L'Iran prononce trois nouvelles condamnations à mort, vive indignation internationale

L'Iran est secoué par des manifestations depuis la mort de Mahsa Amini, 22 ans, le 16 septembre, trois jours après son arrestation.(AFP)
L'Iran est secoué par des manifestations depuis la mort de Mahsa Amini, 22 ans, le 16 septembre, trois jours après son arrestation.(AFP)
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Publié le Mardi 10 janvier 2023

L'Iran prononce trois nouvelles condamnations à mort, vive indignation internationale

  • Les trois manifestants condamnés, tout comme les deux hommes exécutés samedi, ont été arrêtés dans le cadre du mouvement de contestation déclenché en Iran
  • Les autorités iraniennes qualifient généralement ces protestations d'«émeutes» et assurent qu'elles sont encouragées par des pays hostiles à l'Iran

TÉHÉRAN: La justice iranienne a annoncé lundi trois nouvelles condamnations à mort, 48 heures après l'exécution de deux manifestants, provoquant une nouvelle forte vague d'indignation internationale.

Les trois manifestants condamnés, tout comme les deux hommes exécutés samedi, ont été arrêtés dans le contexte des manifestations déclenchées à la mi-septembre par la mort de Mahsa Amini, 22 ans, détenue pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique.

Téhéran qualifie ces protestations d'"émeutes", et affirme qu'elles sont encouragées par des pays et organisations hostiles à l'Iran. Selon Téhéran, des centaines de personnes – dont des membres des forces de sécurité – ont été tuées et des milliers de manifestants arrêtés.

Selon Mizan Online, l'organe du pouvoir judiciaire, Saleh Mirhashemi, Majid Kazemi et Saïd Yaghoubi, accusés d'être impliqués dans la mort de trois membres des forces de l'ordre lors de manifestations dans la province d'Ispahan le 16 novembre 2022, ont été condamnés à mort en première instance.

Ils ont été reconnus coupables de "moharebeh (guerre contre Dieu en persan)", a précisé l'agence.

«Voler la vie»

Samedi, l'Iran avait annoncé l'exécution de deux hommes reconnus coupables d'avoir tué un paramilitaire lors des manifestations, suscitant une forte réprobation dans le monde.

Les Etats-Unis ont fustigé lundi les nouvelles condamnations à mort ainsi que la double exécution de samedi.

"Nous condamnons l'exécution de Mohammad Mehdi Karami et (Seyed) Mohammad Hosseini, ainsi que les exécutions supplémentaires annoncées aujourd'hui", a tweeté Jake Sullivan, le conseiller de la Maison Blanche à la sécurité nationale, appelant à l'"arrêt immédiat" de ces violations des droits humains.

Il avait au préalable jugé "odieux" de "voler la vie de personnes qui manifestent pacifiquement".

Dénonçant la "répression brutale des courageuses voix iraniennes", le gouvernement canadien a annoncé lundi une nouvelle salve de sanctions contre des organisations et responsables iraniens accusés d'être complices du régime.

De son côté, le chef de la diplomatie britannique, James Cleverly, a annoncé avoir "convoqué" lundi le chargé d'affaires iranien pour condamner "dans les termes les plus fermes les exécutions odieuses ce week-end". "Le régime iranien doit mettre fin à sa répression brutale et commencer à écouter les préoccupations de son peuple".

Le Quai d'Orsay a annoncé pour sa part qu'il allait convoquer lundi le chargé d'affaires iranien "pour lui signifier" sa "plus ferme condamnation" des exécutions et de la répression.

La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a annoncé lundi avoir convoqué "de nouveau" l'ambassadeur iranien à Berlin pour protester contre ces exécutions, qui "ne resteront pas sans conséquence".

Le ministère norvégien des Affaires étrangères a aussi convoqué l'ambassadeur d'Iran à Oslo, avant de "condamner fermement" ces actes.

L'Autriche a également convoqué l'ambassadeur d'Iran, son ministre des Affaires étrangères, Alexander Schallenberg, condamnant "fermement" ces exécutions et affirmant sur Twitter que son pays "rejette la peine de mort en toutes circonstances."

Un haut diplomate de l'UE, Stefano Sannino, a appelé pour sa part Téhéran à cesser "immédiatement d'imposer et d'exécuter des peines de mort contre des manifestants", appelant à "annuler sans délai les récentes condamnations à mort".

Le Danemark, la Belgique et les Pays-Bas avaient également annoncé convoquer les ambassadeurs d'Iran en réaction à la mort par pendaison des deux hommes, âgés de 22 et 39 ans selon des ONG.

Le pape François a appelé à l'abolition de la peine capitale en Iran et dans le reste du monde, une sentence qui ne "fait qu'alimenter la soif de vengeance".

«Trahison»

Ces nouvelles peines de mort portent à 17 le nombre de personnes condamnées à la peine capitale en lien avec la contestation en Iran, selon un décompte établi par l'AFP à partir d'annonces officielles.

Parmi elles, quatre ont été exécutées et deux ont vu leur peine confirmée par la Cour suprême. Les autres attendent de nouveaux procès ou peuvent faire appel.

Au moins 109 manifestants actuellement en détention font face à des accusations passibles de la peine de mort, a indiqué lundi Iran Human Rights (IHR), basé à Oslo.

Dans un tweet, le Haut-commissariat de l'ONU pour les droits de l'Homme a appelé Téhéran à cesser immédiatement "toutes les exécutions".

Selon Amnesty International, l'Iran est le pays qui exécute le plus, hormis la Chine.

Pour le guide suprême d'Iran Ali Khamenei, "les institutions responsables traitent la trahison avec sérieux et de manière juste".

Détenue à Téhéran depuis fin septembre, la fille de l'ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani, a été condamnée à cinq ans d'emprisonnement pour incitation à manifester, a annoncé lundi à l'AFP son avocate.


Iran: le négociateur en chef conditionne toute discussion avec les Etats-Unis aux «lignes rouges» fixées par Téhéran

L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient. (AFP)
L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • "Si l'ennemi se montre excessif" dans ses demandes, "nous avons prouvé que nous sommes prêts à riposter et que nous n'hésiterons pas à infliger une réponse cinglante", a ajouté celui qui est aussi le président du Parlement
  • L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient

TEHERAN: Le chef de l'équipe de négociation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf, a insisté vendredi sur le nécessaire respect des "lignes rouges" de l'Iran lors des futurs pourparlers avec les Etats-Unis.

"Comme nous l'avons démontré tout au long des négociations précédentes, nous restons fermes dans le respect des conditions et des lignes rouges fixées, et dans la défense des intérêts de la nation iranienne", a déclaré l'influent M. Ghalibaf, cité par l'agence Irna.

"Si l'ennemi se montre excessif" dans ses demandes, "nous avons prouvé que nous sommes prêts à riposter et que nous n'hésiterons pas à infliger une réponse cinglante", a ajouté celui qui est aussi le président du Parlement.

L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient.

Le président iranien Massoud Pezeshkian, qui a paraphé l'accord à distance avec son homologue américain Donald Trump, a publié une déclaration similaire, réaffirmant que les intérêts nationaux demeuraient la "ligne rouge" de son pays, sans plus de précisions.

Cette signature doit ouvrir la voie à des négociations plus poussées et techniques, d'une durée reconductible de 60 jours, centrées sur le programme nucléaire iranien en vue d'un accord définitif.

Mais de premiers pourparlers, prévus vendredi en Suisse, ont été annulés.

Les propos de M. Ghalibaf font suite à un communiqué du guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, faisant part de ses réserves pour le protocole d'accord qu'il a finalement autorisé.

Il prévoit notamment la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban. Mais des frappes israéliennes dans la nuit de jeudi à vendredi dans le sud du Liban ont fait 18 morts et 33 blessés, selon les autorités libanaises, Israël déplorant de son côté la perte de quatre soldats.

L'accord a par ailleurs permis la levée du blocus naval américain imposé depuis deux mois aux ports iraniens et la réouverture par Téhéran du détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour les hydrocarbures.

En Iran, le texte suscite l'opposition de certains conservateurs, hostiles à des concessions, notamment sur le contrôle du stratégique détroit.

"Les Américains ne respectent aucun engagement, ils n'ont jamais été loyaux envers aucun accord et ils ne le seront jamais", a ainsi déclaré Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du journal ultraconservateur Kayhan, lors d'une interview jeudi accordée à la télévision d'Etat.

"Le détroit d'Ormuz est le moyen d'obtenir des compensations" lors des négociations, a-t-il estimé.


Vance lance un avertissement aux critiques de Trump en Israël

JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
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  • "Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti
  • "Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président

WASHINGTON: JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington.

"Ce que je veux dire, et cela me dérange, c'est qu'il y a des gens dans le gouvernement de Bibi (le surnom du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ndlr) qui se sont exprimés pour attaquer l'accord et qui d'une certaine manière ont attaqué le président des Etats-Unis très personnellement", a dit le vice-président américain pendant une conférence de presse.

"Mon message pour eux est double. D'abord, Donald J. Trump est le seul chef d'Etat dans le monde entier qui est compréhensif envers Israël aujourd'hui, et il se trouve être le chef d'Etat de la première puissance mondiale", a poursuivi JD Vance.

"Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti.

"Le second message que je voudrais lancer à certains de ces ministres qui attaquent le président des Etats-Unis - Bibi, et c'est tout à son honneur, n'a pas pris cette voie - c'est que ces trois derniers mois, deux tiers des armes défensives qui ont protégé votre pays ont été fabriquées par des mains américaines et payées par les contribuables américains", a ajouté JD Vance.

"Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président.


Trump veut soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès

 Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse. (AFP)
Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse. (AFP)
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  • "Je n'ai jamais pensé à l'envoyer" au Parlement, a déclaré le président américain, interrogé à ce sujet en marge du sommet du G7 à Evian
  • "Mais je vais l'envoyer au Congrès. J'aime cette idée", a-t-il dit pendant un échange avec la presse

EVIAN: Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse.

"Je n'ai jamais pensé à l'envoyer" au Parlement, a déclaré le président américain, interrogé à ce sujet en marge du sommet du G7 à Evian. "Mais je vais l'envoyer au Congrès. J'aime cette idée", a-t-il dit pendant un échange avec la presse.

Interrogé sur le texte de l'accord avec l'Iran, déjà signé électroniquement et qui fera l'objet d'une cérémonie de signature vendredi à Genève, Donald Trump a promis à nouveau de le rendre public.

"Je ne vais pas seulement le publier, je vais sûrement donner une conférence de presse et vous le lire à la virgule près pour être sûr que la presse le couvre correctement", a lancé le dirigeant républicain.

Il avait déjà indiqué vouloir attendre après la cérémonie de signature vendredi pour publier le texte.