Panama: engagements de près de 20 milliards de dollars au total pour la protection des océans

Les participants à la conférence "Notre Océan" annoncent des "engagements" volontaires mais ne procèdent à aucun vote et n'adoptent pas d'accord. (AFP)
Les participants à la conférence "Notre Océan" annoncent des "engagements" volontaires mais ne procèdent à aucun vote et n'adoptent pas d'accord. (AFP)
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Publié le Samedi 04 mars 2023

Panama: engagements de près de 20 milliards de dollars au total pour la protection des océans

  • Ce total comprend un engagement de 6 milliards de dollars de la part des Etats-Unis, annoncé jeudi par l'envoyé de la Maison Blanche pour le climat
  • De son côté, l'Union européenne (UE) a annoncé qu'elle s'engageait cette année à hauteur de 816,5 millions d'euros pour des projets de protection des mers

PANAMA: Près de 20 milliards de dollars de fonds dédiés à la protection des océans ont été promis vendredi lors de la conférence mondiale "Notre Océan" au Panama, a annoncé le pays hôte, après la clôture de la réunion.

Ce total comprend un engagement de 6 milliards de dollars de la part des Etats-Unis, annoncé jeudi par l'envoyé de la Maison Blanche pour le climat, John Kerry.

"Nous entreprenons de nombreuses initiatives différentes pour avoir le plus grand impact possible", a déclaré vendredi M. Kerry, aux correspondants de la presse étrangère à Panama.

"La raison de l'augmentation est que nous avons adopté la loi sur la réduction de l'inflation aux Etats-Unis, qui a investi beaucoup d'argent dans la lutte contre la crise climatique, et le résultat est que nous avons une plus grande capacité à entreprendre des initiatives qui auront un impact climatique", a-t-il indiqué.

Au bout de la nuit, heures sup pour les négociateurs du traité sur la haute mer

Les Etats membres de l'ONU étaient toujours sur le pont dans la nuit de vendredi à samedi pour tenter d'arracher un accord sur le traité pour protéger la haute mer, trésor fragile et vital qui couvre près de la moitié de la planète.

Après plus de 15 ans de discussions informelles puis formelles, les négociateurs ont déjà dépassé de plusieurs heures les deux nouvelles semaines de pourparlers à New York, troisième "dernière" session en moins d'un an.

Mais personne ne semblait vouloir abandonner. Au milieu de la nuit à New York, les négociations à huis clos étaient toujours focalisées sur la question hautement politique du partage des éventuels bénéfices issus des ressources marines génétiques récoltés en haute mer.

"Nous avons encore quelques questions à clarifier, mais nous faisons des progrès et les délégations montrent de la flexibilité", a assuré la présidente de la conférence Rena Lee lors d'une séance plénière éclair vers 1h30 du matin (06H30GMT) pour demander l'accord des délégations de poursuivre sans interprètes.

"Nous avons l'opportunité de conclure l'accord et nous ne devons pas la laisser filer", avait-elle déclaré quelques heures plus tôt en appelant les négociateurs à faire des "stocks d'encas" pour tenir jusqu'à la ligne d'arrivée espérée d'ici le petit matin.

Même si des compromis sont trouvés sur toutes les questions encore en suspens, le traité ne pourra être formellement adopté lors de cette session, a-t-elle en outre expliqué.

Mais il pourra être "finalisé", sans possibilité de rouvrir des discussions "sur le fond", avant une adoption formelle "à une date ultérieure" quand il aura été passé au crible par les services juridiques et traduit dans les six langues officielles de l'ONU.

Même sans adoption formelle, ce serait "une étape majeure", a déclaré à l'AFP Veronica Frank, de Greenpeace.

La haute mer commence là où s'arrêtent les zones économiques exclusives (ZEE) des Etats, à maximum 200 milles nautiques (370 km) des côtes, et elle n'est donc sous la juridiction d'aucun pays.

Même si elle représente plus de 60% des océans et près de la moitié de la surface de la planète, elle a longtemps été ignorée dans le combat environnemental, au profit des zones côtières et d'espèces emblématiques.

Les écosystèmes océaniques fabriquent pourtant la moitié de l'oxygène que nous respirons, limitent le réchauffement en absorbant une part importante du CO2 émis par les activités humaines, et nourrissent une partie de l'humanité.

Mais ils sont menacés par le changement climatique, les pollutions en tous genres et la surpêche.

Equité Nord-Sud 

Les négociations du futur traité se sont cristallisées sur plusieurs contentieux: procédure de création des aires marines protégées, modalité de mise en oeuvre des études d'impact sur l'environnement des activités envisagées en haute mer, et surtout partage des potentiels bénéfices issus des ressources marines génétiques.

Pour de nombreux observateurs, cette question se résume à une question d'équité Nord-Sud. "De la géopolitique", commente Minna Epps, de l'Union internationale pour la Protection de la Nature (UICN).

Les pays en développement sont en effet inquiets de ne pas être pleinement partie au traité faute de ressources financières; et craignent d'être privés de leur part du gâteau de la commercialisation de potentielles molécules miraculeuses découvertes dans ces eaux internationales.

Avec une annonce vue comme un geste pour renforcer la confiance Nord-Sud, l'Union européenne a promis, à New York, 40 millions d'euros pour faciliter la ratification du traité et sa mise en oeuvre initiale.

Au-delà, elle s'est engagée à consacrer plus de 800 millions d'euros à la protection des océans en général pour 2023, lors de la conférence "Notre Océan" qui s'est achevée vendredi à Panama.

Au total, la ministre panaméenne des Affaires étrangères Janaina Tewaney a indiqué que "341 nouveaux engagements", d'un montant de près de 20 milliards de dollars -- dont près de 6 milliards annoncés par les Etats-Unis--, avaient été pris lors de cette conférence pour protéger les mers.

Selon plusieurs observateurs interrogés par l'AFP, résoudre ces questions financières, politiquement très sensibles, est la clé pour mener le traité à bon port.

En cas d'accord, restera à savoir si le texte sera suffisamment solide, avec les compromis consentis, pour permettre de protéger efficacement les océans.

A ce stade, "le texte n'est pas parfait, mais il ouvre un chemin clair vers l'objectif 30 par 30", a estimé Veronica Frank, en référence à l'engagement pris en décembre par l'ensemble des gouvernements du monde de protéger 30% des terres et des océans de la planète d'ici 2030.

Un défi quasi impossible sans inclure la haute mer, dont environ 1% seulement est protégé aujourd'hui.

Le communiqué de l'Ambassade des Etats-Unis au Panama ne précise pas la période pendant laquelle ces décaissements seront effectués, mais souligne que le montant correspond à "plus du double" de ce que les Etats-Unis avaient promis lors de la conférence "Notre Océan" de 2022.

Près de 5 milliards de dollars de cette enveloppe américaine seront destinés à combattre le changement climatique, dont un peu plus de la moitié pour "développer la résilience des ressources marines et des communautés côtières" affectées, a précisé dans un communiqué l'ambassade américaine à Panama.

Les Etats-Unis consacreront par ailleurs 665 millions de dollars pour favoriser la pêche durable, 200 millions pour combattre la pollution, 73 millions pour des programmes d'"économie bleue" (l'équivalent marin de l'économie verte) et 11 millions à des zones maritimes protégées.

De son côté, l'Union européenne (UE) a annoncé qu'elle s'engageait cette année à hauteur de 816,5 millions d'euros (865 millions de dollars) pour des projets de protection des mers.

Sur cette enveloppe, 320 millions d'euros seront consacrés à des recherches sur la biodiversité marine et à contrer l'impact du changement climatique sur les milieux maritimes, tandis que 250 millions d'euros iront au programme de satellite Sentinel-1C de surveillance des effets du changement climatique et notamment la fonte des glaces arctiques.

Quelque 600 délégués de gouvernements, entreprises et ONG s'étaient réunis depuis jeudi matin à Panama pour débattre du cadre à donner à l'"économie bleue" pour l'exploitation durable et la protection des mers et des océans.

Les participants à la conférence "Notre Océan" annoncent des "engagements" volontaires mais ne procèdent à aucun vote et n'adoptent pas d'accord.


Mojtaba Khamenei appelle à maintenir Ormuz fermé, le pétrole flambe

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  • Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale
  • Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE)

TEHERAN: Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a appelé jeudi à maintenir fermé le détroit d'Ormuz, passage hautement stratégique du commerce de pétrole mondial, accélérant la flambée des cours.

Désigné dimanche à la place de son père Ali Khamenei, tué au début des attaques israélo-américaines sur l'Iran, il a également promis de "venger" le "sang versé par les victimes de ces bombardements.

Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale. Il y a également appelé les pays de la région à fermer les bases américaines qu'ils abritent sur leurs sols.

Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en bombardant les intérêts occidentaux dans le Golfe et ailleurs, quitte à "détruire" l'économie mondiale.

L'armée américaine a annoncé jeudi avoir frappé environ 6.000 cibles depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des bombardements américains et israéliens contre la République islamique.

Le conflit pénalise l'approvisionnement en or noir de l'économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace ses services financiers.

Le géant français TotalEnergies a ainsi annoncé suspendre ou être sur le point de suspendre l'équivalent de 15% de sa production mondiale de pétrole et de gaz dans plusieurs Etats du Golfe.

La navigation est pratiquement bloquée dans le détroit d'Ormuz, de facto contrôlé par l'Iran et par où transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

"En réponse à l'ordre" de leur "commandant en chef" Khamenei, les Gardiens de la Révolution iraniens ont promis de garder le détroit fermé et de porter "les coups les plus sévères à l'agresseur", a indiqué le commandant des forces navales Alireza Tangsiri.

Pétroliers attaqués 

Mais le gouvernement iranien a laissé entendre dans le même temps qu'il pourrait autoriser certains navires, de pays jugés non hostiles, à emprunter le détroit.

Interrogé par l'AFP, le vice-ministre des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, a assuré que Téhéran a "coopéré" avec plusieurs "pays" qui ont demandé à l'emprunter. Il n'a pas nommé ces pays mais souligné que ceux qui se sont joints aux Etats-Unis et Israël "ne devraient pas bénéficier d'un passage sûr dans le détroit d'Ormuz".

Le ministre a démenti jeudi auprès de l'AFP que l'Iran posait des mines dans le détroit d'Ormuz, comme Washington l'en accuse.

Plusieurs explosions ont secoué le Golfe jeudi. Sur un réservoir d'hydrocarbures à Bahreïn, un immense champ pétrolier en Arabie saoudite, un aéroport au Koweit, un port à Oman.

Au moins trois navires ont été attaqués, soit un total de six depuis mercredi et 16 depuis le début du conflit, selon l'agence maritime britannique (UKMTO).

Une vidéo diffusée par le média d'Etat iranien IRIB montre une de ces attaques iraniennes, menée mercredi soir contre un pétrolier à environ 50 km des côtes irakiennes.

On y voit, dans la nuit noire, l'avant d'un pétrolier exploser, puis s'envelopper d'une énorme boule de feu, frappé de plein fouet par un projectile tiré depuis ce qui semble être un hors-bord de la marine iranienne. "Dieu est grand. Contre l'impérialisme américain dans le nord du golfe Persique, au nom de l'imam Khamenei, au nom de la République islamique d'Iran, ces eaux appartiennent aux défenseurs de l'islam", se réjouit l'un des Iraniens à bord.

L'attaque, visant deux pétroliers, a fait un mort, selon les autorités irakiennes, qui précisent avoir secouru plus de 50 membres d'équipage.

Côté américain, entre la poursuite de la guerre et les cours du pétrole, le président Donald Trump dit avoir fait son choix: la nécessité de "stopper" l'Iran passe avant les prix du pétrole car il faut "empêcher un empire du mal, l'Iran, de se doter d'armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier".

En Iran, au 13e jour de la guerre, la vie quotidienne des habitants de la région s'organise entre privations, angoisses et espoir d'un lendemain meilleur.

"On peut toujours faire ses courses. L'exception, c'était le jour où ils ont frappé les dépôts de pétrole: avec la pluie noire, ça faisait apocalyptique", explique à l'AFP une habitante de 39 ans, contactée depuis Paris.

Les frappes, certes, sont difficiles à vivre. Mais "je ne comprends pas les gens qui disent +non à la guerre+", explique-t-elle. Après la violente répression des manifestations de janvier en Iran, "il n'y a aucune autre solution que l'intervention étrangère" pour changer le pouvoir politique.

Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre, selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Téhéran "n'a plus rien à perdre" 

Entre blocage d'Ormuz et discours guerriers, les cours du pétrole, qui ont pour certains grimpé de plus de 40% depuis le début de la guerre, continuent de flamber, malgré la décision la veille des pays de l'AIE d'utiliser leurs réserves stratégiques pour soutenir l'offre.

Jamais l'approvisionnement mondial en pétrole n'a été aussi perturbé, estime l'AIE. Selon elle, le blocage d'Ormuz a contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production pétrolière, grevant l'offre mondiale de 7,5%.

Donald Trump a ces derniers jours promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans le détroit d'Ormuz. Son ministre de l'Energie a toutefois précisé que l'armée n'était "pas prête" pour le moment à escorter des pétroliers dans le détroit.

"Le régime iranien, qui n'a plus rien à perdre, entretiendra une guerre d'usure contre les Etats-Unis et Israël pour les punir de leur agression", a estimé auprès de l'AFP Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques.

Economiquement, l'opération est un gouffre pour les Etats-Unis. La première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times, en s'appuyant sur des sources parlementaires.

 

 


Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution pour l'arrêt des frappes iraniennes sur les États du Golfe et la Jordanie

Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
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  • La résolution déclare que les attaques violent le droit international et constituent une "grave menace pour la paix et la sécurité internationales"
  • Les actions iraniennes visant à fermer la navigation internationale à travers le détroit d'Ormuz sont également condamnées

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté mercredi une résolution condamnant les attaques de missiles et de drones iraniens contre les États du Golfe et la Jordanie. Treize membres du Conseil ont voté en faveur de cette résolution, tandis que la Russie et la Chine se sont abstenues.

La résolution 2817, présentée par Bahreïn au nom du Conseil de coopération du Golfe, a été coparrainée par 135 pays, ce qui représente l'une des plus importantes manifestations de soutien à une résolution du Conseil de sécurité de ces dernières années.

Elle "condamne sans équivoque, dans les termes les plus forts", les frappes de missiles et de drones iraniens visant les territoires des pays du Golfe et de la Jordanie, décrivant ces attaques comme une violation du droit international et une grave menace pour la paix et la sécurité internationales.

Elle exige que Téhéran mette fin "immédiatement et sans condition" à ses attaques et provocations contre les États voisins, y compris par l'intermédiaire de forces mandataires, et demande l'arrêt immédiat de toutes les frappes. Elle exprime son soutien résolu à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États du Golfe et de la Jordanie, et réaffirme leur droit à l'autodéfense en vertu de l'article 51 de la Charte des Nations unies.

La résolution déplore ce qu'elle décrit comme le ciblage délibéré par l'Iran de civils et d'infrastructures civiles, notamment des aéroports, des installations énergétiques, des installations de production et de distribution de denrées alimentaires et d'autres infrastructures essentielles.

Elle fait également référence à la résolution 552 du Conseil de sécurité (adoptée en 1984 et condamnant les attaques iraniennes contre la navigation dans le Golfe), réaffirmant ainsi l'importance de la liberté de navigation dans les eaux internationales et les voies maritimes, alors que les menaces pesant sur le trafic maritime dans la région suscitent des inquiétudes.

Elle met en garde contre toute menace pesant sur la navigation maritime, en particulier sur les voies navigables d'importance stratégique que sont le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab Al-Mandab, et souligne l'importance de la région pour l'approvisionnement énergétique mondial et les flux commerciaux internationaux.

S'exprimant après le vote, l'ambassadeur du Bahreïn auprès des Nations unies, Jamal Alrowaiei, a déclaré que le large soutien apporté à la résolution reflétait l'inquiétude mondiale face aux récentes attaques contre des États de la région.

"Le fait que 135 pays aient coparrainé cette résolution témoigne d'une prise de conscience collective de la dangerosité des attaques iraniennes contre le CCG et la Jordanie", a-t-il déclaré.

Les frappes iraniennes ont visé des infrastructures civiles, des zones résidentielles et des installations essentielles dans toute la région, faisant des victimes parmi les civils, a-t-il ajouté.

"Notre région est un pilier essentiel de la stabilité régionale et mondiale, de la sécurité énergétique et de la sécurité des échanges commerciaux", a-t-il poursuivi.

"La protection de notre région n'est pas seulement une question régionale, c'est une responsabilité internationale commune étroitement liée à la stabilité de l'économie mondiale et des chaînes d'approvisionnement internationales.

Jérôme Bonnafont, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, a déclaré que la résolution envoyait un signal clair en condamnant les "frappes aveugles menées par l'Iran contre ses voisins régionaux".

Il a ajouté : "Depuis une douzaine de jours, le Moyen-Orient est à nouveau plongé dans la guerre. Cette guerre fait peser de graves risques sur la sécurité régionale et doit cesser maintenant."

L'Iran porte une responsabilité majeure dans cette escalade, a déclaré M. Bonnafont, citant le programme de missiles du pays, son soutien aux milices régionales et les menaces liées à ses activités nucléaires.

James Kariuki, chargé d'affaires à la mission du Royaume-Uni auprès des Nations unies, a déclaré que le Conseil avait raison de condamner des attaques qui "constituent une menace sérieuse pour nos partenaires du Golfe et pour la Jordanie, et risquent de provoquer une nouvelle conflagration régionale et mondiale".

Le Royaume-Uni participe à des opérations défensives régionales coordonnées et continuera à soutenir les États du Golfe et la Jordanie, a-t-il ajouté.

L'ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a déclaré que Téhéran attaquait les États de la région par désespoir, car la patience de la communauté internationale à l'égard de ses actions s'épuisait.

"Le régime de Téhéran tente d'exporter la terreur et la destruction, mais même le Conseil de sécurité est à bout de patience face à l'agression iranienne", a-t-il ajouté.

L'ambassadeur des États-Unis, Mike Waltz, a déclaré : "La stratégie de l'Iran consistant à semer le chaos, à prendre ses voisins en otage et à ébranler la détermination de la région s'est clairement retournée contre lui, comme l'a montré le vote d'aujourd'hui.

L'ambassadeur de Chine aux Nations unies, Fu Cong, a déclaré que Pékin condamnait les attaques contre les civils et les cibles non militaires et soutenait les préoccupations des États du Golfe en matière de sécurité, mais qu'il s'était abstenu lors du vote parce qu'il estimait que la résolution ne reflétait pas correctement les causes plus larges du conflit.

"Le principal moyen d'empêcher une nouvelle détérioration de la situation est que les États-Unis et Israël cessent leurs opérations militaires", a-t-il déclaré.

Bien que la Chine ne soutienne pas les attaques iraniennes contre les États arabes du Golfe, elle estime que la résolution manque d'équilibre et ne tient pas suffisamment compte du contexte général du conflit, a-t-il ajouté.

M. Fu a appelé toutes les parties à mettre fin à leurs opérations militaires et à reprendre le dialogue et les négociations.

L'ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassily Nebenzia, a déclaré que Moscou s'était abstenu lors du vote parce qu'il considérait lui aussi que la résolution était "extrêmement déséquilibrée".

Il a déclaré au Conseil : "Il est impossible et injuste de parler d'attaques contre des pays de la région sans tenir compte des causes profondes de l'escalade actuelle, à savoir l'agression des États-Unis et d'Israël contre la République islamique d'Iran.

La résolution "confond la cause et l'effet" et ne mentionne pas les attaques contre l'Iran lui-même, a déclaré M. Nebenzia, estimant que le texte pourrait donner l'impression que Téhéran a mené des frappes non provoquées contre des États arabes.

Mais il a ajouté : "Les frappes contre les civils et les infrastructures civiles ne sont acceptables en aucune circonstance - ni en Iran, ni à Bahreïn, ni en Jordanie, ni au Qatar, ni au Koweït, ni à Oman, ni en Arabie saoudite, ni aux Émirats arabes unis, ni en Israël".

De nombreux diplomates ont déclaré que l'importance du soutien international à la résolution soulignait un sentiment croissant d'inquiétude face aux effets des attentats sur la stabilité régionale, les marchés mondiaux de l'énergie et les routes commerciales internationales.

L'ambassadeur du Pakistan auprès des Nations unies, Asim Iftikhar Ahmad, a déclaré qu'Islamabad avait voté en faveur de la résolution pour montrer sa solidarité avec les États du Golfe et la Jordanie, tout en appelant à une solution diplomatique plus large au conflit.

Il a condamné les attaques visant les civils et les infrastructures civiles et a réaffirmé le soutien de son pays à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États touchés.

Il a appelé à une cessation immédiate des hostilités et à un retour à la table des négociations, avertissant que le conflit avait déjà eu de graves conséquences régionales, notamment des pertes civiles et des perturbations économiques.

Le Pakistan est également préoccupé par l'instabilité en Iran, a déclaré M. Ahmad, et il a réitéré le soutien d'Islamabad à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Iran.

Des millions de ressortissants pakistanais vivant dans les pays du Golfe ont été exposés aux retombées du conflit, a-t-il ajouté, tandis que les perturbations de l'approvisionnement en énergie et des transports aériens affectaient déjà l'économie pakistanaise.

M. Ahmad a appelé toutes les parties à faire preuve d'une "retenue maximale" et à reprendre rapidement la voie de la diplomatie afin de parvenir à une résolution négociée et durable de la crise.


Trois navires touchés, le détroit d'Ormuz au centre de toutes les attentions

Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale. (AFP)
Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale. (AFP)
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  • Un porte-conteneurs, un cargo et un vraquier ont été touchés par des "projectiles inconnus", selon l'agence maritime britannique UKMTO, qui a répertorié 17 incidents sur des navires depuis l'attaque israélo-américaine sur l'Iran, le 28 février
  • La marine thaïlandaise a annoncé que le vraquier Mayuree Naree avait été attaqué dans le détroit, ajoutant que 20 des 23 membres de l'équipage avaient déjà été sauvés

TEHERAN: Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale.

En riposte aux frappes israélo-américaines, l'Iran poursuit une offensive de grande ampleur sur les infrastructures pétrolières du Golfe et force la communauté internationale à chercher des solutions d'urgence pour éviter la pénurie d'hydrocarbures.

Un porte-conteneurs, un cargo et un vraquier ont été touchés par des "projectiles inconnus", selon l'agence maritime britannique UKMTO, qui a répertorié 17 incidents sur des navires depuis l'attaque israélo-américaine sur l'Iran, le 28 février.

La marine thaïlandaise a annoncé que le vraquier Mayuree Naree avait été attaqué dans le détroit, ajoutant que 20 des 23 membres de l'équipage avaient déjà été sauvés.

Simultanément, plusieurs explosions ont été entendues par des journalistes de l'AFP à Doha, où le ministère qatari de l'Intérieur a fait état d'un "niveau de menace sécuritaire élevé". Et des drones tombés près de l'aéroport de Dubaï ont fait quatre blessés, selon les autorités.

L'Arabie saoudite a pour sa part affirmé avoir neutralisé des drones visant le champ pétrolier géant de Shaybah, à la frontière des Emirats arabes unis, ainsi que des missiles ciblant une base aérienne abritant des militaires américains.

Quant à la raffinerie émiratie de Ruwais, l'une des plus grandes au monde, elle a été fermée mardi "par précaution".

Au lendemain de l'annonce par l'armée américaine de la destruction de 16 navires iraniens poseurs de mines "près du détroit", les dirigeants du G7 se réunissent par visioconférence mercredi et l'Agence internationale de l'énergie (AIE) envisage un recours sans précédent aux réserves stratégiques de brut, selon le Wall Street Journal.

Le spectre d'un détroit miné 

Rassemblé à la demande du président français Emmanuel Macron, le G7 évoquera "sans doute" le sujet des stocks stratégiques, selon le ministre français de l'Economie Roland Lescure.

Le Japon a annoncé avant les discussions qu'il débloquerait des réserves de pétrole dès lundi. L'Allemagne fait de même, selon des sources gouvernementales à l'AFP, mais la mesure n'est pas une panacée.

"Le problème avec les libérations de réserves, c'est qu'une fois qu'elles ont été effectuées, les prix peuvent toujours flamber en raison d'un événement extérieur, comme l'attaque d'une raffinerie ou l'explosion d'un pétrolier", souligne Neil Wilson, analyste pour Saxo Markets.

Le blocage du détroit, par lequel transite un cinquième des hydrocarbures de la planète, entraîne une volatilité extrême des marchés depuis lundi.

Les bourses européennes sont reparties dans le rouge après leur rebond de la veille. Dans les premiers échanges mercredi, les bourses ouvraient en légère baisse à Paris, Francfort et Londres. Les cours du pétrole sont remontés dans le même temps d'au moins 5%.

Plusieurs pays ont commencé à prendre des mesures de restrictions, de l'Inde au Vietnam, en passant par la Thaïlande et la Grèce, qui a plafonné les marges sur le carburant afin d'éviter la spéculation.

Le président américain Donald Trump a menacé l'Iran de "conséquences militaires (...) sans précédent" s'il minait le détroit d'Ormuz. Washington avait déjà évoqué l'hypothèse d'escorter des navires dans le passage stratégique.

Mais "les risques sécuritaires à eux seuls pourraient rendre un seul passage par le détroit plus coûteux que la marge bénéficiaire sur la cargaison de pétrole elle-même", relève le Soufan Center, basé à New York et spécialisé dans les questions de sécurité.

"Le stock de mines navales de l'Iran se situe entre 2.000 et 6.000 unités, ce qui compliquerait encore tout plan naval visant à escorter des pétroliers commerciaux".

Mojtaba "sain et sauf" 

L'Iran ne donne aucun signe d'inflexion: son armée idéologique, les Gardiens de la Révolution, a revendiqué la vague de frappes "la plus violente et la plus lourde depuis le début de la guerre".

"L'agresseur doit être puni et recevoir une leçon qui le dissuadera d'attaquer l'Iran à nouveau", a prévenu mardi le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Les autorités assurent que le nouveau guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, était "sain et sauf". Désigné pour succéder à son père, tué dans des frappes au premier jour de la guerre, il n'est pas apparu publiquement.

Selon la télévision d'État, il a été "blessé" dans le conflit. "J'ai demandé à des amis qui ont des connections. Ils m'ont dit que, grâce à Dieu, il était sain et sauf", a écrit Yousef Pezeshkian, fils du président iranien et conseiller du gouvernement.

L'armée affirme avoir visé la direction du renseignement militaire et une base navale en Israël, après de nouveaux tirs de missiles dans la nuit. La chaîne israélienne Channel 12 fait état de plusieurs blessés près de Tel-Aviv.

Nouvelles frappes au Liban  

Israël a lui-même continué à frapper l'Iran et la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien.

A l'aube, une frappe a touché un immeuble du quartier de Aïcha Bakkar à Beyrouth, selon l'agence de presse officielle Ani. Un photographe de l'AFP a vu les septième et huitième étages de l'immeuble dévastés.

"Nous nous sommes réveillés en état de panique (...) je courais dans la maison comme un fou, en cherchant mes trois enfants", raconte à l'AFP, Mohammad, propriétaire d'un entrepôt de produits alimentaires qui habite dans un immeuble mitoyen.

Le quartier est inondé de déplacés. "Au lieu d'abriter une famille, chaque appartement en abrite désormais dix".

Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 570 personnes depuis que le pays a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, dont 84 pour la seule journée de mardi, selon le ministère de la Santé. Le gouvernement évoque par ailleurs le chiffre de près de 760.000 déplacés.

A Téhéran, certaines déflagrations ont fait vibrer les vitres de l'appartement d'un journaliste de l'AFP habitant le nord de la ville.

"Si cette guerre insensée, anarchique et illégale se poursuit, les pertes humaines et matérielles s'aggraveront, et le coût pour l'économie mondiale ne fera que croître", a prévenu le président turc Recep Tayyip Erdogan, plaidant pour un retour de la diplomatie, aujourd'hui au point mort.