Partout en Asie, les musulmans célèbrent la fin du Ramadan avec des recettes familiales et des plats locaux originaux

La population musulmane de l'Inde célèbre l'Aïd avec du seviyan, un pudding sucré à base de vermicelles ; en haut, en bas à droite : l'Indonésie, où vivent 13 % des musulmans du monde, célèbre l'événement avec du rendang et du ketupat, un gâteau de riz traditionnel (Photo, AFP).
La population musulmane de l'Inde célèbre l'Aïd avec du seviyan, un pudding sucré à base de vermicelles ; en haut, en bas à droite : l'Indonésie, où vivent 13 % des musulmans du monde, célèbre l'événement avec du rendang et du ketupat, un gâteau de riz traditionnel (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 23 avril 2023

Partout en Asie, les musulmans célèbrent la fin du Ramadan avec des recettes familiales et des plats locaux originaux

  • Avec trois des plus grands pays à majorité islamique, l'Asie abrite 65 % des musulmans du monde
  • Pendant l'Aïd, la nourriture renforce les liens que les ménages partagent avec leur foi, leur nation et leurs ancêtres

 

JAKARTA/NEW DELHI/COLOMBO/MANILA: Les musulmans de toute l'Asie du Sud et du Sud-Est célèbrent Aïd Al-Fitr par des festins au cours desquels des plats locaux typiques et traditionnels marquent non seulement la fin d'un mois de jeûne pendant le Ramadan, mais contribuent également à renforcer, par le biais de la nourriture, les liens que les familles entretiennent avec leurs proches et leurs ancêtres.

L'Asie abrite environ 65% des musulmans du monde et c'est là que se trouvent les trois plus grands pays à majorité musulmane, en termes de population: l'Indonésie, le Pakistan et le Bangladesh.

En Indonésie, plus de 230 millions de personnes adoptent l'islam, ce qui représente 86% de la population du pays et environ 13% de l'ensemble des musulmans dans le monde.

L'archipel, qui s'étend sur plus de 5 000 kilomètres d'est en ouest et sur 1 700 kilomètres du nord au sud, abrite plus de 1 000 groupes ethniques distincts qui ont tous leurs propres traditions.

Pendant Aïd Al-Fitr, cependant, de nombreuses coutumes et traditions couvrent les clivages habituels entre les groupes dans un pays aussi diversifié. Il s'agit notamment de donner généreusement aux organisations caritatives, de rendre visite à la famille, d'acheter de nouvelles tenues pour prier et de s'asseoir pour des festins comprenant des plats populaires locaux et nationaux.

L'un des plats de base de l'Aïd en Indonésie est le rendang, un plat de viande cuite lentement dans du lait de coco, du galanga, de la citronnelle et d'autres épices aromatiques jusqu'à ce qu'elle devienne caramélisée. Ce plat copieux est originaire de Sumatra, mais il existe aujourd'hui de nombreuses variantes dans tout le pays.

Sur les tables de l'Aïd, le rendang est souvent associé à l'opor ayam, un ragoût de poulet javanais préparé en faisant mijoter la viande dans du lait de coco, de la pâte de curry et de la citronnelle.

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Des enfants se saluent après avoir fait une prière matinale spéciale pour commencer la fête de l'Aïd Al-Fitr à la mosquée Jama Masjid dans les vieux quartiers de New Delhi (Photo, AFP).

 

Il y a aussi le ketupat, qui consiste en des galettes de riz emballées dans de jeunes feuilles de cocotier tressées en forme de diamant. Beaucoup pensent que ce plat a été introduit par Sunan Kalijaga, un théologien du XVe siècle et l'un des neuf missionnaires légendaires à qui l'on attribue la propagation de l'islam à Java.

«Pendant l'Aïd, nous mangerons toujours du ketupat, du rendang, de l'opor ayam, des feuilles de papaye et des haricots longs cuits dans du lait de coco, ainsi que du foie de poulet et des pommes de terre dans du chili frit», a déclaré Diella Yasmine, 31 ans, originaire de Jakarta, à Arab News.

Elle a ajouté qu'elle inclut également au menu des telur petis, des œufs durs frits dans une sauce aux crevettes, un plat qu'elle associe à son enfance et aux racines de sa famille.

«Mon père est originaire de l'est de Java et ce plat fait partie de ceux qui doivent être servis à table dans cette région», a expliqué Yasmine.

«Ce plat me rappelle toujours la maison de ma grand-mère. Lorsque nous retournions dans notre ville natale, ce plat était toujours servi. Ma grand-mère et mon grand-père sont déjà décédés, c'est pourquoi ce telur petis est particulièrement mémorable.»

Elle a révélé que sa famille est très stricte quant à la préparation de ce plat.

«Notre recette est transmise depuis des générations par mes arrière-grands-parents. Toutes les mesures doivent être conformes à la recette », a indiqué Yasmine.

Outre les recettes traditionnelles authentiques, il existe un autre élément essentiel à la réussite d'un plat.

 

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Une famille indonésienne prend des photos après la prière de Aïd Al-Fitr à la grande mosquée de Baiturrahman à Banda Aceh (Photo, AFP).

«Le secret de la cuisine de l'Aïd dans notre famille est l'utilisation d'un four traditionnel», a affirmé Yasmine. «Cela la rend unique par rapport à notre cuisine habituelle. Ma famille utilisera toujours un fourneau traditionnel et de la fibre de coco qui donne un goût fumé lorsque nous cuisinons des plats à base de lait de coco.»

Le Pakistan compte 212 millions de musulmans et le Bangladesh 154 millions. L'Inde, à majorité hindoue, compte également plus de 200 millions de musulmans. Ces trois pays représentent près d'un tiers de l'ensemble des musulmans dans le monde.

Chacune de ces nations a sa propre identité, mais leurs peuples partagent de nombreux traits culturels, notamment l'envie de consommer des douceurs lorsque le Ramadan touche à sa fin.

Certaines de ces envies sont satisfaites pendant l'Aïd par un dessert traditionnel connu sous le nom de seviyan ou sawai au Pakistan et en Inde, ou encore shemali au Bangladesh, à base de pudding aux vermicelles.

«Le plat le plus important de l'Aïd est le sawai, ou vermicelle — c'est un incontournable», a déclaré à Arab News Rafat Chahab, chef cuisinier et traiteur à Delhi.

«Il existe deux types de sawai. L'un est le muzaffar, qui ne contient pas de lait et qui est doux et savoureux. L'autre est le sheer khorma, qui contient du lait. Il faut le faire cuire lentement pour en faire ressortir le goût. L'Aïd n'est pas complet sans le plat de sawai.»

«Outre les plats sucrés, le menu comprend généralement du biryani (riz au mouton ou au poulet), du poulet au curry et quelques plats végétariens.»

Ces plats à base de viande et de plantes présentent des variantes locales dans les parties septentrionales du sous-continent. Toutefois, le Cachemire, territoire himalayen revendiqué à la fois par l'Inde et le Pakistan, possède ses propres traditions et sa propre cuisine. Au Cachemire, l'Aïd est synonyme de wazwan, un repas à plusieurs plats dont la majorité est à base de viande.

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Des musulmans font la prière de l’Aïd Al-Fitr dans une rue devant une mosquée à Manille (Photo, AFP).

«Tout le monde prépare du wazwan», a déclaré à Arab News Farooq Ahmed, chef cuisinier à Srinagar, la plus grande ville de la région. «À la maison, les gens préparent cinq ou six types de plats de wazwan, comme la gushtaba, la rista, le kabab et tout le reste.»

La gushtaba est un plat de boulettes de viande à la texture veloutée cuites dans du yaourt épicé, tandis que la rista est un plat de boulettes de viande dans une sauce rouge au paprika, au safran et au fenouil.

«Au Cachemire, l'accent n'est pas mis sur les douceurs», a précisé Ahmed. «Les gens ne préparent pas de plats sucrés à la maison. Ils achètent des plats sucrés lorsqu'ils ont une visite pendant l'Aïd.»

Dans le sud du sous-continent, cependant, les douceurs dominent les tables de fête. Ummi Abdulla, 85 ans, originaire de Calicut au Kerala, a écrit plusieurs livres de cuisine à partir de ses recettes et elle est connue localement comme la «matriarche» de la cuisine musulmane Malabar. Dans sa cuisine, deux plats sont toujours au menu pendant l'Aïd: le chakkara choru, également connu sous le nom de riz au jaggery, et le curry de bananes, a-t-elle affirmé.

«Le chakkara choru est préparé avec du blé grossier et du jaggery (un édulcorant naturel fabriqué à partir du jus de canne à sucre ou de la sève de palmier)», a-t-elle expliqué à Arab News. «C'est un plat très typique du Kerala, que l'on ne trouve nulle part ailleurs en Inde.»

«Pour le curry de bananes, nous utilisons du lait de coco fin au début et après la cuisson, nous ajoutons du lait de coco épais et du sucre. C'est très savoureux. Au Kerala, on trouve différentes sortes de bananes et aucun festival n'est complet sans bananes.»

Au Sri Lanka voisin, où 2 millions de musulmans représentent près de 10% de la population majoritairement bouddhiste du pays, les plats sucrés sont également les plus attendus pour l'Aïd, le plus populaire d'entre eux étant le watalappan, ou crème pâtissière à la noix de coco épicée à la cardamome.

«L'Aïd est synonyme de wattalapam», a souligné Nafha Musthaq, une femme au foyer de Colombo qui travaillait auparavant comme comptable à Dubaï.

Chez elle, le menu de l'Aïd commence par des vermicelles, du curry de bœuf et de la bouillie de sagou sucrée pour le petit-déjeuner et le déjeuner, traditionnellement suivis d'un biryani pour le dîner. Mais la journée se termine par du watalappan.

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Des musulmans bangladais font la prière de l'Aïd al-Fitr, qui marque la fin du mois de jeûne du Ramadan, à la mosquée nationale du Bangladesh, Baitul Mukarram, à Dhaka (Photo, AFP).

«C'est un plat sucré à base de jaggery, d'œufs, de lait de coco et de cardamome», a mentionné Musthaq, qui ajoute que le secret pour obtenir la meilleure saveur réside dans le type d'agent sucrant utilisé; elle choisit toujours du jaggery extrait du kithul, un palmier à sucre originaire du Sri Lanka.

«Il est bon d'en utiliser un kilogramme pour 15 œufs», a-t-elle spécifié. «C'est un plat spécial dans chaque foyer.»

À l'est, aux Philippines, où les musulmans sont une minorité représentant environ 5% de la population du pays, qui compte près de 110 millions d'habitants, le dessert préféré de l'Aïd est le panyam, une sorte de crêpe frite. Il est composé de riz glutineux moulu, de sucre brun et de lait de coco.

Toutefois, ce n'est pas le fait marquant du festin pour les musulmans philippins, dont la plupart appartiennent au groupe ethnique Tausug, originaire des régions du sud-ouest de l'archipel de Mindanao. La vedette culinaire de l'Aïd est plutôt le tiyula itum, ou «ragoût noir».

Parfois appelé «ragoût de bœuf royal» et historiquement lié aux salles à manger de l'ancien sultanat de Sulu qui a survécu jusqu'au début du XXe siècle, le tiyula itum n'est aujourd'hui servi que lors des occasions spéciales liées aux traditions Tausug.

La cuisson du ragoût est un processus complexe. Le bœuf mariné est combiné à de la poudre de noix de coco grillée, qui donne au plat sa couleur noire caractéristique. La viande est ensuite mélangée à des oignons, de l'ail et de la citronnelle sautés et portée lentement à ébullition. Vers la fin du processus de cuisson, on ajoute du piment fort pour donner le goût épicé que beaucoup de gens apprécient.

«La plupart d'entre nous fêtent l'Aïd à fond et le ragoût de bœuf et le tiyula itum avec du riz jaune sont courants sur toutes les tables musulmanes philippines pendant la fête», a déclaré à Arab News, Nur-mukin Usman, conférencier invité à l'université d'État de Mindanao. Les ingrédients, en particulier l'écorce de noix de coco brûlée, doivent être préparés un jour à l'avance ou tôt le matin.»

Kiram Irilis, directeur d'école à Sulu, une province du sud qui fait partie de la région autonome Bangsamoro dans le Mindanao musulman, a soutenu que le tiyula itum devait toujours figurer parmi les célébrations de l'Aïd.

«C'est ce que je prépare pour mes compatriotes», a-t-il dévoilé. «Après la prière de l'Aïd Al-Fitr, je donne à manger à tous ceux qui entrent dans la mosquée. C'est ainsi que nous exprimons notre gratitude pour avoir terminé le mois de jeûne et pour avoir persévéré.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 

 


L'armée américaine annonce une nouvelle «vague de frappes» mercredi en Iran

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
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  • L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines
  • Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé avoir lancé une nouvelle "vague de frappes"  en Iran, à partir de 10H00 GMT mercredi.

"Ces frappes ont pour objectif de réduire encore les capacités militaires des forces iraniennes, utilisées pour attaquer la navigation commerciale dans le détroit d'Ormuz", a détaillé le commandement central américain sur son compte X.

La guerre entre Iran et Etats-Unis s'installe, Ormuz de nouveau paralysé

L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines. Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi.

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains.

Les affrontements avaient repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, mais Téhéran est pour l'heure épargnée, comme les installations pétrolières et gazières du Golfe.

Et Israël n'y participe pas pour l'instant.

"Tous les jours, je me réveille en me demandant si la situation va s'apaiser ou empirer", témoigne auprès de l'AFP Moustafa Mohammed, un comptable soudanais de 39 ans vivant au Koweït. "L'incertitude étreint tout le monde".

30 civils morts 

Mercredi, la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par les Etats-Unis, comme les environs de ville d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués dans leur caserne, selon l'armée iranienne qui a recensé 13 tirs de missiles américains.

Téhéran avait déjà rapporté des bombardements la veille puis dans la nuit, notamment dans la région du détroit d'Ormuz - à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm -, et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

L'armée américaine a elle annoncé une nouvelle "vague de frappes" mercredi.

Plus de 30 civils sont morts depuis que la confrontation a repris, selon le gouvernement iranien.

En riposte, Téhéran a ciblé Bahreïn, le Koweït et la Jordanie. Les Gardiens de la Révolution ont notamment dit avoir visé des installations de la Cinquième flotte des Etats-Unis à Bahreïn, et le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine.

"Graves conséquences" 

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises et par lequel transitait d'ordinaire 20% du brut et du gaz liquéfié (GNL) mondial, plusieurs pétroliers ont été attaqués ces derniers jours et le trafic s'est raréfié.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

Le baril de Brent, référence internationale, qui s'est envolé depuis la reprise des hostilités, progressait légèrement mercredi, se situant autour de 85 dollars.

Les Gardiens iraniens, qui ont affirmé que le détroit "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", ont aussi évoqué la possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés", sans détailler.

Avec la réimposition du blocus, le président américain entend lui faire pression sur Téhéran qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée, Donald Trump avait assuré vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation.

Mais il a fait marche arrière mardi, évoquant plutôt "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

"Vraiment mal tourner" 

Le président américain a lancé un nouvel ultimatum aux Iraniens: soit ils reprennent les négociations, soit "la semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", a-t-il dit, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques.

Il avait envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).


Trump fait l'éloge d'un Premier ministre irakien en quête d'investissements

Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
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  • Donald Trump a salué le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi, qui promet de désarmer les groupes armés pro-iraniens d'ici fin septembre et d'ouvrir davantage l'Irak aux investissements américains
  • Bagdad cherche à renforcer son partenariat avec Washington tout en préservant son équilibre diplomatique avec l'Iran, dans un contexte de fortes tensions régionales

WASHINGTON: Donald Trump a salué mardi le leadership du Premier ministre irakien Ali al-Zaidi qui a de son côté promis de désarmer les groupes pro-iraniens présents dans le pays et s'est dit prêt à accueillir les entreprises américaines.

Parlant d'une "formidable alchimie" entre eux, le président américain a jugé que le dirigeant irakien était "un champion".

"Il a remporté une élection que beaucoup de gens n'avaient pas prévue", a-t-il affirmé devant la presse dans le Bureau ovale au côté du dirigeant irakien, insistant sur le fait qu'il l'avait "endossé".

"C'est un grand combattant, et c'est un grand admirateur des Etats-Unis", a ajouté le président américain en rappelant que le pays disposait d'énormes réserves de pétrole.

La visite du Premier ministre irakien -- son premier déplacement à l'étranger depuis sa prise de fonction en avril -- intervient en pleine reprise des affrontements entre les deux grands alliés de l'Irak, l'Iran et les Etats-Unis, dont l'opposition de longue date a fait du pays un terrain d'affrontement par procuration.

Ali al-Zaidi est arrivé lundi aux Etats-Unis pour ce déplacement d'une semaine. Il doit rencontrer également des représentants de compagnies pétrolières et des élus.

L'ex-homme d'affaires, arrivé au pouvoir avec l'appui du président américain, s'est engagé à dynamiser la fragile économie de son pays, qui dépend fortement de ses exportations de pétrole.

Il est surtout sous pression pour désarmer les groupes armés irakiens pro-iraniens, accusés d'avoir mené des centaines d'attaques sur des infrastructures américaines en Irak pendant la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran fin février.

"Il s'agit de ma première visite aux Etats-Unis, non pas d'un simple voyage d'agrément, mais d'une déclaration de partenariat économique", a lancé pour sa part M. Zaidi.

"Le 30 septembre, les forces américaines se retireront et les entreprises américaines s'installeront" en Irak, a-t-il dit en soulignant que le gouvernement prendrait "le monopole sur les armes".

"Après le 30 septembre, les factions n'auront plus lieu d'être (..) et nous n'autoriserons aucune entité à porter des armes en dehors de l'Etat", a-t-il dit, condition indispensable selon lui pour attirer les investissements.

- "Maintenir l'équilibre" -

Son gouvernement a donné aux groupes armés, désignés comme organisations terroristes par les Etats-Unis, jusqu'au 30 septembre pour se désarmer, date coïncidant avec le retrait d'Irak de la coalition internationale dirigée par Washington pour combattre les jihadistes.

Si Bagdad a adopté récemment une position plus favorable aux Etats-Unis, cela ne "signifie pas que l'Irak tourne le dos à l'Iran", a souligné un haut responsable irakien à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

L'Irak "doit maintenir l'équilibre en vigueur de longue date" entre ses alliés, a-t-il déclaré.

La semaine dernière, des villes saintes chiites irakiennes ont accueilli d'immenses cortèges à l'occasion des funérailles de l'ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans les frappes en Iran fin février.

En signe de soutien au dirigeant irakien, Washington a repris les envois de liquidités au titre des revenus pétroliers de l'Irak, gérés par la Réserve fédérale de New York depuis 2003, année de l'invasion américaine de l'Irak qui avait plongé le pays dans des années de violences.

Ces transferts de fonds avaient été suspendus plus tôt cette année pour accentuer la pression sur Bagdad afin qu'il désarme les groupes armés pro-iraniens.

Certains d'entre eux ont dit qu'ils coopéreraient avec le gouvernement irakien, mais d'autres refusent toujours de rendre les armes.

"Tant qu'il y a une guerre dans la région, ni eux ni l'Iran n'accepteront" le désarmement, a estimé le haut responsable irakien.

Ces groupes, dont la puissance politique et financière a augmenté au fil des années, demandent depuis longtemps le retrait des troupes américaines de la coalition antijihadiste, établie en 2014 pour lutter contre l'organisation Etat islamique.

- En quête d'investissements -

L'Irak tente de tourner la page de décennies de violences, mais souffre toujours d'infrastructures et de services publics défaillants et d'une corruption endémique.

"C'est un fardeau qu'il faut partager avec un partenaire stratégique. Le partenaire stratégique le plus important au monde, ce sont les Etats-Unis", a relevé M. Zaidi.

Ces derniers mois, l'Irak a conclu plusieurs accords avec des compagnies pétrolières américaines.

D'autres accords devraient être signés cette semaine à Washington, notamment l'un portant sur la création d'un fonds auquel l'Irak apportera 500.000 barils de pétrole par jour contre l'amélioration de son approvisionnement en électricité.

Pays fondateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Irak dépend fortement de ses exportations de brut, qui représentent ordinairement 90% de ses recettes budgétaires et transitent en grande majorité par le détroit d'Ormuz, au coeur des hostilités actuelles.


Nouveaux échanges de frappes au Moyen-Orient, Washington reprend son blocus des ports iraniens

Des navires sont amarrés le long d'un quai du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, seul port naturel en eau profonde de la région et l'un des principaux ports à conteneurs de l'émirat de Charjah, sur le golfe d'Oman, le 14 juillet 2026. (AFP)
Des navires sont amarrés le long d'un quai du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, seul port naturel en eau profonde de la région et l'un des principaux ports à conteneurs de l'émirat de Charjah, sur le golfe d'Oman, le 14 juillet 2026. (AFP)
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  • Les États-Unis ont repris leurs frappes contre l'Iran et rétabli un blocus naval, tandis que Téhéran affirme maintenir la fermeture du détroit d'Ormuz jusqu'à la fin des attaques américaines
  • L'escalade militaire fragilise le cessez-le-feu et les efforts diplomatiques, avec des risques majeurs pour le commerce mondial de l'énergie et la sécurité régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont lancé une nouvelle série de frappes contre l'Iran et réimposé un blocus de ses ports, Téhéran promettant mercredi que le détroit maritime d'Ormuz resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

La reprise du blocus naval - effective depuis 20H00 GMT mardi - et l'intensification des bombardements minent les efforts diplomatiques pour rendre durable le protocole d'accord signé le 17 juin par les Etats-Unis et l'Iran, qui entérinait le cessez-le-feu conclu en avril.

L'armée américaine a achevé mardi soir "une nouvelle série de frappes" visant des "dizaines de cibles militaires" iraniennes, a déclaré le Commandement central américain (Centcom).

L'Iran, après avoir rapporté des bombardements tous azimuts sur son sol, a riposté mercredi en attaquant des installations américaines dans plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ont également affirmé que le détroit d'Ormuz "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", dans un communiqué diffusé par la télévision d'Etat iranienne.

Sans donner de détails, ils ont aussi évoqué une possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés".

Dans le détroit d'Ormuz et ses environs, où le trafic maritime s'est raréfié, plusieurs pétroliers ont été attaqués, faisant au moins deux morts et plusieurs blessés depuis lundi soir, selon l'Organisation maritime internationale.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

- Protocole "démantelé" -

Après la décision des Etats-Unis de réinstaurer un blocus naval du pays, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a estimé que Washington avait "démantelé" le protocole d'accord.

Donald Trump a, lui, renouvelé ses menaces à l'encontre de Téhéran.

"La semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", à moins qu'ils ne "s'assoient à la table des négociations", a-t-il déclaré sur Fox News, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques du pays.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée du détroit d'Ormuz, il avait assuré lundi vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation. Mais il a fait marche arrière mardi, remplaçant ce projet par "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

- Quatrième nuit de frappes -

Sur le terrain, l'Iran a rapporté tout au long de la journée, puis dans la nuit de mardi à mercredi, des bombardements sur son territoire notamment à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm - sur le détroit d'Ormuz - et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Le Centcom américain a de son côté affirmé que des frappes avaient été menées "sur des sites de missiles et de drones iraniens, des capacités navales et des systèmes de défense côtière".

Il s'agit de la quatrième nuit de frappes américaines d'affilée. Donald Trump a envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit, déclenché le 28 février par des bombardements des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran.

Téhéran a, en retour, attaqué des installations américaines dans plusieurs monarchies du Golfe.

Le Koweït, touché mardi par des frappes iraniennes ayant blessé quatre militaires, a fait état dans la nuit de nouvelles attaques de drones. L'Iran a dit y avoir frappé le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine, selon les Gardiens iraniens.

A Bahreïn, où les sirènes d'alerte ont retenti, ces derniers ont affirmé avoir visé des installations de la marine américaine.

En Jordanie, l'armée a déclaré avoir abattu trois missiles lancés par l'Iran qui, selon la télévision d'Etat iranienne, y a mobilisé des drones contre des hangars sur la base Al-Azraq et contre une installation abritant des chasseurs F-18.

- "Pas un seul baril" -

Avec la réimposition du blocus naval, le président américain entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit où il n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage du détroit d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).