Chez les jeunes palestiniens du Liban, rêves brisés et espoirs d'exil

Sur cette photo prise le 19 avril 2023, des personnes marchent le long d'une ruelle du camp de Chatila pour réfugiés palestiniens dans la banlieue sud de Beyrouth (Photo, AFP).
Sur cette photo prise le 19 avril 2023, des personnes marchent le long d'une ruelle du camp de Chatila pour réfugiés palestiniens dans la banlieue sud de Beyrouth (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mercredi 03 mai 2023

Chez les jeunes palestiniens du Liban, rêves brisés et espoirs d'exil

  • La situation alarmante des Palestiniens s'est encore détériorée avec la grave crise économique qui frappe le Liban depuis 2019
  • Environ 250 000 réfugiés palestiniens résident au Liban, selon une estimation de l'ONU, qui précise toutefois que près du double est enregistré auprès de ses services

CAMP DE CHATILA, Liban: Dans le camp de réfugiés de Chatila aux portes de Beyrouth, les jeunes palestiniens n'ont que des rêves brisés, et pour beaucoup une seule envie: quitter un pays qui ne veut pas d'eux.

"Il y a une forme de désespoir", confie à l'AFP Nirmeen Hazineh, une Palestinienne de 25 ans, descendante de rescapés de la "Nakba", synonyme d'exode pour des centaines de milliers de Palestiniens.

"L'émigration est la seule solution. Tu parles à n'importe qui, il te dira +Je veux partir+, de façon légale ou illégale", ajoute la jeune femme au sourire solaire.

Nirmeen aussi veut s'en aller, "dans un pays qui me respecte, qui me donne une chance, un emploi", énumère cette diplômée en sociologie, qui ne trouve pas de travail au Liban en raison des restrictions imposées aux Palestiniens.

Dans les ruelles du camp de Chatila, les portraits de militants récemment tués en Cisjordanie occupée côtoient ceux du chef historique de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat, mettant en valeur le lien organique entre les Palestiniens de "l'intérieur" et ceux de la diaspora.

Environ 250 000 réfugiés palestiniens résident au Liban, selon une estimation de l'ONU, qui précise toutefois que près du double est enregistré auprès de ses services, qui ne prennent pas en compte les morts et les départs.

«Privés de leurs droits»

"Sans perspective et privés de leurs droits fondamentaux, les réfugiés palestiniens tentent d'émigrer lorsque c'est possible", explique à l'AFP Dorothee Klaus, directrice au Liban de l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa).

"Nous ne jouissons pas de nos droits les plus élémentaires", confirme Mohammad Abdel Hafiz, un bénévole de la Défense civile palestinienne, qui roule à cyclomoteur dans les ruelles du camp, trop étroites pour les voitures.

"J'aurais voulu être ingénieur ou médecin, mais je ne peux pas travailler dans ces domaines", s'insurge-t-il, les autorités libanaises ayant interdit aux réfugiés d'exercer 39 professions, notamment dans les domaines de la médecine, du droit ou de l'ingénierie.

A 29 ans, il rêve de partir en Occident, mais les chances d'obtenir un visa sont presque nulles et les traversées clandestines dangereuses. Trois jeunes du camp sont morts après le naufrage de leur embarcation au large du Liban en septembre, se remémore Mohammad.

"Ils sont morts parce qu'ils voulaient assurer leur avenir", souligne-t-il.

Walid Othman, 33 ans, aurait pour sa part aimé étudier les sciences politiques pour "défendre la cause palestinienne dans les forums internationaux".

Mais il a dû interrompre ses études avant le bac et devenir forgeron "en raison de la situation économique difficile", justifie le jeune homme dont la famille a fui la région d'Acre en 1948 puis a été chassée du camp palestinien de Tall Zaatar près de Beyrouth, rasé lors de la guerre civile en 1976.

Assis dans une permanence du Front populaire de libération de la Palestine, dont il est un militant, l'homme à la barbe fournie se dit convaincu de l'existence d'un "complot pour affamer les Palestiniens au Liban et les pousser à partir".

«Dans le coeur»

Le camp a connu ses heures de gloire du temps de la puissance de l'OLP dans les années 1970, avant d'être le théâtre d'un terrible massacre dans la foulée de l'invasion israélienne du Liban en 1982 puis d'être encerclé par des miliciens prosyriens au milieu des années 1980.

La situation alarmante des Palestiniens s'est encore détériorée avec la grave crise économique qui frappe le Liban depuis 2019. Plus de 80% d'entre eux vivent dans la pauvreté, selon Mme Klaus.

Parmi les quelque 30 000 Palestiniens ayant fui la guerre en Syrie, certains ont afflué dans le camp et sont aujourd'hui les plus démunis selon l'Unrwa, qui souffre d'un déficit budgétaire chronique.

En Syrie, environ 400 000 réfugiés palestiniens sont enregistrés auprès de l'organisation et ont accès au marché du travail. En Jordanie, ils sont environ 2,3 millions et jouissent des mêmes droits que les autres habitants.

Selon le discours officiel, si les autorités libanaises maintiennent les réfugiés palestiniens dans cette situation précaire, c'est pour empêcher leur implantation au Liban, afin qu'ils puissent rentrer en terre palestinienne un jour.

"Aucun Palestinien, où qu'il vive et même s'il vit bien, ne peut oublier la Palestine", assure Mohammad Abdel Hafiz: "Tous les gens naissent dans un pays, mais nous, nous naissons avec notre pays dans le cœur".


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.


Accord-cadre entre Liban et Israël, qui laisse deux "zones pilotes" à l'armée libanaise

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
  • Israël, le Liban et les États-Unis ont signé un accord-cadre pour avancer vers une paix durable, incluant le désarmement progressif du Hezbollah
  • Israël maintiendra ses troupes dans le sud du Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah, tandis que Washington promet un soutien humanitaire et sécuritaire

WASHINGTON: Israël, le Liban et les Etats-Unis ont signé vendredi à Washington un accord-cadre visant à trouver "une paix durable" entre les deux pays du Proche-Orient, Israël assurant que son armée resterait au Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah pro-iranien.

"Nous sommes heureux d'annoncer un accord-cadre entre le gouvernement souverain du Liban et le gouvernement d'Israël, avec la médiation et le soutien des Etats-Unis", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio avant la signature.

Ce texte pose la première pierre d'"un cadre pour une paix et une sécurité durables", a-t-il estimé.

Il s'agit d'un "premier pas" vers la restauration de la souveraineté du Liban, sans "occupation", "subordination", ni "tutelle", a déclaré de son côté le président libanais Joseph Aoun.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a lui estimé que le texte faisait courir un risque de "guerre civile" en cas d'application par les autorités libanaises.

L'un des points clés est le "désarmement vérifié des groupes armés non étatiques et du démantèlement des infrastructures qui leur sont associées", dont le Hezbollah pro-Téhéran qui s'est toujours opposé aux négociations.

Après l'annonce de l'accord, des partisans du mouvement ont manifesté dans les rues de Beyrouth, notamment dans les quartiers proches du Parlement et le long d'une route menant à l'aéroport, et ont bloqué au moins une route avec des pneus enflammés, selon l'ANI, une agence officielle.

Un correspondant de l'AFP a également vu des postes de contrôle temporaires de l'armée libanaise être mis en place dans plusieurs rues.

- "Zones pilotes" -

Le Liban et Israël avaient entamé mi-avril des discussions directes à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Cette session de pourparlers était la cinquième.

L'accord-cadre prévoit notamment de confier progressivement à l'armée libanaise le contrôle de deux "zones pilotes", qui ont vocation à se multiplier jusqu'à ce que les forces étatiques aient la main sur tous les secteurs concernés, devant y permettre à terme le retour des civils.

L'une des deux premières zones est située au sud et l'autre au nord du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.

Le retrait israélien devrait être limité puisque Benjamin Netanyahu a répété que son armée resterait dans le sud du Liban jusqu'à ce que le Hezbollah "soit désarmé".

La disparition de cette menace" éliminera toute nécessité future d'une intervention militaire ou d'une présence des Forces de défense d'Israël au Liban", et "le gouvernement israélien déclare n'avoir aucune ambition territoriale au Liban", dispose ainsi l'accord.

- "Début du début" -

A Washington, Marco Rubio a décrit le texte comme "le début du début". Il a annoncé dans un communiqué une "aide humanitaire immédiate de 100 millions de dollars, en coordination avec les Nations unies", ainsi qu'un versement de "plus de 30 millions de dollars" aux Forces armées libanaises "en faveur d'une paix durable au Liban".

Le chef de l'aide humanitaire à l'ONU, Tom Fletcher, a ainsi plaidé pour un accès "sûr, continu et libre" des organisations aux personnes dans le besoin, un déminage et la réparation prioritaire des infrastructures essentielles.

Selon l'accord-cadre, les Etats-Unis soutiendront plus généralement le gouvernement libanais pour la reconstruction du pays, la relance économique et les "perspectives de prospérité". De son côté, Beyrouth s'engage à s'assurer que les fonds n'atterrissent pas entre les mains de groupes armés et d'entités liées.

Les hostilités sur le front libanais ont repris début mars après des tirs du Hezbollah pro-iranien vers Israël, déclenchés en soutien à Téhéran visé par une offensive militaire israélo-américaine.

L'armée israélienne a mené de vastes frappes aériennes au Liban et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon les autorités libanaises. Elle occupe une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de sa frontière, censée protéger les habitants du nord d'Israël.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.


Le président libanais salue les efforts de Paris et Rome pour former une coalition succédant à la Finul

Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
  • Le Liban soutient le projet franco-italien de coalition multinationale pour remplacer la Finul après 2026 et renforcer sa souveraineté
  • Les tensions persistent dans le sud malgré une accalmie, tandis que l'ONU défend le maintien d'une présence internationale

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a salué vendredi les efforts de la France et de l'Italie pour former une coalition multinationale appelée à succéder à la force de maintien de la paix de l'ONU dans son pays, dont le mandat expire fin 2026.

Sous pression américaine, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en août dernier de fixer à décembre la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Rome et Paris, importants contributeurs à cette mission, veulent préparer un relais.

Dans un communiqué, M. Aoun a qualifié cette initiative d'"expression sincère de l'engagement international en faveur du soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban, et une reconnaissance réelle du rôle joué par l'(armée libanaise) dans le maintien de la sécurité et l'extension de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble de son territoire", en particulier dans le sud du pays, actuellement occupé en partie par l'armée israélienne.

Le Liban, a-t-il ajouté, est disposé à adopter "toute formule internationale qui renforce les capacités de ses forces armées et préserve son intégrité territoriale".

Le président français Emmanuel Macron et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, ont annoncé jeudi vouloir mettre en place une "coalition" multinationale sous leur direction, pour renforcer la "souveraineté au Liban" et empêcher que le pays ne devienne "une base pour une escalade régionale".

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays.

Ils sont déployés dans le sud du Liban, le long de la Ligne bleue qui s'étend sur 120 kilomètres, traçant une frontière de facto entre le Liban et Israël.

Depuis le 2 mars, le conflit entre Israël et le mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, fortement implanté dans cette région, a repris après l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

L'armée israélienne a entrepris son incursion militaire la plus profonde au Liban depuis l'an 2000.

Malgré une accalmie sur le terrain, les frappes israéliennes se sont poursuivies ces derniers jours, faisant au moins sept morts depuis mardi, selon les autorités libanaises.

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU.

Il a proposé trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme pour permettre notamment de surveiller le cessez-le-feu et soutenir les forces armées libanaises.