Les Syriens sans-abri depuis les séismes, toujours en quête d’un logement

Des habitants touchés par le tremblement de terre du 6 février assistent à un Iftar dans la ville d'Atareb, dans la campagne occidentale de la province d'Alep, le 31 mars 2023 (Photo, AFP).
Des habitants touchés par le tremblement de terre du 6 février assistent à un Iftar dans la ville d'Atareb, dans la campagne occidentale de la province d'Alep, le 31 mars 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 10 mai 2023

Les Syriens sans-abri depuis les séismes, toujours en quête d’un logement

  • Près de 1 900 maisons ont été détruites dans le nord-ouest de la Syrie et plus de 8 800 autres sont inutilisables
  • L'ampleur de la pénurie de logements a submergé les autorités, laissant de nombreuses familles dans l'incertitude

LONDRES: Depuis que deux tremblements de terre dévastateurs ont frappé le nord-ouest de la Syrie et le sud de la Turquie le 6 février, les survivants vivent dans des abris temporaires et des camps non officiels, dans l'attente de nouvelles sur leur réinstallation.

L'ampleur de la pénurie de logements a submergé les ONG et les autorités locales, laissant dans l'incertitude les familles qui ont perdu leurs maisons. De nombreux survivants traumatisés par la catastrophe ont encore trop peur de rentrer chez eux.

Lorsque les secousses ont frappé la ville d'Alep, à l'ouest de la Syrie, aux premières heures de la journée fatidique, «les gens se sont réfugiés dans les parcs et les cimetières, rassurant leurs enfants en leur disant que ce n'était rien de plus qu'un pique-nique prolongé», a déclaré à Arab News Fatima Mardini, qui travaille bénévolement dans les camps non officiels. «Du moment qu'il n'y avait rien d'autre que le ciel au-dessus de leurs têtes.»

Les tremblements de terre ont aggravé une situation déjà désastreuse dans le nord-ouest de la Syrie, où douze années de guerre civile ont réduit de nombreuses maisons et bâtiments publics en ruines, certains ménages et communautés ayant été déplacés à plusieurs reprises par les combats.

L'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a estimé en février que quelque 5,37 millions de personnes en Syrie avaient besoin d'une aide à l'hébergement à la suite des tremblements de terre.

Près de 1 900 maisons ont été détruites dans le nord-ouest du pays et plus de 8 800 autres sont inutilisables, selon le Global Shelter Cluster, un comité permanent inter-agences qui coordonne les réponses en matière d'abris.

Les tremblements de terre ont causé des dégâts matériels directs estimés à 5,1 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,91 euro) en Syrie, selon un rapport mondial d'évaluation rapide de la Banque mondiale publié le 3 mars. Les bâtiments résidentiels ont représenté près de la moitié des dommages.

Un rapport récent de l'ONG Action for Humanity, basée au Royaume-Uni, a révélé que 98% des personnes vivant actuellement dans des camps avaient été déplacées à la suite des tremblements de terre.

Des personnes marchent le long d'une allée entre des tentes dans un camp de déplacés érigé à la suite du tremblement de terre meurtrier du 6 février, à Jindayris, dans le nord-ouest de la Syrie, le 19 février 2023 (Photo, AFP).

Le rapport, publié en mars, a révélé que neuf personnes sur dix dans les camps du nord-ouest «avaient déjà été déplacées par le conflit au moins une fois lorsqu'elles ont été déplacées par ces tremblements de terre».

Quelque 12% des résidents de ces camps ont été déplacés une ou deux fois, 65% entre trois et sept fois, et environ 23% ont été contraints de fuir leur domicile huit fois ou plus, a précisé le rapport.

Dans les zones contrôlées par les rebelles dans le nord-ouest de la Syrie, les tentes sont presque devenues un luxe, avec des prix allant de 150 à 300 dollars, et parfois même 500 dollars, à un moment où le revenu mensuel moyen est de 50 à 75 dollars, a signalé Yaser Alchhada, directeur national de SKT Welfare, à Arab News.

En attendant, plus de quatre millions de personnes dans le nord-ouest de la Syrie continuent de dépendre de l'aide humanitaire pour satisfaire leurs besoins les plus élémentaires, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).

La majorité de ces abris temporaires sont des écoles, des mosquées et des stades, où la surpopulation, le manque d'accès à l'eau potable et un système d'égouts endommagé ont augmenté le risque de maladies.

FAITS MARQUANTS

  • Plus de 7 000 morts et 10 400 blessés enregistrés en Syrie à la suite du tremblement de terre.
  •  4,1 millions de personnes dans le nord-ouest de la Syrie dépendent de l'aide humanitaire.
  •  Les Nations unies ont distribué plus de 16,56 millions de dollars à 500 000 Syriens affectés dans les régions du nord-ouest depuis janvier.

Récemment, l'Organisation mondiale de la santé et le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), en partenariat avec d'autres ONG internationales et les autorités sanitaires locales, ont lancé une campagne de vaccination contre le choléra dans les zones les plus touchées, par crainte d'une nouvelle épidémie.

La situation n'était peut-être que légèrement meilleure dans les zones contrôlées par le gouvernement. Mardini, une bénévole basée à Alep, a déclaré à Arab News qu'elle avait parlé à des jeunes femmes qui n'avaient pas pu se laver pendant un mois depuis les tremblements de terre.

«L'une d'entre elles m'a dit avec fierté qu'elle s'était douchée il y a deux jours. Lorsque je lui ai demandé comment, elle m'a répondu que, bien que craignant une nouvelle réplique, elle s'était rapidement lavée dans la salle de bain de leur maison à moitié détruite avant de retourner en courant au refuge.»

Au cours des semaines qui ont suivi les tremblements de terre, les conditions d'hébergement étaient catastrophiques, a déclaré à Arab News Mohammed al-Jaddou, un activiste civil qui a créé la Fondation Ammerha pour apporter une réponse d'urgence à Jableh, au sud de Lattaquié, et à Alep.

«Un grand nombre de personnes était entassé dans des pièces», a-t-il révélé, ajoutant que les abris de Jableh et d'Alep n'étaient pas équipés d'installations suffisantes.

Des Syriens déplacés vivant dans des bâtiments endommagés par la guerre dans la ville de Raqa, dans le nord de la Syrie, le 1er mars 2023, alors que l'on craint que les habitations déjà fragiles ne résistent pas à un autre tremblement de terre (Photo, AFP).

À Jableh, l'équipe d'Al-Jaddou a distribué des repas et des kits d'abris aux familles déplacées, dont beaucoup, craignant les répliques, restaient dans les mosquées et les parcs malgré les rigueurs de l'hiver.

Des quartiers entiers ont été vidés de leurs habitants, même ceux qui sont encore intacts, pendant des semaines après les premiers tremblements de terre, en raison de l'absence de services publics et du traumatisme résiduel.

«Dans les quartiers bien desservis de la capitale, Damas, nous n'avons au mieux que deux heures d'électricité toutes les quatre heures», a indiqué Al-Jaddou. «Mais la situation est encore pire dans les zones touchées par le tremblement de terre à Jableh et Alep.»

Trois mois après les tremblements de terre, les associations locales ont réussi à reloger quelques familles, tandis que d'autres ont choisi de s'installer chez des proches.

Des Syriens qui se sont retrouvés sans abri après le tremblement de terre dévastateur qui a frappé leur pays reçoivent une aide humanitaire alors qu'ils s'installent dans un camp de fortune installé dans une école de la ville d'Atareb, dans la campagne occidentale de la province d'Alep, le 10 février 2023 (Photo, AFP).

Toutefois, ces associations ne peuvent fournir une aide au logement que pendant six mois. Après cela, les ménages doivent trouver un moyen de payer leur loyer au milieu de difficultés financières et d'effondrement de l'économie. De nombreuses personnes se sont retrouvées sans abri.

Al-Jaddou ne croit pas que la situation du logement s'améliorera dans un avenir proche. «Il y a des bâtiments qui ont été détruits depuis 2011 sans qu'aucun effort ne soit fait pour les restaurer», a-t-il déclaré.

Selon Mardini, dans les parties du gouvernorat contrôlées par le gouvernement, des initiatives individuelles ont permis de reloger une centaine de familles, tandis que celles qui ont les moyens de payer un loyer ont eu recours à des logements bon marché dans les quartiers les plus pauvres.

Le gouvernement a également accordé des subventions d'un an à plusieurs ménages, tout en logeant temporairement d'autres dans des appartements inachevés, a affirmé à Arab News Marwan Alrez, directeur général de l'équipe de bénévoles Mart.

Cependant, après un premier élan de bonne volonté, l'aide de l'État s'est rapidement tarie. «Il y avait de nombreux abris, notamment des écoles, pour accueillir les familles», a expliqué Alrez. «Il y avait beaucoup de tentes. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.»

Des Syriens construisent un camp temporaire pour héberger les familles sans abri à la suite du tremblement de terre meurtrier, dans la ville d’Harim, dans la province d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie, à la frontière avec la Turquie, le 8 février 2023 (Photo, AFP).

«Les abris à l'intérieur de la ville d'Alep ont été suspendus. Il n'y a plus que deux abris en dehors de la ville, dans la campagne, à Jibrin et dans une autre ville.

«Il y a deux jours, j'ai visité une école dans le cadre d'une campagne de soutien à environ 150 enfants, mais on m'a dit que l'établissement devait fermer bientôt», alors que de nombreuses familles qui y sont hébergées sont au chômage et ont tout perdu.

Le 24 mars, Action for Humanity a ouvert le village de Massa dans le district d'Al-Bab, au nord-ouest de la Syrie, pour accueillir 500 familles déplacées qui vivaient dans des tentes et des abris informels.

Malgré les efforts déployés au niveau national et international pour héberger les personnes touchées par les tremblements de terre, l'ampleur des besoins reste considérable. Pourtant, les fonds fournis par les donateurs internationaux sont loin d'être suffisants.

Dans une déclaration publiée le 7 mars, un groupe de 47 ONG syriennes et internationales, dont Action for Humanity, Hand in Hand et le Conseil danois pour les réfugiés, a prévenu que «le financement de la réponse humanitaire en Syrie est à la traîne».

Les agences ont indiqué que l'appel d'urgence pour le tremblement de terre en Syrie n'était «que de 52%, alors qu'un tiers seulement des 206 millions de dollars promis a été versé aux partenaires et que cette somme est disponible pour la réponse.»

«Les ONG syriennes sont négligées de manière disproportionnée concernant les allocations de fonds alors qu'elles fournissent l'essentiel de la réponse en Syrie, que ce soit directement ou en tant que partenaires des Nations unies et des ONG internationales», a soutenu la déclaration des ONG.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Davos: Le ministre iranien des affaires étrangères dénonce «deux poids, deux mesures» après la révocation de son invitation 

 Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé le WEF de faire deux poids deux mesures en annulant sa participation et en maintenant celle du président israélien. (File/AP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé le WEF de faire deux poids deux mesures en annulant sa participation et en maintenant celle du président israélien. (File/AP)
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  • Araghchi a rejeté la décision, affirmant que sa participation avait été annulée "sur la base de mensonges et de pressions politiques"
  • Il a également fait référence à la participation de M. Herzog à Davos en janvier 2024 malgré les plaintes judiciaires déposées contre lui en Suisse pour la conduite de son pays pendant la guerre à Gaza, qui a tué environ 71 000 personnes

DUBAI : Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a critiqué le Forum économique mondial pour avoir annulé son invitation à la réunion annuelle de Davos en raison de la répression des récentes manifestations dans son pays, accusant le forum d'appliquer "un double standard flagrant" et de succomber aux pressions occidentales.

Le Forum économique mondial a confirmé que M. Araghchi ne participerait pas au sommet de cette année, qui se tient jusqu'au 23 janvier, en déclarant que "bien qu'il ait été invité à l'automne dernier, la perte tragique de vies civiles en Iran au cours des dernières semaines signifie qu'il n'est pas juste que le gouvernement iranien soit représenté à Davos cette année".

Dans un post sur X, Araghchi a rejeté la décision, affirmant que sa participation avait été annulée "sur la base de mensonges et de pressions politiques de la part d'Israël et de ses mandataires et apologistes basés aux États-Unis".

Le ministre iranien a critiqué ce qu'il a appelé le "deux poids deux mesures" du WEF pour avoir maintenu une invitation au président israélien Isaac Herzog malgré les accusations internationales de génocide des Palestiniens à Gaza.

Il a également fait référence à la participation de M. Herzog à Davos en janvier 2024 malgré les plaintes judiciaires déposées contre lui en Suisse pour la conduite de son pays pendant la guerre à Gaza, qui a tué environ 71 000 personnes.

Si le WEF veut feindre une position prétendument "morale", c'est sa prérogative. Mais il devrait au moins être cohérent à ce sujet", a écrit M. Araghchi, estimant que la décision exposait une "dépravation morale et une faillite intellectuelle".

M. Herzog, d'Israël, devrait participer à une discussion modérée au WEF jeudi.


« Vers une croissance transformative » : Faisal Alibrahim sur le WEF et l’économie du Royaume

Dans un entretien avec le rédacteur en chef Faisal J. Abbas, M. Alibrahim a fait remarquer que de nombreuses grandes économies, en particulier occidentales, ont été confrontées ces dernières années à une combinaison de stagnation, d'inflation, de barrières commerciales, de faible productivité et de volatilité difficile à gérer, et encore plus à planifier. (Photo AN)
Dans un entretien avec le rédacteur en chef Faisal J. Abbas, M. Alibrahim a fait remarquer que de nombreuses grandes économies, en particulier occidentales, ont été confrontées ces dernières années à une combinaison de stagnation, d'inflation, de barrières commerciales, de faible productivité et de volatilité difficile à gérer, et encore plus à planifier. (Photo AN)
L'Arabie saoudite profitera de la réunion du Forum économique mondial la semaine prochaine pour « faire en sorte que le dialogue porte ses fruits », a déclaré le ministre de l'Économie et de la Planification, Faisal Alibrahim, à Arab News. (Photo AN)
L'Arabie saoudite profitera de la réunion du Forum économique mondial la semaine prochaine pour « faire en sorte que le dialogue porte ses fruits », a déclaré le ministre de l'Économie et de la Planification, Faisal Alibrahim, à Arab News. (Photo AN)
Alibrahim a été nommé ministre de l'Économie et de la Planification en 2021, alors que le royaume sortait de la pandémie de COVID-19. Il avait rejoint le ministère en tant que conseiller en 2016 et occupé le poste de vice-ministre de 2018 à 2021. (Photo AN)
Alibrahim a été nommé ministre de l'Économie et de la Planification en 2021, alors que le royaume sortait de la pandémie de COVID-19. Il avait rejoint le ministère en tant que conseiller en 2016 et occupé le poste de vice-ministre de 2018 à 2021. (Photo AN)
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  • Dans une interview exclusive accordée à Arab News, le ministre saoudien de l'Économie et de la Planification déclare que le Royaume est « passé d'une approche consistant à livrer à tout prix à une approche consistant à livrer au juste prix ».
  • « Le Royaume est devenu un foyer non seulement pour tout dialogue, mais pour un dialogue axé sur des résultats concrets », a déclaré Alibrahim avant la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos

RIYAD : L’Arabie saoudite profitera de la réunion du Forum économique mondial la semaine prochaine pour « donner du sens au dialogue », a déclaré dimanche le ministre de l’Économie et de la Planification, Faisal Alibrahim, exposant la manière dont le Royaume entend renforcer ses partenariats et faire face aux vents contraires économiques mondiaux, alors que cette année marque le 10ᵉ anniversaire de la Vision 2030.

Alors que les dirigeants d’entreprise, décideurs politiques et chefs d’État se préparent pour le forum de Davos, en Suisse, le ministre a accordé une interview exclusive à Arab News avant l’événement annuel, désormais un rendez-vous incontournable dans le calendrier du Royaume.

Il a déclaré que la mission centrale de la délégation saoudienne reste inchangée : « Nous continuerons à travailler avec nos partenaires internationaux de tous les secteurs, disciplines et régions, afin de combler collectivement le “déficit de progrès” et de travailler ensemble pour créer plus d’élan vers une croissance transformative. »

Il a souligné que de nombreuses grandes économies, notamment en Occident, ont été confrontées ces dernières années à un mélange de stagnation, inflation, barrières commerciales, faible productivité et volatilité difficile à gérer, pour ne pas dire à anticiper. Cela a laissé la production mondiale à un niveau « inférieur à son potentiel », ce qui affecte directement le Royaume en tant que membre du G20.

« Au fil du temps, cela s’accumule et crée un vent contraire aux gains de progrès », a averti Alibrahim.

Depuis 2016, l’Arabie saoudite a lancé un ambitieux plan Vision 2030 pour transformer son modèle économique dépendant du pétrole, s’ouvrant davantage et s’intégrant aux marchés mondiaux.

« L’économie du Royaume est plus intégrée à l’économie mondiale que jamais. Nos leçons apprises, nos progrès, nos succès sont des apports précieux et des données utiles pour nos partenaires et vice versa », a déclaré le ministre, ajoutant que les discussions à Davos porteront à la fois sur l’investissement dans le Royaume et sur la manière dont d’autres peuvent « s’inspirer du modèle saoudien ».

L’engagement du Royaume au Forum économique mondial repose sur deux questions principales, selon lui : « Comment pouvons-nous approfondir nos liens bilatéraux et comment travailler avec nos partenaires pour relever les défis mondiaux ? »

Alibrahim a été nommé ministre de l’Économie et de la Planification en 2021, alors que le pays sortait de la pandémie de COVID-19. Il avait rejoint le ministère comme conseiller en 2016 et occupé le poste de vice-ministre de 2018 à 2021.

Auparavant, il a occupé des postes de direction chez Saudi Aramco, notamment vice-président du développement, responsable des fusions et acquisitions pour le développement de nouvelles activités, directeur commercial du projet du chantier maritime de Ras Al-Khair et directeur de projet de la transaction Vela-Bahri. Ces expériences lui ont donné un aperçu direct des domaines où l’économie du Royaume détient un avantage compétitif, a-t-il indiqué.

Au cours de sa décennie au gouvernement, a-t-il expliqué, la perception de l’Arabie saoudite est passée de celle d’un partenaire dépensier dirigé par l’État à celle d’un acteur pragmatique et facilitateur, avec un secteur privé en plein essor opérant sur un pied d’égalité.

« Les conversations sont passées de la discussion sur les opportunités des acteurs déjà établis, à celles sur les opportunités pour l’investissement et le déploiement de capitaux du Royaume, à la manière dont ces entreprises peuvent générer des profits grâce à l’histoire saoudienne ; de la prise de fonds à la génération de revenus, pour ainsi dire », a déclaré le ministre.

Grâce au « sérieux » démontré par Riyad, a-t-il ajouté, les acteurs sont désormais « intéressés à faire partie de cette transformation ».

« Cela a conduit les gens non seulement à prendre note, mais à comprendre qu’il y a des opportunités pour eux », a déclaré Alibrahim. « L’intérêt est plus élevé, le travail tend à générer plus d’élan, et la discussion continue. »

Selon les dernières données du ministère de l’Économie et de la Planification, la dépendance directe et indirecte de l’Arabie saoudite au pétrole est passée de plus de 90 % avant les réformes à 68 % en 2025.

Les activités non pétrolières représentent désormais 56 % du PIB réel et, en octobre, le ministère des Finances a relevé ses prévisions de croissance pour 2026 de 3,5 % à 4,6 %, principalement grâce à l’expansion hors pétrole.

Malgré ces réformes et les signes d’une économie dynamique et diversifiée, le Royaume dépend encore fortement des revenus pétroliers, surtout depuis que les prix ont chuté depuis un pic d’environ 114 dollars le baril en mai 2022.

« Nous nous découplons d’une seule matière première », a déclaré Alibrahim. « Cela ne signifie pas que nous ne comptons plus dessus pour notre activité économique. Mais nous ne voulons plus en dépendre autant qu’avant. »

La Vision 2030 a été conçue avec « certains résultats » en tête, a expliqué le ministre, et a nécessité des réformes structurelles profondes pour rendre le Royaume plus attractif pour les investisseurs internationaux, notamment par des mesures récentes assouplissant les règles immobilières et ouvrant le marché boursier.

À partir de ce mois-ci, par étapes, les personnes et entités étrangères pourront posséder des biens immobiliers — et pas seulement des baux à long terme — dans des zones désignées. Dans une démarche également historique, l’Autorité des marchés financiers a ouvert le marché des capitaux saoudien à tous les types d’investisseurs étrangers, permettant un investissement direct dès le 1ᵉʳ février.

« La Vision 2030 a été planifiée de manière robuste, tout en gardant à l’esprit l’importance de gérer avec prudence », a déclaré le ministre. « Ces deux annonces illustrent un renforcement des réformes structurelles.

« Il ne s’agit pas de capitaux ou d’investissements déployés par le gouvernement pour atteindre des résultats. Il s’agit d’un changement de politique, d’un changement du cadre réglementaire à long terme, destiné à rester, qui génère et libère beaucoup d’impact et de résultats économiques. »

Le Royaume, a-t-il ajouté, travaille à « éliminer les frictions » et attirer le capital étranger dans des secteurs matures et émergents, notamment la technologie, où l’Arabie saoudite vise à tirer parti de sa position géographique et de son savoir-faire accumulé pour devenir un leader du marché.

« On ne peut pas véritablement diversifier une économie et exploiter son potentiel sans tirer le meilleur de chaque domaine dans lequel on a un avantage », a déclaré Alibrahim. « L’Arabie saoudite dispose de plusieurs secteurs avec un savoir approfondi accumulé pendant des décennies — et dans certains cas, presque un siècle. »

Il a cité Aramco comme exemple, expliquant que l’entreprise a pu consolider des décennies de données opérationnelles dans sa plateforme « metabrain », utilisée pour réduire l’intensité carbone et améliorer la performance.

Tout aussi important, selon lui, est l’accès à un « écosystème réglementaire dynamique » pouvant offrir aux pays les garanties légales et de souveraineté des données recherchées lorsque le Royaume héberge des centres de données et infrastructures numériques, une initiative appelée « ambassade des données ».

Alibrahim a déclaré que l’Arabie saoudite avait développé une « capacité unique » à équilibrer ses relations grâce à son ouverture et à son objectif déclaré de « libérer tout le potentiel de notre pays, économie et société ».

Il a ajouté : « Nous avons démontré, avec un solide historique, notre engagement pour la paix, le dialogue et, en fin de compte, la stabilité continue pour favoriser la prospérité. Le monde sait que nous sommes très sérieux à ce sujet.

« Le Royaume a été une capitale du pragmatisme, et lorsqu’il est reconnu par nos partenaires, ils comprennent que cela rend les interactions avec le Royaume très simples. »

Sur les spéculations récentes selon lesquelles l’Arabie saoudite aurait réorienté ses priorités et détourné une partie de son budget des projets domestiques vers des investissements aux États-Unis, où le prince héritier Mohammed ben Salmane a annoncé des projets pouvant atteindre 1 000 milliards de dollars, le ministre a indiqué que ces opportunités « se sont présentées » sur ce marché étranger mais « s’alignent sur les plans d’investissement et stratégiques déjà approuvés » correspondant à ce montant.

Il a ajouté : « Dans le même temps, pourquoi ne pas dépenser plus judicieusement si nous le pouvons ? La première phase de la Vision 2030 nous demandait de livrer à tout prix, mais nous sommes passés de ce mode de livraison à tout prix », a-t-il déclaré.

La phase initiale du plan visait à « rattraper le retard et signaler de nouveaux secteurs », a expliqué Alibrahim, et le Royaume avait initialement investi massivement « aux bons endroits » pour signaler la naissance de nouvelles industries, réduire les écarts de rendement et attirer les investisseurs.

« Mais après un certain temps, une fois cet objectif atteint et ce signal envoyé, il est temps de se demander : “Comment continuer à faire la même chose mais avec des dépenses plus judicieuses au juste niveau de coût ?” » a-t-il poursuivi.

« Et c’est là-dessus que nous nous concentrons actuellement ; des dépenses plus judicieuses ne sont en aucun cas incompatibles avec l’endroit où nous investissons notre capital. »

Alors que la Vision 2030 fête cette année son 10ᵉ anniversaire — soit environ les deux tiers de sa durée — certains indicateurs restent en retard. Mais de nombreux objectifs jadis jugés trop ambitieux ont connu des progrès tangibles, ce que le ministre attribue à la flexibilité intégrée du plan.

« Je pense que nous avons beaucoup de leçons apprises », a-t-il déclaré. « Le point le plus important, selon moi, est de savoir que vous apprendrez, ajusterez et vous adapterez ; vous avez la capacité, l’agilité et la prudence pour continuer à mettre en œuvre vos plans. Les plans sont importants, mais l’agilité est ce qui fait progresser les plans. »

Comment, alors, le gouvernement décide-t-il quels projets prioriser, réduire ou étendre ? Ces décisions sont prises via un processus « circulaire » qui réévalue constamment les arbitrages, a expliqué Alibrahim.

« Par le passé, nous passions beaucoup de temps à concevoir la politique d’intervention, la loi, et pas assez à évaluer son impact », a-t-il expliqué.

« Maintenant, nous avons un processus plus rigoureux où vous évaluez la loi ou l’intervention en détail, faites une pré-évaluation de l’impact réglementaire, puis suivez comment elle est mise en œuvre et les résultats concrets qui en découlent. »

Le gouvernement a créé une « boucle de rétroaction continue », a-t-il déclaré, couplée à des discussions structurées et à une gouvernance qui revisitent chaque année les priorités et guident les stratégies à court et long terme ainsi que l’allocation de capital pour atteindre les objectifs.

Interrogé sur la place du Forum économique mondial dans la diplomatie économique et la stratégie plus large de l’Arabie saoudite, le ministre a déclaré qu’à mesure que le Royaume s’intègre davantage à l’économie mondiale, sa voix devient « plus influente sur les plateformes multilatérales mondiales et sur de nombreux enjeux globaux ».

Davos, a-t-il ajouté, réunit « de nombreux dirigeants, penseurs et spécialistes mondiaux », et la participation saoudienne constitue « la continuité de notre travail quotidien » qui permet au Royaume de faire avancer plusieurs sujets et objectifs simultanément.

Alibrahim a noté que, bien que le forum reste la plateforme la plus visible pour ce type d’engagement, Riyad continuera de participer « chaque fois qu’un rassemblement mondial important pour le Royaume aura lieu, auquel le Royaume peut contribuer et bénéficier ».

Détaillant les plans d’accueillir des réunions du Forum économique mondial en Arabie saoudite tous les deux ans, suite au succès de la réunion spéciale WEF 2024 à Riyad, Alibrahim a déclaré que le Royaume était devenu « un foyer pour le dialogue mondial — et pas n’importe quel dialogue mondial (mais) un dialogue pragmatique et orienté résultats concrets », mettant l’accent sur l’impact, la transparence et « un dialogue puissant conduisant au progrès ».

En regardant vers l’avenir, il a déclaré que l’objectif est de devenir « encore plus intégré », le véritable succès de la Vision 2030 se mesurant sur le long terme.

Ce sont les jeunes générations qui bénéficieront en fin de compte de la stratégie, a-t-il souligné, mais seulement si les économies mondiales cessent de « fonctionner en dessous de leur potentiel », car autrement cet écart « s’accumule et devient un coût » ressenti surtout par les générations futures.

La Vision 2030 engage déjà la jeunesse saoudienne, a souligné Alibrahim, notant que dans de nombreuses organisations publiques et privées, « il y a de fortes chances que vous soyez assis avec un jeune professionnel ».

Il a ajouté : « La jeunesse n’est pas un sous-groupe que vous représentez, écoutez ou dont vous prenez l’avis ; vous devez intégrer les jeunes professionnels dans le processus. L’âge ne limite pas les gens à être partie prenante de cette transformation. »

Sur la manière dont le monde perçoit l’expérience saoudienne, il a indiqué que Riyad travaillait à « bâtir la confiance et un esprit collaboratif » avec ses partenaires et a insisté sur le fait que le Royaume est « sincère dans le partage de nos leçons apprises, mais aussi dans l’apprentissage des autres — et il n’y a pas de limite à ce que nous pouvons apprendre ».

Tout en reconnaissant que le chemin vers une économie diversifiée, durable et non dépendante du pétrole est long, Alibrahim a déclaré : « Nous allons dans cette direction. »

Il a ajouté : « Si nous voyons, bien sûr, que les exportations non pétrolières croissent matériellement comme l’élan s’est accéléré — si nous voyons ce chiffre, passer de 90 à 68 % se réduire encore — vous serez en meilleure position pour qualifier l’histoire de croissance de plus durable et résiliente, ce qui est l’objectif ultime. »

La réunion annuelle du Forum économique mondial se tiendra à Davos du 19 au 23 janvier. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Que révèlent les déclarations du gouverneur de l'Hadhramout sur les Émirats arabes unis ?

Des miliciens armés yéménites fidèles à Aidarous Al-Zubaidi et soutenus par les Émirats arabes unis ont été accusés de torture et d'activités illicites par le gouverneur de Hadrhamout lors d'une conférence de presse lundi. (AFP)
Des miliciens armés yéménites fidèles à Aidarous Al-Zubaidi et soutenus par les Émirats arabes unis ont été accusés de torture et d'activités illicites par le gouverneur de Hadrhamout lors d'une conférence de presse lundi. (AFP)
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  • Les preuves suggèrent des meurtres, des tortures et d'autres violations des droits de l'homme, a déclaré une source yéménite à Arab News
  • Le ministère émirati de la Défense a catégoriquement démenti les affirmations faites lors de la conférence de presse du gouverneur de l'Hadhramout, Salam Al-Khanbashi

LONDRES : Les déclarations de Salam Al-Khanbashi, le gouverneur de l'Hadhramout, suggèrent que les Émirats arabes unis ont joué un rôle alarmant au Yémen et dans le plus grand de ses 21 gouvernorats.

Lors d'une conférence de presse télévisée hier, M. Al-Khanbashi a accusé les Émirats arabes unis d'avoir exploité la coalition œuvrant au rétablissement d'un gouvernement légitime au Yémen "pour réaliser leurs propres objectifs".

Il a également affirmé que les citoyens de l'Hadhramout avaient été terrorisés par des groupes armés affiliés au général de division Aidarous Al-Zubaidi, qui est soutenu par les Émirats arabes unis et qui, au début du mois, a été démis de ses fonctions de vice-président du Conseil présidentiel de direction (CPL) du pays.

Le territoire de l'Hadhramout s'étend de la côte du golfe d'Aden, au sud, à la frontière de l'Arabie saoudite, au nord.

Al-Zubaidi, aujourd'hui en fuite, est accusé de trahison et de tentative d'atteinte à la souveraineté du Yémen par la création d'un "État d'Arabie du Sud" séparatiste.

Les autorités yéménites, a ajouté M. Al-Khanbashi, ont découvert des équipements et des pratiques émiratis suspects sur la base de Rayyan à Mukalla, capitale du gouvernorat, notamment des stocks d'explosifs et une prison secrète.

Il s'agit là d'affirmations choquantes, confirmées par une source vérifiée proche du gouvernement yéménite qui a parlé à Arab News sous le couvert de l'anonymat.

Les révélations d'hier, a-t-il dit, ont confirmé ce qui était un secret de polichinelle au Yémen depuis un certain temps.

"De nombreux segments de la population de la province, ainsi que d'autres au Yémen, ont souffert de ces crimes qui ont été commis au nom d'un État du Sud, mais qui servaient en réalité les intérêts d'un autre pays", a-t-il déclaré.

La source tient Al-Zubaidi, l'ancien chef du Conseil de transition du Sud (CTS) aujourd'hui dissous, personnellement responsable des atrocités, des crimes et des tortures subis par les citoyens yéménites.

M. Al-Zubaidi se serait réfugié à Abou Dhabi.

"Étant donné tout le soutien qu'il a reçu des Émirats arabes unis, ajoute la source, il n'est pas étonnant qu'ils aient voulu le faire passer clandestinement à Abou Dhabi via la Somalie pour éviter les poursuites.

Outre son rôle au sein du STC, M. Al-Zubaidi était une figure de proue du gouvernement légitime du Yémen, qui l'a aujourd'hui désavoué et l'a déféré au procureur général de l'État.

En son absence, M. Al-Zubaidi a été inculpé de "haute trahison avec l'intention de porter atteinte à l'indépendance de la République", "d'atteinte à la position militaire, politique et économique de la République", "de formation d'une bande armée et de commission de crimes, y compris le meurtre d'officiers et de soldats des forces armées ; d'exploitation et d'atteinte à la juste cause du Sud par de graves violations contre des civils et le sabotage d'installations et de sites militaires" et "de violation de la Constitution, d'atteinte à la loi et d'atteinte à la souveraineté et à l'indépendance du pays".

Selon la source yéménite, la découverte d'équipements émiratis suspects à la base aérienne de Rayyan, y compris des explosifs, suggère que le camp "a très probablement été utilisé comme quartier général pour planifier et mettre en œuvre des crimes et des violations visant des civils".

Le matériel découvert, a-t-il ajouté, "confirme que les groupes armés fidèles à Al-Zubaidi utilisaient la juste cause du sud pour couvrir leurs crimes contre les civils du sud, marginalisant et ignorant les demandes légitimes de la population du sud, et servant l'agenda des Émirats arabes unis visant à répandre le chaos au Yémen et à entraver toute initiative politique visant à résoudre la question du sud".

La source a ajouté que, selon elle, de telles pratiques de la part du STC et des EAU constitueraient un cas évident de "violation des droits de l'homme".

Les "violations et crimes" dont les Émirats arabes unis sont accusés au Yémen "s'inscrivent dans le prolongement des activités qu'ils mènent actuellement pour alimenter les conflits internes au Soudan, en Libye et en Somalie, et pour commettre des crimes visant les civils dans ces pays, dans le but de répandre le chaos et de compromettre la sécurité et la stabilité de la région".

Dans un communiqué publié sur X, le ministère de la défense des Émirats arabes unis a catégoriquement démenti les affirmations faites lors de la conférence de presse du gouverneur du Hadhramout, Salam Al-Khanbashi.

Le ministère a également affirmé que les forces des Émirats arabes unis avaient officiellement et publiquement achevé leur retrait total du Yémen le 2 janvier 2026. "Ce retrait comprenait le transfert de tous les équipements, armes et biens", ajoute le communiqué.

En ce qui concerne les accusations relatives à l'existence de "prisons secrètes" à l'aéroport de Riyan, le ministère des Émirats arabes unis a affirmé que les installations auxquelles il est fait référence sont "simplement des logements militaires, des salles d'opérations et des abris fortifiés, dont certains sont situés sous terre".