L'opposition turque courtise les femmes au foyer pour se «débarrasser d'Erdogan»

Une femme applaudit depuis sa maison les partisans du candidat présidentiel de l'opposition turque Kemal Kilicdaroglu, marchant dans les rues pour persuader les gens de voter pour lui, à Istanbul le 23 mai 2023 (Photo, AFP).
Une femme applaudit depuis sa maison les partisans du candidat présidentiel de l'opposition turque Kemal Kilicdaroglu, marchant dans les rues pour persuader les gens de voter pour lui, à Istanbul le 23 mai 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 24 mai 2023

L'opposition turque courtise les femmes au foyer pour se «débarrasser d'Erdogan»

  • À l'approche du second tour, l'opposition turque courtise plus que jamais l'électorat féminin, en particulier les femmes au foyer
  • Au fil des scrutins, les ménagères ont plébiscité celui sous le règne duquel ont été levées les restrictions au port du voile dans la fonction publique et à l'université

ISTANBUL: Dans le bazar de Besiktas à Istanbul, entre les pyramides de fraises et d'olives, les vendeurs à grosse voix et les Stambouliotes en quête de bon prix, une militante s'égosille : "Débarrassons-nous d'Erdogan !"

"Défendez vos droits dans les urnes au second tour le 28 mai!", martèle Rojda Aksoy, silhouette menue et baggy noir délavé, flanquée d'une poignée d'autres militantes féministes qui tractent à tour de bras.

"Le 'Reis' va gagner !", leur rétorque une fidèle du président sortant Recep Tayyip Erdogan, arrivé en tête du premier tour de la présidentielle dimanche 14 mai.

L'échange est rugueux. Il sera plus cordial avec des femmes au foulard noué sous le cou, voire applaudi.

À l'approche du second tour, l'opposition turque courtise plus que jamais l'électorat féminin, en particulier les femmes au foyer, traditionnellement acquises au chef de l'État.

Au fil des scrutins, les ménagères ont plébiscité celui sous le règne duquel ont été levées les restrictions au port du voile dans la fonction publique et à l'université, à hauteur de 60% lors de la présidentielle de 2018, selon une enquête.

Avec leurs porte-monnaie gonflés de billets dépréciés, toutes connaissent pourtant le prix envolé des oignons et le poids de l'inflation.

"Il faut aller à leur rencontre, leur rappeler que, même si (M. Erdogan et son parti islamo-conservateur AKP) dirigent ce pays depuis plus de vingt ans, même s'ils ont tous les outils de propagande dont les médias, ils n'ont pas gagné", explique Rojda Aksoy entre les étals de fripes et les cœurs d'artichauts flottant dans des bassines bleues.

Le candidat de l'opposition et chef du CHP social-démocrate et laïc, Kemal Kiliçdaroglu, avec ses vidéos de campagne le montrant assis dans sa cuisine, n'a séduit que 44,9% des électeurs au premier tour et Çigdem Ener, 50 ans et chignon haut, n'en fait pas partie. Son cœur est allé au troisième homme, l'ultranationaliste Sinan Ogan.

"La Turquie est laïque, elle a accordé le droit de vote et d'éligibilité aux femmes" dès les années 1930, rappelle-t-elle. "Et regardez le niveau lamentable où Erdogan nous a trainées en faisant entrer au parlement ses amis du Hüda-Par", formation islamiste radicale, s'emporte-t-elle tout en pestant contre le prix des fromages.

Par dépit, elle votera pour Kiliçdaroglu dimanche.

Tijyen Alpanli, cheveux et lunettes rouges, fera de même mais par conviction. "Des femmes sont assassinées, presque aucun des meurtriers n'est puni", avance la sexagénaire, qui redoute aussi la présence des islamistes au sein de la coalition d'Erdogan.

À l'opposé, Raziye Kuskaya, 50 ans, et sa fille soutiendront "Tayyip jusqu'à la dernière goutte de (leur) sang". "Nous ne pouvons peut-être pas acheter tout ce que nous voulons, mais ce n'est pas grave", affirme cette partisane de la charia.

Porte-à-porte

De Van (est) à Eskisehir (centre), des militants et militantes de Kiliçdaroglu tentent de convaincre les électrices, profondément polarisées.

"Nous sommes conscients qu'il y a des masses que nous n'arrivons pas à atteindre, notamment les femmes au foyer", a reconnu la semaine dernière le maire CHP d'Istanbul, Ekrem Imamoglu.

À l'inverse, l'AKP depuis deux décennies a dépêché des femmes frapper aux portes des foyers.

L'ambitieux Recep Tayyip Erdogan, avant d'accéder à la mairie d'Istanbul en 1994, en a fait sa botte secrète et une vitrine pour l'islam politique qu'il prône, malgré les réticences de son parti d'alors (le Refah).

Emine Erdogan, son épouse, fut l'une des cheffes de file de ce militantisme de proximité.

L'idée du futur Premier ministre et chef de l'État est que "les femmes vont pouvoir rentrer chez les femmes, discuter et convaincre parce qu'il y a une communauté de genre, de valeurs, de classe entre la militante de base de l'AKP et les femmes au foyer", explique Prunelle Aymé, docteure en sciences politiques associée au CERI-Sciences Po Paris.

Le contingent d'adhérentes à l'AKP dépasse aujourd'hui les cinq millions.

Leurs visites de courtoisie lors des naissances, mariages ou décès s'inscrivent dans un travail relationnel et émotionnel qui permet, en plus de fidéliser, de quadriller les quartiers et de collecter des données, poursuit Mme Aymé.

Les ménagères des classes populaires sont par ailleurs les principales bénéficiaires des cours d'artisanat, des centres familiaux et sociaux municipaux qui font la popularité de l'AKP au niveau local, souligne-t-elle.

Mais l'AKP a perdu une vingtaine de sièges lors des législatives du 14 mai. "L'espoir est donc permis", veut croire Rojda Aksoy.


Des missiles Patriot redéployés en Crète face aux menaces iraniennes

Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
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  • Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer
  • Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale

ATHENES: Une batterie de missiles Patriot était en cours de transfert lundi de l'île de Karpathos, à l'extrême est de la Grèce, jusqu'en Crète, en raison de menaces iraniennes visant des bases américaines en Europe, a rapporté la presse grecque.

Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer.

Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale.

Toujours selon la presse, ce redéploiement fait suite à des informations selon lesquelles l'Iran envisagerait des attaques contre des cibles militaires américaines en Europe si le président Donald Trump intensifiait le conflit dans le détroit d'Ormuz.

Le ministère de la Défense grec n'a pas communiqué sur le sujet.

Selon un article du Financial Times (FT) publié la semaine dernière, citant des sources au sein du régime iranien, l'Iran ne se contentera plus de limiter sa riposte au Moyen-Orient et envisage de frapper des cibles américaines en Europe en cas de nouvelle escalade militaire américaine.

Selon ces deux sources, les forces iraniennes ont évalué la possibilité de frapper des installations américaines dans les Balkans et autour de la Méditerranée. Sont notamment évoquées la Bulgarie, où la base aérienne de Bezmer a autorisé son usage pour le ravitaillement d'appareils américains, entre juillet et octobre 2026, et Chypre, où une base britannique avait déjà été visée par un drone en mars.

La Grèce compte de plusieurs bases américaines, à Alexandroupoli – dans le nord du pays – et en Crète, à Souda.

Depuis la publication du FT, le ministère de la Défense nationale et l'état-major "étaient en état d'alerte", selon le quotidien de référence I Kathimerini.

Ce journal explique que la décision de déployer une batterie de Patriot en Crète a été fortement influencée par l'évaluation des capacités de l'arsenal iranien qui, selon les informations transmises à Athènes par les alliés, dispose encore d'un nombre suffisant de missiles balistiques d'une portée supérieure à 2 000 kilomètres, susceptibles de cibler des bases et des infrastructures en Europe du Sud-Est.

Les missiles Patriot avaient été transférés sur l'île de Karpathos,  au voisinage de la Turquie, en mars.

En mars dernier, après une attaque de drones menée par le Hezbollah libanais contre la base anglaise d'Akrotiri à Chypre, la Grèce avait envoyé des F-16 et une frégate équipée d'un système de neutralisation de drones dans l'île.

Une autre batterie de Patriot grecque est par ailleurs déployée en Arabie Saoudite depuis septembre 2021, qui est déjà entrée en action à plusieurs reprises contre des missiles et drones iraniens visant le royaume.


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
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  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.