En Guyane, l’économie informelle comme «mode de vie»

Un bénévole faisant partie d'une équipe liée à la plateforme régionale d'aide alimentaire, distribue en porte à porte des sacs contenant des biens et de la nourriture aux familles en difficulté identifiées par les services sociaux dans la " Source de Baduel ", un bidonville d'environ 10 000 habitants situé à Cayenne, dans le département français d'outre-mer de la Guyane, le 7 juillet 2020. (Photo jody amiet / AFP)
Un bénévole faisant partie d'une équipe liée à la plateforme régionale d'aide alimentaire, distribue en porte à porte des sacs contenant des biens et de la nourriture aux familles en difficulté identifiées par les services sociaux dans la " Source de Baduel ", un bidonville d'environ 10 000 habitants situé à Cayenne, dans le département français d'outre-mer de la Guyane, le 7 juillet 2020. (Photo jody amiet / AFP)
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Publié le Dimanche 14 mai 2023

En Guyane, l’économie informelle comme «mode de vie»

  • Les salaires ne sont pas très élevés et la vie très chère (40% de plus que dans l'Hexagone en moyenne) donc beaucoup de salariés travaillent au noir en complément de leurs revenus
  • quand vous avez 20 à 25% des biens en Guyane qui ne sont pas fiscalisés car pas déclarés, c'est un manque de ressources énorme pour les collectivités

CAYENNE, France : Subie ou choisie, l'économie informelle règne en Guyane où elle représente un quart du PIB de ce territoire français aux usages sud-américains. Un système parallèle qui concerne une grande partie de la société.

«C'est deux euros la mangue». Protégé de la pluie par un parasol, Kerwin (le prénom a été modifié à sa demande), 52 ans, vend quelques fruits cueillis à proximité, au bord d'une route fréquentée de Cayenne. Comme d'autres habitants du quartier informel de la Source de Baduel, Kerwin «jobe» pour nourrir sa famille. Sans papier en règle, difficile pour lui de trouver un emploi déclaré.

Comme Kerwin, arrivé d'Haïti il y a 8 ans, 15% des 300.000 habitants de Guyane seraient dans cette situation «d'informel par défaut, pour une question de survie», selon le géographe Olivier Piantoni, de l'Université de Reims, qui a travaillé sur les stratégies d'intégration des immigrés en Guyane. «33% de la population est étrangère d'après l'Insee et parmi eux la moitié est en situation irrégulière. Alors on n'attend pas l'Etat, on se débrouille sans lui».

BTP, espaces verts, esthétique, métiers de bouche, garde d'enfants… Les «jobbeurs» sont présents dans de nombreux secteurs de l'économie, tournée vers les services et la consommation.

«Mais attention, ce ne sont pas deux mondes, l'informel et le formel, qui s'opposent. Les deux sont imbriqués, poreux, au sein de la société guyanaise», explique Philippe Cambril, directeur général de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de la Guyane.

«Les salaires ne sont pas très élevés et la vie très chère (40% de plus que dans l'Hexagone en moyenne, NDLR) donc beaucoup de salariés travaillent au noir en complément de leurs revenus, vendent des gâteaux aux collègues ou utilisent la pelleteuse de l'entreprise le week-end», assure-t-il.

-Système social historique-

«Le bouche-à-oreille, le mayouri, c'est millénaire chez nous. L'informel, c'est un mode de vie ici, c'est dans nos moeurs de faire du troc, de ne pas tout monétiser. Or l'Etat veut formaliser tout cela», regrette Yannick Xavier, secrétaire général de l'Union des travailleurs guyanais, plus important syndicat local.

«Tu invites des amis pour nettoyer une surface, construire quelque chose. Tu payes de quoi manger, le carburant, et après, avec le bouche-à-oreille ils sont rémunérés par d'autres personnes pour des petits travaux. C'est comme cela que fonctionne l'informel», raconte le syndicaliste.

Loin de Cayenne et ses administrations, «l'informel est la norme sur le Maroni», indique Eric Tani, entrepreneur à Maripasoula, commune située sur le fleuve qui sépare la Guyane du Suriname. «Pourquoi se mettre en règle quand on voit ce que ça apporte ? L'Etat est dysfonctionnel», estime-t-il.

Emploi, habitat, relations sociales… la Guyane est dans «un système global d'informalité» pour Olivier Piantoni. «La logique formelle de l'Etat aura du mal à se mettre en place car ici les usages sont sud-américains, les systèmes de références différents. L'informel est aussi une manière de vivre. Il faut maîtriser les rouages pour monter une entreprise». Pour lui, l'informel est «un monde parallèle (...) moins tracé, mais tout autant organisé».

-«20 à 25% pas fiscalisés»-

Face à la part importante d'informel dans l'économie, l'«approche est plus la sensibilisation que la répression», indique Grégory Routard, directeur régional des finances publiques (DRFIP). «Mais quand vous avez 20 à 25% des biens en Guyane qui ne sont pas fiscalisés car pas déclarés, c'est un manque de ressources énorme pour les collectivités».

Selon le DRFIP, qui estime à «un quart» la part de l'économie en dehors des radars, plus de formel permettrait une meilleure planification. «Si on veut déterminer une politique agricole pour tendre à l'autonomie alimentaire et qu'on ignore un tiers de la production, c'est difficile à organiser», illustre Grégory Routard, qui a cependant conscience qu'éradiquer l'économie non-officielle pourrait déstabiliser l'ensemble.

D'autant qu'une partie de la population, «fragile économiquement et peu bancarisée» passe déjà par d'autres canaux pour «emprunter ou investir», explique David Lauret, de l'Iedom, la branche ultramarine de la Banque de France. «Par exemple, on traite très peu de dossiers de surendettement alors que 53% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Nous devrions en avoir beaucoup plus».


La CJUE valide les astreintes de 68,5 M EUR contre la Pologne pour son refus de fermer une mine de charbon

La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) UE a rejeté jeudi le recours de la Pologne contre 68,5 millions d'euros d'astreintes accumulées depuis le refus de Varsovie de mettre fin à l'extraction de lignite dans une énorme mine proche des frontières avec la République tchèque et l'Allemagne. (AFP)
La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) UE a rejeté jeudi le recours de la Pologne contre 68,5 millions d'euros d'astreintes accumulées depuis le refus de Varsovie de mettre fin à l'extraction de lignite dans une énorme mine proche des frontières avec la République tchèque et l'Allemagne. (AFP)
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  • "La Cour de justice rejette le pourvoi de la Pologne contre l'arrêt du Tribunal concernant l'annulation des astreintes journalières infligées dans l'affaire de la mine de Turów"
  • La mine polonaise, qui s'étend à ciel ouvert sur plus de 10 kilomètres le long des deux zones frontalières, suscite des tensions avec ses voisins qui lui reprochent d'abaisser le niveau des nappes phréatiques et de polluer l'environnement

VARSOVIE: La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) UE a rejeté jeudi le recours de la Pologne contre 68,5 millions d'euros d'astreintes accumulées depuis le refus de Varsovie de mettre fin à l'extraction de lignite dans une énorme mine proche des frontières avec la République tchèque et l'Allemagne.

"La Cour de justice rejette le pourvoi de la Pologne contre l'arrêt du Tribunal concernant l'annulation des astreintes journalières infligées dans l'affaire de la mine de Turów", selon un communiqué de presse officiel dans lequel la CJUE insiste sur son souhait de "garantir l'application effective du droit de l'Union dans l'intérêt général".

La mine polonaise, qui s'étend à ciel ouvert sur plus de 10 kilomètres le long des deux zones frontalières, suscite des tensions avec ses voisins qui lui reprochent d'abaisser le niveau des nappes phréatiques et de polluer l'environnement.

En 2021, la République tchèque avait porté l'affaire devant la CJUE.

La mine Turow a été sommée de cesser ses activités, mais l'ancien gouvernement polonais nationaliste n'a pas obtempéré et, en conséquence, Varsovie a été condamné par Bruxelles à une astreinte de 500.000 euros par jour.

Selon le gouvernement, la fermeture de la mine compromettrait la sécurité énergétique du pays.

En 2022, moyennant un engagement à des investissements importants dans la protection de l'environnement, la Pologne est parvenue finalement à un accord amiable avec la République tchèque.

Cependant la Commission européenne a sommé Varsovie de verser environ 68,5 M EUR, soit l'équivalent des astreintes journalières cumulées avant la conclusion de l'accord avec Prague.

Face au nouveau refus polonais, Bruxelles a prélevé les sommes dues dans les fonds européens destinés à Varsovie, une démarche alors inédite.

"L'accord amiable conclu entre la République tchèque et la Pologne n'a pas supprimé rétroactivement les astreintes ordonnées en référé", a expliqué jeudi la CJUE.

Selon la Cour européenne, les astreintes gardent "un caractère préventif et non répressif, contrairement à ce que prétendait la Pologne".

"L'obligation de payer l'astreinte journalière, versée au budget de l'Union, vise à assurer le respect des mesures provisoires déjà ordonnées", a insisté la CJUE.


Aldi dément une «éventuelle vente» de ses magasins français

Le discounter allemand Aldi a démenti jeudi auprès de l'AFP les "spéculations" de la presse française au sujet d'"une éventuelle vente" de ses quelque 1.300 magasins en France, promettant un engagement "à long terme" sur ce marché où il est implanté depuis 1988. (AFP)
Le discounter allemand Aldi a démenti jeudi auprès de l'AFP les "spéculations" de la presse française au sujet d'"une éventuelle vente" de ses quelque 1.300 magasins en France, promettant un engagement "à long terme" sur ce marché où il est implanté depuis 1988. (AFP)
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  • Jeudi, le média spécialisé La Lettre a indiqué qu'Aldi "planchait" sur une "sortie" du pays, où il est le 8e distributeur alimentaire en parts de marché
  • D'après La Lettre, "le discounter allemand, qui enchaîne les pertes dans l'Hexagone depuis cinq ans

PARIS: Le discounter allemand Aldi a démenti jeudi auprès de l'AFP les "spéculations" de la presse française au sujet d'"une éventuelle vente" de ses quelque 1.300 magasins en France, promettant un engagement "à long terme" sur ce marché où il est implanté depuis 1988.

Jeudi, le média spécialisé La Lettre a indiqué qu'Aldi "planchait" sur une "sortie" du pays, où il est le 8e distributeur alimentaire en parts de marché (3% selon Kantar WorldPanel fin novembre), loin derrière son rival également allemand Lidl, 6e (8,1%).

D'après La Lettre, "le discounter allemand, qui enchaîne les pertes dans l'Hexagone depuis cinq ans, a demandé à la Deutsche Bank d'étudier un scénario de cession de sa filiale française", la maison mère "rechignant" à remettre au pot, après plus d'un milliard d'euros versés fin 2023.

"Les informations au sujet d'une éventuelle vente d'Aldi France sont fausses" a réagi Aldi Nord, sa maison mère, sollicitée par l'AFP.

"Aldi est et restera engagé à long terme sur le marché français", a assuré le groupe, pour qui les "spéculations" au "sujet d'un prétendu processus de vente" ou "retrait de France" sont "sans fondement".

"Depuis des années, nous investissons massivement dans notre assortiment ainsi que dans la modernisation de notre réseau de magasins et de logistique", a fait valoir le discounter, invoquant une stratégie "clairement axée sur l'optimisation et la croissance en France".

"L'évolution positive est constante et conforme aux objectifs du groupe Aldi Nord", a-t-il assuré.

Il reste qu'Aldi, comme Lidl, n'a pas bénéficié en France de la période de forte inflation alimentaire, qui a à l'inverse profité au numéro un Leclerc.

En outre le groupe avait déboursé en 2020 plus de 700 millions d'euros pour racheter 547 Leader Price auprès du distributeur en difficulté Casino. Aldi pesait alors 2,4% du marché de la distribution alimentaire, et Leader Price 1,5%.

Selon ses comptes consolidés pour l'année 2022, dernier exercice publié, Aldi a réalisé 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel en France, en forte hausse de 17%. Mais en creusant sa perte nette, passée en un an de près de 291 millions d'euros à 397 millions.

En cas de vente, les acheteurs potentiels ne manqueraient pas, comme l'a souligné jeudi sur son site le spécialiste du secteur Olivier Dauvers, citant Lidl, Carrefour et  Action.


Dina Powell McCormick, née en Égypte, nommée présidente et vice-présidente de Meta

Meta a nommé Dina Powell McCormick, née en Égypte, au poste de présidente et de vice-présidente. (AP/File Photo)
Meta a nommé Dina Powell McCormick, née en Égypte, au poste de présidente et de vice-présidente. (AP/File Photo)
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  • L'ancienne associée de Goldman Sachs et fonctionnaire de la Maison Blanche a précédemment siégé au conseil d'administration de Meta
  • Dina Powell McCormick, qui est née au Caire et a déménagé aux États-Unis lorsqu'elle était enfant, rejoint l'équipe de direction et contribuera à orienter la stratégie globale et l'exécution

LONDRES: Meta a nommé Dina Powell McCormick, née en Égypte, au poste de présidente et de vice-présidente.

L'entreprise a déclaré lundi que l'ancienne associée de Goldman Sachs et fonctionnaire de la Maison Blanche, qui a déjà siégé au conseil d'administration de Meta, accède à un rôle de direction de haut niveau, alors que l'entreprise accélère sa progression dans les domaines de l'intelligence artificielle et de l'infrastructure mondiale.

Powell McCormick, qui est née au Caire et a déménagé aux États-Unis dans sa jeunesse, rejoindra l'équipe de direction et contribuera à orienter la stratégie globale et l'exécution de l'entreprise. Elle travaillera en étroite collaboration avec les équipes de Meta chargées de l'informatique et de l'infrastructure, a indiqué l'entreprise, et supervisera les investissements de plusieurs milliards de dollars dans les centres de données, les systèmes énergétiques et la connectivité mondiale, tout en établissant de nouveaux partenariats stratégiques en matière de capital.

"L'expérience de Dina aux plus hauts niveaux de la finance mondiale, combinée à ses relations profondes dans le monde entier, la rend particulièrement apte à aider Meta à gérer cette prochaine phase de croissance en tant que présidente et vice-présidente de l'entreprise", a déclaré Mark Zuckerberg, fondateur et PDG de Meta.

Mme Powell McCormick a plus de 25 ans d'expérience dans les domaines de la finance, de la sécurité nationale et du développement économique. Elle a passé 16 ans en tant qu'associée chez Goldman Sachs à des postes de direction, et a servi deux présidents américains, notamment en tant que conseillère adjointe à la sécurité nationale de Donald Trump, et en tant que haut fonctionnaire du département d'État sous George W. Bush.

Plus récemment, elle a été vice-présidente et présidente des services à la clientèle mondiale de la banque d'affaires BDT & MSD Partners.