Sur les chantiers des JO-2024, des sans-papiers si encombrants

Cette photo prise le 15 décembre 2022 montre un travailleur sans papiers du Mali tenant sa carte d'accès au chantier où il travaillait illégalement, le Centre Aquatique de Marville à proximité de La Courneuve, qui servira de base d'entraînement pour Paris 2024 Jeux olympiques, alors qu'il pose devant sa chambre dans une résidence abritant principalement des travailleurs maliens, à Aubervilliers, en banlieue nord de Paris. (Photo by Christophe ARCHAMBAULT / AFP)
Cette photo prise le 15 décembre 2022 montre un travailleur sans papiers du Mali tenant sa carte d'accès au chantier où il travaillait illégalement, le Centre Aquatique de Marville à proximité de La Courneuve, qui servira de base d'entraînement pour Paris 2024 Jeux olympiques, alors qu'il pose devant sa chambre dans une résidence abritant principalement des travailleurs maliens, à Aubervilliers, en banlieue nord de Paris. (Photo by Christophe ARCHAMBAULT / AFP)
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Publié le Vendredi 20 janvier 2023

Sur les chantiers des JO-2024, des sans-papiers si encombrants

  • Comme les autres, il ne voit pas de différence, sur le terrain, entre son chantier olympique et les précédents: «C'est toujours à 80% des immigrés qui font le boulot. On voit des Maliens, des Portugais, des Turcs. Et les Français, dans les bureaux»
  • Alors que le gouvernement veut créer un titre de séjour dans les «métiers en tension», Jean- Albert Guidou a déjà accompagné une trentaine de travailleurs des JO dans des procédures de régularisations, certaines déjà obtenues

PARIS: A première vue, rien d'inhabituel. Sur son chantier, Gaye Sarambounou devait manier le marteau-piqueur et décoffrer le béton, enchaîner les journées à rallonge payées une misère, sans contrat, sans jour de repos. En somme, poursuivre sa routine de travailleur sans-papiers.

Sauf que cette fois, il ne s'agit pas d'un chantier comme un autre: sur les sites en construction des futurs Jeux olympiques de Paris, qui doivent être la vitrine de la France en 2024, la présence de cette main d'oeuvre illégale est devenue un enjeu de crispation politique et d'exemplarité sociale.

Le 26 septembre dernier, lorsque des inspecteurs du travail font irruption dans le centre aquatique de Marville (Seine-Saint-Denis), qui servira de base d'entraînement olympique, "le patron m'a dit +tu reviens plus!+", se souvient le Malien de 41 ans, dont cinq en France.

Durant trois mois, Gaye Sarambounou, barbiche et visage rond toujours flanqué d'un bonnet aux couleurs du Mali, raconte avoir travaillé de 9H à 17H, parfois 19 ou 20H. La journée est payée 80 euros, 40 si une urgence oblige à partir plus tôt. Évidemment, "les heures supplémentaires n'étaient jamais payées".

"J'ai accepté parce que je connais ma situation. Si t'as pas de papiers, tu fais tout ce qui est difficile, toute la merde, t'as pas le choix", expose-t-il, en faisant bouillir de l'eau sur un réchaud à même le sol, dans la minuscule chambre qu'il partage avec quatre compatriotes.

«Tabou»
Gaye Sarambounou travaille sous "alias", en empruntant les papiers d'un proche.

Combien sont-ils, comme lui, sur cet ouvrage pharaonique qui transfigure la banlieue nord ? Difficile à dire, par définition.

Sur les chantiers, le "tabou" règne: "Tout le monde sait, personne n'en parle", sourit-il. Les autorités, elles, rient jaune. Car le phénomène fait tache.

"Il y a une grande hypocrisie de la part des autorités politiques", résume Bernard Thibault, qui co-préside le Comité de suivi de la charte sociale de Paris 2024. Selon l'ancien secrétaire général de la CGT, "on peut supposer qu'il y a d'autres" sans-papiers sur les chantiers et l'"évidence" voudrait qu'on les régularise.

Signe que le sujet inquiète, l'inspection du travail a créé une unité spécialisée qui a contrôlé près d'un site par jour depuis deux ans. Du jamais-vu.

Depuis le printemps dernier, le mouvement s'accélère. En juin, neuf travailleurs irréguliers sont identifiés sur un chantier dont le maître d'ouvrage n'est autre que la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques), l'établissement public chargé de la construction des sites.

Au même moment, le parquet de Bobigny ouvre une enquête préliminaire notamment pour "travail dissimulé" et "emploi d'étranger sans titre en bande organisée".

«Nébuleuse»

"On a écrit au procureur de Bobigny pour dire qu'on souhaite se joindre aux procédures contre les employeurs indélicats", a déclaré mardi le directeur général de la Solideo, Nicolas Ferrand, rappelant la "volonté d'exemplarité des chantiers olympiques".

Lorsque le sujet s'est posé pour la Solideo, "on a immédiatement pris les dispositions qui s'imposaient", en résiliant le contrat du sous-traitant incriminé mais aussi du géant du bâtiment qui y avait recours, explique Antoine du Souich, directeur de la stratégie et de l'innovation.

L'établissement public a depuis "renforcé ses procédures" et va "plus loin que ce que demande la réglementation", insiste-t-il.

Construire un système "absolument imperméable (à la fraude), on en est incapables", convient M. du Souich, qui reconnaît qu'un "certain nombre de tricheurs sont passés entre les mailles du filet". L'objectif est de "resserrer les mailles" pour repérer les "situations grossières de triche".

Cette toile du travail illégal est tissée par une "nébuleuse d'entreprises turques" sous- traitantes, observe Jean-Albert Guidou, de la CGT Seine-Saint-Denis.

Un "système qui marche à plein tube", avec des sociétés qui se placent en liquidation dès qu'elles sont inquiétées, décortique le syndicaliste.

Accidents

Alors que le gouvernement veut créer un titre de séjour dans les "métiers en tension", Jean- Albert Guidou a déjà accompagné une trentaine de travailleurs des JO dans des procédures de régularisations, certaines déjà obtenues.

"Ils occupent les postes les plus accidentogènes et ils sont surexploités", s'indigne-t-il. "Sur les chantiers, la seule variable d'ajustement, c'est le prix du travailleur. Et quand il faut mettre les bouchées doubles pour livrer, ces entreprises ne sont pas regardantes sur les conditions de travail."

D'ailleurs, sous-traitants et géants du BTP sont-ils au courant quand un ouvrier n'est pas en règle ?

Cheickna (il ne souhaite pas donner son nom) en rigole. "Bien sûr! Moi j'ai donné deux fois des papiers différents à la même entreprise, j'ai été pris", se souvient cet autre Malien de 38 ans.

Sur son téléphone, il fait défiler des photos datées du 6 mai et sur lesquelles on le voit, casque de chantier et t-shirt, sur une nacelle de la Tour Pleyel, futur hôtel de luxe des JO-2024.

Lui aussi a été évincé après un contrôle, en octobre.

"On fait ça pour la famille (restée) au Mali, qu'on fait vivre. On fait tous les sacrifices pour ce boulot", explique à son tour Moussa (il requiert l'anonymat pour des raisons de sécurité), 43 ans.

«Chantage»

"Tous ces beaux stades sont construits par des gens pauvres (...) qui sont exploités", poursuit le gaillard qui vit dans la "peur" depuis qu'il a été sorti manu militari de son chantier, en décembre, après s'être exprimé publiquement sur ses conditions de travail.

Jeux olympiques ou pas, "on te fait du chantage", raconte-t-il: lorsqu'on demande des heures supplémentaires, "c'est soit tu restes, soit tu prends tes affaires", affirme celui qui a fait du "piochage" et de la maçonnerie pendant quatre mois sur le futur village des athlètes.

En quinze ans de présence en France, Moussa a toujours travaillé, d'abord dans le nettoyage, puis la restauration, désormais le bâtiment.

Comme les autres, il ne voit pas de différence, sur le terrain, entre son chantier olympique et les précédents: "C'est toujours à 80% des immigrés qui font le boulot. On voit des Maliens, des Portugais, des Turcs. Et les Français... dans les bureaux".

Comme les autres, il demande à être régularisé, "rien de plus", ne serait-ce que pour pouvoir circuler librement sans avoir "peur d'un contrôle" d'identité.

Gaye Sarambounou ne demande pas mieux. La CGT s'apprête à déposer son dossier de régularisation. S'il l'obtient dans les dix-huit mois, ces déboires récents seront oubliés comme un vilain cauchemar, s'éclaire-t-il: "Je serais en règle pour les Jeux!"

Chantiers des JO: «Il faut régulariser» les travailleurs sans- papiers, réclame Bernard Thibault

PARIS: "Il faut régulariser ceux qui travaillent clandestinement sur les chantiers des Jeux olympiques", a demandé dans un entretien avec l'AFP Bernard Thibault, l'ancien patron de la CGT qui copréside désormais le Comité de suivi de la charte sociale de Paris-2024.

Alors que plusieurs situations de travail illicite sur des chantiers olympiques ont été mis au jour lors de contrôles, l'ex-syndicaliste, qui supervise l'établissement public chargé de la construction des sites (Solideo), dénonce l'"hypocrisie" de l'Etat sur ce dossier.

Quelle est l'ampleur du recours à des travailleurs sans-papiers sur ces chantiers ?

"Il y a une hypocrisie de la part des autorités politiques, parce qu'on sait que cette main d'oeuvre est indispensable dans beaucoup de secteurs, y compris le BTP. On s'attendait à constater ce qu'on voit déjà sur les chantiers en général et on a bien eu des recours à des travailleurs sans-papiers.

On peut supposer qu'il y en a d'autres, mais on a sur les chantiers des JO des
dispositifs d'alerte et de suivi plus développés qu'ailleurs. On a, par exemple, des permanences sur les chantiers, avec un représentant du comité de suivi présent régulièrement. Ensuite, l'inspection du travail réalise près d'un contrôle par jour sur les sites.

Surtout, on a un appui politique plus soutenu dès qu'un problème se pose, car les autorités ont conscience que les chantiers doivent être irréprochables, que le monde entier regarde la France. Le gouvernement ne veut pas de scandale autour des Jeux."

Faut-il muscler la lutte contre ce travail illicite ?

"L'enjeu, c'est d'identifier les responsables pour les cas déjà connus. Les grands groupes du bâtiment ne peuvent pas juste se poser en victimes de sous-traitants peu scrupuleux! On voit bien qu'il y a, parfois, des vrais montages réalisés pour déroger au droit social, payer moins de cotisations et, in fine, faire des économies et des gains sur la main d'oeuvre, avec l'usage de ces travailleurs qui sont exploités.

Il appartiendra à la justice, qui a ouvert une enquête préliminaire, de faire la part des choses: qui est victime, qui est l'auteur et qui est co-auteur d'une infraction. Mais il faudra aussi se poser la question de la limitation des niveaux de sous-traitance, si on veut éviter les dérives propres au BTP. Car plus il y a d'étages de sous-traitance, plus il est difficile de contrôler le secteur."

Êtes-vous favorable à la régularisation de ces ouvriers ?

"Oui, il faut régulariser ceux qui travaillent clandestinement sur les chantiers des JO. Reconnaître à des personnes qui travaillent l'égalité des droits avec les autres, ça devrait même être une évidence. Il arrive que des inspecteurs (du travail) nous saisissent pour qu'on accompagne certains dans des procédures de régularisation. On en a une vingtaine en cours.

Sur ce sujet, le rapport de force est avant tout politique et je suis satisfait que le sujet soit posé en toute transparence par le gouvernement, dont le projet de loi sur l'immigration comporte un volet sur ces travailleurs sans-papiers.

On a toutefois des interrogations sur les modalités du titre de séjour métiers en tension en préparation. On n'imagine pas qu'on puisse demander à un travailleur d'accepter un emploi dans un métier en tension en offrant un droit au séjour d'un an et que, si le besoin n'est plus présent, on lui demande de repartir. Il faut tenir compte de la dimension humaine: on n'utilise pas les personnes comme des mouchoirs."

«Tabou»
Gaye Sarambounou travaille sous "alias", en empruntant les papiers d'un proche.

Combien sont-ils, comme lui, sur cet ouvrage pharaonique qui transfigure la banlieue nord ? Difficile à dire, par définition.

Sur les chantiers, le "tabou" règne: "Tout le monde sait, personne n'en parle", sourit-il. Les autorités, elles, rient jaune. Car le phénomène fait tache.

"Il y a une grande hypocrisie de la part des autorités politiques", résume Bernard Thibault, qui co-préside le Comité de suivi de la charte sociale de Paris 2024. Selon l'ancien secrétaire général de la CGT, "on peut supposer qu'il y a d'autres" sans-papiers sur les chantiers et l'"évidence" voudrait qu'on les régularise.

Signe que le sujet inquiète, l'inspection du travail a créé une unité spécialisée qui a contrôlé près d'un site par jour depuis deux ans. Du jamais-vu.

Depuis le printemps dernier, le mouvement s'accélère. En juin, neuf travailleurs irréguliers sont identifiés sur un chantier dont le maître d'ouvrage n'est autre que la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques), l'établissement public chargé de la construction des sites.

Au même moment, le parquet de Bobigny ouvre une enquête préliminaire notamment pour "travail dissimulé" et "emploi d'étranger sans titre en bande organisée".

«Nébuleuse»

"On a écrit au procureur de Bobigny pour dire qu'on souhaite se joindre aux procédures contre les employeurs indélicats", a déclaré mardi le directeur général de la Solideo, Nicolas Ferrand, rappelant la "volonté d'exemplarité des chantiers olympiques".

Lorsque le sujet s'est posé pour la Solideo, "on a immédiatement pris les dispositions qui s'imposaient", en résiliant le contrat du sous-traitant incriminé mais aussi du géant du bâtiment qui y avait recours, explique Antoine du Souich, directeur de la stratégie et de l'innovation.

L'établissement public a depuis "renforcé ses procédures" et va "plus loin que ce que demande la réglementation", insiste-t-il.

Construire un système "absolument imperméable (à la fraude), on en est incapables", convient M. du Souich, qui reconnaît qu'un "certain nombre de tricheurs sont passés entre les mailles du filet". L'objectif est de "resserrer les mailles" pour repérer les "situations grossières de triche".

Cette toile du travail illégal est tissée par une "nébuleuse d'entreprises turques" sous- traitantes, observe Jean-Albert Guidou, de la CGT Seine-Saint-Denis.

Un "système qui marche à plein tube", avec des sociétés qui se placent en liquidation dès qu'elles sont inquiétées, décortique le syndicaliste.

Accidents

Alors que le gouvernement veut créer un titre de séjour dans les "métiers en tension", Jean- Albert Guidou a déjà accompagné une trentaine de travailleurs des JO dans des procédures de régularisations, certaines déjà obtenues.

"Ils occupent les postes les plus accidentogènes et ils sont surexploités", s'indigne-t-il. "Sur les chantiers, la seule variable d'ajustement, c'est le prix du travailleur. Et quand il faut mettre les bouchées doubles pour livrer, ces entreprises ne sont pas regardantes sur les conditions de travail."

D'ailleurs, sous-traitants et géants du BTP sont-ils au courant quand un ouvrier n'est pas en règle ?

Cheickna (il ne souhaite pas donner son nom) en rigole. "Bien sûr! Moi j'ai donné deux fois des papiers différents à la même entreprise, j'ai été pris", se souvient cet autre Malien de 38 ans.

Sur son téléphone, il fait défiler des photos datées du 6 mai et sur lesquelles on le voit, casque de chantier et t-shirt, sur une nacelle de la Tour Pleyel, futur hôtel de luxe des JO-2024.

Lui aussi a été évincé après un contrôle, en octobre.

"On fait ça pour la famille (restée) au Mali, qu'on fait vivre. On fait tous les sacrifices pour ce boulot", explique à son tour Moussa (il requiert l'anonymat pour des raisons de sécurité), 43 ans.

«Chantage»

"Tous ces beaux stades sont construits par des gens pauvres (...) qui sont exploités", poursuit le gaillard qui vit dans la "peur" depuis qu'il a été sorti manu militari de son chantier, en décembre, après s'être exprimé publiquement sur ses conditions de travail.

Jeux olympiques ou pas, "on te fait du chantage", raconte-t-il: lorsqu'on demande des heures supplémentaires, "c'est soit tu restes, soit tu prends tes affaires", affirme celui qui a fait du "piochage" et de la maçonnerie pendant quatre mois sur le futur village des athlètes.

En quinze ans de présence en France, Moussa a toujours travaillé, d'abord dans le nettoyage, puis la restauration, désormais le bâtiment.

Comme les autres, il ne voit pas de différence, sur le terrain, entre son chantier olympique et les précédents: "C'est toujours à 80% des immigrés qui font le boulot. On voit des Maliens, des Portugais, des Turcs. Et les Français... dans les bureaux".

Comme les autres, il demande à être régularisé, "rien de plus", ne serait-ce que pour pouvoir circuler librement sans avoir "peur d'un contrôle" d'identité.

Gaye Sarambounou ne demande pas mieux. La CGT s'apprête à déposer son dossier de régularisation. S'il l'obtient dans les dix-huit mois, ces déboires récents seront oubliés comme un vilain cauchemar, s'éclaire-t-il: "Je serais en règle pour les Jeux!"


Macron à ArcelorMittal Dunkerque pour soutenir un "investissement massif" pour la décarbonation

Le président français Emmanuel Macron attend d’accueillir le roi de Bahreïn au palais présidentiel de l’Élysée à Paris, le 6 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron attend d’accueillir le roi de Bahreïn au palais présidentiel de l’Élysée à Paris, le 6 février 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron doit annoncer à Dunkerque des investissements publics et privés pour la décarbonation d’ArcelorMittal
  • Le dossier illustre les tensions entre souveraineté industrielle, transition climatique et concurrence de l’acier chinois, sur fond de débats politiques (aides publiques, nationalisation, protection européenne)

LILLE: Emmanuel Macron doit officialiser mardi chez ArcelorMittal à Dunkerque des investissements présentés comme "massifs" dans la décarbonation du premier producteur d'acier en France, dont l'Elysée estime qu'ils participeront à assurer l'avenir de cette filière stratégique mais en difficulté.

Selon la CGT, le groupe doit confirmer la construction sur le site dunkerquois d'un four électrique. Ce type de four permet, à l'inverse des hauts fourneaux traditionnels, de produire de l'acier sans charbon, dont la combustion est très émettrice de CO2 et contribue au réchauffement de la planète.

Ces investissements sont très attendus. ArcelorMittal avait annoncé début 2024 un projet de 1,8 milliard d'euros, dont 850 millions d'euros d'aides de l'Etat, qui visait à remplacer un haut fourneau de son site de Dunkerque par deux fours électriques.

Mais face à la concurrence accrue de l'acier chinois, ce projet ne s'est pas concrétisé jusque là, alimentant la crainte que le géant sidérurgique ne renonce à la décarbonation et se désengage d'Europe.

Le projet d'origine a aujourd'hui "évolué" selon l'Elysée, précisant que sa nouvelle version bénéficiera toujours d'aides de l'Etat, qui devraient néanmoins être "moins importantes".

- "Avenir à long terme" -

La CFDT ArcelorMittal, qui a annoncé dans un communiqué "boycotter" la venue du président de la République, a dénoncé lundi une "mascarade", déplorant des investissements qui "ont deux ans de retard", et "largement inférieurs à ceux prévus initialement".

"Ça fait quatre ans qu'on nous promet des choses, quatre ans qu'on voit l'usine sombrer", a renchéri Gaëtan Lecocq de la CGT, redoutant aussi que "rien ne se concrétise".

Pour l'Elysée au contraire, ces investissements sont "le résultat des efforts de la France pour soutenir la sidérurgie française et européenne", et lui assurer un "avenir à long terme".

L'Union européenne a mis en place au 1er janvier un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières et voté des quotas d'importations qui doivent entrer en vigueur courant 2026 afin de protéger son secteur sidérurgique face à la concurrence chinoise.

ArcelorMittal, qui a annoncé jeudi un bénéfice net de plus de 3 milliards de dollars en 2025, multiplié par 2,5 sur un an, a salué à cette occasion ces mesures de Bruxelles, qui redéfinissent "structurellement les perspectives de l'industrie sidérurgique européenne".

- "Insuffisant" -

Cependant la construction d'"un four électrique d'une capacité de 1,5 million de tonnes" serait "insuffisant" pour maintenir la compétitivité d'ArcelorMittal, alors que le projet initial prévoyait "6 millions de tonnes d'acier +vert+", a déploré la CGT dans un communiqué publié dimanche.

Les sites d'ArcelorMittal à Dunkerque représentent "environ la moitié du poids de la filière sidérurgique française" en matière d'émissions de CO2 et "font partie des 50 sites industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre", souligne l'Elysée.

Le sidérurgiste a investi 500 millions d'euros pour lancer début décembre à Dunkerque trois lignes de production d'aciers fortement magnétiques destinés à la production de moteurs pour voitures électriques. Une preuve, selon le groupe, qu'il ne "se désengage pas de la France".

Cela n'a pas convaincu des élus de gauche, qui ont fait adopter à l'Assemblée nationale une proposition de loi visant à nationaliser ArcelorMittal France. Une nationalisation à plusieurs milliards d'euros, à laquelle le gouvernement et l'entreprise sont opposés et dont le sort législatif demeure très incertain.

Le texte doit être étudié au Sénat le 25 février prochain.

Emmanuel Macron entame par ce déplacement une semaine axée sur les questions d'économie, de compétitivité et de souveraineté européennes.

Le chef de l'Etat espère profiter de sa dernière année à l'Elysée pour réhabiliter son bilan économique, son entourage insistant sur le fait que le budget enfin adopté au terme d'une longue séquence parlementaire, sans être "parfait", "préserve in fine les fondamentaux de la politique de l'offre" suivie depuis neuf ans.

Le président se rendra ensuite mercredi à un sommet sur l'industrie européenne à Anvers, puis le lendemain, toujours en Belgique, à une rencontre informelle des dirigeants de l'UE.

Selon un proche, il veut à cette occasion "secouer le cocotier" pour que les Vingt-Sept accélèrent enfin leur agenda de compétitivité pour renforcer l'"indépendance" du Vieux Continent, notamment face aux Etats-Unis de Donald Trump.


Morandini se retire de l'antenne de CNews après la polémique liée à ses condamnations

Sous pression depuis trois semaines, l'animateur Jean-Marc Morandini ne sera plus à l'antenne de CNews à partir de mardi, après la polémique liée à son maintien malgré ses condamnations définitives, notamment pour corruption de mineurs. (AFP)
Sous pression depuis trois semaines, l'animateur Jean-Marc Morandini ne sera plus à l'antenne de CNews à partir de mardi, après la polémique liée à son maintien malgré ses condamnations définitives, notamment pour corruption de mineurs. (AFP)
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  • La direction de CNews a pris acte de ce retrait immédiat proposé par l'animateur. Sa durée n'est toutefois pas précisée
  • M. Morandini entend par là aider à "rétablir le calme nécessaire au travail de la rédaction", a-t-il indiqué sur le réseau social X

PARIS: Sous pression depuis trois semaines, l'animateur Jean-Marc Morandini ne sera plus à l'antenne de CNews à partir de mardi, après la polémique liée à son maintien malgré ses condamnations définitives, notamment pour corruption de mineurs.

La direction de CNews a pris acte de ce retrait immédiat proposé par l'animateur. Sa durée n'est toutefois pas précisée.

M. Morandini entend par là aider à "rétablir le calme nécessaire au travail de la rédaction", a-t-il indiqué sur le réseau social X.

"Je regrette profondément de devoir prendre cette décision mais je pense qu'elle est indispensable pour retrouver le calme et la sérénité", insiste cette figure médiatique dans ce court message.

Première chaîne d'info de France en parts d'audience, CNews (groupe Canal+) est dans la tourmente depuis une première condamnation définitive de Jean-Marc Morandini le 14 janvier et la décision de sa direction de le maintenir à l'antenne.

Sonia Mabrouk, une des vedettes de la chaîne, a présenté vendredi sa démission. Elle avait été la première à prendre ses distances avec ce maintien.

Depuis ses premiers propos, la journaliste a constaté une "altération certaine et effective de (s)a relation avec une partie de la direction de CNews", a-t-elle expliqué dans un communiqué à l'AFP.

Dans une scène inédite, son invité lundi matin, l'eurodéputé François-Xavier Bellamy (LR), a lancé à l'adresse de Jean-Marc Morandini: "Partez, démissionnez!". L'émission était réalisée en direct dans les studios d'Europe 1 et diffusée simultanément sur CNews, deux médias dans la sphère du milliardaire Vincent Bolloré.

Peu après, l'intéressé avait piloté comme habituellement son programme de 10H30 à 12H00, pour un 1.803e numéro du "Morandini Live".

CNews doit maintenant trouver des remplaçants pour l'ensemble de la tranche 10H30-14H00, puisque Sonia Mabrouk enchaînait avec son programme "Midi News".

Pour les prochaines semaines, "L'heure des pros" de Pascal Praud à partir de 09H00 sera prolongée jusqu'à 11H00. Puis de 11H00 à 12H00, le journaliste politique Thomas Bonnet présentera "60 minutes info", a indiqué la chaîne.

Boycott 

La situation était devenue difficilement tenable pour M. Morandini, 60 ans.

De nombreux responsables politiques avaient critiqué son maintien, et boycottaient son émission de débats quotidienne.

De plus, Vincent Bolloré doit être convoqué fin février par la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public et être interrogé sur le cas de Jean-Marc Morandini.

Son maintien, malgré ses condamnations, avait suscité de vifs débats au sein même de CNews. Après Sonia Mabrouk, les autres présentateurs stars Pascal Praud et Laurence Ferrari avaient également pris leurs distances.

Il y a une semaine, Philippe de Villiers, qui anime également une émission, ainsi que le Journal du Dimanche, autre média de la sphère Bolloré, avaient déjà marqué leur désapprobation.

En interne, certains réclament son départ définitif. Le syndicat +Libres de Canal+ a ainsi demandé en janvier "le départ sans indemnité de Jean-Marc Morandini", comme la direction de la chaîne alors appelée iTélé s'y était engagée en 2016 en cas de condamnation.

C'était il y a dix ans: en octobre-novembre 2016, son cas avait été le catalyseur d'une crise ouverte à iTELE, l'ancêtre de CNews, dont M. Bolloré avait pris le contrôle auparavant.

Pendant un mois, la rédaction avait fait grève pour protester contre l'arrivée de M. Morandini à l'antenne. Il venait d'être mis en examen pour "corruption de mineurs" et avait été écarté d'Europe 1.

Le mouvement de grève s'était soldé par le départ de près d'un tiers des journalistes d'iTélé.

Le 14 janvier, la Cour de cassation a rendu définitive la condamnation de M. Morandini pour corruption de mineurs, pour des messages de nature sexuelle envoyés à trois adolescents de 2009 à 2016. Pour ces faits, il a été condamné à deux ans de prison avec sursis. Il a une interdiction définitive d'exercer une profession en contact avec des mineurs.

En outre, l'animateur a renoncé le 22 janvier à contester une condamnation pour harcèlement sexuel dans un autre dossier, ce qui la rend définitive.

Dans ce dossier, il a été condamné en appel en janvier 2025 à 18 mois de prison avec sursis, reconnu coupable d'avoir "usé de pressions pour obtenir un acte sexuel" de la part d'un jeune comédien.


François Villeroy de Galhau écourte son mandat de gouverneur de la Banque de France

C'est une surprise pour le monde économique comme pour les agents de la Banque de France: le gouverneur François Villeroy de Galhau a annoncé lundi qu'il quitterait ses fonctions au début du mois de juin, avant le terme de son mandat prévu fin 2027. (AFP)
C'est une surprise pour le monde économique comme pour les agents de la Banque de France: le gouverneur François Villeroy de Galhau a annoncé lundi qu'il quitterait ses fonctions au début du mois de juin, avant le terme de son mandat prévu fin 2027. (AFP)
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  • La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde a salué dans un communiqué le "réalisme" de M. Villeroy de Galhau, "associé à de solides convictions européennes"
  • Le patron de la banque centrale allemande Joachim Nagel a lui loué "un banquier central d'exception", qui a contribué "à la stabilité et à l'évolution du système financier", et été "un pont vivant entre la France et l'Allemagne"

PARIS: C'est une surprise pour le monde économique comme pour les agents de la Banque de France: le gouverneur François Villeroy de Galhau a annoncé lundi qu'il quitterait ses fonctions au début du mois de juin, avant le terme de son mandat prévu fin 2027.

"Mes près de onze années à la tête de la Banque de France et au service de l'euro sont et resteront l'honneur de mon parcours public", a-t-il déclaré dans un communiqué de la banque centrale française.

Outre ses prérogatives en matière de politique monétaire, la Banque de France est un acteur économique clé, présent partout en France, pour des missions aussi diverses que la lutte contre le surendettement, la fixation du taux du Livret A ou la fabrication des billets.

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde a salué dans un communiqué le "réalisme" de M. Villeroy de Galhau, "associé à de solides convictions européennes".

Le patron de la banque centrale allemande Joachim Nagel a lui loué "un banquier central d'exception", qui a contribué "à la stabilité et à l'évolution du système financier", et été "un pont vivant entre la France et l'Allemagne".

Dans une lettre adressée aux agents de l'institution, le gouverneur démissionnaire fait part d'une décision prise "en toute indépendance personnelle", partagée il y a quelques jours avec le président Emmanuel Macron, le gouvernement et la présidente de la Banque centrale européenne (BCE).

"Le délai d'ici début juin est suffisant pour organiser paisiblement ma succession", assure le gouverneur, ex-banquier de BNP Paribas, arrivé à la tête de la Banque de France en novembre 2015.

Il avait été reconduit en 2021 pour six ans.

Profonde transformation 

En un peu plus de dix ans, le gouverneur, polytechnicien et énarque de 66 ans, a navigué à la barre de la banque centrale française sur une mer économique agitée, marquée par le premier mandat de Donald Trump, la crise du Covid-19 et la guerre en Ukraine.

Aujourd'hui, estime-t-il dans une interview aux Echos lundi soir, "nous sommes dans une bonne position d'un point de vue monétaire". Mais il juge "les risques à la baisse sur l'évolution des prix désormais un peu plus forts que les risques à la hausse", défendant ainsi "plus que jamais un pragmatisme agile en matière de taux".

Tout en prônant la maîtrise des dépenses publiques, M. Villeroy de Galhau a en parallèle mené une vaste réorganisation de la Banque de France, réduisant ses effectifs de près de 30% --son "principal bilan", a raillé la CGT dans une déclaration envoyée à l'AFP--, et lancé le chantier d'une nouvelle imprimerie pour les billets de banque.

"Nous avons transformé cette grande institution publique", s'est félicité le gouverneur. "J'ai avec vous, grâce à vous, la fierté de ce qui a été accompli depuis 2015, même si j'en mesure bien sûr des limites", a-t-il reconnu.

Le ministre de l'Economie Roland Lescure a salué dans un communiqué "l'engagement et le sens du service" de François Villeroy de Galhau, son action "toujours guidée par la rigueur, l'indépendance et le souci de l'intérêt général".

Bal des prétendants 

Ce départ anticipé redonne la main à Emmanuel Macron pour nommer avant la fin de son mandat présidentiel un gouverneur qui pourra être en poste sur toute la durée du mandat du prochain président de la République, jusqu'en juin 2032.

Pour cette succession circulent les noms de la seconde sous-gouverneure de la Banque de France Agnès Bénassy-Quéré, de l'ancienne secrétaire d'Etat Laurence Boone, aujourd'hui à la tête de la branche française de la banque espagnole Santander, et du président de l'Autorité de la concurrence Benoît Cœuré. Une source évoque également le secrétaire général de l'Elysée Emmanuel Moulin.

François Villeroy de Galhau, Strasbourgeois de naissance, issu d'une riche famille industrielle (Villeroy et Boch) de l'Est de la France, présidera désormais bénévolement la Fondation Apprentis d'Auteuil, engagée dans la protection de l'enfance, succédant à Jean-Marc Sauvé.

"J'ai répondu à un appel, dans tous les sens du terme", explique-t-il aux Echos.

"Cette présidence marquera pour moi une étape nouvelle, à la fois exigeante et profondément humaine", a déclaré M. Villeroy de Galhau dans un communiqué de la fondation.