La BCE attendue sur une nouvelle hausse des taux mais limitée

La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, lors d'une conférence de presse sur la politique monétaire de la zone euro à Francfort-sur-le-Main le 16 mars 2023 (Photo, AFP).
La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, lors d'une conférence de presse sur la politique monétaire de la zone euro à Francfort-sur-le-Main le 16 mars 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 04 mai 2023

La BCE attendue sur une nouvelle hausse des taux mais limitée

  • Après une série de six hausses de taux depuis juillet 2022, la BCE estime qu'elle a encore du chemin à faire avant de terminer son cycle de resserrement
  • La Fed a relevé mercredi son principal taux directeur pour la dixième fois d'affilée depuis mars 2022

FRANCFORT: La Banque centrale européenne devrait une nouvelle fois relever ses taux d'intérêt jeudi mais en ralentissant le rythme, tenant compte à la fois du timide repli de l'inflation, hors prix de l'énergie, et de la faible croissance économique en zone euro.

Après une série de six hausses de taux depuis juillet 2022, la BCE estime qu'elle a encore du chemin à faire avant de terminer son cycle de resserrement monétaire.

"Ce n'est pas le moment" d'arrêter de relever les taux, a prévenu fin avril son économiste en chef Philip Lane.

L'institution a relevé ses taux de 3,50 points de pourcentage depuis juillet dernier dans le cadre d'une campagne sans précédent de durcissement des conditions de crédit pour maîtriser la flambée des prix à la consommation.

Même la banque centrale américaine, qui a démarré son resserrement monétaire plus tôt que les gardiens de l'euro, n'a pas encore formellement annoncé de pause.

La Fed a relevé mercredi son principal taux directeur pour la dixième fois d'affilée depuis mars 2022, d'un quart de point de pourcentage, laissant ouverte la suite de sa politique.

Jeudi, les 26 membres du conseil des gouverneurs de la BCE disposeront d'une panoplie de données fraiches pour décider de l'ampleur d'une nouvelle hausse.

Une "majorité" d'entre eux vont se sentir "plus à l'aise avec une hausse plus faible des taux d'intérêt", selon Ulrike Kastens, économiste chez DWS.

Une majorité d'économistes tablent sur un relèvement de 0,25 point de pourcentage, après 0,5 point en mars.

Effet progressif
Le taux qui fait référence, en rémunérant les dépôts bancaires excédentaires dormant au guichet de la BCE, serait dans ce cas porté de 3,0% à 3,25%.

En renchérissant le crédit, la BCE veut freiner la demande de prêts immobiliers, à la consommation ou pour les investissements des entreprises et ainsi faire ralentir la hausse des prix.

L'inflation en avril a navigué encore bien au-dessus de l'objectif de 2%, regagnant 0,1 point de pourcentage, à 7,0%, après des mois de ralentissement.

Mais en excluant les prix d'énergie, de l'alimentation, du tabac et de l'alcool, l'inflation "sous-jacente" a reculé pour la première fois en un an, à 5,6% contre 5,7% en mars, selon Eurostat.

Un ralentissement significatif de l'inflation n'est pas attendu à court terme, à voir les hausses de salaire consenties dans plusieurs secteurs, comme en Allemagne pour les employés des services publics.

Dans le secteur bancaire, les conditions d'octroi de prêts se durcissent comme jamais depuis la crise de la dette souveraine de 2011 et la demande de crédits s'en ressent, selon les dernières données de la BCE.

Le resserrement monétaire fait ainsi progressivement son effet : "tous ces impacts vont continuer à se diffuser dans l'économie progressivement, ce n'est pas fini", a pronostiqué M. Lane.

Si le danger de crise bancaire présent en mars s'est éloigné, une hausse forte des taux pourrait créer de nouvelles tensions.

Enfin la faible croissance du Produit intérieur brut de la zone euro, de 0,1% au premier trimestre, atteste de la baisse de régime souhaitée par la BCE, mais aussi de la vulnérabilité de l'économie de la zone euro.

Vers un pic cet été
Ces données justifieraient une hausse limitée des taux, mais pas encore de pause: le Conseil de la BCE "n'envisagera de mettre fin au cycle de hausse des taux" que si la "tendance se confirme à la baisse de l'inflation sous-jacente" et "on en est encore loin", selon Fritzi Köhler-Geib, cheffe économiste à la KfW.

Les économistes tablent sur un taux de dépôt culminant entre 3,50% et 3,75% d'ici le creux de l'été.

"Une fois atteint ce +plateau+, les taux devraient se stabiliser pendant une période relativement longue", croit Maxime Mura, gérant chez Swiss Life Asset Managers.

Un autre chantier est en cours à la BCE, avec la réduction, à raison de 15 milliards d'euros par mois en moyenne depuis mars, du stock d'obligations publiques et privées acquises durant les années de basse inflation.

Les "faucons" à la BCE, partisans d'une politique monétaire stricte, pourraient "faire pression (jeudi) pour un rythme plus rapide de réduction du bilan à partir du troisième trimestre", estime Frederik Ducrozet, chef économiste chez Pictet Wealth Management.


Maroc: Société Générale cède sa filiale à une holding marocaine pour 745 millions d'euros

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  • Le groupe bancaire français Société Générale a annoncé vendredi avoir signé pour 745 millions d'euros un contrat de cession de ses parts de Société Générale Maroc à la holding marocaine Saham
  • Saham "reprendrait ainsi la totalité des activités opérées" par Société Générale Maroc, ainsi que celles de la compagnie d'assurance La Marocaine Vie

PARIS: Le groupe bancaire français Société Générale a annoncé vendredi avoir signé pour 745 millions d'euros un contrat de cession de ses parts de Société Générale Maroc à la holding marocaine Saham.

Saham "reprendrait ainsi la totalité des activités opérées" par Société Générale Maroc, ainsi que celles de la compagnie d'assurance La Marocaine Vie, que la Société générale détenait via sa filiale d'assurance Sogecap, a indiqué la direction dans un communiqué.

L'ensemble des salariés seront également repris par Saham, un empire de l'assurance, des métiers de l'offshoring (délocalisation) et de la finance au Maghreb et en Afrique, fondé par l'ex-ministre marocain de l'Industrie, le milliardaire Moulay Hafid Elalamy.

Société Générale a commencé à se désengager en Afrique. En décembre et en janvier, elle a vendu deux de ses filiales au Congo et au Tchad et elle est en cours d'exécution de cessions de ses filiales en Guinée Equatoriale et au Burkina Faso.

Le groupe Société Générale, qui a une présence ancienne en Afrique, entend par ces ventes "façonner un modèle simplifié, plus synergétique et performant."

Elle rejoint un mouvement lancé par d'autres groupes bancaires, comme Barclays ou BNP Paribas, qui ont cédé plusieurs de leurs filiales africaines ces dernières années.

La stratégie de simplification du portefeuille d'activités s'inscrit dans la feuille de route stratégique de Société Générale, dont le bénéfice net a bondi à 2,5 milliards d'euros en 2023. Jeudi, elle avait annoncé avoir signé un protocole de vente au groupe bancaire BPCE de ses activités de financements de biens d'équipements pour les entreprises regroupées dans SGEF, pour un montant de 1,1 milliard d'euros.


Des milliards de dollars de fraude au Vietnam: la patronne d'un géant de l'immobilier condamnée à mort

La magnate vietnamienne de l'immobilier Truong My Lan (au centre) au tribunal à Ho Chi Minh ville le 11 avril 2024. (Photo AFP)
La magnate vietnamienne de l'immobilier Truong My Lan (au centre) au tribunal à Ho Chi Minh ville le 11 avril 2024. (Photo AFP)
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  • Truong My Lan est condamnée pour avoir escroqué environ 42.000 personnes entre 2012 et 2022, via un montage d'obligations transitant par la SCB, détenue à plus de 90% par son groupe, avec la complicité de fonctionnaires de la supervision bancaire
  • Selon le parquet, le total des dommages causés par l'escroquerie s'élevait désormais à 27 milliards de dollars (25 millions d'euros), soit l'équivalent de 6% du PIB du pays en 2023

HO CHI MINH-VILLE, Vietnam : La dirigeante d'un géant de l'immobilier a été condamnée à la peine de mort dans une affaire de fraude dont les dommages ont été estimés par le parquet à 25 milliards d'euros au total, le plus grand scandale financier qu'ait connu le Vietnam.

Les actions de Truong My Lan, patronne du conglomérat Van Thinh Phat, accusée d'avoir escroqué des fonds de la Saigon Commercial Bank (SCB) pendant une décennie, «ont érodé la confiance des gens dans la direction du Parti (communiste) et de l'Etat», a estimé le jury, selon les médias d'Etat, lors du procès qui s'est tenu dans un tribunal de Hô Chi Minh-Ville (sud).

Mme Truong a été reconnue coupable de corruption, détournement de fonds et violation de la loi bancaire. La femme d'affaires a nié son rôle et rejeté la faute sur ses subordonnés.

Au cours d'un procès XXL qui a duré environ un mois, Mme Truong et 85 autres prévenus ont comparu pour répondre aux interrogations et à la colère de milliers d'épargnants lésés qui ont perdu leurs fonds presque du jour au lendemain.

La liste des accusés comprenait des anciens fonctionnaires de la banque centrale, des ex-membres du gouvernement ainsi que des dirigeants de la banque impliquée dans le montage frauduleux, la Saigon Commercial Bank (SCB), sur fond de purge anticorruption orchestrée depuis plusieurs années par le pouvoir communiste visant les hautes sphères politiques et économiques.

La peine de mort n'avait été requise par le procureur que contre Mme Truong considérée comme le cerveau de l'opération.

- «Peu de connaissances» -

Au moment de sa dernière prise de parole en public, lors des audiences, elle a confessé avoir pensé au suicide. «Dans mon désespoir, j'ai pensé à la mort», a-t-elle déclaré, dans des propos rapportés par Tuoi Tre, un journal d'Etat.

«Je suis tellement en colère d'avoir été assez stupide pour m'être impliquée dans un secteur aussi difficile (la banque) pour lequel je n'avais que peu de connaissances», a-t-elle assuré.

Truong My Lan est condamnée pour avoir escroqué environ 42.000 personnes entre 2012 et 2022, via un montage d'obligations transitant par la SCB, détenue à plus de 90% par son groupe, avec la complicité de fonctionnaires chargés de superviser le secteur bancaire.

Elle a été arrêtée en octobre, accusée d'avoir détourné 304.000 milliards de dongs, soit 11,5 milliards d'euros, qui auraient alimenté son train de vie luxueux et servi à la corruption.

Mais le parquet a affirmé jeudi que le total des dommages causés par l'escroquerie s'élevait désormais à 27 milliards de dollars (25 millions d'euros), soit l'équivalent de 6% du PIB du pays en 2023.

Le procès a révélé certaines combines, comme un pot-de-vin d'environ cinq millions d'euros en liquide dissimulé dans des boîtes de Styrofoam, un isolant thermique habituellement utilisé pour le transport de fruits ou de fruits de mer.

La destinataire, ancienne responsable chargée de l'inspection au sein de la banque centrale, a assuré avoir refusé le paquet, tendu par l'ancien président de la SCB. Ce dernier a affirmé de son côté ne pas l'avoir repris après l'avoir donné, selon un média d'Etat.

Les procureurs ont aussi fait état de plus d'un millier de propriétés confisquées à Mme Truong.

- Dispositif policier -

L'ampleur du scandale a poussé des centaines de personnes à manifester dans la capitale Hanoï et à Hô Chi Minh-Ville, dans une inhabituelle expression de colère collective tolérée dans le pays communiste.

Mercredi, un important dispositif policier s'est déployé devant le siège de la banque centrale à Hanoï, lieu de précédents rassemblements.

Faute de transparence et de régulation efficace, le système bancaire vietnamien laisse la porte ouverte à de puissants acteurs privés qui peuvent imposer leurs intérêts au détriment des épargnants.

Ces dernières années, le régime communiste a accéléré sa campagne anticorruption. Au nom de cette politique, plus de 4.400 personnes, dont des anciennes stars du monde des affaires et des ministres déchus, ont été poursuivies dans plus de 1.700 affaires depuis 2021.

Le recours à la peine capitale est monnaie courante au Vietnam pour des affaires de stupéfiants, mais demeure rare pour des délits ou crimes économiques.

Les statistiques sur son application sont classées secret d'Etat, mais Amnesty International estime que de «nombreuses» exécutions ont lieu chaque année, de l'ordre de plusieurs dizaines par an.


Les nouveaux contrôles douaniers post-Brexit vont aggraver l'inflation britannique, selon une étude

Un partisan anti-Brexit tient une pancarte lors d'un rassemblement à l'extérieur du Palais de Westminster, qui abrite les Chambres du Parlement, dans le centre de Londres, le 31 janvier 2024, alors que les nouveaux contrôles douaniers post-Brexit entrent en vigueur. (Photo Justin Tallis AFP)
Un partisan anti-Brexit tient une pancarte lors d'un rassemblement à l'extérieur du Palais de Westminster, qui abrite les Chambres du Parlement, dans le centre de Londres, le 31 janvier 2024, alors que les nouveaux contrôles douaniers post-Brexit entrent en vigueur. (Photo Justin Tallis AFP)
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  • Ces nouveaux contrôles aux frontières «devraient faire grimper le prix des produits agricoles importés de l'Union européenne (UE) de 2 milliards de livres» (2,34 milliards d'euros) par an, ce qui gonflera «l'inflation britannique de 0,2 point de pourcenta
  • Londres avait reporté à cinq reprises certaines formalités et contrôles des importations, de peur de pénaliser une économie déjà atone et d'alimenter l'inflation

LONDRES : Les nouveaux contrôles douaniers post-Brexit, qui doivent entrer en vigueur le 30 avril pour de nombreuses marchandises arrivant au Royaume-Uni en provenance de l'UE, coûteront deux milliards de livres aux entreprises et aggraveront l'inflation britannique, selon une étude publiée jeudi.

Ces nouveaux contrôles aux frontières «devraient faire grimper le prix des produits agricoles importés de l'Union européenne (UE) de 2 milliards de livres» (2,34 milliards d'euros) par an, ce qui gonflera «l'inflation britannique de 0,2 point de pourcentage», d'après cette étude de l'assureur Allianz Trade.

L'inflation britannique, qui atteignait 3,4% sur un an en février, a nettement ralenti depuis son pic à plus de 11% fin 2022, mais elle reste la plus élevée du G7.

Depuis l'entrée en vigueur effective du Brexit en janvier 2021, l'UE a mis en place des contrôles renforcés pour les marchandises en provenance du Royaume-Uni.

De son côté, Londres avait reporté à cinq reprises certaines formalités et contrôles des importations, de peur de pénaliser une économie déjà atone et d'alimenter l'inflation.

Fin janvier, des certificats sanitaires et phytosanitaires sont devenus obligatoires, notamment pour certains produits d'origine animale ou végétale de «risque moyen». Fin avril, des contrôles physiques entreront en vigueur.

Parmi les produits concernés par les nouvelles formalités au passage de la Manche figurent certains fromages, beurres ou crèmes, saucisses, jambon ou charcuterie, mais aussi certaines fleurs coupées, racines ou tubercules.

Le gouvernement avait reconnu en janvier que ces changements pourraient se traduire par des coûts supplémentaires de 330 millions de livres (386 millions d'euros) par an sur les importations depuis l'UE, mais assurait que cela n'aurait pas d'impact significatif sur l'inflation alimentaire.

Allianz Trade estime pour sa part que ces coûts se chiffreront en milliards et prévient que «les exportateurs de l’UE répercuteront (au moins une partie de) ces coûts supplémentaires sur leurs clients britanniques». «Les produits laitiers, la viande et le poisson» seront les produits les plus touchés, souligne l'assureur.

Cependant, cet impact sur l'inflation «sera atténué», car une autre politique du gouvernement britannique suspend en parallèle certains droits «sur des marchandises non couvertes par des accords de libre-échange», ce qui «réduira les coûts d'importation de 7 milliards de livres et par conséquent l'inflation de 0,6 point de pourcentage», remarque Allianz Trade.

Le gouvernement britannique met en effet en place, à partir de jeudi, pour un peu plus de deux ans, des suspensions de certains droits d'importation sur 126 produits non-fabriqués, ou en quantités insuffisantes, sur le territoire britannique, dans des secteurs comme la chimie, l'automobile ou l'agroalimentaire.