La force de Netanyahou est la peur de ses rivaux

Benjamin Netanyahou reçoit le mandat pour former un nouveau gouvernement, à Jérusalem, le 13 novembre 2022. (Reuters)
Benjamin Netanyahou reçoit le mandat pour former un nouveau gouvernement, à Jérusalem, le 13 novembre 2022. (Reuters)
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Publié le Samedi 10 décembre 2022

La force de Netanyahou est la peur de ses rivaux

La force de Netanyahou est la peur de ses rivaux
  • Au lieu de faire entendre leur propre voix, les principaux rivaux de M. Netanyahou ont simplement essayé de le surpasser
  • Trump a été critiqué pour son association continue avec la droite antisémite en Amérique, mais il reste populaire parmi les Israéliens de droite

Benjamin Netanyahou sera très probablement bientôt assermenté en tant que nouveau Premier ministre d’Israël, représentant un mouvement de plus en plus important vers l’extrémisme dans la politique du pays.

Après avoir servi plus de quinze ans en tant que Premier ministre pendant deux mandats jusqu’en 2021, la nouvelle coalition de Netanyahou, composée de partis sionistes et religieux de droite, devrait prendre le contrôle du Parlement israélien, la Knesset. Certains attribuent à Netanyahou le mérite d’avoir une coalition forte, mais la vérité est qu’il a gagné grâce à la faiblesse et aux craintes de ses rivaux.

Au lieu de faire entendre leur propre voix, les principaux rivaux de M. Netanyahou ont simplement essayé de le surpasser, c’est-à-dire de gagner le soutien de ses partisans tout en essayant de définir une nouvelle voie politique.

Naftali Bennett et Yair Lapid ont brièvement arraché le pouvoir à Netanyahou en 2021, mais ils n’ont pas réussi à le conserver. Bennett était plus extrême que Netanyahou, mais j’avais de l’espoir pour Lapid et le ministre de la Défense Benny Gantz. Cependant, plutôt que d’essayer de parler d’une voix plus modérée et pacifique, Gantz et Lapid ont essayé d’être aussi durs que lui.

La seule véritable alternative à Netanyahou est un dirigeant qui adhère à l’État de droit, reconnaît les défauts d’Israël et les corrige, et présente un plan qui peut conduire à la paix et mettre fin à la violence qui a consumé Israéliens et Palestiniens au cours de l’année écoulée. Toutefois, au lieu de proposer une alternative sérieuse, fondée sur le respect des droits de l’homme et du droit international, Lapid et Gantz ont cherché à se plier aux exigences de sa base extrémiste.

Ces extrémistes ont un programme clair: ils s’opposent à la paix avec les Palestiniens et soutiennent le renforcement des extrémistes religieux juifs du pays. Une position légèrement moins radicale que celle de Netanyahou ne constitue pas une véritable option pour les Israéliens qui se sentent exclus.

Le rapprochement de Lapid et Gantz de Netanyahou, plutôt que leur éloignement de lui, n’a fait qu’alimenter la confusion, y compris chez de nombreux juifs vivant en dehors d’Israël, comme ceux des États-Unis. Il a créé un brouillard politique dans lequel les principes, la morale et l’état de droit sont sacrifiés au profit de l’opportunisme politique. Par exemple, au lieu d’exiger que le tireur d’élite israélien qui, en mai, a abattu la journaliste palestinienne américaine Shirine Abou Akleh, soit traduit en justice, le Premier ministre sortant, Yair Lapid, a juré qu’aucun Israélien ne serait tenu pour responsable.

De nombreux Israéliens et juifs s’opposent à la brutalité d’Israël, mais en l’absence d’un dirigeant modéré fort, ils n’ont d’autre choix que de se taire. Fermer les yeux sur l’injustice rapporte plus de voix en Israël que de défendre la justice ou les principes.

Ce fait a alimenté les inquiétudes de nombreux juifs américains, qui pensent à juste titre que l’extrême droite israélienne entretient un environnement qui favorise la violence, tant chez les Israéliens que chez les Palestiniens. Leur préoccupation quant au rôle de Netanyahou dans ce domaine ne remet nullement en cause leur soutien à Israël. Ils pensent simplement qu’il faut mettre fin à l’oppression et à l’occupation d’Israël.

En fait, les juifs américains considèrent que l’extrémisme croissant dans la politique israélienne est un facteur qui sape la solution à deux États, qui constitue le seul moyen réaliste d’assurer la paix. L’ex-président Donald Trump a identifié ce sentiment chez les juifs américains lorsqu’il s’en est pris à eux en octobre, déclarant qu’ils devaient «se ressaisir» avant «qu’il ne soit trop tard».

La déclaration de M. Trump visait à affirmer qu’il avait fait plus pour «les juifs» que tout autre président américain. Au lieu de cela, il a été critiqué pour avoir utilisé un stéréotype selon lequel les juifs américains ont une double allégeance envers les États-Unis et Israël. Les remarques de Trump ont provoqué une réprimande de la part de l’Anti-Defamation League, dont le responsable a qualifié les commentaires de «Jewsplaining».

Trump a été critiqué pour son association continue avec la droite antisémite en Amérique, mais il reste populaire parmi les Israéliens de droite, qui ne se soucient pas de l’antisémitisme croissant aux États-Unis tant qu’ils obtiennent un soutien fort pour les revendications et les colonies juives en Israël et dans les territoires occupés.

L’Anti-Defamation League a été attaquée par certains activistes et dirigeants juifs américains, ce qui reflète une division croissante au sein de la communauté. Le groupe de droite Americans for Peace and Tolerance a critiqué la Maison Blanche de Biden pour avoir invité l’Anti-Defamation League et d’autres «dirigeants juifs ratés» à une conférence visant à lutter contre l’antisémitisme.

Ce schisme est évident pour beaucoup, y compris pour le président de l’Arab American Institute, Jim Zogby, qui a assisté cette semaine à une conférence organisée par le groupe juif centriste et libéral J Street. Zogby a tweeté lundi : «Je suis au dîner de J Street avec beaucoup d’amis et de très bonnes personnes qui ont du mal à résoudre la quadrature du cercle. Ils veulent être projustice et s’opposer à l’occupation mais ne veulent pas reconnaître la réalité de l’apartheid. Dire que vous êtes propaix et pro-Israël ne suffit plus aujourd’hui.»

Au lieu de proposer une alternative sérieuse, Bennett et Lapid ont cherché à imiter Netanyahou, en se pliant aux exigences de sa base extrémiste.

Ray Hanania

Le problème est que trop de juifs centristes et modérés, tant aux États-Unis qu’en Israël, refusent de s’opposer avec force aux violations flagrantes des droits de l’homme et des droits civils dont sont victimes les non-juifs en Israël et dans les territoires occupés. L’année dernière encore, lorsque le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, a classé de nombreux groupes de défense des droits de l’homme en Israël parmi les entités terroristes, la puissante communauté juive américaine, qui prétend défendre les droits civils et les droits de l’homme, a peu protesté.

La conclusion est simple: vous ne pouvez pas simplement écarter des extrémistes comme Netanyahou en trouvant un juste milieu qui passe sous silence nombre de ses politiques, tout en appelant à une paix fondée sur deux États. C’est une contradiction que tout le monde voit.

Lapid et Gantz n’ont pas pu surpasser l’extrémisme de Netanyahou. S’ils voulaient faire ce qui est juste et apporter la sécurité à Israël, ils auraient pu forger une majorité morale plus centriste en réveillant les voix modérées d’Israël, mais il faudra peut-être du temps pour inverser la marche d’Israël vers l’extrémisme. Pour l’instant, à chaque élection, il est clair que les voix extrémistes se renforcent. Cela pourrait expliquer pourquoi Netanyahou a occupé le poste de Premier ministre plus longtemps que quiconque dans l’histoire d’Israël.

 

Ray Hanania est un ancien journaliste politique et chroniqueur primé de la mairie de Chicago. Vous pouvez le joindre sur son site personnel: www.Hanania.com

Twitter: @RayHanania

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.co