Pourquoi les abeilles d'Arabie saoudite font-elles tant parler d'elles?

Al-Baha, l'une des principales destinations touristiques du Royaume située sur les chaînes de montagnes Sarawat, est également réputée pour sa production de miel et d'apiculture. Chaque année, quelque 800 tonnes de miel sont produites à partir de 125 000 ruches dans la région (Photo, SPA).
Al-Baha, l'une des principales destinations touristiques du Royaume située sur les chaînes de montagnes Sarawat, est également réputée pour sa production de miel et d'apiculture. Chaque année, quelque 800 tonnes de miel sont produites à partir de 125 000 ruches dans la région (Photo, SPA).
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Publié le Mardi 11 avril 2023

Pourquoi les abeilles d'Arabie saoudite font-elles tant parler d'elles?

  • Plus de 16 000 apiculteurs saoudiens déclarés produisent plus de 5 000 tonnes de miel chaque année
  • Certaines variétés de miel du sud-est du Royaume peuvent se vendre à plus de 300 dollars le kilogramme

DJEDDAH: Au milieu du bourdonnement causé par les discours sur le changement climatique, les sécheresses dévastatrices et la perturbation des systèmes alimentaires causée par les conflits, il est facile d'oublier qu'une simple créature – l’abeille – joue un rôle essentiel dans la chaîne alimentaire.

Pour la plupart, qui dit abeille dit miel. Le miel est non seulement ajouté aux mets sucrés et salés, il est également utilisé en médecine traditionnelle pour traiter différentes pathologies telles que l'asthme, les infections oculaires et bien d'autres. La médecine moderne relève quant à elle les propriétés antioxydantes, antimicrobiennes et anti-inflammatoires du miel.

Le miel est cependant loin d'être la raison principale de protéger les abeilles. En effet, ces dernières jouent un rôle crucial dans la pollinisation. Près de 75% des principales cultures mondiales dépendent de la pollinisation animale. Les abeilles restent les principaux pollinisateurs des plantes sauvages et cultivées.

En 2019, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a publié une déclaration soulignant la menace que le déclin du nombre d'abeilles et d'autres pollinisateurs fait peser sur la sécurité alimentaire et la nutrition dans le monde.

Il est difficile de calculer le nombre d'abeilles sur terre; certains experts estiment l'existence d'au moins deux billions d'abeilles dans le monde, réparties en sept familles et environ 20 000 espèces. D'autres experts estiment que la planète abrite entre 80 et 100 millions de ruches, une seule colonie d'abeilles contenant 10 000 à 60 000 abeilles.

EN CHIFFRES

L'industrie mondiale du miel

11 400: le nombre de battements d'ailes d’une abeille en une minute

100 millions d'années: l'âge du plus vieux fossile d'abeille incrusté dans l'ambre

1/2 cuillère à café: la quantité de miel produite par une abeille ouvrière au cours de sa vie

3 à 5 ans: l'espérance de vie de la reine des abeilles

1 500 à 2 000: le nombre d’œufs pondus par jour par la reine des abeilles

Les abeilles sont des pollinisateurs indispensables pour de nombreuses plantes qui autrement ne pourraient survivre. Bien qu'elles soient principalement élevées pour leur miel, toutes les abeilles n'en produisent pas et leur disparition pourrait avoir un impact majeur sur la biodiversité de la planète. La FAO avertit également que le déclin des populations d'abeilles pourrait affecter les cultures nutritives telles que les fruits, les noix et les légumes, qui seraient alors remplacées par des cultures de base telles que le riz, le maïs et les pommes de terre, déséquilibrant ainsi les régimes alimentaires.

Les chercheurs estiment que les gros titres sur les pertes de colonies d'abeilles mellifères ont donné l'impression d'un déclin mondial à grande échelle de la population d'abeilles, mettant en péril l'apiculture. Cependant, ces articles se fondent généralement sur des rapports de recherche limités à quelques pays et sur une période relativement courte, notamment aux États-Unis et en Europe, où les pertes de colonies se sont manifestées au cours de plusieurs hivers rigoureux.

Bien que les abeilles aient résisté à l'épreuve du temps pendant des centaines de millions d'années, le déclin fluctuant de leurs populations au cours des dernières décennies peut également être attribué à de mauvaises pratiques agricoles, au réchauffement climatique et aux maladies.

Conscient de l'impact négatif que le déclin des abeilles peut avoir sur les récoltes, le secteur de l'apiculture progresse partout dans le monde, et le Royaume n'échappe pas à la règle. Bien que le paysage aride de l'Arabie saoudite puisse sembler peu propice à l'apiculture et à la production de miel, ces pratiques sont transmises de génération en génération depuis des siècles.

L'espèce d'abeille la plus répandue dans le Royaume est l'abeille mellifère indigène, Apis mellifera jemenitica, que l'on trouve principalement dans les régions du sud et du sud-ouest du Royaume, un environnement idéal pour les cultivateurs.

Les apiculteurs d'Asir se lancent dans l'aventure du miel saisonnier (Photo, SPA).

La région d'Asir, dans le sud-ouest du pays, est réputée pour sa production de miel d'excellente qualité. Les apiculteurs de la région bénéficient de son climat et de la diversité de sa flore, qui permettent aux abeilles d'extraire le nectar pour créer un miel riche en nutriments. Asir est également connu pour disposer de l'un des sols les plus fertiles du Royaume. La présence des abeilles et la préservation de l'espèce sont essentielles pour le marché agricole florissant de la région, une situation gagnant-gagnant pour les agriculteurs, les abeilles et les apiculteurs.

Le ministère saoudien de l'Environnement, de l'Eau et de l'Agriculture a conçu plusieurs plans pour développer le secteur de l'apiculture et de la production de miel. Il a mis au point des initiatives visant à préserver et à protéger les espèces d'abeilles autochtones, à améliorer la productivité des reines, du miel et d'autres produits apicoles, à développer et à protéger les prairies mellifères, à réglementer leur exploitation et à en améliorer la qualité afin d'obtenir des bénéfices économiques et sociaux.

Un rucher historique avec des ruches traditionnelles d'Apis mellifera jemenitica saoudiennes entretenues depuis plus de 500 ans par la même famille à Taif (Photo, Abdulaziz S. Alqarni, Mohammed A. Hannan, Ayman A. Owayss, Michael S. Engel).

L'apiculture est soutenue par le programme de développement des capacités humaines du Royaume, qui s’inscrit dans le cadre de la Vision 2030 de l'Arabie saoudite, un plan de diversification économique et de réforme sociale annoncé par le prince héritier Mohammed ben Salmane en 2016. Le secteur bénéficie également d'une attention particulière en raison de la promotion et du soutien aux petites et moyennes entreprises locales.

Le Royaume compte environ 16 000 apiculteurs déclarés, un nombre qui devrait atteindre 30 000 d'ici 2030, avec plus d'un million de ruches.

Selon le ministère saoudien de l'Environnement, de l'Eau et de l'Agriculture, le Royaume produit près de 5 000 tonnes de miel et en importe 24 000 tonnes par an. Plus de 20 types de miel sont vendus localement à partir de centaines de ruchers répartis dans tout le pays. La région méridionale produit certaines des catégories de miel les plus riches et les plus rares, comme l'Al-Majra, qui se vend entre 266 et 320 dollars le kilogramme.

Cependant, les apiculteurs se heurtent à plusieurs obstacles.

EN CHIFFRES

L’industrie du miel en Arabie saoudite

16 000 apiculteurs déclarés

1 000 000 de ruches

5 000 tonnes de miel produites annuellement

2 400 tonnes de miel importées chaque année

20 types de miel

50 000 abeilles dans une ruche

Dans un entretien accordé à Arab News, le professeur Ahmad al-Khazim al-Ghamdi, directeur de la chaire de recherche sur les abeilles à l'université du roi Saoud et président de l'Association arabe d'apiculture et de l'Association des apiculteurs d'Albaha, a déclaré que les initiatives et les projets de préservation sont indispensables pour faire face au changement climatique qui entraîne la disparition de l'habitat naturel des abeilles.

«Les rapports internationaux sur le changement climatique indiquent que les températures en Arabie saoudite augmenteront considérablement au cours des vingt prochaines années en raison de la sécheresse de l'air. Lorsque cela se produira, les abeilles indigènes ne seront pas en mesure de supporter ces conditions, et la perte des abeilles aura des retombées économiques et environnementale», a-t-il indiqué.

«Les abeilles importées en grandes quantités remplaceront les abeilles indigènes. L'accouplement d'abeilles locales avec des abeilles importées, en raison du mèlange génétique entre les abeilles indigènes et les abeilles importées, fera perdre aux abeilles leur capacité d'adaptation aux conditions locales», a-t-il ajouté.

Selon le Dr Al-Ghamdi, les abeilles importées peuvent également véhiculer des parasites et des maladies, «en particulier le Varroa destructor (acarien), des maladies virales (neuf virus ont été recensés à ce jour) et des maladies fongiques, dont la plus dangereuse est le Nosema ceranae».

La région d'Al-Baha produit environ 800 tonnes de miel par an à partir de 125 000 ruches (Photo, SPA).

Grâce à l'Association des apiculteurs d'Albaha, 3 000 apiculteurs ont reçu une formation sur les meilleures pratiques de l'apiculture, notamment sur les moyens de résister à des conditions environnementales difficiles afin de préserver les abeilles indigènes saoudiennes, a indiqué le Dr Al-Ghamdi.

Pour soutenir la protection et la préservation des abeilles, planter des arbres appropriés peut contribuer à augmenter considérablement le nombre d'abeilles et à favoriser la prospérité agricole et économique de la région, selon le Dr Al-Ghamdi.

«Nous avons transmis une proposition au ministère de l'Environnement, de l'Eau et de l'Agriculture pour que 10% des 10 milliards d'arbres prévus dans le cadre de l'Initiative verte saoudienne soient des arbres à fleurs afin de fournir du nectar et des sources de pollen aux abeilles, ce qui est essentiel pour lutter contre le stress résultant du réchauffement climatique», a constaté le Dr Al-Ghamdi.

Au fil du temps, les abeilles mellifères indigènes se sont adaptées aux conditions environnementales de la région, comme le climat, la couverture végétale, les maladies courantes, le manque de précipitations, les ravageurs et les prédateurs, et ont coexisté avec eux à travers les années. M. Al-Ghamdi a toutefois déclaré qu'il fallait faire davantage pour préserver les abeilles d'Arabie saoudite.

Cette année, la conférence de l'Association apicole asiatique, qui se tiendra à Albaha du 3 au 6 août sur le thème de l'élevage des abeilles indigènes en vue d'une apiculture durable pour faire face au changement climatique mondial, s'attaquera de front aux préoccupations les plus pressantes des apiculteurs. Des invités de plus de 40 pays participeront et présenteront leurs travaux durant l’événement.

Les abeilles des hauteurs de l'Arabie saoudite attirent les foules. Grâce à elles, les montagnes de Soudah, couvertes de genévriers, sont devenues l'un des modèles les plus intéressants de tourisme durable au Moyen-Orient (Photo fournie).

«Nous avons lancé un projet, en cours depuis trois ans maintenant avec le ministère de l'Environnement, de l'Eau et de l'Agriculture, pour préserver l'abeille indigène dans le Royaume. Nous avons prélevé des échantillons d'abeilles dans différentes régions du Royaume, les avons analysés et avons documenté leur séquence génétique... Nous avons découvert trois génotypes répandus dans le Royaume, qui ont tous été enregistrés dans la National Biotechnology Information Bank des États-Unis», a indiqué le Dr Al-Ghamdi.

«Nous contribuons à la production de 5 000 reines sélectionnées dans les stations d'élevage et de réhabilitation des reines à Jazan, Asir, Albaha et Taif, à l'élaboration d'un programme de sélection et d'élevage de l'abeille indigène au moyen de l'intelligence artificielle et de l'accouplement naturel, et à la création d'une base de données électronique en arabe et en anglais au profit des futurs apiculteurs et chercheurs.»

Il a ajouté que les résultats de l'initiative permettent de préserver les abeilles indigènes et de travailler avec les apiculteurs locaux et le ministère saoudien de l'Environnement, de l'Eau et de l'Agriculture, qui ont alloué des terres aux ruchers afin de s'assurer que les colonies d'abeilles et l'industrie prospèrent et se développent en parallèle.

«Cela permettra de renforcer les capacités des apiculteurs du Royaume, d'offrir un soutien technique et relatif aux données et d'améliorer la production», a déclaré le Dr Al-Ghamdi.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trois journalistes libanais, dont un de la chaîne du Hezbollah, tués par une frappe israélienne

Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
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  • Trois journalistes ont été tués dans une frappe israélienne au sud du Liban, suscitant de vives condamnations des autorités libanaises, qui dénoncent un « crime de guerre »
  • Le conflit entre Israël et le Hezbollah s’intensifie, avec de lourdes pertes civiles, des attaques contre des secouristes et une aggravation de la crise humanitaire

BEYROUTH: Trois journalistes libanais, dont un correspondant vedette de la chaîne al-Manar du Hezbollah, ont été tués samedi au Liban, les autorités dénonçant un "crime flagrant".

L'armée israélienne a affirmé avoir tué Ali Shoeib, qu'elle qualifie de membre de la force al-Radwan, unité d'élite du Hezbollah, opérant "sous la couverture d'un journaliste".

Depuis que le Liban a été entraîné le 2 mars dans la guerre régionale par une attaque du Hezbollah pro-iranien contre Israël, 1.189 personnes ont été tuées, dont 124 enfants et 51 secouristes et membres du personnel de santé, dans les frappes israéliennes massives, et plus d'un million ont été déplacées.

Les trois journalistes ont été tués par une frappe qui a visé leur voiture dans la région de Jezzine, éloignée de la frontière, dans le sud du Liban, selon une source militaire et les médias pour lesquels ils travaillaient.

Outre Ali Shoeib, correspondant de guerre de longue date d'al-Manar dans le sud du Liban, la journaliste d'al-Mayadeen, chaîne proche du Hezbollah, Fatima Ftouni, et son frère, le caméraman Mohammed Ftouni, ont été tués.

Le Hezbollah a dénoncé dans un communiqué l'assassinat de son reporter, tandis que des journalistes ont organisé un rassemblement dans le centre de Beyrouth.

- "Crime de guerre" -

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette frappe de "crime flagrant" et a rappelé que "les journalistes bénéficient d'une protection internationale en temps de guerre".

Le premier ministre Nawaf Salam a quant à lui dénoncé "une violation flagrante du droit international humanitaire".

"Ces actes relèvent de la catégorie des crimes de guerre", a fustigé le ministre de l'Information, Paul Morcos.

Cette attaque intervient alors que deux journalistes de la chaîne russe RT ont été blessés le 19 mars dans une frappe israélienne, qui n'était pas "accidentelle" selon Moscou.

Le 17 mars, le directeur des programmes politiques d'al-Manar, Mohammed Cherri, avait été tué aux côtés de sa femme dans une frappe ayant visé son appartement du centre de Beyrouth, et blessé ses enfants et petits-enfants.

Ce n'est pas la première fois que des journalistes de ces deux chaînes sont visés par l'armée israélienne. En octobre 2024, trois reporters, deux d'al-Mayadeen et un d'al-Manar avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud.

En novembre 2023, deux autres journalistes d'al-Mayadeen avaient été tués par une frappe israélienne dans le sud du pays.

Un mois plus tôt, une frappe a tué le vidéaste de l'agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six autres reporters, dont deux de l'AFP, Dylan Collins et Christina Assi, amputée de la jambe droite.

- Neuf secouristes tués -

Le secteur de la santé est aussi durement touché par l'offensive israélienne: samedi, neuf secouristes ont été tués dans plusieurs frappes israéliennes, selon le ministre de la Santé.

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué 46 secouristes et cinq membres du personnel soignant, a précisé Rakan Nassereddine, ajoutant que 75 attaques ont visé des services de secours et de santé.

Samedi, Israël a poursuivi ses frappes aériennes sur plusieurs localités du sud du Liban, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le Hezbollah a annoncé des attaques contre les forces israéliennes qui progressent dans la région frontalière.

Il a notamment dit avoir frappé un char Merkava à l'aide d'un drone dans la localité de Debel, à majorité chrétienne, où certains habitants sont restés malgré la guerre.

Près de cette localité, un homme qui conduisait sa voiture et son fils ont été tués par "des tirs israéliens", selon l'Ani.

L'armée israélienne a de son côté annoncé poursuivre ses frappes "contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à travers le Liban".

Elle a aussi tenté de larguer des tracts au-dessus de Beyrouth, mais le conteneur ne s'est pas ouvert en vol et est tombé sur un immeuble au sud de Beyrouth, selon un journaliste de l'AFP.

L'armée israélienne a ajouté avoir frappé pendant la nuit des dizaines de cibles du Hezbollah et avoir tué vendredi deux responsables de l'unité de communications du mouvement dans une frappe à Beyrouth.

L'armée libanaise, qui reste à l'écart des violences, a annoncé samedi la mort d'un soldat de 29 ans dans une frappe israélienne dans la région de Nabatiyeh.

Il n'était pas en service, selon un porte-parole de l'armée joint par l'AFP.


Au Liban, un demi-million d'élèves privés d'école à cause de la guerre et des déplacements forcés

Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
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  • La guerre au Liban prive près de 500.000 élèves d’école, beaucoup étant déplacés et contraints de suivre des cours à distance dans des conditions précaires
  • Les difficultés d’accès à internet et le manque de ressources aggravent les inégalités, faisant craindre abandon scolaire, fracture numérique et risques accrus pour les élèves les plus vulnérables

BEYROUTH: Dans une salle d'un lycée transformé en centre d'accueil pour déplacés, Ahmad Melhem essaye tant bien que mal de suivre sur sa tablette un cours préenregistré. Comme des centaines de milliers d'élèves libanais, il est privé d'école en raison de la guerre.

"Nous essayons, avec les moyens du bord, de continuer à étudier pour réaliser nos rêves", explique à l'AFP cet adolescent de 17 ans, alors que certains cours à distance ont repris.

Avec sa famille, ils ont dû fuir la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée par l'armée israélienne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël, pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au premier jour de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.

Avec d'autres familles, ils ont trouvé refuge dans cette salle du lycée Abdel Kader, au coeur de la capitale.

"On a pris des risques pour aller chercher nos livres scolaires", alors que les frappes israéliennes sont quotidiennes sur la banlieue sud, raconte encore Ahmad Melhem, qui veut à tout prix terminer le lycée.

- "La guerre a tout détruit" -

Au total, près de 500.000 élèves ont dû cesser de se rendre en classe depuis le 2 mars, selon l'Unicef; quelque 350 écoles publiques ont été transformées en centre d'accueil, et les établissements scolaires dans les quartiers et localités bombardés par Israël ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée.

Les frappes israéliennes ont tué plus de 1.100 personnes, dont 122 enfants, et déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités libanaises.

Dans la salle de classe où s'étalent matelas et couvertures, Ahmad, qui espère plus tard suivre des études d'ingénieur, s'est aménagé un coin avec ses livres et un écran d'ordinateur, mais il ne dispose pas de connexion internet.

Son école privée de la banlieue sud de Beyrouth a fini par reprendre des cours à distance, deux semaines après le début de la guerre, mais avec des aménagements: les matières facultatives restent suspendues, et les cours durent moins longtemps.

Une ONG a installé une connexion internet dans la cour, qui grouille d'enfants en train de jouer et d'adultes qui discutent autour de narguilés, mais Ahmad dit avoir a du mal à se concentrer.

"Les travaux de groupe et les projets scientifiques me manquent", confie le lycéen, qui décrit les cours en présentiel comme "plus stimulants".

Sa mère, Amira Salameh, 41 ans, tente d'aider son fils cadet, huit ans, à suivre lui aussi l'école en ligne.

"Si je laisse tout seul, il se met à rêvasser", dit-elle.  "La guerre a tout détruit, l'éducation est la seule chose qu'il reste à mes enfants."

- "Fracture numérique" -

L'Unicef s'est en particulier inquiété pour les lycéens comme Ahmad qui doivent passer le baccalauréat cette année, craignant qu'ils ne puissent rejoindre les rangs de l'université l'an prochain.

Autre sujet d'inquiétude: un possible abandon de l'école par les filles et adolescentes sous la menace de "mariages forcés", explique le directeur de l'éducation de l'Unicef au Liban, Atif Ratique.

Dans un lycée professionnel de la banlieue nord de Beyrouth, à Dekwaneh, Aya Zahran, 17 ans, passe ses journées "à cuisiner et à travailler à rendre l'endroit vivable", après avoir elle aussi fui la banlieue sud avec sa famille.

"Nous n'avons qu'un téléphone que l'on partage avec mes frères et soeurs" pour suivre les cours en ligne, et souvent, les liens transmis par l'école publique ne fonctionnent pas, dit l'adolescente.

Une illustration du manque de moyens de ces établissements publics, qui n'ont pas les ressources pour donner des cours à distance, et de la "fracture numérique" entre élèves, notamment ceux du sud du pays, les plus affectés par la guerre, selon M. Rafique.

Ces lacunes ont poussé le ministère de l'Education et l'Unicef à lancer une plateforme en ligne de cours préenregistrés. Un service d'assistance par téléphone où les élèves peuvent joindre un professeur sans avoir besoin de connexion internet a aussi été mis en place par l'Unicef et une ONG libanaise.

"Mes enfants sont d'excellents élèves, je ne veux pas qu'ils arrêtent l'école comme nous quand nous étions enfants", clame Nassima Ismaël, déplacée de l'est du pays, en évoquant sa propre enfance pendant la guerre civile (1975-1990).


L'armée israélienne dit faire face à un tir de missile du Yémen

Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
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  • L'armée israélienne a détecté un missile tiré depuis le Yémen par les Houthis, première menace directe depuis un mois de conflit, déclenchant l'activation des systèmes de défense anti-aérienne
  • Les Houthis, alliés à l'Iran et à l'"axe de la résistance", menacent d'intervenir militairement contre Israël et les États-Unis en cas d'escalade régionale

JERUSALEM: L'armée israélienne a indiqué samedi avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, une première en un mois de guerre au Moyen-Orient, après que les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont menacé de se joindre au conflit.

Les forces israéliennes ont "identifié le tir d'un missile depuis le Yémen en direction du territoire israélien, les systèmes de défense anti-aérienne sont en action pour intercepter cette menace", a indiqué l'armée sur Telegram.

Les Houthis sont alliés à Téhéran au sein de ce que l'Iran a baptisé "axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et de groupes armés irakiens pro-iraniens.

"Nous sommes prêts à une intervention militaire directe en cas de nouvelle alliance avec les Etats-Unis et Israël contre l'Iran (...), de conduite d'opérations hostiles à l'Iran ou tout pays musulman depuis la mer Rouge (...), et en cas de poursuite de l'escalade contre la République islamique" d'Iran, a déclaré vendredi le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, dans une vidéo diffusée sur X.

Ces insurgés pro-iraniens, qui contrôlent une grande partie du Yémen, avaient mené de nombreuses attaques contre Israël et les navires commerciaux en mer Rouge pendant la guerre entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza, entre 2023 et 2025.

Leurs tirs de missiles et de drones avaient fortement perturbé le trafic dans cette voie maritime stratégique, aujourd'hui utilisée notamment par l'Arabie saoudite pour exporter son pétrole sans passer par le détroit d'Ormuz, où la navigation est bloquée par Téhéran.