Sur les chantiers des JO-2024, des sans-papiers si encombrants

Cette photo prise le 15 décembre 2022 montre un travailleur sans papiers du Mali tenant sa carte d'accès au chantier où il travaillait illégalement, le Centre Aquatique de Marville à proximité de La Courneuve, qui servira de base d'entraînement pour Paris 2024 Jeux olympiques, alors qu'il pose devant sa chambre dans une résidence abritant principalement des travailleurs maliens, à Aubervilliers, en banlieue nord de Paris. (Photo by Christophe ARCHAMBAULT / AFP)
Cette photo prise le 15 décembre 2022 montre un travailleur sans papiers du Mali tenant sa carte d'accès au chantier où il travaillait illégalement, le Centre Aquatique de Marville à proximité de La Courneuve, qui servira de base d'entraînement pour Paris 2024 Jeux olympiques, alors qu'il pose devant sa chambre dans une résidence abritant principalement des travailleurs maliens, à Aubervilliers, en banlieue nord de Paris. (Photo by Christophe ARCHAMBAULT / AFP)
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Publié le Vendredi 20 janvier 2023

Sur les chantiers des JO-2024, des sans-papiers si encombrants

  • Comme les autres, il ne voit pas de différence, sur le terrain, entre son chantier olympique et les précédents: «C'est toujours à 80% des immigrés qui font le boulot. On voit des Maliens, des Portugais, des Turcs. Et les Français, dans les bureaux»
  • Alors que le gouvernement veut créer un titre de séjour dans les «métiers en tension», Jean- Albert Guidou a déjà accompagné une trentaine de travailleurs des JO dans des procédures de régularisations, certaines déjà obtenues

PARIS: A première vue, rien d'inhabituel. Sur son chantier, Gaye Sarambounou devait manier le marteau-piqueur et décoffrer le béton, enchaîner les journées à rallonge payées une misère, sans contrat, sans jour de repos. En somme, poursuivre sa routine de travailleur sans-papiers.

Sauf que cette fois, il ne s'agit pas d'un chantier comme un autre: sur les sites en construction des futurs Jeux olympiques de Paris, qui doivent être la vitrine de la France en 2024, la présence de cette main d'oeuvre illégale est devenue un enjeu de crispation politique et d'exemplarité sociale.

Le 26 septembre dernier, lorsque des inspecteurs du travail font irruption dans le centre aquatique de Marville (Seine-Saint-Denis), qui servira de base d'entraînement olympique, "le patron m'a dit +tu reviens plus!+", se souvient le Malien de 41 ans, dont cinq en France.

Durant trois mois, Gaye Sarambounou, barbiche et visage rond toujours flanqué d'un bonnet aux couleurs du Mali, raconte avoir travaillé de 9H à 17H, parfois 19 ou 20H. La journée est payée 80 euros, 40 si une urgence oblige à partir plus tôt. Évidemment, "les heures supplémentaires n'étaient jamais payées".

"J'ai accepté parce que je connais ma situation. Si t'as pas de papiers, tu fais tout ce qui est difficile, toute la merde, t'as pas le choix", expose-t-il, en faisant bouillir de l'eau sur un réchaud à même le sol, dans la minuscule chambre qu'il partage avec quatre compatriotes.

«Tabou»
Gaye Sarambounou travaille sous "alias", en empruntant les papiers d'un proche.

Combien sont-ils, comme lui, sur cet ouvrage pharaonique qui transfigure la banlieue nord ? Difficile à dire, par définition.

Sur les chantiers, le "tabou" règne: "Tout le monde sait, personne n'en parle", sourit-il. Les autorités, elles, rient jaune. Car le phénomène fait tache.

"Il y a une grande hypocrisie de la part des autorités politiques", résume Bernard Thibault, qui co-préside le Comité de suivi de la charte sociale de Paris 2024. Selon l'ancien secrétaire général de la CGT, "on peut supposer qu'il y a d'autres" sans-papiers sur les chantiers et l'"évidence" voudrait qu'on les régularise.

Signe que le sujet inquiète, l'inspection du travail a créé une unité spécialisée qui a contrôlé près d'un site par jour depuis deux ans. Du jamais-vu.

Depuis le printemps dernier, le mouvement s'accélère. En juin, neuf travailleurs irréguliers sont identifiés sur un chantier dont le maître d'ouvrage n'est autre que la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques), l'établissement public chargé de la construction des sites.

Au même moment, le parquet de Bobigny ouvre une enquête préliminaire notamment pour "travail dissimulé" et "emploi d'étranger sans titre en bande organisée".

«Nébuleuse»

"On a écrit au procureur de Bobigny pour dire qu'on souhaite se joindre aux procédures contre les employeurs indélicats", a déclaré mardi le directeur général de la Solideo, Nicolas Ferrand, rappelant la "volonté d'exemplarité des chantiers olympiques".

Lorsque le sujet s'est posé pour la Solideo, "on a immédiatement pris les dispositions qui s'imposaient", en résiliant le contrat du sous-traitant incriminé mais aussi du géant du bâtiment qui y avait recours, explique Antoine du Souich, directeur de la stratégie et de l'innovation.

L'établissement public a depuis "renforcé ses procédures" et va "plus loin que ce que demande la réglementation", insiste-t-il.

Construire un système "absolument imperméable (à la fraude), on en est incapables", convient M. du Souich, qui reconnaît qu'un "certain nombre de tricheurs sont passés entre les mailles du filet". L'objectif est de "resserrer les mailles" pour repérer les "situations grossières de triche".

Cette toile du travail illégal est tissée par une "nébuleuse d'entreprises turques" sous- traitantes, observe Jean-Albert Guidou, de la CGT Seine-Saint-Denis.

Un "système qui marche à plein tube", avec des sociétés qui se placent en liquidation dès qu'elles sont inquiétées, décortique le syndicaliste.

Accidents

Alors que le gouvernement veut créer un titre de séjour dans les "métiers en tension", Jean- Albert Guidou a déjà accompagné une trentaine de travailleurs des JO dans des procédures de régularisations, certaines déjà obtenues.

"Ils occupent les postes les plus accidentogènes et ils sont surexploités", s'indigne-t-il. "Sur les chantiers, la seule variable d'ajustement, c'est le prix du travailleur. Et quand il faut mettre les bouchées doubles pour livrer, ces entreprises ne sont pas regardantes sur les conditions de travail."

D'ailleurs, sous-traitants et géants du BTP sont-ils au courant quand un ouvrier n'est pas en règle ?

Cheickna (il ne souhaite pas donner son nom) en rigole. "Bien sûr! Moi j'ai donné deux fois des papiers différents à la même entreprise, j'ai été pris", se souvient cet autre Malien de 38 ans.

Sur son téléphone, il fait défiler des photos datées du 6 mai et sur lesquelles on le voit, casque de chantier et t-shirt, sur une nacelle de la Tour Pleyel, futur hôtel de luxe des JO-2024.

Lui aussi a été évincé après un contrôle, en octobre.

"On fait ça pour la famille (restée) au Mali, qu'on fait vivre. On fait tous les sacrifices pour ce boulot", explique à son tour Moussa (il requiert l'anonymat pour des raisons de sécurité), 43 ans.

«Chantage»

"Tous ces beaux stades sont construits par des gens pauvres (...) qui sont exploités", poursuit le gaillard qui vit dans la "peur" depuis qu'il a été sorti manu militari de son chantier, en décembre, après s'être exprimé publiquement sur ses conditions de travail.

Jeux olympiques ou pas, "on te fait du chantage", raconte-t-il: lorsqu'on demande des heures supplémentaires, "c'est soit tu restes, soit tu prends tes affaires", affirme celui qui a fait du "piochage" et de la maçonnerie pendant quatre mois sur le futur village des athlètes.

En quinze ans de présence en France, Moussa a toujours travaillé, d'abord dans le nettoyage, puis la restauration, désormais le bâtiment.

Comme les autres, il ne voit pas de différence, sur le terrain, entre son chantier olympique et les précédents: "C'est toujours à 80% des immigrés qui font le boulot. On voit des Maliens, des Portugais, des Turcs. Et les Français... dans les bureaux".

Comme les autres, il demande à être régularisé, "rien de plus", ne serait-ce que pour pouvoir circuler librement sans avoir "peur d'un contrôle" d'identité.

Gaye Sarambounou ne demande pas mieux. La CGT s'apprête à déposer son dossier de régularisation. S'il l'obtient dans les dix-huit mois, ces déboires récents seront oubliés comme un vilain cauchemar, s'éclaire-t-il: "Je serais en règle pour les Jeux!"

Chantiers des JO: «Il faut régulariser» les travailleurs sans- papiers, réclame Bernard Thibault

PARIS: "Il faut régulariser ceux qui travaillent clandestinement sur les chantiers des Jeux olympiques", a demandé dans un entretien avec l'AFP Bernard Thibault, l'ancien patron de la CGT qui copréside désormais le Comité de suivi de la charte sociale de Paris-2024.

Alors que plusieurs situations de travail illicite sur des chantiers olympiques ont été mis au jour lors de contrôles, l'ex-syndicaliste, qui supervise l'établissement public chargé de la construction des sites (Solideo), dénonce l'"hypocrisie" de l'Etat sur ce dossier.

Quelle est l'ampleur du recours à des travailleurs sans-papiers sur ces chantiers ?

"Il y a une hypocrisie de la part des autorités politiques, parce qu'on sait que cette main d'oeuvre est indispensable dans beaucoup de secteurs, y compris le BTP. On s'attendait à constater ce qu'on voit déjà sur les chantiers en général et on a bien eu des recours à des travailleurs sans-papiers.

On peut supposer qu'il y en a d'autres, mais on a sur les chantiers des JO des
dispositifs d'alerte et de suivi plus développés qu'ailleurs. On a, par exemple, des permanences sur les chantiers, avec un représentant du comité de suivi présent régulièrement. Ensuite, l'inspection du travail réalise près d'un contrôle par jour sur les sites.

Surtout, on a un appui politique plus soutenu dès qu'un problème se pose, car les autorités ont conscience que les chantiers doivent être irréprochables, que le monde entier regarde la France. Le gouvernement ne veut pas de scandale autour des Jeux."

Faut-il muscler la lutte contre ce travail illicite ?

"L'enjeu, c'est d'identifier les responsables pour les cas déjà connus. Les grands groupes du bâtiment ne peuvent pas juste se poser en victimes de sous-traitants peu scrupuleux! On voit bien qu'il y a, parfois, des vrais montages réalisés pour déroger au droit social, payer moins de cotisations et, in fine, faire des économies et des gains sur la main d'oeuvre, avec l'usage de ces travailleurs qui sont exploités.

Il appartiendra à la justice, qui a ouvert une enquête préliminaire, de faire la part des choses: qui est victime, qui est l'auteur et qui est co-auteur d'une infraction. Mais il faudra aussi se poser la question de la limitation des niveaux de sous-traitance, si on veut éviter les dérives propres au BTP. Car plus il y a d'étages de sous-traitance, plus il est difficile de contrôler le secteur."

Êtes-vous favorable à la régularisation de ces ouvriers ?

"Oui, il faut régulariser ceux qui travaillent clandestinement sur les chantiers des JO. Reconnaître à des personnes qui travaillent l'égalité des droits avec les autres, ça devrait même être une évidence. Il arrive que des inspecteurs (du travail) nous saisissent pour qu'on accompagne certains dans des procédures de régularisation. On en a une vingtaine en cours.

Sur ce sujet, le rapport de force est avant tout politique et je suis satisfait que le sujet soit posé en toute transparence par le gouvernement, dont le projet de loi sur l'immigration comporte un volet sur ces travailleurs sans-papiers.

On a toutefois des interrogations sur les modalités du titre de séjour métiers en tension en préparation. On n'imagine pas qu'on puisse demander à un travailleur d'accepter un emploi dans un métier en tension en offrant un droit au séjour d'un an et que, si le besoin n'est plus présent, on lui demande de repartir. Il faut tenir compte de la dimension humaine: on n'utilise pas les personnes comme des mouchoirs."

«Tabou»
Gaye Sarambounou travaille sous "alias", en empruntant les papiers d'un proche.

Combien sont-ils, comme lui, sur cet ouvrage pharaonique qui transfigure la banlieue nord ? Difficile à dire, par définition.

Sur les chantiers, le "tabou" règne: "Tout le monde sait, personne n'en parle", sourit-il. Les autorités, elles, rient jaune. Car le phénomène fait tache.

"Il y a une grande hypocrisie de la part des autorités politiques", résume Bernard Thibault, qui co-préside le Comité de suivi de la charte sociale de Paris 2024. Selon l'ancien secrétaire général de la CGT, "on peut supposer qu'il y a d'autres" sans-papiers sur les chantiers et l'"évidence" voudrait qu'on les régularise.

Signe que le sujet inquiète, l'inspection du travail a créé une unité spécialisée qui a contrôlé près d'un site par jour depuis deux ans. Du jamais-vu.

Depuis le printemps dernier, le mouvement s'accélère. En juin, neuf travailleurs irréguliers sont identifiés sur un chantier dont le maître d'ouvrage n'est autre que la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques), l'établissement public chargé de la construction des sites.

Au même moment, le parquet de Bobigny ouvre une enquête préliminaire notamment pour "travail dissimulé" et "emploi d'étranger sans titre en bande organisée".

«Nébuleuse»

"On a écrit au procureur de Bobigny pour dire qu'on souhaite se joindre aux procédures contre les employeurs indélicats", a déclaré mardi le directeur général de la Solideo, Nicolas Ferrand, rappelant la "volonté d'exemplarité des chantiers olympiques".

Lorsque le sujet s'est posé pour la Solideo, "on a immédiatement pris les dispositions qui s'imposaient", en résiliant le contrat du sous-traitant incriminé mais aussi du géant du bâtiment qui y avait recours, explique Antoine du Souich, directeur de la stratégie et de l'innovation.

L'établissement public a depuis "renforcé ses procédures" et va "plus loin que ce que demande la réglementation", insiste-t-il.

Construire un système "absolument imperméable (à la fraude), on en est incapables", convient M. du Souich, qui reconnaît qu'un "certain nombre de tricheurs sont passés entre les mailles du filet". L'objectif est de "resserrer les mailles" pour repérer les "situations grossières de triche".

Cette toile du travail illégal est tissée par une "nébuleuse d'entreprises turques" sous- traitantes, observe Jean-Albert Guidou, de la CGT Seine-Saint-Denis.

Un "système qui marche à plein tube", avec des sociétés qui se placent en liquidation dès qu'elles sont inquiétées, décortique le syndicaliste.

Accidents

Alors que le gouvernement veut créer un titre de séjour dans les "métiers en tension", Jean- Albert Guidou a déjà accompagné une trentaine de travailleurs des JO dans des procédures de régularisations, certaines déjà obtenues.

"Ils occupent les postes les plus accidentogènes et ils sont surexploités", s'indigne-t-il. "Sur les chantiers, la seule variable d'ajustement, c'est le prix du travailleur. Et quand il faut mettre les bouchées doubles pour livrer, ces entreprises ne sont pas regardantes sur les conditions de travail."

D'ailleurs, sous-traitants et géants du BTP sont-ils au courant quand un ouvrier n'est pas en règle ?

Cheickna (il ne souhaite pas donner son nom) en rigole. "Bien sûr! Moi j'ai donné deux fois des papiers différents à la même entreprise, j'ai été pris", se souvient cet autre Malien de 38 ans.

Sur son téléphone, il fait défiler des photos datées du 6 mai et sur lesquelles on le voit, casque de chantier et t-shirt, sur une nacelle de la Tour Pleyel, futur hôtel de luxe des JO-2024.

Lui aussi a été évincé après un contrôle, en octobre.

"On fait ça pour la famille (restée) au Mali, qu'on fait vivre. On fait tous les sacrifices pour ce boulot", explique à son tour Moussa (il requiert l'anonymat pour des raisons de sécurité), 43 ans.

«Chantage»

"Tous ces beaux stades sont construits par des gens pauvres (...) qui sont exploités", poursuit le gaillard qui vit dans la "peur" depuis qu'il a été sorti manu militari de son chantier, en décembre, après s'être exprimé publiquement sur ses conditions de travail.

Jeux olympiques ou pas, "on te fait du chantage", raconte-t-il: lorsqu'on demande des heures supplémentaires, "c'est soit tu restes, soit tu prends tes affaires", affirme celui qui a fait du "piochage" et de la maçonnerie pendant quatre mois sur le futur village des athlètes.

En quinze ans de présence en France, Moussa a toujours travaillé, d'abord dans le nettoyage, puis la restauration, désormais le bâtiment.

Comme les autres, il ne voit pas de différence, sur le terrain, entre son chantier olympique et les précédents: "C'est toujours à 80% des immigrés qui font le boulot. On voit des Maliens, des Portugais, des Turcs. Et les Français... dans les bureaux".

Comme les autres, il demande à être régularisé, "rien de plus", ne serait-ce que pour pouvoir circuler librement sans avoir "peur d'un contrôle" d'identité.

Gaye Sarambounou ne demande pas mieux. La CGT s'apprête à déposer son dossier de régularisation. S'il l'obtient dans les dix-huit mois, ces déboires récents seront oubliés comme un vilain cauchemar, s'éclaire-t-il: "Je serais en règle pour les Jeux!"


Emmanuel Macron à Lyon pour un sommet sur la santé et l'environnement

Le président français Emmanuel Macron lors d’un événement à l’Élysée à Paris le 24 mars 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron lors d’un événement à l’Élysée à Paris le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron participe à Lyon à un sommet “One Health” pour promouvoir une approche globale liant santé humaine, animale et environnementale
  • Sa présence marque une volonté politique forte, malgré des critiques liées au contexte international tendu et aux réductions de financements en santé mondiale

LYON: Emmanuel Macron se rend mardi à Lyon où il interviendra lors d'un sommet international organisé par la France, autour de thématiques "One Health", un concept visant à réunir santé et environnement autour d'une approche commune.

"On ne peut pas traiter tous ces sujets de manière séparée et c'est l'enjeu de ce sommet", a expliqué l'Elysée à la presse. "Si on veut améliorer durablement la santé des humains, il faut améliorer la santé de notre planète".

Ce sommet a débuté lundi, avec un colloque réunissant des centaines de scientifiques.

"En réunissant l'ensemble des disciplines et des expertises, nous avons posé les bases d'une approche véritablement intégrée de la santé, capable de répondre aux défis sanitaires contemporains", a estimé Philippe Baptiste, le ministre de la Recherche, dans un communiqué.

Mais c'est la journée de clôture, mardi, qui s'annonce la plus politique, avec l'arrivée sur place de M. Macron.

Depuis le début de sa présidence en 2017, le chef de l'Etat a régulièrement organisé des sommets "One Planet" pour aborder des thématiques environnementales au niveau international. Celui-ci est le premier consacré aux sujets "One Health".

Cette approche, en plein essor depuis plusieurs années dans le monde de la santé publique, vise à aborder simultanément des enjeux sanitaires aux niveaux humain, animal et environnemental, prenant acte de leur interdépendance.

Au programme, trois grands axes: l'amélioration de la coopération internationale - partage de données, recherche... -, la lutte contre les maladies infectieuses d'origine animale, rendue emblématique par la pandémie de Covid, et celle contre des pathologies auxquelles l'environnement peut contribuer, comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires.

L'ampleur du sommet reste toutefois limitée au niveau des Etats participants, dont le nombre s'est peu à peu réduit au fil des événements "One Planet".

Cette fois, les ministres d'une vingtaine de pays seront présents, notamment lors de sessions thématiques le mardi matin. Au programme: maladies transmises des animaux à l'humain, résistance aux antibiotiques, alimentation et pollutions.

Au plus haut niveau, le sommet accueillera les dirigeants de quatre pays, mis à part M. Macron: le Botswana, le Cambodge, le Ghana et la Mongolie.

- Un sommet à contretemps ? -

"L'après-midi on aura cette séquence vraiment de haut niveau avec les chefs d'Etat", a résumé l'Elysée. M Macron participera d'abord à une réunion sur "la réforme de l'architecture de la santé mondiale", avec notamment l'Organisation mondiale de la santé (OMS), puis interviendra publiquement à plusieurs reprises dont la clôture du sommet en fin de journée.

Pour quelle issue concrète? L'Elysée a admis que le sommet se tenait dans un contexte "où le multilatéralisme est assez challengé" sur fond notamment de guerre au Moyen-Orient.

"Les questions sécuritaires sont au coeur de l'agenda (et) les questions sanitaires vont devoir trouver leur place dans tout cela", a reconnu la présidence de la République.

La France tient, par ailleurs, ce sommet au moment même où elle réduit fortement ses financements à la santé mondiale, comme de multiples pays développés, à commencer par les Etats-Unis sous la présidence de Donald Trump.

"Il y a un contexte budgétaire qui est très compliqué", mais "ce sommet n'est pas du tout incohérent", s'est justifié l'Elysée. "Politiquement, on est là. Financièrement, on essaie de continuer à être là."

Certaines ONG accueillent toutefois fraîchement ce sommet, telle Coalition PLUS qui rassemble plusieurs organisations emblématiques de la lutte contre le VIH.

"Un tel sommet tout en coupant les vivres à la lutte (...) constitue non seulement une incohérence majeure, mais surtout un renoncement stratégique", a réagi Vincent Leclercq, son directeur général, auprès de l'AFP. La France "fait en coulisses l'exact contraire de ce qu'elle promeut", a renchéri dans un communiqué Médecins Sans Frontières (MSF).


Loi sur l’exécution des prisonniers palestiniens: onde de choc en France et en Europe

Adoptée en troisième lecture par le Parlement israélien, cette loi instaurant la peine de mort par pendaison pour les détenus palestiniens a déclenché une série de condamnations politiques et diplomatiques, en France comme dans plusieurs capitales européennes. (AFP)
Adoptée en troisième lecture par le Parlement israélien, cette loi instaurant la peine de mort par pendaison pour les détenus palestiniens a déclenché une série de condamnations politiques et diplomatiques, en France comme dans plusieurs capitales européennes. (AFP)
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  • Le texte prévoit que toute personne reconnue coupable d’avoir commis un acte de violence contre un citoyen israélien dans le but de porter atteinte à l’existence de l’État pourra être condamnée à mort
  • Dans la pratique, la loi vise surtout les Palestiniens des territoires occupés, car, pour eux, la peine capitale deviendrait la sanction par défaut si l’acte est qualifié de terrorisme par les tribunaux militaires israéliens

PARIS: Dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, le monde entier a vu le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite, distribuer des boissons à ses partisans à la Knesset.

Une scène de liesse glaçante, montrant le ministre, arborant sur le revers de son veston un « pin » en forme de nœud coulant, déambuler dans les locaux du parlement israélien pour fêter sa victoire.

Il salue un « événement historique » et lance : « Bientôt, ils seront exécutés un par un. »

« Ils », ce sont la dizaine de milliers de Palestiniens, hommes, femmes et enfants, qui croupissent dans les geôles israéliennes et sont labellisés « terroristes » par leurs détenteurs.

Adoptée en troisième lecture par le Parlement israélien, cette loi instaurant la peine de mort par pendaison pour les détenus palestiniens a déclenché une série de condamnations politiques et diplomatiques, en France comme dans plusieurs capitales européennes.

Le contraste est saisissant entre la scène de célébration qui a suivi le vote à Jérusalem et la gravité des réactions à l’étranger.

Loi discriminatoire et dangereuse

Cette loi est considérée, à juste titre, par ses opposants comme discriminatoire, dangereuse pour l’État de droit et révélatrice d’une radicalisation croissante de la politique israélienne. Les images qui ont suivi son adoption ont profondément choqué de nombreux observateurs en Europe.

Le texte prévoit que toute personne reconnue coupable d’avoir commis un acte de violence contre un citoyen israélien dans le but de porter atteinte à l’existence de l’État pourra être condamnée à mort.

Dans la pratique, la loi vise surtout les Palestiniens des territoires occupés, car, pour eux, la peine capitale deviendrait la sanction par défaut si l’acte est qualifié de terrorisme par les tribunaux militaires israéliens.

Cette distinction nourrit l’accusation centrale portée par les critiques, à savoir celle d’une justice à deux vitesses : pour des crimes similaires, les Palestiniens pourraient risquer la pendaison tandis que des citoyens israéliens encourraient la prison.

Très vite, le terme d’apartheid s’est imposé dans les esprits, et c’est précisément ce que dénonce le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, qui a qualifié la mesure de « discriminatoire » et de « nouvelle étape vers l’apartheid ».

« Même crime, peine différente, ce n’est pas la justice », a-t-il déclaré, appelant la communauté internationale à ne pas rester silencieuse.

Au-delà de l’Espagne, la réaction européenne n’a pas tardé : dans un communiqué commun, les ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et du Royaume-Uni ont exprimé leur « profonde préoccupation » face à ce texte de loi.

Selon eux, l’adoption d’une telle législation risque de remettre en cause les engagements d’Israël en matière de principes démocratiques.

Les quatre pays ont appelé les responsables israéliens à abandonner ce projet de loi, tandis que l’Union européenne s’est également montrée très critique.

Son porte-parole, Anouar El Anouni, a parlé d’un « net recul » pour les droits humains et rappelé que l’Union s’oppose à la peine de mort « en toutes circonstances ».

Depuis des décennies, Israël maintenait en effet un moratoire de facto sur les exécutions. La seule application de la peine capitale dans l’histoire du pays remonte à 1962, lors de l’exécution du nazi Adolf Eichmann.

L’Allemagne, traditionnellement très attentive à ses relations avec Israël, a elle aussi exprimé son malaise. Le porte-parole du gouvernement allemand, Stefan Kornelius, a déclaré que cette législation suscitait une « grande inquiétude », notamment en raison du risque qu’elle soit appliquée de manière disproportionnée aux Palestiniens.

Berlin a rappelé que l’opposition à la peine de mort constitue un principe fondamental de sa politique étrangère.

En France, les réactions politiques ont été tout aussi tranchées. L’ancien ambassadeur de France aux Nations unies, Gérard Araud, a livré une analyse particulièrement sévère sur le réseau social X.

Selon lui, Israël est « entraîné dans une course en avant mortifère où ne règne que la force », avant d’ajouter : « Cette loi, c’est la consécration officielle et décomplexée de l’apartheid. »

Tout comme Araud, de nombreuses figures publiques et intellectuelles sont montées au créneau, dont le philosophe et écrivain Alain Finkielkraut, qui a fustigé dans des termes sévères cette dérive juridique, tout comme l’ancien député européen Daniel Cohn-Bendit.

Du côté des responsables politiques français, de nombreuses voix se sont également élevées. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a dénoncé une « loi raciste du gouvernement d’extrême droite israélien réservant la peine de mort aux Palestiniens ».

Pour lui, ce texte confirme une évolution inquiétante du gouvernement israélien, qu’il accuse d’avoir déjà fermé les yeux sur les violences à Gaza et la poursuite de la colonisation en Cisjordanie.

Le député de La France insoumise Éric Coquerel a, lui aussi, fustigé une « peine capitale discriminatoire » : « Pour des infractions similaires, les Palestiniens risqueront leur vie et les Israéliens la prison », a-t-il affirmé.

Au-delà de ses implications juridiques, cette loi apparaît pour beaucoup comme le symptôme d’un basculement plus large. Depuis plusieurs années, la montée en puissance de l’extrême droite nationaliste et religieuse au sein de la coalition au pouvoir a profondément modifié le paysage politique israélien.

Tous ces propos sont tombés dans l’oreille d’un sourd : Israël faisant fi des critiques européennes, tandis que Ben Gvir persiste et signe avec de nouvelles provocations morbides.

S’exprimant sur la télévision israélienne, il a indiqué que les autorités pénitentiaires israéliennes ont déjà commandé des uniformes rouges pour les condamnés à mort palestiniens et que des potences sont déjà installées dans certaines prisons.


Deux employés d'un Burger King jugés en décembre pour harcèlement après un suicide

Deux employés d'un restaurant Burger King à Calais seront jugés en décembre pour harcèlement moral, quatre mois après le suicide d'une de leurs collègues, a-t-on appris dimanche auprès du parquet de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et de l'entourage de la victime. (AFP)
Deux employés d'un restaurant Burger King à Calais seront jugés en décembre pour harcèlement moral, quatre mois après le suicide d'une de leurs collègues, a-t-on appris dimanche auprès du parquet de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et de l'entourage de la victime. (AFP)
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  • Sylvana Dufossé, 20 ans, employée polyvalente au Burger King de Calais, a mis fin à ses jours le 1er janvier 2026
  • Selon la plainte déposée par sa grande soeur Angelina Dufossé le 13 janvier et consultée par l'AFP, Sylvana "subissait un harcèlement moral quotidien et presque physique de la part de deux de ses collègues de travail au restaurant Burger King Calais"

LILLE: Deux employés d'un restaurant Burger King à Calais seront jugés en décembre pour harcèlement moral, quatre mois après le suicide d'une de leurs collègues, a-t-on appris dimanche auprès du parquet de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et de l'entourage de la victime.

A l'issue de leurs gardes à vue jeudi soir dans le cadre de cette affaire, "des convocations par officier de police judiciaire ont été remises aux deux prévenus" pour être jugés, selon la procureure de Boulogne-sur-Mer Cécile Gressier.

Il s'agit d'un salarié du même niveau hiérarchique que la victime et d'un supérieur direct, de hiérarchie intermédiaire, a précisé la procureure.

Ils doivent comparaître le 10 décembre au tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer, selon un avis du parquet reçu par la soeur de la victime, partie civile dans ce dossier, et dont l'AFP a obtenu une copie.

Sylvana Dufossé, 20 ans, employée polyvalente au Burger King de Calais, a mis fin à ses jours le 1er janvier 2026.

Selon la plainte déposée par sa grande soeur Angelina Dufossé le 13 janvier et consultée par l'AFP, Sylvana "subissait un harcèlement moral quotidien et presque physique de la part de deux de ses collègues de travail au restaurant Burger King Calais".

Le procès à venir "est un soulagement pour la famille, car nous redoutions que l'affaire soit classée sans suite. C'est une première étape, mais l'objectif reste qu'ils soient condamnés, pour Sylvana et pour toutes les victimes de harcèlement au travail. Il faut que cela cesse", a déclaré à l'AFP Boubacar Dembélé, fondateur du collectif Agir Ensemble, qui lutte contre le harcèlement.

Plusieurs salariés du même établissement se sont joints à la plainte d'Angelina Dufossé et ont témoigné à la justice du harcèlement subi.

Par ailleurs, une autre plainte avait déjà été déposée en mai 2025 par une ancienne employée du même restaurant, Séphina Lapotre, pour harcèlement moral lié à sa religion et à son port du voile.

De son côté, Burger King avait déclaré en février à l'AFP qu'un audit RH réalisé à sa demande dans le restaurant de Calais avait été "partagé aux autorités compétentes" et que les deux salariés concernés étaient suspendus.