Les polars de Petros Markaris ou la Grèce face à ses démons

L'écrivain grec Petros Markaris lors d'une interview dans un hôtel de Madrid, le 29 septembre 2016. (Photo par Javier Soriano / AFP)
L'écrivain grec Petros Markaris lors d'une interview dans un hôtel de Madrid, le 29 septembre 2016. (Photo par Javier Soriano / AFP)
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Publié le Samedi 03 décembre 2022

Les polars de Petros Markaris ou la Grèce face à ses démons

  • Fin observateur de la société grecque, M. Markaris, édité dans une dizaine de langues, souhaite ainsi «comprendre comment, pourquoi et quelles sont les raisons pour lesquelles la société grecque est telle qu'elle est aujourd'hui»
  • Pour son traducteur en français, Michel Volkovitch, l'écrivain, qui fut le scénariste du réalisateur grec Theo Angelopoulos, décrit la Grèce «de façon pédagogique»

ATHÈNES : L'auteur à succès de polars Petros Markaris brosse dans ses œuvres le portrait sévère d'une Grèce en crise avec elle-même et confrontée à ses démons: corruption, fraude fiscale et nationalisme.

«L'intrigue policière dans un polar n'est qu'un prétexte pour raconter une société», assure d'emblée cet octogénaire volubile qui reçoit l'AFP dans son appartement rempli de livres d'un quartier populaire d'Athènes.

Fin observateur de la société grecque, M. Markaris, édité dans une dizaine de langues, souhaite ainsi «comprendre comment, pourquoi et quelles sont les raisons pour lesquelles la société grecque est telle qu'elle est aujourd'hui».

Pour son traducteur en français, Michel Volkovitch, l'écrivain, qui fut le scénariste du réalisateur grec Theo Angelopoulos, décrit la Grèce «de façon pédagogique».

«Il donne une image fidèle de la société grecque pendant la crise, mais aussi celle d'une famille grecque moyenne: celle de Charitos (le commissaire présent dans toutes ses enquêtes, ndlr), qui est centrale dans ses livres», explique le traducteur.

«Il nous glisse dans leurs problèmes du quotidien, dans l'incertitude de la crise. C'est ce qui les rend attachants».

Kostas Charitos, policier haut en couleurs qui mène l'enquête en parcourant Athènes dans tous les sens, est le personnage principal de la «trilogie de la crise» qui a propulsé l'écrivain sur le devant de la scène.

- Corruption, népotisme -

Ses intrigues policières efficaces font apparaître les problèmes de corruption, de népotisme, d'évasion fiscale qui rongent la Grèce, mais aussi l'ascension durant les années de crise (2008-2018) du parti néo-nazi Aube dorée qui s'en est pris à des étrangers.

Sa dizaine de romans policiers a été traduite en 13 langues, y compris en français et en allemand.

Diogenes Verlag, son éditeur en allemand à Zurich, a indiqué à l'AFP que cette trilogie s'était vendue à plus de 270.000 exemplaires dans les pays germanophones.

Le vieil homme s'inquiète pour son pays qui se remet à peine d'une grave crise financière et d'une cure d'austérité draconienne durant lesquelles il a perdu un quart de son PIB.

«Alors même que la population de la Grèce a pu se remettre un peu des effets de la crise, la pandémie et la guerre en Ukraine l'ont fragilisée à nouveau. La Grèce n'a pas eu de chance», poursuit-il.

L'inflation à plus de 9% en octobre après six mois au-dessus de 10% et la flambée des prix de l'énergie font souffrir la population alors que le souvenir de la crise financière, l'une des pires de la turbulente histoire grecque, reste une plaie ouverte.

«A voir ce qu'il se passe en Grande-Bretagne et en Italie, la Grèce n'est finalement pas le pire exemple européen!», nuance toutefois M. Markaris, 85 ans.

L'Italie a récemment élu un gouvernement d'extrême-droite, alors qu'au Royaume-Uni, secoué par le Brexit et ses remous politiques, plus de la moitié de la population souffre des prix élevés de l'énergie et de la nourriture.

Pour lui, les Grecs, qui étaient massivement descendus dans les rues pour manifester leur opposition aux mesures d'austérité durant la crise, n'ont «plus autant l'envie de revendiquer un meilleur avenir» qu'avant.

- Littérature allemande -

Né à Istanbul, de père arménien et de mère grecque, Petros Markaris est arrivé à Athènes en 1964 avant de partir étudier à Vienne et Stuttgart, où il tombe amoureux de la littérature allemande.

Plus tard, c'est lui qui introduira les grands écrivains allemands auprès des Grecs avec ses traductions des œuvres de Bertolt Brecht et de Goethe.

Mais Petros Markaris est surtout connu pour avoir été le scénariste de Theo Angelopoulos pour plusieurs de ses films, dont «L'éternité et un jour», Palme d'or du festival de Cannes en 1998.

En Grèce, il fut aussi le scénariste d'une série policière très populaire.

«Les contacts que j'ai pu établir à cette époque avec le monde de la police grecque m'ont inspiré pour le commissaire Charitos», se souvient l'écrivain.

N'ayant pas vécu en Grèce l'occupation allemande entre 1941 et 1944 ou la guerre civile grecque de l'immédiat après-guerre, M. Markaris considère qu'il a un point de vue «objectif et sans préjugés de la Grèce».

«Je n'ai pas de traumatismes ni d'expériences personnelles qui influencent mon point de vue. Je vois et décrit la Grèce comme je l'ai connue lorsque j'y suis arrivé», assure-t-il.


«Un ours sur Mars?» La Nasa publie une intrigante photo de la planète rouge

Intrigante, la photographie a été prise le mois dernier par le satellite Mars Reconnaissance Orbiter (Photo, AFP).
Intrigante, la photographie a été prise le mois dernier par le satellite Mars Reconnaissance Orbiter (Photo, AFP).
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  • Le visage de l'ours est en réalité formé par «deux cratères», qui forment les yeux et une «colline» éventrée qui ressemble à un museau
  • Le tout donne l'impression d'apercevoir le visage souriant d'un ourson en peluche

LOS ANGELES: Baloo, Winnie et les Bisounours ont désormais de la compagnie au firmament des ursidés célèbres: une étrange formation géologique ressemblant à une tête d'ourson a été repérée à la surface de Mars par la Nasa.

Intrigante, la photographie a été prise le mois dernier par le satellite Mars Reconnaissance Orbiter de l'agence spatiale américaine, qui tourne en orbite autour de la planète rouge avec la caméra embarquée haute résolution HiRISE, la plus puissante jamais envoyée par l'être humain dans le système solaire.

"Un ours sur Mars?", s'interroge ainsi le compte Twitter du projet HiRISE, qui a publié le cliché mercredi.

Selon les scientifiques de l'université d'Arizona, qui pilotent le projet, le visage de l'animal est en réalité formé par "deux cratères", qui forment les yeux et une "colline" éventrée qui ressemble à un museau. Ces éléments sont entourés par une "fracture circulaire", qui délimite les contours de la tête et pourrait être formée par un dépôt de lave ou de boue.

Le tout donne l'impression d'apercevoir le visage souriant d'un ourson en peluche. Un sacré hasard, pour donner une formation géologique qui s'étale sur deux kilomètres.

La caméra HiRISE est l'un des six instruments embarqués par ce satellite de la Nasa, qui tourne autour de Mars depuis 2006. Ultra-précise, elle permet de prendre des clichés très détaillés pour cartographier la surface de la planète rouge en vue de futures missions menées par des robots ou des humains.

Depuis dix ans, les scientifiques qui la gèrent ont par exemple pu photographier des avalanches sur Mars, et ont découvert des traces sombres qui pourraient être de l'eau salée s'écoulant le long de ravines.

Ils ont également repéré des tourbillons de poussière sur la surface de la planète, et une autre formation géologique qui ressemble étrangement à l'insigne de la force Starfleet, chargée d'explorer l'espace dans la série télévisée Star Trek.

Mais même avec des images en haute définition, les petits bonshommes verts censés peupler Mars dans l'imaginaire populaire s'avèrent jusqu'ici introuvables.


Plainte d'héritiers de Juifs allemands contre un musée new-yorkais pour récupérer un Picasso

L'histoire extraordinaire de "La Repasseuse" commence en 1916 quand Karl Adler l'achète à un galeriste allemand juif de Munich, Heinrich Thannhauser (Photo, Facebook).
L'histoire extraordinaire de "La Repasseuse" commence en 1916 quand Karl Adler l'achète à un galeriste allemand juif de Munich, Heinrich Thannhauser (Photo, Facebook).
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  • Cela fait une dizaine d'années que les héritiers des Adler cherchent à remettre la main sur le Picasso
  • L'arrivée de Hitler et des nazis au pouvoir à Berlin sonne le début des terribles persécutions contre les Juifs

NEW YORK: En 1938, les Juifs allemands Karl et Rosi Adler fuient le régime nazi et vendent un Picasso pour financer leur voyage: 85 ans après, leurs héritiers veulent récupérer le tableau, propriété d'un musée de New York et évalué entre 100 et 200 millions de dollars.

Les descendants de ce couple d'Allemands ont déposé une plainte au civil devant la cour suprême de l'État de New York contre le musée d'art moderne Solomon R. Guggenheim de Manhattan qui expose depuis 1978 "La Repasseuse", une huile sur toile que le maître espagnol Pablo Picasso a peinte en 1904.

Le groupe de plaignants -- des héritiers aux États-Unis et en Argentine -- s'estiment les propriétaires légitimes de l'œuvre et invoquent dans leur plainte du 20 janvier une vente "forcée" en octobre 1938 par les Adler qui auraient agi sous contrainte.

Dans un communiqué, le musée Guggenheim conteste une procédure "sans fondement", ce qui laisse augurer un procès au civil.

«La Repasseuse» achetée en 1916 

L'histoire extraordinaire de "La Repasseuse" -- comme celles de nombre de peintures européennes volées par les nazis ou disparues pendant la Seconde guerre mondiale -- commence en 1916 quand Karl Adler l'achète à un galeriste allemand juif de Munich, Heinrich Thannhauser.

Adler, patron d'une usine de confection de cuir, et sa femme Rosi, jouissent d'une "vie prospère" à Baden-Baden, au sud-ouest de l'Allemagne, juste en face de Strasbourg.

L'arrivée de Hitler et des nazis au pouvoir à Berlin sonne le début des terribles persécutions contre les Juifs en Allemagne et le gel ou la confiscation de leurs biens et patrimoines.

Les Adler se résolvent en juin 1938 à fuir leur pays pour s'installer tour à tour aux Pays-Bas, en France et en Suisse avant de chercher un visa pour l'Argentine.

Mais pour obtenir leur sésame, les Adler, qui ont déjà quitté l'Allemagne depuis quelques semaines, vendent en octobre 1938 "La Repasseuse" au fils de Thannhauser, Justin, qui, Juif lui aussi, vient de se réfugier à Paris.

1.552 dollars en 1938 

La vente est conclue pour 1.552 dollars de l'époque -- soit environ 32.000 dollars d'aujourd'hui -- neuf fois moins que les 14.000 dollars qu'Adler espérait en tirer au début des années 1930.

C'est l'argument central de la plainte qui avance que l'œuvre -- évaluée aujourd'hui sur le marché de l'art entre 100 et 200 millions de dollars -- a été cédée sous la contrainte.

"Thannhauser était parfaitement conscient de la détresse de la famille Adler. S'ils n'avaient pas été persécutés par les nazis, les Adler n'auraient jamais vendu la toile à tel prix", selon les plaignants, des personnes physiques et des organisations juives américaines qui s'appuient sur une loi de 2016 qui encadre la restitution d'oeuvres d'art aux victimes de l'Holocauste.

Les décennies s'écoulent et en 1976, à la mort de Justin Thannhauser, sa collection est donnée au Guggenheim, un musée à l'architecture avant-gardiste qui trône depuis 1939 dans le quartier huppé de l'Upper East Side près de Central Park.

Pour l'établissement, la plainte "évite étonnamment de reconnaître" que le musée avait contacté un fils Adler avant de prendre possession de "La Repasseuse" dans les années 1970: il "n'a jamais exprimé la moindre réserve quant à l'œuvre et sa vente à Justin Thannhauser" en 1938.

Cela fait une dizaine d'années que les héritiers des Adler cherchent à remettre la main sur le Picasso.

En 2014, Thomas Bennigson, petit-fils d'un autre enfant du couple Adler apprend que sa grand-mère fut à un moment en possession de l'œuvre.

La plainte rappelle ainsi que les avocats de Bennigson ont longtemps correspondu avec le Guggenheim, avant d'exiger en juin 2021 la restitution du tableau.

Sans succès: le musée rétorque aujourd'hui que même s'il prend "très au sérieux" les plaintes pour restitution, il est le "propriétaire légal" de "La Repasseuse".


Trois réalisatrices du Moyen-Orient récompensées lors de la clôture du Festival du film de Sundance 2023

Le film The Persian Version de la réalisatrice irano-américaine Maryam Keshavarz. (Instagram)
Le film The Persian Version de la réalisatrice irano-américaine Maryam Keshavarz. (Instagram)
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  • The Persian Version a remporté le prix du public et le prix Waldo Salt pour le meilleur scénario dans la compétition dramatique américaine
  • Animalia, réalisé par la Marocaine Sofia Alaoui, a reçu le Prix spécial du jury pour sa vision créative

DUBAÏ: L’édition 2023 du Festival du film de Sundance, qui a été clôturée ce week-end à Park City, Utah et qui s’est tenue en présentiel pour la première fois depuis 2020, a vu trois films du Moyen-Orient remporter des prix: The Persian Version, Shayda et Animalia.  

Le film The Persian Version de la réalisatrice irano-américaine Maryam Keshavarz a remporté le Prix du public et le Prix Waldo Salt pour le meilleur scénario dans la compétition dramatique américaine.  

Il raconte l’histoire d’une grande famille irano-américaine qui se réunit pour la greffe du cœur du père lorsqu’un secret de famille entraîne la mère et la fille dans une exploration du passé.   

Ce film est l’un des trois films réalisés par des femmes iraniennes à Sundance cette année, les autres étant Joonam et Shayda.  

Shayda, de Noora Niasari, a remporté le Prix du public dans la Compétition dramatique du cinéma du monde. Le film porte sur Shayda, une mère iranienne courageuse, qui trouve refuge dans un foyer pour femmes australien avec sa fille de six ans. Cependant, lorsque son mari, dont elle est séparée, réintègre leur vie, le chemin de la liberté de Shayda est mis en péril.  

Le troisième film régional à remporter un prix à Sundance est Animalia, réalisé par la Marocaine Sofia Alaoui, qui a reçu le Prix spécial du jury pour sa vision créative. Le film relate l’histoire d’une jeune future maman qui fait face à une invasion extraterrestre avec un sentiment d’effroi qui se transforme lentement en libération. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com