L'Arabie saoudite et la Chine doivent privilégier leurs relations

Le roi Salmane d'Arabie saoudite avec le président chinois, Xi Jinping. (SPA)
Le roi Salmane d'Arabie saoudite avec le président chinois, Xi Jinping. (SPA)
Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, avec le président chinois, Xi Jinping, au palais d’Al-Yamamah, à Riyad. (SPA)
Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, avec le président chinois, Xi Jinping, au palais d’Al-Yamamah, à Riyad. (SPA)
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Publié le Samedi 10 décembre 2022

L'Arabie saoudite et la Chine doivent privilégier leurs relations

  • Les deux parties ont réaffirmé qu'elles continueraient à soutenir fermement leurs intérêts fondamentaux respectifs
  • Les deux parties ont exprimé leur satisfaction quant aux étapes progressives des relations bilatérales au cours des trois dernières décennies

RIYAD: L'Arabie saoudite et la Chine se sont engagées à accorder la priorité aux relations dans le cadre de leur politique étrangère ainsi qu’à établir un modèle de coopération et de solidarité pour les pays en développement, selon une déclaration conjointe publiée par les deux parties à l'issue du sommet saoudo-chinois.

Les deux parties ont réaffirmé qu'elles continueraient à soutenir fermement leurs intérêts fondamentaux respectifs, à s'aider mutuellement à préserver leur souveraineté et leur intégrité territoriale et à déployer des efforts conjoints pour défendre le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États, les règles du droit international et les principes fondamentaux des relations internationales. La partie saoudienne a réaffirmé son adhésion au principe d'une seule Chine, a rapporté l'agence de presse nationale SPA.

En outre, la partie chinoise a exprimé son soutien au Royaume dans le maintien de sa sécurité et de sa stabilité. Elle a par ailleurs affirmé son opposition à toute action qui interférerait dans les affaires intérieures du royaume d'Arabie saoudite et rejeté toute attaque visant les civils, les installations civiles, les territoires et les intérêts saoudiens.

Les deux parties ont exprimé leur satisfaction quant aux étapes progressives des relations bilatérales au cours des trois dernières décennies.

En outre, elles ont souligné l'importance de poursuivre l'action conjointe dans tous les domaines, d'approfondir les relations dans le cadre du partenariat stratégique global entre les deux pays et d'atteindre des horizons nouveaux et prometteurs.

Les deux parties ont salué les résultats positifs et fructueux de la visite dans le Royaume du président chinois, Xi Jinping, en janvier 2016, et celle du roi Salmane en Chine en mars 2017, ainsi que celle du prince héritier, Mohammed ben Salmane, en février 2019. Des visites qui ont contribué à élargir le champ de la coopération entre les deux pays dans divers domaines.

En ce qui concerne les relations bilatérales, les deux parties ont rappelé qu’il était essentiel de continuer à élargir les relations saoudo-chinoises dans leur cadre international et de donner un exemple de coopération, de solidarité et d’intérêt mutuel aux pays en développement. La partie saoudienne a félicité la Chine pour le succès du 20e Congrès national du Parti communiste chinois. En outre, la partie chinoise a félicité le Royaume pour les grandes réalisations accomplies dans le domaine du développement national dans le cadre de la Vision 2030.

Les deux parties ont dit l’importance de renforcer la coopération par le biais d'un comité mixte saoudo-chinois de haut niveau afin d'atteindre des objectifs communs, de renforcer la coopération entre les deux pays dans tous les domaines, d'intensifier la communication entre le gouvernement et le secteur privé des deux pays. L’objectif annoncé est de discuter des opportunités économiques, commerciales et d'investissement et de les traduire en partenariats tangibles, ainsi que de renforcer la coopération dans des domaines qui visent à ouvrir les horizons des relations économiques et de développement entre les deux pays.

En ce qui concerne l'énergie, les deux parties ont affirmé que le renforcement de leur coopération dans ce domaine est considéré comme un partenariat stratégique de premier ordre.

Elles ont fait l'éloge du volume de leurs échanges pétroliers et des grandes bases de la coopération en raison des abondantes ressources pétrolières du Royaume et des vastes marchés de la Chine.

Elles ont également indiqué que le développement et la consolidation de la coopération dans le domaine du pétrole sont conformes aux intérêts communs des deux parties. En outre, elles ont souligné l'importance de la stabilité des marchés pétroliers mondiaux.

La Chine a salué le rôle du Royaume en tant que défenseur de l'équilibre et de la stabilité sur les marchés pétroliers mondiaux et comme un exportateur considérable et fiable de pétrole brut vers la Chine. Les deux parties sont convenues d'explorer les opportunités d'investissement communes dans le secteur pétrochimique, de développer des projets prometteurs dans les techniques de conversion pétrochimique et de renforcer la coopération conjointe dans un certain nombre de domaines et de projets, notamment l'électricité, l'énergie photovoltaïque, l'énergie éolienne et d'autres sources d'énergies renouvelables.

Les deux parties ont également décidé de développer des projets annexes, des utilisations innovantes des ressources en hydrocarbures, l'efficacité énergétique, la localisation des composants du secteur de l'énergie et ses chaînes d'approvisionnement, en plus de coopérer au niveau des objectifs pacifiques de l'énergie nucléaire et du développement de technologies modernes telles que l'intelligence artificielle ou l'innovation dans le secteur de l'énergie.

Elles ont évoqué l'importance d'approfondir la coopération conjointe dans le cadre de l'initiative intitulée «Belt and Road» («la ceinture et la route», NDLR), se félicitant de la participation des entreprises saoudiennes concernées par divers partenariats d'énergie et d'investissement dans ce cadre. Cela renforce la position du Royaume en tant que centre régional pour les entreprises chinoises dans la production et l'exportation de produits du secteur de l'énergie, mais aussi l'investissement conjoint dans des projets énergétiques des États de la région et les pays consommateurs d'énergie en Europe et en Afrique. En outre, tout cela contribuera à développer le savoir-faire saoudien et à assurer l'autosuffisance de la Chine dans le domaine de la pétrochimie grâce à ses investissements dans le Royaume.

En ce qui concerne le changement climatique, la partie chinoise a salué le lancement par le Royaume de l’Initiative saoudienne verte et de l’Initiative du Moyen-Orient vert. Elle a exprimé son soutien à tous les efforts déployés par le Royaume dans le domaine du changement climatique avec sa stratégie de l'économie circulaire du carbone approuvée par les dirigeants du G20. Les deux parties ont souligné l'importance des principes de la convention-cadre sur les changements climatiques et de l'accord de Paris et de la mise en œuvre des conventions climatiques en se concentrant sur les émissions plutôt que sur les sources. Elles sont convenues de poursuivre leur coordination sur les politiques énergétiques en utilisant l'économie circulaire du carbone comme un outil pour gérer les émissions et atteindre les objectifs climatiques.

Elles se sont également mises d’accord pour exhorter les pays développés à prendre leurs responsabilités historiques au sérieux en réduisant considérablement les émissions avant la date butoir et pour aider de manière concrète les pays en développement par un soutien financier, technique et relatif au renforcement des capacités.

Les deux parties ont salué la croissance du commerce et des investissements entre les deux pays, ce qui illustre la profondeur et la durabilité de leurs relations économiques.

Elles ont également affirmé leur volonté d'augmenter le volume des échanges non pétroliers, de faciliter les exportations non pétrolières du Royaume vers la Chine, ainsi que d'accroître les investissements conjoints de qualité entre les deux pays.

Les deux parties ont l’intention d'améliorer les travaux qui visent à tirer parti des opportunités de commerce et d'investissement disponibles, d'intensifier la capacité des porte-avions, de motiver les partenariats d'investissement du secteur privé dans les deux pays. Elles souhaitent aussi consolider les efforts qui visent à créer un environnement d'investissement attractif, favorable et incitatif dans le cadre de la Vision 2030 du Royaume et de l'initiative Belt and Road en approfondissant la coopération dans un certain nombre de domaines – notamment l'industrie automobile, les chaînes d'approvisionnement, la logistique, le dessalement de l'eau, les infrastructures, la fabrication, l'exploitation minière et le secteur financier.

La partie saoudienne a exprimé son désir d'attirer l'expertise chinoise pour participer aux futurs mégaprojets du Royaume ainsi que de permettre les investissements saoudiens en Chine et de surmonter les difficultés auxquelles ces derniers peuvent être confrontés.

La partie saoudienne fait savoir qu’il était essentiel d'attirer les entreprises internationales chinoises pour qu'elles ouvrent des sièges régionaux dans le Royaume. Elle a apprécié l'intérêt, à cet égard, d'un certain nombre d'entreprises qui obtiennent des licences pour établir leurs sièges régionaux dans le Royaume afin de bénéficier des expériences et des capacités exceptionnelles de la Chine au profit des économies des deux pays.

Les deux parties ont exprimé leur satisfaction quant à la signature du «plan d'harmonisation» entre la Vision 2030 du Royaume et l'initiative Belt and Road. Les deux parties sont convenues de l'importance d'accélérer le rythme de l'harmonisation entre leurs projets dans les deux pays, d'utiliser les avantages intégrés et d'approfondir la coopération pratique entre elles afin d'obtenir des avantages mutuels et un développement commun.

Les deux parties se sont également félicitées de la signature de douze accords et protocoles d'entente gouvernementaux pour la coopération dans les domaines de l'énergie hydrogène, du domaine judiciaire, de l'enseignement du chinois, du logement, de l'investissement direct, de la radio et de la télévision, de l'économie numérique, du développement économique, de la normalisation, de la couverture médiatique, de l'administration fiscale et de la lutte contre la corruption – cela en plus de la signature de neuf accords et protocoles d'accord entre le gouvernement et le secteur privé et de la signature de vingt-cinq autres entre les entreprises des deux pays.

La partie chinoise a invité la partie saoudienne à être l'invitée d'honneur de la 6e session de l'exposition arabo-chinoise pour l'année 2023.

Elle a également exprimé sa volonté d'approfondir la coopération en matière d'investissement avec la partie saoudienne dans le domaine de l'économie numérique et du développement vert, de renforcer la coopération en matière de commerce électronique et d'explorer les moyens de coopération économique et commerciale conjointe avec l'Afrique.

La partie saoudienne a également salué les investissements des entreprises chinoises dans le Royaume, grâce aux immenses opportunités d'investissement offertes par la Vision 2030 dans plusieurs secteurs. D'autre part, la partie chinoise a loué l'augmentation des investissements des fonds souverains et des capitaux industriels saoudiens en Chine.

Les deux parties sont convenues d'encourager la création de partenariats entre les fonds d'investissement des deux pays.

En ce qui concerne le volet financier, les deux parties ont évoqué l'importance d'une coopération conjointe pour soutenir le succès du «Cadre commun pour le traitement de la dette au-delà de la portée de l'initiative de suspension du service de la dette», qui a été approuvé par les dirigeants du G20 lors de son sommet dirigé par le Royaume.

Elles ont également confirmé la nécessité de coordonner leurs positions dans les forums internationaux tels que le G20, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque asiatique afin d'investir dans les infrastructures et dans d'autres domaines de manière à renforcer les efforts qui visent à accroître l'efficacité et la gouvernance de ces groupes et institutions.

Les deux parties ont également confirmé qu’il était fondamental de renforcer la coopération dans le domaine des politiques fiscales, contribuant ainsi à renforcer la coopération financière, commerciale et d'investissement entre les deux pays.

Dans le domaine de l'eau et de l'agriculture, la partie saoudienne a salué l'établissement d'un partenariat direct entre les secteurs privés chinois et saoudien au sujet des opportunités d'investissement disponibles dans le Royaume au niveau des usines de dessalement, de l'eau potable, des lignes de transport d'eau, des usines de traitement des eaux usées, des barrages, et l'organisation d'activités commerciales entre les représentants du secteur privé des deux pays. L’objectif est de discuter des possibilités d'investissement dans les industries agricoles et alimentaires.

En ce qui concerne les communications et les technologies de l'information, les deux parties ont souligné la nécessité de renforcer le partenariat dans les domaines liés aux communications, à l'économie numérique, à l'innovation et à l'espace afin d'assurer un meilleur avenir numérique aux générations futures des deux pays.

Pour ce qui est du transport et de la logistique, elles ont dit l’importance de renforcer la coopération et l'action conjointe afin de développer les secteurs du transport aérien et maritime, les modes de transport modernes et les chemins de fer et d'accélérer l'achèvement des études sur le projet de pont terrestre saoudien.

Les deux parties ont également insisté sur la nécessité de renforcer et de développer la coopération dans les secteurs industriel et minier de manière à servir leurs intérêts communs.

Au chapitre de la défense et de la sécurité, les deux parties ont affirmé leur détermination à développer la coopération dans les domaines de la défense, à renforcer et à accroître le niveau d'échange d'informations et d'expertise dans la lutte contre le crime organisé, y compris les crimes terroristes. Elles se sont aussi engagées à prévenir la violence et l'extrémisme ainsi qu'à renforcer la coopération et la coordination des efforts et l'échange d'expertise dans les domaines de l'alerte précoce, du renseignement sur les risques, de l'évaluation des risques de sécurité et de la lutte contre la cybercriminalité de façon à servir et à concrétiser les intérêts communs des deux pays.

Les deux parties ont réaffirmé le rejet et la dénonciation du terrorisme et de l'extrémisme sous toutes ses formes, le refus de lier le terrorisme à une culture, à une race ou à une religion particulière, celui d’appliquer une politique de deux poids deux mesures dans la lutte contre le terrorisme, et l'importance de véhiculer la modération et la tolérance.

Elles ont également salué le niveau de coopération en matière de sécurité entre les deux pays amis dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et de son financement.

Elles sont par ailleurs convenues de renforcer la coopération internationale conjointe pour lutter contre les crimes de corruption transfrontaliers sous toutes ses formes, d'assurer la réalisation des objectifs communs liés à la consolidation des principes de transparence, d'intégrité, de communication et de coopération efficace entre les agences concernées par la lutte contre ce fléau dans les deux pays. Elles se sont également entendues sur le fait de bénéficier des principes approuvés par le G20 en matière de lutte contre la corruption, de poursuite des criminels en fuite et de recouvrement des produits du crime, s’appuyant sur l'Initiative mondiale de Riyad pour les autorités chargées de l'application des lois anticorruption dans le domaine des enquêtes sur les affaires de corruption, de la poursuite des auteurs et du recouvrement des produits du crime.

En ce qui concerne la santé, les deux parties ont dit qu’elles comptaient renforcer leur coopération dans ce domaine et élever leur niveau de coordination pour combattre les menaces sanitaires et les pandémies actuelles et futures.

Dans le domaine culturel, les deux parties ont discuté des moyens de renforcer leur coopération dans le cadre des relations historiques et culturelles qui unissent les deux pays amis. Elles ont exprimé leur soutien et leur approbation de nombreuses initiatives culturelles qui expriment la force des relations entre l'Arabie saoudite et la Chine. Elles ont également salué le lancement de la première édition du prix du prince Mohammed ben Salmane pour la coopération culturelle entre les deux pays.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


En Egypte, «la fille du bus» qui a filmé son harceleur insultée et menacée en ligne

Depuis qu'elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort, reflet d'une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l'hostilité collective. (AFP)
Depuis qu'elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort, reflet d'une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l'hostilité collective. (AFP)
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  • Mariam Shawky crie, mais personne n'intervient. Un passager, chapelet à la main, lui ordonne même de s'asseoir et de se taire. Un autre finit par enlacer l'homme pour le faire asseoir
  • Les images devenues virales ont, au delà de quelques mots de soutien, surtout engendré une avalanche de commentaires vindicatifs encouragés par certaines personnalités publiques

LE CAIRE: Depuis qu'elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort, reflet d'une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l'hostilité collective.

Lundi, la comédienne âgée d'une vingtaine d'années diffuse une vidéo tournée dans un bus bondé du Caire, pour dénoncer un homme qu'elle accuse de l'avoir traquée et harcelée plusieurs fois près de son lieu de travail.

"Cette fois, il est monté derrière moi dans le bus (...) et s'est permis des propos déplacés", dit sur son compte Tiktok celle que les médias ont surnommée "la fille du bus" - et qui n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Elle espère un instant être soutenue par les passagers... "mais les gens se sont rangés de son côté".

Ses images montrent des hommes au fond du bus la toiser tandis qu'elle interpelle son harceleur. Lui, sourire en coin, la traite de "poubelle" et raille sa tenue : "c'est quoi ces vêtements que tu portes?", avant de s'approcher et d'esquisser un geste violent.

Mariam Shawky crie, mais personne n'intervient. Un passager, chapelet à la main, lui ordonne même de s'asseoir et de se taire. Un autre finit par enlacer l'homme pour le faire asseoir.

"Le premier à te tuer" 

Les images devenues virales ont, au delà de quelques mots de soutien, surtout engendré une avalanche de commentaires vindicatifs encouragés par certaines personnalités publiques.

"Elle porte un piercing (...) c'est évident ce qu'elle cherche", lance le chanteur Hassan Shakosh.

"Je serai le premier à te tuer", promet un internaute. "Si on t'éliminait, personne ne te pleurerait", assène un autre.

La séquence ravive une question qui tourmente la société égyptienne depuis des années.

En 2010, le film de Mohamed Diab "Les femmes du bus 678", consacré au harcèlement en Egypte, avait fait le tour du monde. Dans une étude de l'ONU en 2013, 99,3 % des Egyptiennes disaient avoir enduré au moins une forme de harcèlement, plus de 80 % être régulièrement importunées dans les transports.

La même année, de vastes manifestations contre les violences sexuelles avaient secoué la capitale égyptienne. En 2014, une loi punissant le harcèlement de rue a été adoptée.

Mais depuis, les changements sont peu visibles. L'application de la loi de 2014 reste opaque - les autorités n'ont jamais donné de chiffres de condamnations.

En 2022, l'affaire de l'assassinat filmé de Nayera Achraf, une étudiante tuée par un homme dont elle avait repoussé les avances, avait révolté, et là aussi saturé les réseaux sociaux. Le coupable avait été condamné à mort et exécuté.

A l'époque, "certains exigeaient sa libération", rappelle Nadeen Ashraf, activiste égyptienne pour les droits des femmes.

"Réputation de l'Egypte" 

Dans le cas de "la fille du bus", les autorités ont réagi - même si la société d'autobus a nié tout incident dans un communiqué rediffusé par le ministère des Transports.

Au lendemain de la publication de Mariam Shawky, "l'individu apparaissant dans les vidéos a pu être identifié et interpellé", a annoncé le ministère de l'Intérieur.

"Confronté aux faits", il "a nié avoir commis l'infraction ou avoir rencontré auparavant la victime".

Selon la presse locale, il a été relâché sous caution de 1.000 livres égyptiennes (environ 17 euros), avant d'être détenu à nouveau pour une affaire antérieure de détournement de fonds.

Son avocat a demandé une expertise psychiatrique de la jeune femme. "La réputation de l'Egypte a été salie", a accusé Me Ali Fayez sur Facebook. Ces images disent "au monde entier qu'il y a des harceleurs en Égypte, et que les hommes égyptiens encouragent le harcèlement, le défendent et se taisent".

L'affaire révèle surtout "un problème systémique et structurel" ; un délit "comme celui-ci n'est jamais pris au sérieux", note Nadeen Ashraf pour l'AFP.

Et sa "première justification est toujours liée à l'apparence des femmes".

Elle porte le voile ? "On dira que ses vêtements sont trop serrés". Elle n'en porte pas ? "On parlera de ses cheveux". Et "même si elle est en niqab", on critiquera "son maquillage" aux yeux, énumère-t-elle. "Il y aura toujours quelque chose".


Soudan : le ministre de la Défense qualifie de faux un « document des services de renseignement » après l’attaque d’un convoi

Ministre soudanais de la Défense, le général Hassan Kabroun. (Photo AN)
Ministre soudanais de la Défense, le général Hassan Kabroun. (Photo AN)
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  • Le général Hassan Kabroun affirme à Arab News que les accusations selon lesquelles l’armée aurait dissimulé des armes dans un convoi d’aide sont « totalement fausses »

RIYAD : Le ministre soudanais de la Défense a fermement démenti des informations attribuées aux services de renseignement soudanais, selon lesquelles un convoi ciblé au Kordofan du Nord transportait secrètement des armes sous couvert d’aide humanitaire.

Le général Hassan Kabroun a qualifié ces accusations de « fausses » et a estimé qu’il s’agissait d’une tentative de détourner l’attention de ce qu’il a décrit comme un crime commis par une milice.

La controverse a éclaté après la publication d’articles affirmant qu’un document attribué au Service général de renseignement du Soudan soutenait que le convoi frappé vendredi à Al-Rahad n’était pas une mission purement humanitaire, mais transportait en réalité « des armes et des munitions de haute qualité » destinées à des unités des Forces armées soudanaises opérant dans l’État.

Le rapport alléguait en outre que le convoi avait été présenté comme humanitaire afin d’obtenir un passage sûr à travers les zones de conflit, et que les Forces de soutien rapide (RSF) l’avaient détruit après avoir recueilli des renseignements sur son itinéraire et sa cargaison.

Kabroun a catégoriquement rejeté cette version des faits.

« Tout d’abord, nous tenons à souligner que cette information est fausse », a-t-il déclaré à Arab News. « Même le titre évoquant la sécurité de régions telles qu’Al-Dabbah n’est pas un titre que l’armée utiliserait. »

Il a qualifié le document de fabrication à motivation politique, affirmant qu’il visait à « couvrir le crime odieux qu’ils ont commis ».

Le ministre a assuré que la zone visée par des drones est entièrement sous le contrôle des Forces armées soudanaises et ne nécessite aucun transport militaire clandestin.

« Deuxièmement, nous confirmons que la région ciblée par les drones est contrôlée par l’armée et parfaitement sûre », a déclaré Kabroun. « Il n’est pas nécessaire d’y transporter du matériel militaire en utilisant des convois humanitaires comme couverture, car il s’agit d’une zone sécurisée sous contrôle de l’armée, qui dispose de capacités importantes pour acheminer l’aide humanitaire. »

Selon lui, l’armée soudanaise possède les capacités logistiques et les itinéraires sécurisés nécessaires pour déplacer du matériel ouvertement lorsque cela est requis.

« L’armée est professionnelle et n’a pas besoin d’acheminer quoi que ce soit à Kadugli ou Dalang à bord de convois d’aide », a-t-il affirmé. « La route entre Dalang et Kadugli est ouverte. Les forces soudanaises ont emprunté cette route pour entrer et prendre le contrôle de la région. La route est ouverte et, chaque fois que des camions militaires doivent livrer du matériel, ils peuvent le faire sans recourir à une quelconque forme de camouflage. »

Kabroun a également rejeté toute suggestion selon laquelle l’armée utiliserait des opérations humanitaires comme couverture.

« L’aide est transportée par des véhicules humanitaires dédiés vers les zones qui en ont besoin », a-t-il précisé. « L’aide n’est pas transportée par l’armée. L’armée et les services de sécurité n’interfèrent pas du tout avec les efforts de secours et n’escortent même pas les convois. »

Il a souligné que les Forces armées soudanaises maintiennent une séparation institutionnelle claire entre les opérations militaires et le travail humanitaire, en particulier dans le contexte de la crise que traverse le pays.

« Ce sont des accusations mensongères », a-t-il déclaré. « Cette fausse information vise à couvrir le crime odieux qu’ils ont commis. »

Le Soudan est en proie au conflit depuis avril 2023, lorsque des combats ont éclaté entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide, plongeant le pays dans ce que les Nations unies ont qualifié de l’une des pires catastrophes humanitaires au monde.

La dernière controverse autour du convoi intervient alors que les combats s’intensifient au Kordofan du Sud, région stratégique reliant le centre du Soudan aux zones contestées du Darfour et du Nil Bleu.

Le faux rapport suggérait que la surveillance des services de renseignement avait permis aux RSF de frapper ce qu’elles décrivaient comme un convoi militaire déguisé en aide humanitaire. Mais Kabroun a rejeté catégoriquement cette version.

« Les services de renseignement connaissent parfaitement leurs responsabilités », a-t-il affirmé. « L’armée soudanaise dispose de suffisamment d’armes et d’équipements pour ses opérations. Ces accusations sont totalement fausses. »

Il a estimé que le récit diffusé visait à détourner la responsabilité des attaques contre des infrastructures civiles et des mouvements humanitaires.

« Cela montre qu’ils cherchent à dissimuler les atrocités », a-t-il ajouté, en référence à la milice.

Kabroun a soutenu que l’armée a repris l’initiative sur plusieurs fronts et demeure pleinement capable de poursuivre ses opérations sans recourir à la tromperie.

« La région est sécurisée, les routes sont ouvertes et l’armée n’a pas besoin de camouflage », a-t-il conclu. « Nous opérons de manière professionnelle et transparente. »

« Ces accusations sont totalement fausses », a-t-il insisté. « L’armée soudanaise n’utilise pas de convois humanitaires à des fins militaires. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président somalien à Asharq Al-Awsat: Travailler avec des partenaires de l'Arabie saoudite pour annuler la reconnaissance du Somaliland par Israël

 Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman rencontre le président somalien Hassan Sheikh Mohamud. (File/SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman rencontre le président somalien Hassan Sheikh Mohamud. (File/SPA)
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  • M. Mohamud a souligné que l'unité de la Somalie est une "ligne rouge", ajoutant que Mogadiscio a pris des positions fermes pour protéger la souveraineté nationale
  • S'adressant à Asharq Al-Awsat, M. Mohamud a déclaré que son gouvernement agissait en étroite coordination avec ses partenaires, dont l'Arabie saoudite, pour préserver la stabilité et protéger la Corne de l'Afrique

RIYAD: Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a dévoilé une stratégie politique et juridique à trois volets pour annuler ce qu'il a décrit comme une reconnaissance israélienne de la région sécessionniste du Somaliland, avertissant qu'une telle décision menace la souveraineté de la Somalie et la stabilité régionale.

S'adressant à Asharq Al-Awsat, M. Mohamud a déclaré que son gouvernement agissait en étroite coordination avec ses partenaires, dont l'Arabie saoudite, pour préserver la stabilité et protéger la Corne de l'Afrique de ce qu'il a qualifié d'"escalade irréfléchie".

Sans nommer de pays en particulier, le dirigeant somalien a déclaré que certains États de la région pourraient voir dans la reconnaissance israélienne une occasion de poursuivre "des intérêts étroits et à court terme au détriment de l'unité de la Somalie et de la stabilité régionale".

"Je ne souhaite pas nommer un ou plusieurs pays en particulier", a-t-il déclaré. "Mais il est clair que certains pourraient considérer cette reconnaissance comme une occasion de réaliser des gains limités.

Il a souligné que l'unité de la Somalie était une "ligne rouge", ajoutant que Mogadiscio avait adopté des positions fermes pour protéger la souveraineté nationale. "Nous mettons en garde contre le risque d'être induits en erreur par l'aventurisme israélien imprudent", a-t-il déclaré.

Trois étapes parallèles

M. Mohamud faisait référence à la reconnaissance, annoncée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, de la République autoproclamée du Somaliland en tant qu'État indépendant.

"J'affirme avec la plus grande clarté et fermeté que toute reconnaissance du Somaliland en tant qu'État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté et de l'unité de la République fédérale de Somalie", a-t-il déclaré.

Il a qualifié cette démarche de grave violation du droit international, de la charte des Nations unies et des résolutions de l'Union africaine qui prônent le respect des frontières héritées de l'Afrique.

Sur cette base, la Somalie a adopté et continuera à appliquer trois mesures parallèles, a-t-il révélé.

La première consiste en une action diplomatique immédiate par l'intermédiaire des Nations unies, de l'Union africaine et de l'Organisation de la coopération islamique afin de rejeter et d'invalider juridiquement et politiquement cette reconnaissance.

M. Mohamud a déclaré que la Somalie avait demandé et obtenu une session formelle du Conseil de sécurité des Nations unies pour traiter ce qu'il a qualifié de "violation israélienne flagrante" de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Somalie.

Cette session, a-t-il ajouté, constitue une victoire diplomatique importante pour Mogadiscio, compte tenu notamment du fait que la Somalie est actuellement membre du Conseil.

Il a exprimé sa "profonde gratitude" pour les déclarations de solidarité et de condamnation émises par l'Union africaine, la Ligue arabe, l'OCI, le Conseil de coopération du Golfe, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et l'Union européenne, entre autres.

La deuxième étape consiste à coordonner une position arabe, islamique et africaine unifiée. M. Mohamud a félicité l'Arabie saoudite pour avoir été l'une des premières à publier une déclaration claire rejetant toute atteinte à l'unité de la Somalie.

Il a déclaré que la position saoudienne reflétait l'engagement de longue date du Royaume en faveur de la souveraineté de l'État et de l'intégrité territoriale, renforcé par le soutien "ferme et de principe" du cabinet saoudien à la Somalie dans ce qu'il a décrit comme un moment délicat.

La troisième étape est axée sur le renforcement du dialogue national interne afin d'aborder les questions politiques dans le cadre d'un État somalien unique, à l'abri de toute ingérence ou de tout diktat extérieur.

Sécurité régionale

M. Mohamud a prévenu que si rien n'était fait, la reconnaissance pourrait créer un "dangereux précédent et compromettre la paix et la sécurité régionales et internationales".

Il a ajouté que cela pourrait encourager les mouvements séparatistes non seulement dans la Corne de l'Afrique, mais aussi dans toute l'Afrique et le monde arabe, citant les développements dans des pays tels que le Soudan et le Yémen comme preuve du coût élevé de la fragmentation de l'État.

"Il s'agit d'une artère maritime mondiale vitale et d'un élément essentiel de la sécurité nationale arabe", a-t-il déclaré en faisant référence à la mer Rouge.

"Toute tension politique ou sécuritaire le long de la côte somalienne affectera directement le commerce international et la sécurité énergétique.

Il a ajouté que l'instabilité aurait des répercussions sur les États riverains de la mer Rouge, en particulier l'Arabie saoudite, l'Égypte, le Soudan, l'Érythrée, le Yémen et la Jordanie. "Préserver l'unité de la Somalie est la pierre angulaire de la sécurité collective de la mer Rouge", a-t-il déclaré.

Point d'appui stratégique

M. Mohamud a affirmé que l'objectif d'Israël allait au-delà de la reconnaissance politique.

"Nous pensons que l'objectif va au-delà d'un geste politique", a-t-il déclaré à Asharq Al-Awsat. "Il comprend la recherche d'un point d'appui stratégique dans la Corne de l'Afrique, près de la mer Rouge, permettant d'exercer une influence sur le détroit de Bab al-Mandeb et menaçant la sécurité nationale des États riverains de la mer Rouge.

Il a décrit cette initiative comme un test de la détermination somalienne, arabe et africaine sur les questions de souveraineté et d'unité territoriale, soulignant que l'opposition de la Somalie à la sécession est une position nationale de principe et durable largement soutenue dans les mondes arabe et africain, "en premier lieu par l'Arabie saoudite".

Il a rejeté toute tentative visant à faire de la Somalie un champ de bataille pour les rivalités régionales ou internationales. "Nous ne permettrons pas que la Somalie devienne une arène pour le règlement de conflits qui ne servent pas les intérêts de notre peuple ou la sécurité de notre région", a-t-il déclaré.

Liens avec l'Arabie saoudite

En ce qui concerne les relations entre l'Arabie saoudite et la Somalie, M. Mohamud a décrit le partenariat comme étant "profondément enraciné et stratégique, enraciné dans une histoire et une religion partagées et dans une destinée commune". L'Arabie saoudite, a-t-il déclaré, "reste un partenaire central dans le soutien à la stabilité, à la reconstruction et au développement de la Somalie, ainsi qu'à la sécurité de la mer Rouge".

Il a exprimé son admiration pour la Vision 2030 de l'Arabie saoudite et les gains économiques et de développement réalisés sous la direction du Gardien des deux saintes mosquées, le roi Salman bin Abdulaziz, et du prince Mohammed bin Salman, prince héritier et Premier ministre.

Interrogé sur la récente décision du Cabinet saoudien rejetant toute tentative de diviser la Somalie, M. Mohamud a déclaré que le gouvernement fédéral l'avait reçue avec "beaucoup d'appréciation et de soulagement."

Selon lui, cette position prolonge le soutien historique du Royaume à l'unité territoriale et à la souveraineté de la Somalie, renforce la stabilité régionale et envoie un message important à la communauté internationale sur la nécessité de respecter la souveraineté des États et de s'abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures.