À Gaza, fuir le chômage pour mourir en Méditerranée

Après avoir fini deux années d'études universitaires en comptabilité à Gaza, Younès Al-Shaer et une dizaine de proches ont franchi en février Rafah pour se poser en Egypte avant d'atteindre la Libye, en vue de traverser la Méditerranée jusqu'en Italie et gagner la Belgique par la route (Photo, AFP).
Après avoir fini deux années d'études universitaires en comptabilité à Gaza, Younès Al-Shaer et une dizaine de proches ont franchi en février Rafah pour se poser en Egypte avant d'atteindre la Libye, en vue de traverser la Méditerranée jusqu'en Italie et gagner la Belgique par la route (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 03 janvier 2023

À Gaza, fuir le chômage pour mourir en Méditerranée

  • De Gaza, des migrants et demandeurs d'asiles ont pris la route menant à l'Egypte et la Libye pour tenter la périlleuse traversée de la Méditerranée
  • Les autorités dans la bande de Gaza n'ont pas de statistiques officielles sur le nombre de personnes ayant fui ce territoire ces dernières années

RAFAH: Younès avait quitté Gaza le coeur rempli d'espoir d'une vie meilleure en Europe. Dix mois après le début de son périple, il est revenu chez lui dans un cercueil comme d'autres jeunes Palestiniens de l'enclave paupérisée.

Mi-décembre, la bande de Gaza a reçu une livraison qu'elle ne souhaitait pas: les corps de huit Palestiniens découverts sur les côtes tunisiennes puis rapatriés via le terminal égyptien de Rafah, une des deux portes d'accès à cette enclave avec le poste-frontière israélien d'Erez.

Après avoir fini deux années d'études universitaires en comptabilité à Gaza, Younès Al-Shaer et une dizaine de proches ont franchi en février Rafah pour se poser en Egypte avant d'atteindre la Libye, en vue de traverser la Méditerranée jusqu'en Italie et gagner la Belgique par la route.

En Libye, pays en proie au chaos, Younès et ses compagnons de route se sont fait voler argent et effets personnels, incluant leurs portables, et ont été forcés à dormir dans des lieux "indignes même pour des bêtes", lâche son frère Mohammed, 34 ans, amputé des deux jambes par un éclat d'obus lors d'une escalade militaire avec Israël en 2018.

"Un groupe mafieux en Libye a kidnappé mon frère Younès pendant deux semaines et nous avons dû payer une rançon de 1 500 dollars (pour qu'ils le libèrent). Les passeurs ont aussi trompé Younès et les autres jeunes avec lui qui n'ont trouvé ni bateau, ni abri, ni nourriture", confie-t-il.

«Cruel»

En octobre, Younès et ses proches sont finalement montés à bord d'une embarcation pneumatique pour l'Italie qui a fini par être engloutie par les eaux. Huit corps ont été découverts plus tard sur les côtes tunisiennes, mettant brutalement fin au rêve de Younès. "Tout cela n'a été que torture et humiliation", s'indigne Mohammed.

En 2015, un million de personnes avaient franchi la Méditerranée pour l'Europe avant que ce nombre ne chute à environ 95 000 en 2020 pour repartir ensuite à la hausse, selon les données du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

De Gaza, des migrants et demandeurs d'asiles ont pris la route menant à l'Egypte et la Libye pour tenter la périlleuse traversée de la Méditerranée.

Pour Samir Zaqout, directeur adjoint du Centre Al-Mezan pour les droits de l'Homme, une ONG basée à Gaza, "le chômage, la pauvreté et la frustration sont les moteurs les plus importants de la migration des jeunes" de la bande de Gaza, un territoire aux mains du mouvement islamiste Hamas, qualifié d'organisation "terroriste" par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël.

Les autorités dans la bande de Gaza n'ont pas de statistiques officielles sur le nombre de personnes ayant fui ce territoire ces dernières années. Mais selon le Centre de recherche palestinien Masarat, environ 36 000 Gazaouis ont quitté l'enclave ces cinq dernières années pour tenter de migrer.

«Ils nous mentaient»

Après des mois "d'angoisse", la mort de Younès a été un "tremblement de terre" pour sa mère, Samira.

"Je connaissais les dangers de l'émigration, mais à un moment donné j'ai cédé face à son insistance à partir. Chaque jour j'attendais les nouvelles de sa mort", souffle-t-elle, entourée de proches et embrassant la photo de Younès dans le foyer familial de Rafah, ville à la pointe sud de la bande de Gaza. "Le manque de travail et la pauvreté ont poussé Younès à partir", dit-elle.

Parfois, lorsqu'il avait encore son portable, Younès appelait Samira. "Il me disait: 'ne t'inquiète pas, inch'allah, nous arriverons (en Belgique)'". "Et puis, comme nous avons des parents de Gaza qui sont arrivés en Belgique avant lui et qui y travaillent (...) cela me rassurait".

Au total, le périple de Younès a coûté quelque 9 000 dollars, dont 6 000 pour les passeurs, estime son frère Mohammed. Lorsqu'il a perdu toute trace de Younès, Mohammed a contacté les passeurs sur Facebook qui "me disaient que tout allait bien (...) mais me mentaient".

Alors il a joint des militants tunisiens spécialisés dans les questions migratoires. Il ont "trouvé son passeport enveloppé dans du nylon parmi les cadavres rejetés sur les côtes", soupire Mohammed. "Younès voulait seulement assurer son avenir. Il rêvait de posséder une maison et une moto et d'ouvrir une entreprise".


Echange de 86 détenus entre Damas et des factions druzes à Soueïda

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
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  • Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile
  • Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas"

SYRIE: Le gouvernement syrien et des factions druzes de la province méridionale de Soueïda ont procédé jeudi à un échange de 86 détenus, a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Ces hommes étaient détenus depuis les violences meurtrières survenues à l'été 2025 dans ce bastion des druzes, une minorité arabophone professant une foi issue d'un islam hétérodoxe.

Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile.

Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas".

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange.

A un point de contrôle de la localité d'Al-Mtouna, dans le nord de la province et sous contrôle gouvernemental, une équipe de l'AFP a vu deux bus transportant des détenus en provenance de la prison d'Adra, près de Damas.

Escortés par les forces syriennes et le CICR, ils ont pris la route de Soueïda, accompagnés d'une ambulance et d'un véhicule de la Croix-Rouge.

Peu après, un bus transportant des membres des forces de sécurité et de l'armée détenus par la Garde nationale - faction armée druze de Soueïda - est arrivé.

Le chef du CICR en Syrie, Stephan Sakalian, a dit espérer que l'opération ouvre la voie à d'autres libérations et à un dialogue sur le sort des personnes portées disparues depuis les violences de juillet.

Des affrontements avaient alors opposé combattants druzes et bédouins sunnites avant l'intervention des forces de sécurité et de tribus venues d'autres régions pour prêter main forte aux bédouins.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ces violences ont fait plus de 2.000 morts, dont 789 civils druzes. Elles ont été marquées par des exactions et des exécutions sommaires visant cette minorité, d'après des témoignages de survivants et des ONG.

Après la fin de l'échange, Tarek al-Maghoush, chargé du dossier au sein de la Garde nationale, a parlé de négociations indirectes "difficiles".

Le porte-parole de la Garde nationale, Talal Amer, a déclaré à l'AFP que les négociations s'étaient déroulées via les Etats-Unis et "sous la supervision" d'Israël, pays qu'il a remercié pour son "soutien total" lors des violences.

En 2025, Israël, où vivent plus de 150.000 druzes, était intervenu en Syrie en bombardant les forces gouvernementales au nom de la défense de la communauté druze dans le pays voisin.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 20 juillet, mais la situation demeure tendue et l'accès à Soueïda difficile.

Des habitants accusent le gouvernement d'imposer un siège aux zones hors de son contrôle, qui accueillent des dizaines de milliers de déplacés, ce que dément Damas. Plusieurs convois d'aide ont toutefois pu entrer depuis.


Israël vise à imposer «un changement démographique permanent» en Cisjordanie et à Gaza, selon l'ONU

Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
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  • "Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève
  • Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens

GENEVE: Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk.

"Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève.

Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens.

"Les forces de sécurité israéliennes continuent à faire un usage non nécessaire et disproportionné de la force" en Cisjordanie, a ajouté M. Türk.

Les violences ont flambé en Cisjordanie occupée depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

M. Türk a indiqué que, selon des chiffres vérifiés par son bureau, 1.020 Palestiniens avaient été tués depuis cette date "par les forces de sécurité israéliennes" en Cisjordanie.

Pendant la même période, 45 Israéliens, y compris des soldats, ont été tués lors d'attaques palestiniennes, selon les chiffres officiels israéliens.

Le gouvernement israélien a annoncé depuis le début février une série de mesures visant à renforcer son contrôle sur la Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, en facilitant notamment l'achat de terre par des Israéliens.

Ces mesures ont suscité de nombreuses condamnations à l'international. Une haute responsable de l'ONU a estimé qu'elles équivalaient à une "annexion progressive de facto".

Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme a par ailleurs souligné que depuis le début du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, le 10 octobre 2025, "des attaques israéliennes ont tué plus de 600 Palestiniens et en ont blessé plus de 1.600, selon le ministère palestinien de la Santé" de ce territoire.

"N'importe où ailleurs, cela serait considéré comme une crise majeure", a-t-il affirmé.

La quasi-totalité des plus de deux millions d'habitants de Gaza ont été déplacés au moins une fois depuis le début de la guerre, qui a réduit en ruines une grande partie du territoire.

"L'intensification des attaques, la destruction méthodique de quartiers entiers, (...) le refus d'apporter une aide humanitaire (...) conjugués aux transferts forcés qui semblent viser à un déplacement permanent, suscitent des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique à Gaza et en Cisjordanie", avait écrit le Haut-Commissariat dans un rapport la semaine dernière.


L'armée israélienne annonce avoir frappé huit bases militaires du Hezbollah dans l'est du Liban

L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé huit bases militaires du Hezbollah dans l'est du Liban, affirmant que de nombreuses armes, "dont des armes à feu et des roquettes" y étaient stockées. (AFP)
L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé huit bases militaires du Hezbollah dans l'est du Liban, affirmant que de nombreuses armes, "dont des armes à feu et des roquettes" y étaient stockées. (AFP)
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  • Selon l'armée israélienne, les infrastructures visées appartenaient à la Force al-Radwan, l'unité d'élite du mouvement libanais soutenu par l'Iran
  • Le ministère libanais de la Santé a fait état de son côté d'un mort, un adolecent, et d'un blessé dans une frappe israélienne dans l'est du pays

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé huit bases militaires du Hezbollah dans l'est du Liban, affirmant que de nombreuses armes, "dont des armes à feu et des roquettes" y étaient stockées.

Le ministère libanais de la Santé a fait état de son côté d'un mort, un adolecent, et d'un blessé dans une frappe israélienne dans l'est du pays.

Selon l'armée israélienne, les infrastructures visées appartenaient à la Force al-Radwan, l'unité d'élite du mouvement libanais soutenu par l'Iran.

L'armée a déclaré dans un communiqué avoir frappé "huit complexes militaires appartenant à la Force al-Radwan du Hezbollah dans la région de Baalbek. Dans ces complexes, de nombreuses armes étaient stockées, notamment des armes à feu et des roquettes appartenant au Hezbollah".

Ces complexes "étaient utilisés par la Force al-Radwan pour s'entraîner et se préparer à une confrontation en situation d'état d'urgence, ainsi que pour planifier et mener des attaques terroristes contre les troupes de Tsahal et des civils israéliens", a ajouté l'armée.

"Les activités des terroristes dans ces complexes ainsi que les tentatives du Hezbollah de se réarmer, constituent une violation des dispositions du cessez-le-feu entre Israël et le Liban et représentent une menace pour l'Etat d'Israël", affirme le communiqué.

Le ministère libanais de la Santé a déclaré dans un communiqué que "des frappes aériennes de l'ennemi israélien sur la Bekaa ce soir ont entraîné, selon un bilan préliminaire, la mort d'un adolescent syrien de 16 ans et fait un blessé".

L'agence de presse officielle libanaise ANI a fait état d'une série de frappes visant la région de l'ouest de Baalbek ainsi que des zones montagneuses autour des localités de Boudai, Chmistar et Harbata, dans l'est du pays. Elle a indiqué qu'un adolescent avait été tué.

Ces frappes surviennent dans un contexte de tensions entre l'Iran et les Etats-Unis, allié d'Israël, qui ont déployé d'importantes forces militaires au Moyen-Orient et menacé d'attaquer l'Iran en cas d'échec des négociations entre les deux pays.

Les bombardements israéliens sont réguliers au Liban, malgré un cessez-le-feu ayant mis fin en novembre 2024 à la guerre entre Israël et le Hezbollah. L'armée israélienne dit y viser le Hezbollah, qu'elle accuse de se réarmer.