Guerre, séisme et résurgence du choléra: la Croix-Rouge face aux défis syriens

Gilles Carbonnier, vice-président du Comité international de la Croix-Rouge, a été interrogé par Arab News (Photo AN/Mohammed Fawzy).
Gilles Carbonnier, vice-président du Comité international de la Croix-Rouge, a été interrogé par Arab News (Photo AN/Mohammed Fawzy).
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Publié le Jeudi 16 février 2023

Guerre, séisme et résurgence du choléra: la Croix-Rouge face aux défis syriens

  • Certains ont exprimé leur préoccupation quant au fait que la Syrie n'a pas pu compter sur le soutien attendu après les tremblements de terre
  • La Croix-Rouge surveillait déjà le nord de la Syrie à la fin de l’année dernière, en raison des craintes d'une épidémie

DUBAÏ: Après plus d'une décennie de guerre et une succession de tremblements de terre dévastateurs à quelques heures d'intervalle, qui ont fait des milliers de morts, les Syriens sont maintenant confrontés à une nouvelle crise mortelle – le choléra.
La Croix-Rouge est déployée dans le nord de la Syrie depuis la fin de l'année dernière pour surveiller les signes d'une résurgence de la maladie.
Depuis le séisme du 6 février, qui a ravagé la zone frontalière commune à la Turquie et la Syrie, le retour du choléra est maintenant à craindre, a déclaré Gilles Carbonnier, vice-président du Comité international de la Croix-Rouge, à Arab News, en marge du Sommet mondial des gouvernements à Dubaï.
Le système de pompage d'eau dans la région, vieux de plusieurs décennies, s'est détérioré après des années de négligence pendant la guerre. Les déplacements de population provoqués par le conflit ont aussi imposé une charge supplémentaire au système d'approvisionnement en eau et aux systèmes de traitement des eaux usées. Tant de problèmes encore amplifiés par le tremblement de terre et ses conséquences.
Certains ont exprimé leur inquiétude quant au fait que la Syrie n'a pas pu compter sur le soutien attendu à la suite des tremblements de terre.
Face à l'inquiétude grandissante quant aux difficultés d'acheminement de l'aide aux victimes du séisme, Carbonnier s'est voulu rassurant.

Carbonnier a précisé que la Croix-Rouge avait utilisé sa position de neutralité pour négocier avec les Nations unies (Photo AN/Mohammed Fawzy).

La Croix-Rouge a profité de sa position de neutralité pour négocier avec diverses parties afin de permettre à ses membres d'accéder à des zones tenues par toutes les parties – rebelles, régime et djihadistes – en vue de permettre à ses effectifs d'assurer l’aide nécessaire.
L'accès de la Croix-Rouge aux zones les plus touchées de Syrie signifie que les communautés peuvent désormais recevoir des médicaments et de l’équipement médical indispensables, a poursuivi Carbonnier, ajoutant que l'arrivée de certains des produits chimiques nécessaires à la purification de l'eau avaient également pu être assurés.
Cependant, dans une région comme la Syrie, la situation n'est pas simple : il n'y a pas que deux camps.
Ainsi, l'accès aux différentes zones nécessite de la persévérance et des efforts dans des situations pouvant souvent mettre des vies en danger.
La Croix-Rouge n'est affiliée à aucun organisme politique et aucun pays. Elle opère selon une stricte règle de neutralité, s'efforçant de gagner la confiance non seulement des personnes qu'elle veut aider, mais aussi des forces souvent hostiles qui sont présentes là où vivent ces personnes.
«Il en est exactement ainsi en Syrie: nous avons toujours engagé un dialogue confidentiel», a affirmé Carbonnier.
«Nous ne sommes pas une organisation de défense des droits. Notre rôle n'est pas de nous exprimer publiquement. Nous avons un rôle à jouer sur le terrain.»
Une délégation de la Croix-Rouge a passé la semaine dernière en Syrie et pris part à des négociations visant à permettre l'accès aux personnes touchées par le séisme.
«Aujourd'hui, ce que nous disons, c'est que l'aide humanitaire ne doit pas être politisé», a-t-il expliqué.
Pour lui, l'effort humanitaire devait se concentrer sur l'aide à ceux qui en ont besoin, quels qu'ils soient et où qu'ils soient.
 «On ne sait pas exactement combien de personnes sont piégées sous les décombres dans la vaste zone du tremblement de terre – des années de guerre en Syrie ont rendu quasiment impossible l'existence d'un enregistrement précis du nombre exact de personnes qui pourraient être portées disparues ou mortes», a-t-il affirmé.
La Croix-Rouge tente toutefois d'offrir son assistance, en aidant les personnes qui ont perdu le contact avec leurs proches. Rien ne garantit que ces personnes seront retrouvées ou qu'elles seront encore en vie.

Carbonnier a affirmé que les besoins d'aide et de secours en Syrie étaient énormes et a fait état de l'aide déjà envoyée par l'Arabie saoudite et par les EAU (Photo AN/Mohammed Fawzy).

«Nous avons vu que pour les familles, le pire qui puisse arriver est de passer des années sans savoir», a-t-il indiqué.
«Même si la nouvelle est la mort d'un être cher, il vaut vraiment mieux l'apprendre le plus tôt possible pour entamer le travail de deuil, plutôt que de passer des années à espérer.»
Lorsqu'on lui a demandé jusqu’à quel point le nombre de morts dus au tremblement de terre pourrait s’élever, Carbonnier n'a pas voulu l’estimer, mais a déclaré qu'il continuerait probablement d’augmenter, soulignant que «le nombre continue d’augmenter chaque jour».
Il a déclaré que les besoins d'aide et de secours étaient énormes et a fait état de l'aide déjà envoyée par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ainsi que par d'autres pays arabes, décrivant la réaction comme un «mouvement mondial de solidarité».
«Nous avons un fort mouvement de générosité. Et il est essentiel que nous puissions alors agir», a-t-il poursuivi.
Carbonnier a enfin rappelé l'importance des donations, la Croix Rouge travaillant en Syrie sur la base d'un «budget que nous avions prévu pour cette année».
«Nous avons vraiment besoin d'un accroissement» de celui-ci, a-t-il conclu.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".