Le Croissant-Rouge soudanais et le CICR se félicitent de la déclaration de Djeddah

Cette capture d'écran de la chaîne de télévision saoudienne Al-Ekhbariya montre des représentants de l'armée soudanaise et des forces paramilitaires de soutien rapide (RSF) signant un accord à Jeddah, le 11 mai 2023. (Photo AL-EKHBARIYA / AFP)
Cette capture d'écran de la chaîne de télévision saoudienne Al-Ekhbariya montre des représentants de l'armée soudanaise et des forces paramilitaires de soutien rapide (RSF) signant un accord à Jeddah, le 11 mai 2023. (Photo AL-EKHBARIYA / AFP)
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Publié le Samedi 13 mai 2023

Le Croissant-Rouge soudanais et le CICR se félicitent de la déclaration de Djeddah

  • Un mois après le début des combats, les besoins humanitaires explosent ; le Croissant-Rouge soudanais et le CICR se félicitent de l’engagement public des parties à respecter le droit international humanitaire
  • « Nous espérons que l’accord conclu à Djeddah améliorera la situation sécuritaire, ce qui nous permettra d’intensifier notre intervention d’urgence » a déclaré Alfonso Verdú Pérez, chef de la délégation du CICR au Soudan

GENÈVE : Dans un communiqué publié au lendemain de la déclaration de Djeddah, le Croissant-Rouge soudanais et le CICR se sont félicité de l’engagement public des parties à respecter le droit international humanitaire. L’Arabie saoudite a en effet pris l’initiative d’accueillir à Djeddah les émissaires des deux camps, parrainant ainsi les négociations en vue d’une trêve. Ces pourparlers, à défaut de donner lieu à un cessez-le-feu stable et durable, ont au moins abouti à une déclaration, co-signée par les deux généraux rivaux. Ce traité, ratifié le 11 mai 2023, engage les belligérants à respecter le droit international humanitaire et faciliter le travail du CICR et du Croissant-Rouge soudanais.

Difficulté de l’acheminement rapide de l’aide d’urgence

Le communiqué publié par le CICR détaille, dans son introduction, la situation sur le terrain :  « Près d’un mois après le déclenchement d’intenses combats au Soudan, la situation humanitaire se détériore rapidement. Les civils pris au piège à Khartoum sont confrontés à de graves pénuries de nourriture et d’eau, tout comme des centaines de milliers de personnes qui ont fui leur foyer. Nombreux sont ceux qui ignorent ce qu’il est advenu de leurs proches. Les rares hôpitaux qui fonctionnent manquent cruellement de fournitures essentielles et de nombreux corps n’ont pas encore été récupérés et identifiés ».

Dans le même temps, les combats incessants et l’insécurité généralisée ont rendu extrêmement difficile l’acheminement rapide de l’aide d’urgence. Dans ces conditions, le Croissant-Rouge soudanais et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) se félicitent de la déclaration de Djeddah, dans laquelle les parties au conflit ont réaffirmé leur engagement à respecter le droit international humanitaire et à faciliter l’action humanitaire. Il est urgent de traduire cet engagement en actions concrètes sur le terrain.

Le mois dernier a été un cauchemar pour la population soudanaise, qui a vu ses quartiers ravagés par les combats et se retrouve maintenant confrontée à d’incroyables difficultés. En tant que travailleur humanitaire, je ressens de la frustration face à de telles souffrances et à l’impossibilité de fournir une assistance à l’échelle et à la vitesse nécessaires », a déclaré Alfonso Verdú Pérez, chef de la délégation du CICR au Soudan. « Nous espérons que l’accord conclu à Djeddah améliorera la situation sécuritaire, ce qui nous permettra d’intensifier notre intervention d’urgence. Faciliter le travail humanitaire est une obligation au titre du droit international humanitaire et c’est aussi une question de vie ou de mort. L’urgence grandit chaque jour ».

Importance de la déclaration de Djeddah

Le communiqué rappelle ensuite les conditions de travail du CICR et ses partenaires au Soudan, ainsi que la nécessité d’assurer la sécurité de leurs opérations :

« Les règles du droit international humanitaire régissent l’accès aux victimes des conflits armés, qui doit être facilité par toutes les parties. Le CICR a pris contact avec toutes les parties prenantes pour demander les garanties de sécurité nécessaires à l’acheminement de fournitures médicales d’urgence de ses entrepôts vers les hôpitaux et à la remise en état des infrastructures civiles essentielles, telles que les centrales électriques et les stations de traitement des eaux. À ce jour, le CICR a pu ravitailler trois hôpitaux et fournir des housses mortuaires aux volontaires du Croissant-Rouge soudanais chargés de récupérer les dépouilles mortelles. Il reste cependant beaucoup à faire sur le plan humanitaire, notamment pour visiter les détenus dans les deux camps et rétablir le contact avec les membres des familles qui ont été séparés en fuyant Khartoum ou le Darfour.

Malgré l’augmentation des besoins, les conditions de sécurité nécessaires n’ont pas été réunies pour que le CICR, le Croissant-Rouge soudanais et les autres partenaires du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge puissent mener l’opération d’intervention d’urgence à l’échelle requise pour apporter assistance et protection aux personnes touchées par le conflit et la violence, des menaces directes et des attaques contre le personnel médical et humanitaire, notamment les volontaires du Croissant-Rouge soudanais, ayant été signalées ».

« Le respect des principes énoncés dans cet accord, tout comme la simplification des processus administratifs, permettront de sauver des vies humaines », a déclaré M. Verdú Pérez. « Nous continuons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour répondre aux besoins et appelons tout le monde à faciliter l’action humanitaire. C’est ainsi que l’on pourra sauver davantage de vies ».

Présent au Soudan depuis 1978, le CICR vient en aide aux personnes touchées par le conflit dans la région du Darfour et les États du Nil Bleu et du Kordofan Sud. Actuellement, les activités qu’il mène à travers le pays, seul ou en coopération avec le Croissant-Rouge soudanais, consistent entre autres à fournir aux hôpitaux et autres structures de santé du matériel et des articles médicaux, à améliorer l’accès de la population à l’eau potable en collaboration avec les services des eaux locaux, et à aider les autorités à répondre aux besoins de réadaptation physique des personnes handicapées. 

LA DÉCLARATION DE DJEDDAH

Préambule

Reconnaissant la nécessité de soulager la détresse et la misère de notre peuple résultant des combats en cours depuis le 15 avril 2023, en particulier dans la capitale Khartoum, en répondant aux besoins humanitaires urgents de nos citoyens civils,

Répondant aux diverses initiatives des pays frères et amis, à commencer par l'initiative américano-saoudienne,

Nous, soussignés, représentant les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), par cette déclaration d'engagement, réaffirmons nos obligations fondamentales en vertu du droit international humanitaire de faciliter l'action humanitaire pour répondre aux besoins des civils.

Nous affirmons notre attachement indéfectible à la souveraineté du Soudan et au maintien de son unité et de son intégrité territoriale.

Nous reconnaissons que l'adhésion à la déclaration d'engagement n'affectera en rien le statut juridique, sécuritaire ou politique des parties qui la signent et qu'elle ne sera pas non plus liée à la participation à un quelconque processus politique.

Nous saluons les efforts déployés par les amis du Soudan qui peuvent utiliser leurs relations et leurs bons offices pour assurer le respect du droit humanitaire international et du droit international des droits de l'homme, notamment en s'engageant à respecter la présente déclaration et en la mettant immédiatement en œuvre.

Aucun des points énumérés ci-dessous ne supplante les obligations ou les principes du droit international humanitaire et/ou du droit international des droits de l'homme qui s'appliquent à ce conflit armé, en particulier le protocole additionnel (II) de 1977 aux conventions de Genève de 1949, et que toutes les parties doivent respecter.

Engagements

1.  Nous convenons que les intérêts et le bien-être du peuple soudanais sont notre priorité absolue et nous affirmons notre engagement à veiller à ce que les civils soient protégés à tout moment. Il s'agit notamment de permettre aux civils de quitter volontairement et en toute sécurité les zones d'hostilités actives, dans la direction qu'ils choisissent.

2.  Nous affirmons qu'il nous incombe de respecter le droit international humanitaire et le droit international relatif aux droits de l'homme, et notamment de nous acquitter des obligations suivantes :

-Distinguer à tout moment entre civils et combattants et entre biens de caractère civil et objectifs militaires.

-S'abstenir de toute attaque dont on peut attendre qu'elle cause incidemment des dommages aux civils qui seraient excessifs par rapport à l'avantage militaire concret et direct attendu.

-Prendre toutes les précautions possibles pour éviter et réduire au minimum les dommages aux civils, dans le but d'évacuer les centres urbains, y compris les habitations civiles. Les civils ne doivent pas être utilisés comme boucliers humains, par exemple.

-Veiller à ce que les points de contrôle ne soient pas utilisés pour enfreindre le principe de la liberté de circulation des civils et des acteurs humanitaires.

-Permettre à tous les civils de quitter volontairement et en toute sécurité les zones d'hostilités et les zones assiégées.

-S'engager à préserver les besoins et les nécessités indispensables à la survie de la population civile, ce qui peut inclure les denrées alimentaires, les zones agricoles, les récoltes et le bétail. Le pillage, le saccage et le ravage sont interdits.

-S'engager à libérer et à s'abstenir d'occuper, ainsi qu'à respecter et à protéger toutes les installations publiques et privées, telles que les hôpitaux et les installations d'eau et d'électricité, et à s'abstenir de les utiliser à des fins militaires.

-S'engager à respecter et à protéger les transports médicaux tels que les ambulances et s'abstenir de les utiliser à des fins militaires.

-S'engager à respecter et à protéger le personnel médical et les installations publiques.

-Respecter et ne pas entraver le droit des civils de passer et de voyager par les routes et les ponts, à l'intérieur et à l'extérieur de l'État de Khartoum.

-S'engager à libérer et à s'abstenir d'occuper, ainsi qu'à respecter et à protéger toutes les installations publiques et privées, telles que les hôpitaux et les installations d'eau et d'électricité, et à s'abstenir de les utiliser à des fins militaires.

-S'engager à respecter et à protéger les transports médicaux tels que les ambulances et s'abstenir de les utiliser à des fins militaires.

-S'engager à respecter et à protéger le personnel médical et les installations publiques.

-Respecter et ne pas entraver le droit des civils de passer et de voyager par les routes et les ponts, à l'intérieur et à l'extérieur de l'État de Khartoum.

3.  Nous reconnaissons que les activités humanitaires visent uniquement à atténuer les souffrances humaines et à protéger la vie et la dignité des personnes qui ne combattent pas ou ne combattent plus. Nous convenons de la nécessité de permettre la reprise des principales opérations humanitaires et de protéger le personnel et les biens humanitaires, notamment pour :

-Respecter les principes humanitaires fondamentaux d'humanité, d'impartialité, de neutralité et d'indépendance opérationnelle.

-Permettre et faciliter le passage rapide et sans entrave des secours humanitaires, y compris du matériel médical et chirurgical, et garantir au personnel humanitaire la liberté de mouvement nécessaire à l'exercice de ses fonctions. Il s'agit notamment de :

-Faciliter le passage sûr, rapide et sans entrave du personnel humanitaire par tous les itinéraires disponibles (et tous les couloirs humanitaires établis) en fonction des besoins, à l'intérieur et à l'extérieur du pays, y compris la circulation des convois humanitaires.

 -Adopter des procédures simples et rapides pour toutes les dispositions logistiques et administratives nécessaires aux opérations d'aide humanitaire.

-Observer la mise en œuvre de pauses humanitaires régulières et de jours de tranquillité, selon les besoins.

-S'abstenir d'interférer avec les principales opérations humanitaires et ne jamais accompagner le personnel humanitaire menant des activités humanitaires, conformément aux directives et procédures modifiées relatives à l'action humanitaire au Soudan.

-Protéger et respecter les travailleurs humanitaires, les biens, les fournitures, les bureaux, les entrepôts et les autres installations.  Les acteurs armés ne doivent pas interférer dans les actions des opérations humanitaires.  Tout en respectant le principe de neutralité des acteurs humanitaires, les acteurs armés doivent garantir la sécurité des couloirs de transport et des zones de stockage et de distribution.  Il est interdit d'attaquer, de harceler, d'intimider ou de détenir arbitrairement du personnel, ou d'attaquer, de détruire, de détourner ou de piller des fournitures, des installations, du matériel, des unités ou des véhicules de secours.

4.  Nous nous engageons à déployer tous les efforts nécessaires pour faire en sorte que ces engagements - et toutes les obligations découlant du droit humanitaire international - soient pleinement diffusés dans nos rangs et nous désignons des points de contact chargés de nouer le dialogue avec les acteurs humanitaires afin de faciliter leurs activités.

5.  Nous permettrons aux acteurs humanitaires responsables, tels que le Croissant-Rouge soudanais et/ou le Comité international de la Croix-Rouge, de recueillir, d'enregistrer et d'enterrer les personnes décédées en coordination avec les autorités compétentes.

6.  Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour veiller à ce que toutes les personnes agissant selon nos instructions, sous notre direction ou sous notre contrôle respectent le droit humanitaire international, et en particulier les engagements prévus dans la présente déclaration d'engagement.

7.  Conformément aux principes et aux engagements énoncés dans le présent document, nous nous engageons à donner la priorité aux discussions visant à instaurer un cessez-le-feu à court terme afin de faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire d'urgence et le rétablissement des services essentiels, et nous nous engageons à programmer des discussions élargies ultérieures afin de parvenir à une cessation permanente des hostilités.

Signé à Djeddah le 11 mai 2023 avec la facilitation du Royaume d'Arabie saoudite et des États-Unis d'Amérique.

Forces armées soudanaises, Contre-amiral, Mahjoub Bushra Ahmed Rahma

Forces de soutien rapide, Général de brigade, Omer Hamdan Ahmed Hammad

Les belligérants tardent, cependant, à concrétiser leurs engagements sur les règles humanitaires

De nouvelles frappes aériennes ont touché samedi les environs de Khartoum, capitale du Soudan où les engagements des deux généraux rivaux quant à l'évacuation des civils des zones de combats et l'acheminement de l'aide humanitaire tardent à se matérialiser.

Les émissaires du général Abdel Fattah al-Burhane, chef de l'armée, et du Mohamed Hamdane Daglo, qui commande les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), ont signé dans la nuit de jeudi à vendredi à Jeddah, en Arabie saoudite une "déclaration pour la protection des civils au Soudan".

Ce document négocié sous médiation saoudo-américaine prévoit la création de "passages sécurisés" pour permettre aux civils de quitter les zones d'affrontements ainsi que la facilitation de l'acheminement de l'aide humanitaire.

Il ne mentionne en revanche pas de trêve, mais seulement de futures tractations pour un cessez-le-feu temporaire, et encore ultérieurement des "discussions élargies pour un arrêt permanent des hostilités" qui ont fait en quatre semaines quelque 750 morts, 5.000 blessés, ainsi que plus de 900.000 déplacés et réfugiés.

Les pourparlers sur l'application de cet accord doivent reprendre cette fin de semaine à Jeddah, a affirmé à l'AFP un haut responsable de la diplomatie saoudienne sous le couvert de l'anonymat. Il a qualifié cette déclaration de "pas important", reconnaissant néanmoins que le processus en était encore à un "stade préliminaire".

Près d'Omdourman, ville de la banlieue de Khartoum, des témoins ont fait état de frappes aériennes visant des groupes des FSR. D'autres ont signalé des affrontements au nord de cette ville dont le fracas faisait trembler les maisons.

- Invitation au sommet arabe -

Depuis quatre semaines, des millions de Soudanais, principalement à Khartoum, sont barricadés chez eux, survivant à une chaleur étouffante pratiquement sans eau courante ni électricité. Partout se font sentir des pénuries de nourriture, d'argent, de médicaments et de carburant.

Hors de la capitale, la situation est particulièrement critique au Darfour, dans l'ouest frontalier du Tchad, ravagé dans les années 2000 par une répression sanglante. Selon l'ONU, 450 personnes y ont été tuées dans la ville d'El-Geneina dans les récents combats auxquels participent, outre militaires et paramilitaires, des civils armés et des combattants tribaux ou de groupes armés locaux.

Le gouvernement soudanais en a appelé samedi à la communauté internationale, citant notamment l'ONU, l'Union africaine (UA), la Ligue arabe et les organisations régionales dans un communiqué de son ministère des Affaires étrangères pour fournir une aide face à la "situation humanitaire catastrophique".

Il précise que le port et l'aéroport de Port-Soudan, sur la mer Rouge (est), l'aéroport de Dongola (nord) et celui de Wadi Sidna (est) seront destinés à recevoir cette aide.

Le haut responsable de la diplomatie saoudienne a indiqué à l'AFP que le général Burhane avait été invité au sommet de la Ligue arabe prévu le 19 mai à Djeddah, sans pouvoir préciser qui représenterait le Soudan à cette réunion.

Bien que les belligérants s'accusent par communiqués interposés de violer les engagements de la "déclaration de Jeddah", ce responsable a assuré que les deux parties avaient fait preuve "d'un bon esprit" lors des négociations.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a déclaré vendredi soir "espérer que cette déclaration garantira que l'opération de secours puisse se déployer rapidement et en sécurité pour répondre aux besoins de millions de personnes au Soudan".

Il a "réitéré son appel à un cessez-le-feu immédiat et à des discussions élargies pour parvenir à un arrêt permanent des hostilités".

"Nous entendons sans cesse dire qu'il y aura une trêve dans les sept prochains jours", déclare à l'AFP à la frontière égypto-soudanaise Wahag Gafar, qui a quitté son pays pour se réfugier en Egypte. "Mais quand on sort dans la rue, il y a des balles partout".


Le Hamas exhorte l'Iran à cesser de bombarder ses voisins

Le Hamas a appelé samedi l’Iran à s’abstenir de viser les pays voisins, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre contre Israël et les États-Unis. (AFP)
Le Hamas a appelé samedi l’Iran à s’abstenir de viser les pays voisins, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre contre Israël et les États-Unis. (AFP)
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  • Le Hamas appelle l’Iran à cesser de frapper les pays voisins en représailles aux attaques américano-israéliennes, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre
  • Le mouvement palestinien exhorte aussi la communauté internationale à agir pour mettre fin immédiatement à la guerre régionale

Gaza, Territoires palestiniens: Le mouvement islamiste palestinien Hamas a exhorté samedi Téhéran à cesser ses frappes contre les pays voisins en représailles aux attaques américano-israéliennes dont il est la cible, tout en affirmant le droit de son allié à se défendre.

Le Hamas a également appelé la communauté internationale à "œuvrer à l'arrêt" immédiat de la guerre.

Il s'agit de la première déclaration en ce sens du Hamas, dont la République islamique est traditionnellement l'un des principaux soutiens, depuis le début, le 28 février, de l'offensive menée conjointement par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

"Tout en affirmant le droit de la République islamique d'Iran à riposter à cette agression par tous les moyens disponibles, conformément aux normes et au droit international, le mouvement appelle ses frères en Iran à ne pas prendre pour cible les pays voisins", a écrit le Hamas sur Telegram.

Le Hamas avait auparavant condamné l'assassinat du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué par une frappe israélienne à Téhéran au premier jour de la guerre, le qualifiant de "crime odieux".

"Il a fourni toutes les formes de soutien politique, diplomatique et militaire à notre peuple, à notre cause et à notre résistance", avait déclaré le mouvement peu après la mort de l'ayatollah Khamenei.

Mercredi, le Hamas a souhaité au fils de Khamenei, Mojtaba Khamenei, nommé nouveau guide suprême en remplacement de son père, de "vaincre l'agression israélo-américaine".

Face à l'offensive américano-israélienne, l'Iran a riposté par des tirs contre une dizaine de pays. Samedi, le Qatar a annoncé avoir intercepté deux missiles après des explosions entendues dans la capitale Doha.

Le mouvement libanais Hezbollah, lui aussi allié de Téhéran, est entré en guerre le 2 mars en tirant des roquettes sur le sol israélien, provoquant une campagne de bombardements massifs menée par Israël au Liban.

Le Hamas et le Hezbollah, comme les rebelles houthis du Yémen, font partie des groupes armés soutenus par l'Iran contre Israël dans la région. Parmi les objectifs affichés de son offensive contre Téhéran, Israël avait affirmé vouloir détruire le soutien iranien à ces mouvements.

- "Semer la discorde" -

Selon une source au sein du Hamas, interrogée par l'AFP, la direction du mouvement est en contact avec les dirigeants iraniens "depuis plusieurs jours en les appelant à ne pas viser des États voisins comme les pays du Golfe, d'autres pays arabes et la Turquie".

Israël "cherche à semer la discorde entre l'Iran et ses voisins arabes et musulmans", a ajouté cette source sous couvert d'anonymat. "La direction du Hamas a également pris contact avec des responsables de plusieurs pays, dont le Qatar, la Turquie et l'Irak, les exhortant à œuvrer pour mettre un terme" à l'offensive israélo-américaine.

Plusieurs pays majoritairement sunnites entretiennent aussi des liens avec le Hamas, notamment la Turquie et le Qatar, qui héberge depuis 2012 la direction politique du mouvement et a joué un rôle-clé dans les négociations indirectes avec Israël en vue de mettre un terme à la guerre dans la bande de Gaza.

Ces négociations ont abouti à un cessez-le-feu fragile qui se maintient depuis le 10 octobre 2025, après deux ans de guerre provoquée par l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

Le Qatar a aussi fourni une importante aide financière à Gaza depuis la prise de pouvoir du Hamas dans le territoire palestinien en 2007, en grande partie présentée comme une aide humanitaire ou à la reconstruction.

La Turquie de son côté fournit principalement un soutien politique et diplomatique plutôt qu'un financement direct à grande échelle au Hamas.

Vendredi, la Turquie a annoncé qu'un troisième missile balistique tiré depuis l'Iran, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, avait été abattu dans l'espace aérien turc par les forces de l'Otan.


Le chef de l’ONU affirme que « le temps des groupes armés est révolu » après sa rencontre avec le président libanais

Sur cette photo diffusée par le bureau de presse de la présidence libanaise, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’adresse aux journalistes après sa rencontre avec le président libanais Joseph Aoun au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beirut, le vendredi 13 mars 2026. (Bureau de presse de la présidence libanaise via AP)
Sur cette photo diffusée par le bureau de presse de la présidence libanaise, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’adresse aux journalistes après sa rencontre avec le président libanais Joseph Aoun au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beirut, le vendredi 13 mars 2026. (Bureau de presse de la présidence libanaise via AP)
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  • Antonio Guterres était à Beyrouth « en ami du peuple libanais »
  • Il a appelé à ce que l’intégrité territoriale du pays soit « pleinement rétablie »

NEW YORK : Le secrétaire général de l’ONU a appelé vendredi à un État libanais fort détenant le monopole de l’usage de la force, après une rencontre avec le président Joseph Aoun.

« Ce n’est plus le temps des groupes armés », a déclaré Antonio Guterres. « C’est le temps des États forts. »

S’exprimant après la réunion à Beirut, il a ajouté : « J’appelle fermement les deux parties, le Hezbollah et Israël, à un cessez-le-feu afin d’arrêter la guerre et d’ouvrir la voie à une solution. »

Une telle solution, a-t-il précisé, devrait permettre au Liban d’émerger comme un État souverain doté d’une pleine intégrité territoriale et d’institutions étatiques contrôlant l’usage de la force.

Arrivé plus tôt à Beyrouth pour une visite de solidarité « en ami du peuple libanais », il a déclaré aux journalistes : « C’est dans les moments difficiles que l’amitié et la solidarité sont essentielles. »

Il a déclaré être conscient de la souffrance « énorme » des Libanais alors que le mois sacré musulman du Ramadan coïncide avec la période chrétienne du Carême. « Ce devraient être des moments de paix, ce devraient être des moments de solidarité », a-t-il ajouté.

« Malheureusement, le Liban a été entraîné dans une guerre qui n’est pas une guerre que son peuple aurait souhaitée. »

« J’espère sincèrement que lors de ma prochaine visite au Liban, je pourrai voir un Liban en paix, un Liban où l’État détient le monopole de l’usage de la force et où l’intégrité territoriale est pleinement rétablie », a-t-il conclu. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les Etats-Unis frappent le hub pétrolier de l'Iran dans le Golfe

Le président américain Donald Trump s’adresse aux médias avant d’embarquer à bord d’Air Force One pour se rendre en Floride, à la base conjointe Andrews, dans le Maryland (États-Unis), le 13 mars 2026. (REUTERS)
Le président américain Donald Trump s’adresse aux médias avant d’embarquer à bord d’Air Force One pour se rendre en Floride, à la base conjointe Andrews, dans le Maryland (États-Unis), le 13 mars 2026. (REUTERS)
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  • Donald Trump affirme que l’armée américaine a « totalement détruit » des cibles militaires sur l’île iranienne de Kharg Island et menace de viser ses infrastructures pétrolières si l’Iran entrave la navigation dans le dans le détroit d’Ormuz
  • Le conflit régional se poursuit avec des frappes et représailles entre l’Iran, les États-Unis et leurs alliés, tandis que Washington envisage d’escorter des pétroliers dans ce détroit stratégique par où transite environ 20% du pétrole mondial

TEHERAN: Donald Trump a déclaré vendredi soir avoir "complètement détruit" des cibles militaires sur l'île de Kharg, le hub pétrolier de l'Iran, et menacé de s'en prendre à ses infrastructures pétrolières si Téhéran entrave la libre circulation des navires dans le détroit stratégique d'Ormuz.

"J'ai choisi de NE PAS détruire les infrastructures pétrolières de l'île. Cependant si l'Iran, ou quiconque d'autre venait à faire quoi que ce soit pour entraver le passage libre et sûr des navires dans le détroit d'Ormuz, je reconsidérerais immédiatement ma décision", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

Il a annoncé que l'armée américaine "a mené l'un des raids aériens les plus puissants de l'histoire au Moyen-Orient, et a totalement détruit toutes les cibles militaires" sur Kharg.

La veille, le président du Parlement iranien, l'influent Mohammad Bagher Ghalibaf, avait déclaré que Téhéran "abandonnera toute retenue" si les Etats-Unis et Israël attaquent ses îles du Golfe.

Bande de terre broussailleuse située dans le nord du Golfe, à environ 30 kilomètres des côtes, Kharg abrite le plus grand terminal d'exportation de pétrole brut de l'Iran.

Après deux semaines de guerre qui n'ont pas fait céder le pouvoir iranien, l'intransigeance de l'ensemble des belligérants, qui poursuivent samedi matin leurs frappes, ne laisse présager aucun répit dans ce conflit qui déchire le Moyen-Orient et perturbe de plus en plus le commerce mondial faisant flamber les prix du pétrole.

L'Iran continue ainsi ses représailles aériennes contre les Etats du Golfe. Des explosions ont été entendues tôt samedi à Doha, la capitale du Qatar, par des journalistes de l'AFP, après que le ministère de l'Intérieur a ordonné l'évacuation de certaines zones clefs.

Donald Trump a également déclaré que la marine américaine allait commencer "très bientôt" à escorter des pétroliers dans le détroit d'Ormuz, par où transite 20% de la production mondiale d'hydrocarbures.

- Frapper "très fort" -

Selon la presse américaine, les Etats-Unis vont aussi envoyer des renforts au Moyen-Orient, le New York Times parlant de quelque 2.500 Marines et trois navires de plus.

Le Wall Street Journal cite lui des responsables américains selon lesquels le navire d'assaut Tripoli, basé au Japon, et les Marines qui lui sont attachés, se dirigent vers la même région.

Combien de temps va durer cette guerre? Elle se poursuivra la semaine prochaine, où les Etats-Unis veulent frapper l'Iran "très fort", a annoncé Donald Trump.

Mais le président américain a aussi admis qu'un renversement du pouvoir par le peuple à Téhéran, espéré par Washington dans la foulée du déclenchement de cette guerre le 28 février, ne se produirait "peut-être pas immédiatement".

Les Etats-Unis ont annoncé offrir 10 millions de dollars en échange d'informations qui permettront de savoir où sont dix des plus hauts dirigeants iraniens, dont le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, et le chef de la sécurité Ali Larijani.

L'état de santé de Mojtaba Khamenei reste incertain après qu'il a été lui-même blessé dans un bombardement. Vendredi, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a avancé qu'il était "probablement défiguré".

Téhéran a été visée vendredi par de nouveaux bombardements, du matin jusqu'en début de soirée où une brève série de fortes explosions a été entendue, selon des journalistes de l'AFP.

- "Trump ne comprend pas" -

Dans la matinée, Ali Larijani était apparu en public au coeur de Téhéran, aux côtés du président Massoud Pezeshkian, défiant l'ennemi en participant à une manifestation pro-gouvernementale.

La manifestation a rassemblé une importante foule - difficile à évaluer même si elle tapissait complètement certaines grandes artères - malgré la pluie et la peur des frappes meurtrières qui ont fait plus de 1.200 morts selon le dernier bilan des autorités, et plus de 1.800 selon l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA).

"Le problème de Trump, c'est qu'il ne comprend pas que le peuple iranien est une nation courageuse, une nation forte, une nation déterminée", a lancé Ali Larijani. "Plus il accentuera sa pression, plus la détermination de la nation se renforcera".

- "Longue confrontation" -

L'armée israélienne a annoncé avoir mené 7.600 frappes en Iran en deux semaines, et 1.100 frappes au Liban, où elle pilonne le mouvement islamiste Hezbollah, allié de Téhéran. Ses bombardements au Liban ont tué 773 personnes, dont 103 enfants, et blessé près de 2.000, selon les autorités locales.

Une frappe israélienne contre un centre de santé dans le sud du Liban a tué au moins 12 membres du personnel médical, a annoncé samedi le ministère libanais de la Santé.

L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a également fait part de frappes israéliennes ayant touché vendredi un quartier général des casques bleus dans le sud du Liban.

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a affiché son inflexibilité, déclarant que son groupe était prêt à "une longue confrontation" avec Israël.

Les Gardiens ont annoncé avoir tiré avec le Hezbollah des missiles et drones sur Israël en réplique aux attaques américano-israéliennes.