la sécurité et l’autodétermination, des principes qui, selon eux, pourraient constituer le socle d’une paix durable, à l’image de ce qui a permis la construction européenne.

Pourquoi un tel accent sur la société civile ? Les autorités françaises avancent plusieurs arguments. D’abord, la nécessité de maintenir une dynamique internationale initiée à l’ONU.

Ensuite, celle de garder la question israélo-palestinienne à l’agenda, alors que d’autres crises, notamment liées à l’Iran, monopolisent l’attention mondiale.

Mais surtout, Paris considère que la société civile peut jouer un rôle de catalyseur. Dans un contexte de radicalisation croissante, il s’agit de montrer que des voix existent, des deux côtés, pour défendre la coexistence et proposer des solutions concrètes.

Cette approche n’est pas sans limites, comme le reconnaissent en privé certains diplomates : l’expérience montre que ces initiatives peinent à infléchir les positions israéliennes, notamment en raison du soutien américain et de la fragmentation de la position européenne.

La rencontre s’est achevée par une intervention du ministre Jean-Noël Barrot, qui a insisté sur l’importance de l’intégration régionale, condition selon lui indispensable à toute paix durable. Il a également repris à son compte l’idée que des valeurs communes existent et peuvent servir de base à une solution.

Sans annoncer de mesures concrètes immédiates, il a néanmoins réaffirmé la volonté de la France de maintenir la pression diplomatique, y compris à travers des sanctions ciblées contre certains colons et responsables israéliens.

Au final, ce deuxième « Appel de Paris » apparaît à la fois comme un acte de résistance et un pari : résister alors que la réalité du terrain semble condamner la solution à deux États, et parier sur la capacité de la société civile à rouvrir des perspectives là où les États échouent.

Reste à savoir si cet appel sera entendu. À l’approche du sommet du G7, la France espère qu’il contribuera à replacer le conflit israélo-palestinien au cœur des priorités internationales.

C’est en tout cas le vœu exprimé par les participants, qui se sont rassemblés autour de Barrot sur le Pont de la Tournelle près du siège de l’IMA, où ils ont déroulé une banderole pour la paix et écouté une performance de Noa et Mira Awad.


Macron et Carney saluent le rapprochement du Canada et de l'Europe face à Trump

Le président français Emmanuel Macron (à droite) s'adresse aux médias lors d'une conférence de presse aux côtés du Premier ministre canadien Mark Carney (à gauche), avant une réunion bilatérale au palais de l'Élysée, à Paris, le 12 juin 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à droite) s'adresse aux médias lors d'une conférence de presse aux côtés du Premier ministre canadien Mark Carney (à gauche), avant une réunion bilatérale au palais de l'Élysée, à Paris, le 12 juin 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron et Mark Carney ont réaffirmé leur volonté de renforcer le partenariat entre l’Europe et le Canada face aux tensions géopolitiques et économiques croissantes
  • Les deux dirigeants souhaitent accélérer la coopération dans des secteurs stratégiques tels que la défense, l’intelligence artificielle, l’énergie, le nucléaire civil et les minerais critiques

PARIS: Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney ont martelé vendredi à Paris leur volonté d'accélérer le "rapprochement" entre l'Europe et le Canada face au "retour des rapports de force", dans une allusion aux fortes turbulences générées par Donald Trump.

"Aujourd'hui plus que jamais, nous avons une même lecture du monde. Nous constatons que l'ordre international est fragmenté, qu'il est marqué par le retour des rapports de force, par la contestation des règles communes, par la coercition économique, par les ingérences, les luttes informationnelles", a lancé le président français, en référence notamment à la guerre des droits de douane déclenchée par le président américain.

"Au fond, nous croyons dans l'État de droit, dans l'ordre international, dans la science, dans le changement climatique et ce qu'il implique dans le respect de nos valeurs démocratiques et leur protection, et dans la protection aussi de notre enfance", a-t-il ajouté, autant de thèmes sur lesquels Donald Trump fait souvent polémique.

"Face à cela, nos deux pays partagent la même conviction les démocraties doivent être lucides, fortes et capables d'agir ensemble", a-t-il ajouté à trois jours de l'ouverture d'un sommet du G7 à Evian.

Dans ce contexte, "la France et le Canada, l'Europe et le Canada ont des partenariats essentiels à bâtir et renforcer" dans la "défense", "l'intelligence artificielle, le quantique, le nucléaire civil, les minerais critiques et stratégiques et la transition énergétique", a pointé le chef de l'Etat.

"Nos industries de défense ont des complémentarités réelles. L'enjeu est maintenant de passer de la convergence politique à des coopérations industrielles concrètes, durables, mutuellement bénéfiques", a-t-il insisté, alors que la France et l'Allemagne viennent d'enterrer un projet commun d'avion de combat.

Mark Carney a aussi souligné combien le Canada et la France, et plus largement l'Europe, partageaient "de plus en plus les mêmes intérêts".

"Nous sommes plus que des alliés. Nous faisons partie de la même famille", a-t-il souligné en français, alors que Donald Trump exprime régulièrement des velléité d'annexer le Canada.

"En travaillant ensemble, le Canada, la France et l'Europe sont en mesure de devenir une puissante forte pour le siècle à venir", a-t-il ajouté en anglais.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a multiplié les déclarations hostiles contre le Canada ainsi que les attaques commerciales et économiques, faisant encore référence au Canada comme "51e Etat" le 1er juin sur son réseau Truth Social.