En Syrie, le rêve du retour au camp palestinien de Yarmouk

Issa al-Loubani, un réfugié palestinien de 48 ans, marche avec sa femme et sa fille dans une rue du camp palestinien de Yarmuk, à la périphérie sud de la capitale syrienne Damas (Photo,AFP)
Issa al-Loubani, un réfugié palestinien de 48 ans, marche avec sa femme et sa fille dans une rue du camp palestinien de Yarmuk, à la périphérie sud de la capitale syrienne Damas (Photo,AFP)
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Publié le Samedi 28 novembre 2020

En Syrie, le rêve du retour au camp palestinien de Yarmouk

  • Quand les autorités syriennes ont autorisé les habitants de Yarmouk à rentrer chez eux, le réfugié palestinien Issa al-Loubani s'est empressé d'inscrire sa famille et d'entamer lui-même les réparations de son appartement
  • Ce quartier de la banlieue de Damas a été arraché en 2018 par les forces gouvernementales aux jihadistes du groupe Etat islamique mais la reconstruction piétine

YARMOUK : Quand les autorités syriennes ont autorisé les habitants de Yarmouk à rentrer chez eux, le réfugié palestinien Issa al-Loubani s'est empressé d'inscrire sa famille et d'entamer lui-même les réparations de son appartement, impatient de retrouver ce camp dévasté par la guerre.

Munies de leurs précieux titres de propriété, des centaines de personnes se sont déjà enregistrées pour pouvoir retourner dans ce camp qui accueillait avant le début de la guerre en 2011 environ 160.000 réfugiés palestiniens ainsi que des familles syriennes.

"Notre maison a besoin de travaux importants mais c'est mieux que de payer un loyer", confie M. Loubani, qui se rendait régulièrement chez lui depuis Damas toute proche avec son épouse Ilham et leur fille.

La famille a déjà installé un tapis, des ustensiles de cuisine et un matelas. Mais le Palestinien de 48 ans sait qu'il devra passer l'hiver dans un appartement aux fenêtres béantes recouvertes de bâches en plastique.

Ce quartier de la banlieue de Damas a été arraché en 2018 par les forces gouvernementales aux jihadistes du groupe Etat islamique mais la reconstruction piétine.

"Il faut encore rétablir l'électricité et l'eau courante, déblayer les gravats des rues", reconnaît-il.

Le sol de sa rue déserte est jonché de décombres: une machine à laver endommagée, des blocs de pierre, des planches, de vieux chiffons, des vêtements éparpillés.

Et juste devant leur immeuble, Issa et Ilham retrouvent parmi d'autres affaires à eux une photo de leur mariage. "Voilà Oum Walid", s'exclame la mère de famille, désignant une invitée.

Immeubles partiellement ou totalement effondrés s'alignent le long de plusieurs ruelles, venant rappeler des années de combats féroces.

Retours par centaines 

La municipalité de Damas a annoncé en novembre que les habitants pouvaient rentrer à Yarmouk, à condition que leur domicile ne soit pas insalubre.

Installés au rez-de-chassée d'un immeuble en ruine, des responsables accueillent quotidiennement des dizaines de personnes désireuses d'obtenir les autorisations nécessaires.

Quelque 600 familles se sont déjà enregistrées, assure à l'AFP Mahmoud al-Khaled, à la tête du comité chargé de déblayer le camp.

Environ 40% des bâtiments pourraient être réoccupés quasi-immédiatement tandis que 40% nécessitent une réhabilitation, indique-t-il.

Etabli dans les années 1950, Yarmouk était initialement un camp de réfugiés créé pour les Palestiniens chassés de leurs terres après la création d'Israël en 1948.

Devenu au fil des décennies un véritable quartier résidentiel et commercial, il est tombé sous la coupe des rebelles en 2012, basculant trois ans plus tard aux mains des jihadistes.

La Syrie en guerre a connu au cours de l'année écoulée une forte détérioration de la situation socioéconomique, marquée par une dégringolade de la monnaie nationale et par une inflation galopante.

L'ONU rapportait début novembre le retour ces derniers mois à Yarmouk de 430 familles n'ayant "plus les moyens de louer".

L'écrasante majorité des infrastructures de l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) dans le camp, dont seize écoles, doivent être entièrement reconstruites. Les trois centres médicaux ont aussi été détruits.

Une clinique mobile vient une fois par semaine, d'après l'UNRWA. Des bus de l'organisation transportent les enfants vers des écoles de Damas.

Débrouille 

Malgré ces conditions, Chehab al-Din Blidi s'est réinstallé à Yarmouk depuis un mois, son logement ayant été globalement épargné par les combats.

Dans son salon à la peinture éclatante et aux fauteuils capitonnés, on oublierait presque les destructions à l'extérieur.

"Si on avait attendu le retour de l'électricité, de l'eau, du tout-à-l'égout, on serait restés peut-être un an à payer un loyer" ailleurs, explique le sexagénaire syrien.

Pour obtenir quelques heures d'électricité, il s'est raccordé au réseau hors du camp avec un long câble électrique.

"Les destructions sont trop importantes pour être prises en charge par une seule institution", reconnaît-il. "La reconstruction nécessite les efforts de plusieurs pays. En attendant, nous devons nous débrouiller".

Dans un pays morcelé par la guerre, où les divisions restent profondes, le retour est parfois un rêve inaccessible.

C'est le cas pour Ahmed Khormandi, parti de Yarmouk en 2015. Après des années d'exil, le quadragénaire a échoué en territoire rebelle, dans un camp de déplacés.

"Personne ici ne peut s'enregistrer pour rentrer", assure-t-il à l'AFP, disant craindre les arrestations.

"Même si je rentrais, je n'aurais pas les moyens de la réparer", ajoute-t-il, disant avoir entendu dire que sa maison avait été pillée et incendiée. 


La dépouille du guide suprême Khamenei est arrivée sur le lieu de ses funérailles à Téhéran

  • Les autorités attendent entre 15 et 20 millions de participants rien qu'à Téhéran pour cet hommage national de trois jours
  • La dépouille de l'ayatollah Khamenei, enveloppé dans un drapeau aux couleurs de l'Iran, sera exposée jour et nuit jusqu'à lundi dans l'enceinte de la Grande Mosalla, un vaste complexe auquel l'AFP a obtenu un rare accès

TEHERAN: Le cercueil de l'ancien guide suprême iranien Ali Khamenei est arrivé vendredi dans le complexe religieux de Téhéran où se dérouleront des funérailles d'une ampleur inédite, quatre mois après sa mort dans une frappe israélo-américaine.

Les autorités attendent entre 15 et 20 millions de participants rien qu'à Téhéran pour cet hommage national de trois jours, qui commence samedi et se veut une démonstration de force après la guerre qui a tué de nombreux hauts dirigeants et des milliers de civils.

La dépouille de l'ayatollah Khamenei, enveloppé dans un drapeau aux couleurs de l'Iran, sera exposée jour et nuit jusqu'à lundi dans l'enceinte de la Grande Mosalla, un vaste complexe auquel l'AFP a obtenu un rare accès.

Ses murs sont couverts de grands portraits de celui qui a été guide suprême pendant plus de trois décennies, de drapeaux noirs en signe de deuil et de drapeaux rouges, symbole du martyre et de la vengeance.

Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, l'une des plus puissantes forces militaires du Moyen-Orient, est venu lui rendre hommage, selon des images diffusées par les médias iraniens. Discret depuis le début de la guerre, probablement pour éviter d'être assassiné comme son prédécesseur, il s'agit de sa première apparition publique.

"Les gens vont venir de tout l'Iran. Il y aura énormément de monde", souffle Hossein Moghadassi, un ouvrier de 43 ans s'affairant sur le site, alors que certains devraient commencer à patienter dès vendredi soir en attendant l'ouverture des portes à 06H00 samedi (02H30 GMT).

Affiches et slogans 

Ali Khamenei, le guide suprême à la plus grande longévité depuis l'avènement en 1979 de la République islamique, est mort à 86 ans sous les bombardements contre sa résidence le 28 février de ses deux ennemis jurés, les Etats-Unis et Israël.

Ses obsèques nationales, initialement prévues en mars mais reportées en raison de la guerre, s'annoncent comme les plus grandes de l'histoire en Iran.

En 1989, à la mort de son prédécesseur Rouhollah Khomeini, environ 10 millions de personnes avaient assisté à ses funérailles, selon les chiffres officiels. Des mouvements de foule avaient alors fait plus de dix morts.

Aux côtés du cercueil d'Ali Khamenei, sont exposés ceux de ses proches tués eux aussi au premier jour de la guerre, dont celui d'une de ses filles, d'un gendre, d'une belle-fille et d'une petite-fille.

Un cortège transportant la dépouille de l'ex-guide suprême défilera lundi dans les rues de Téhéran, où nombre d'affiches et de slogans rendent hommage au "martyr", avant de gagner mardi la ville sainte de Qom.

Sous haute surveillance 

La présence du fils d'Ali Khamenei, Mojtaba, qui lui a succédé début mars à la fonction de guide suprême, n'a pas été confirmée. Blessé lors des frappes qui ont tué son père, le dirigeant ne s'exprime que par des communiqués qui lui sont attribués et n'est pas apparu en public.

Côté dignitaires, des dirigeants et responsables d'une trentaine de pays, principalement voisins, sont attendus, dont l'ancien président russe Dmitri Medvedev et le Premier ministre pakistanais Shebaz Sharif. La Chine sera représentée par un haut responsable du Parlement, He Wei.

Aucun dirigeant européen n'a été convié.

"Tous ceux qui assisteront aux funérailles se sont rangés du bon côté de l'histoire", a souligné cette semaine le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, dénonçant le soutien des Occidentaux à Israël et aux Etats-Unis dans leurs deux guerres contre la République islamique, en juin 2025 et cette année.

Ironie du calendrier, le début des obsèques coïncidera avec la fête nationale des Etats-Unis, qui célèbrent ce 4 juillet leurs 250 ans d'existence.

Ces funérailles se déroulent sous tension, dans un contexte de fragile cessez-le-feu entre Téhéran et Washington mais aussi six mois après d'importantes manifestations contre la vie chère et le pouvoir.

Téhéran est depuis vendredi comme une forteresse, avec des forces de sécurité en nombre et un immense périmètre inaccessible en voiture.

L'aéroport de Téhéran est partiellement fermé vendredi et le sera totalement lundi, décrété jour férié dans tout l'Iran. Les centres commerciaux ont baissé le rideau et les entreprises sont mises au repos forcé.

Ali Khamenei sera inhumé le 9 juillet dans la ville sainte de Machhad (nord-est de l'Iran), dont il était originaire. Chef religieux, son cercueil sera présenté mercredi en Irak voisin, où la communauté chiite est aussi majoritaire.

 


Syrie: explosion dans un café dans le centre de Damas

(X.com)
(X.com)
  • Une explosion a frappé un café du centre de Damas, près du Palais de justice, sans que l’origine soit encore confirmée
  • Les autorités syriennes enquêtent, tandis que des ambulances ont été déployées sur place

DAMAS: Une explosion s'est produite jeudi dans un café du centre de Damas, près du Palais de justice, a indiqué une source de sécurité syrienne à l'AFP après que la télévision d'Etat a rapporté une déflagration dans la capitale.

Un correspondant de l'AFP a vu des ambulances se diriger, sirènes hurlantes, vers le secteur, au milieu des embouteillages. L'agence officielle Sana a indiqué que les autorités tentaient de déterminer l'origine de l'explosion.


Liban: le chef de la diplomatie syrienne rencontre Berri

Le chef de la diplomatie syrienne Assaad al-Chaibani rencontre jeudi les dirigeants libanais lors d'une visite à Beyrouth marquée par une première réunion avec le président du Parlement, allié du Hezbollah pro-iranien. (AFP)
Le chef de la diplomatie syrienne Assaad al-Chaibani rencontre jeudi les dirigeants libanais lors d'une visite à Beyrouth marquée par une première réunion avec le président du Parlement, allié du Hezbollah pro-iranien. (AFP)
  • Cette visite intervient alors que Damas a assuré ne pas vouloir s'impliquer au Liban, malgré les pressions des Etats-Unis en ce sens
  • Le président Donald Trump a répété à plusieurs reprises que la Syrie pourrait "s'occuper du Hezbollah" dans le pays voisin, critiquant la stratégie d'Israël dans sa guerre avec le mouvement armé et financé par Téhéran

BEYROUTH: Le chef de la diplomatie syrienne Assaad al-Chaibani rencontre jeudi les dirigeants libanais lors d'une visite à Beyrouth marquée par une première réunion avec le président du Parlement, allié du Hezbollah pro-iranien.

Cette visite intervient alors que Damas a assuré ne pas vouloir s'impliquer au Liban, malgré les pressions des Etats-Unis en ce sens.

Le président Donald Trump a répété à plusieurs reprises que la Syrie pourrait "s'occuper du Hezbollah" dans le pays voisin, critiquant la stratégie d'Israël dans sa guerre avec le mouvement armé et financé par Téhéran.

Mais le président syrien Ahmad al-Chareh, qui a pris le pouvoir en décembre 2024 après la chute de Bachar al-Assad, a assuré qu'il n'avait pas l'intention d'intervenir et de rouvrir les plaies du passé.

Le ministre syrien, dont c'est la deuxième visite au Liban, a été reçu par le président libanais Joseph Aoun dès son arrivée, avant de se rendre auprès de Nabih Berri, président du Parlement et allié du Hezbollah, ont indiqué les médias.

M. Chaibani avait effectué en octobre 2025 la première visite d'un haut responsable syrien depuis l'accession de la coalition islamiste au pouvoir à Damas, qui a permis d'ouvrir une nouvelle page dans les relations entre les deux pays.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam s'était pour sa part rendu en mai dernier en Syrie.

Les nouvelles autorités syriennes sont hostiles au Hezbollah, allié du président déchu Bachar al-Assad, et ont annoncé l'arrestation ces derniers mois de cellules présumées affiliées au mouvement chiite, qui nie pour sa part toute présence en Syrie.

Depuis fin 2024, les routes d'approvisionnement du Hezbollah ont été coupées et plusieurs tentatives de contrebande d'armes à destination du Liban ont été déjouées selon Damas.

Sous le clan Assad, l'armée syrienne était intervenue au Liban pendant la guerre civile, en 1976, et Damas avait exercé pendant des décennies sa tutelle sur le pays voisin, où il était accusé de l'assassinat de nombreux responsables libanais.

La première visite de M. Chaibani avait permis de débloquer le dossier des prisonniers syriens au Liban, dont plus de 250 ont depuis été transférés en Syrie.

Environ 2.000 Syriens, soit près d'un tiers de la population carcérale du Liban, sont détenus dans les prisons surpeuplées du pays.