L'émissaire de l'ONU sur la sellette au Soudan

De la fumée s'élève dans la capitale soudanaise Khartoum le 27 mai 2023, cinq jours après le début d'un cessez-le-feu d'une semaine (Photo AFP).
De la fumée s'élève dans la capitale soudanaise Khartoum le 27 mai 2023, cinq jours après le début d'un cessez-le-feu d'une semaine (Photo AFP).
Short Url
Publié le Dimanche 28 mai 2023

L'émissaire de l'ONU sur la sellette au Soudan

  • Le général Abdel Fattah al-Burhane a réclamé le limogeage de l'émissaire de l'ONU, lui faisant porter la responsabilité de la guerre
  • Alors que de nombreux observateurs prédisaient un échec des discussions, l'émissaire de l'ONU au Soudan Volker Perthes proclamait son «optimisme»

KHARTOUM: Le chef de l'armée soudanaise a réclamé le limogeage de l'émissaire de l'ONU, lui faisant porter la responsabilité de la guerre qui a éclaté il y a six semaines avec les paramilitaires et fait plus de 1.800 morts.

Une énième trêve est entrée en vigueur lundi soir au Soudan pour laisser passer civils en fuite et aide humanitaire, mais comme les autres elle n'a pas abouti à une baisse significative des combats.

Le 15 avril, le jour où le chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Burhane et le patron des paramilitaires, le général Mohamed Hamdane Daglo, ont débuté les hostilités, ils étaient censés se retrouver pour des négociations.

Depuis des semaines, la communauté internationale, ONU en tête, réclamaient qu'ils s'accordent sur l'intégration des Forces de soutien rapide (FSR) du général Daglo à l'armée.

Alors que de nombreux observateurs prédisaient un échec des discussions, l'émissaire de l'ONU au Soudan Volker Perthes proclamait son "optimisme".

Le jour où a éclaté la guerre il a admis avoir été "pris par surprise".

«Mensonges»
Dans une lettre adressée à l'ONU dont l'AFP a consulté une copie, le général Burhane accuse M. Perthes d'avoir "dissimulé" dans ses rapports à l'ONU la situation explosive à Khartoum. Sans ces "mensonges", le général "Daglo n'aurait pas lancé ses opérations militaires".

M. Perthes, accuse encore la lettre, n'a respecté ni son devoir d'"impartialité" ni la "souveraineté nationale", devenant "une partie et non plus un médiateur".

Le patron de l'ONU Antonio Guterres s'est dit "choqué", témoignant "son entière confiance" à son émissaire.

M. Perthes, récemment parti pour New York, "pourrait ne pas pouvoir revenir au Soudan et le savait sûrement en partant", assure la chercheuse Kholood Khair. Pour elle, le poids des islamistes dans le camp de Burhane ne cesse d'augmenter et l'octroi ou non du visa d'entrée à M. Perthes "sera un test décisif pour jauger" de leur résurgence.

De longue date, les pro-démocratie accusent le général Burhane d'être instrumentalisé par les islamistes du régime d'Omar el-Béchir (1989-2019).

Ils en veulent pour preuve le retour aux affaires de plusieurs responsables de la dictature militaro-islamiste depuis le putsch de 2021 grâce auquel les deux généraux aujourd'hui rivaux ont définitivement écarté du pouvoir les civils.

Le chercheur Alex de Waal estime aussi que, depuis le début de la guerre, le poids des islamistes derrière Burhane est plus criant encore.

Ses soutiens sont "un réseau (...) de sociétés, banques et compagnies de télécommunication tenues par des islamistes, des officiers du renseignement ou l'armée elle-même", assure-t-il.

Le général Daglo joue d'ailleurs de cette rhétorique: il répète à l'envi combattre "les islamistes" et les "vestiges de l'ancien régime". Et il se fait le chantre de "la démocratie" et des "droits humains", alors même que ses milliers d'hommes sont accusés d'avoir commis des atrocités pour le compte de Béchir dans la guerre du Darfour (ouest) dans les années 2000.

Malgré tout, le camp de l'armée semble divisé: au moment où le général Burhane réclamait le limogeage de M. Perthes, son nouveau numéro deux, l'ex-chef rebelle Malik Agar, discutait d'une sortie de crise avec l'émissaire onusien.

«Ingérences de l'ONU»

En attendant, l'armée a rappelé sous les drapeaux tous ses retraités. Les FSR ont dénoncé "une décision dangereuse" et accusé l'armée d'avoir mené de nouveaux raids aériens en violation de la trêve.

Depuis le putsch, des milliers de personnes soutenant l'armée et les islamistes ont manifesté contre M. Perthes. Comme sous Béchir, ils disent refuser les "ingérences" de l'ONU.

Lundi à New York, M. Perthes avait rétorqué que les responsables des violences étaient "les deux généraux en guerre" et non l'ONU.

Depuis le 15 avril, la guerre a fait plus de 1.800 morts, selon l'ONG ACLED. Et, selon l'ONU, plus d'un million de déplacés et de 300.000 réfugiés.

"Nous ne pouvons pas détourner notre regard", a plaidé l'acteur américain George Clooney, alors que l'ONU rappelle qu'il lui manque 1,5 milliard de dollars pour assister les 25 millions de Soudanais qui ont besoin d'aide pour survivre.

Le patron du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés, Filippo Grandi, en visite en Egypte, a appelé les deux généraux rivaux "à écouter les histoires tragiques des réfugiés".

"S'ils pensent vraiment au peuple, ils doivent cesser de se battre tout de suite", a-t-il ajouté.


L'Iran annonce avoir saisi deux navires dans le détroit d'Ormuz malgré la prolongation de la trêve

Cette photo fournie par la Marine américaine et publiée le 21 avril 2026 par le service des relations publiques du Commandement central américain montre des forces américaines en patrouille dans la mer d'Oman, près du Touska, un cargo battant pavillon iranien, le 20 avril 2026. (AFP)
Cette photo fournie par la Marine américaine et publiée le 21 avril 2026 par le service des relations publiques du Commandement central américain montre des forces américaines en patrouille dans la mer d'Oman, près du Touska, un cargo battant pavillon iranien, le 20 avril 2026. (AFP)
Short Url
  • Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont annoncé avoir intercepté deux navires qui tentaient de franchir le stratégique détroit, soumis à un double blocus américain et iranien
  • "Les deux navires en infraction ont été saisis par les forces navales des Gardiens de la Révolution et dirigés vers la côte iranienne", ont-ils indiqué dans un communiqué

TEHERAN: L'Iran a annoncé mercredi avoir saisi deux navires dans le détroit d'Ormuz, au coeur du bras de fer avec Washington, quelques heures après la prolongation de la trêve décidée unilatéralement par Donald Trump.

Le pouvoir iranien ne s'est toujours pas exprimé sur cette prolongation. Mais Téhéran en "étudie différents aspects", selon la télévision d'Etat iranienne.

Côté américain, le président a jugé "possible" une reprise des discussions entre les belligérants dans les prochains jours. "C'est possible! Président DJT", a-t-il écrit en réponse à un texto d'une journaliste du New York Post, qui l'interrogeait sur la probabilité que des discussions se tiennent dans les prochaines "36 à 72 heures", soit d'ici vendredi.

En attendant, la tension reste forte dans le détroit d'Ormuz, passage crucial pour le transport mondial d'hydrocarbures et enjeu majeur du conflit déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont annoncé avoir intercepté deux navires qui tentaient de franchir le stratégique détroit, soumis à un double blocus américain et iranien.

"Les deux navires en infraction ont été saisis par les forces navales des Gardiens de la Révolution et dirigés vers la côte iranienne", ont-ils indiqué dans un communiqué.

Selon Téhéran, les navires doivent obtenir une autorisation pour quitter ou entrer dans le Golfe via le détroit d'Ormuz.

Un troisième bateau a essuyé des tirs alors qu'il se trouvait à 8 milles nautiques à l'ouest de l'Iran, selon l'agence de sécurité maritime britannique UKTMO, mais il a pu quitter le détroit en direction du port saoudien de Jeddah, selon le site Marinetraffic.

Ces incidents illustrent la précarité de la trêve entrée en vigueur le 8 avril, d'autant que les discussions entre Washington et Téhéran n'ont toujours pas repris.

Islamabad en attente 

Les pourparlers, qui étaient censés se tenir en début de semaine après une première session le 11 avril, visent à trouver une fin durable à une guerre régionale qui a fait des milliers de morts -essentiellement en Iran et au Liban- et ébranlé l'économie mondiale.

Donald Trump a prolongé sine die le cessez-le-feu avec l'Iran mardi soir, à quelques heures de l'expiration annoncée, afin, a-t-il dit, de laisser davantage de temps aux Iraniens pour joindre les négociations de paix sous l'égide des médiateurs pakistanais.

Il a parlé d'une extension jusqu'à ce que "l'Iran présente une proposition et que les discussions soient conclues, d'une manière ou d'une autre".

En attendant, aucune délégation ne s'est encore envolée pour Islamabad, bouclée et sous haute surveillance depuis le début de la semaine, provoquant la lassitude d'habitants privés d'écoles et limités dans leur déplacements.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a dit espérer que les deux parties parviendraient "à conclure un +accord de paix+ lors du deuxième cycle de négociations prévu à Islamabad". Il a reçu mercredi matin l'ambassadeur iranien à Islamabad.

Trois morts au Liban 

Sur l'autre front principal de la guerre, trois personnes ont été tuées mercredi dans des frappes israéliennes au Liban malgré la trêve, qui expire dimanche, et dont Beyrouth va demander l'extension lors de pourparlers prévus jeudi entre les deux pays à Washington.

"Le Liban demandera l'extension pour un mois de la trêve, le strict respect du cessez-le-feu et l'arrêt par Israël des opérations de dynamitage et de destruction dans les zones où il est présent", a indiqué une source libanaise officielle à l'AFP.

Israël a affirmé avant ces discussions ne pas avoir de "désaccords sérieux" avec le Liban, l'appelant à "travailler ensemble" contre le Hezbollah pro-iranien.

Selon le dernier bilan officiel, au moins 2.454 personnes ont été tuées au Liban en six semaines de guerre.

Par ailleurs, le président français Emmanuel Macron a annoncé mercredi la mort d'un 2e militaire français de la force de paix de l'ONU au Liban, Finul, blessé dans une embuscade samedi au cours de laquelle un premier Casque Bleu français avait été tué. Paris a attribué l'attaque au Hezbollah, ce que le groupe islamiste chiite a nié.


Londres accueille des discussion sur la mission à Ormuz

Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Short Url
  • Cette conférence permettra de "faire progresser la planification détaillée" de la réouverture du détroit dès que les conditions le permettront, à la suite des "avancées" réalisées lors des pourparlers de Paris la semaine dernière
  • "L'objectif aujourd'hui et demain est de traduire le consensus diplomatique en un plan commun pour garantir la liberté de navigation dans le détroit et soutenir un cessez-le-feu durable"

LONDRES: Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz.

Cette conférence permettra de "faire progresser la planification détaillée" de la réouverture du détroit dès que les conditions le permettront, à la suite des "avancées" réalisées lors des pourparlers de Paris la semaine dernière, a précisé le ministère britannique de la Défense.

"L'objectif aujourd'hui et demain est de traduire le consensus diplomatique en un plan commun pour garantir la liberté de navigation dans le détroit et soutenir un cessez-le-feu durable", a déclaré le ministre britannique de la Défense John Healey, cité dans un communiqué.

Il s'est dit confiant que "des progrès concrets puissent être accomplis".

Ces discussions intervient dans la foulée de pourparlers sur ce détroit stratégique, ayant réuni vendredi à Paris plus de 40 pays sous la houlette du Premier ministre britannique Keir Starmer et du président français Emmanuel Macron.

M. Starmer a indiqué que la France et le Royaume-Uni dirigeraient une mission multinationale pour assurer la liberté de navigation dans le détroit "dès que les conditions le permettront".

La Grande-Bretagne et la France ont insisté sur le fait que cette force serait exclusivement défensive et ne serait déployée qu'une fois la paix durable dans la région instaurée.

Les Etats-Unis et l'Iran, parties belligérantes, n'ont pas participé aux pourparlers.

Avant la réunion de Paris, Downing Street avait annoncé la tenue d'un sommet de planification militaire cette semaine, sans donner plus de précisions.

 


Iran: le médiateur pakistanais salue la prolongation du cessez-le-feu annoncée par Trump

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays joue un rôle de médiateur dans le conflit opposant les Etats-Unis à l'Iran, a salué mercredi l'extension du cessez-le-feu annoncée par Donald Trump. (AFP)
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays joue un rôle de médiateur dans le conflit opposant les Etats-Unis à l'Iran, a salué mercredi l'extension du cessez-le-feu annoncée par Donald Trump. (AFP)
Short Url
  • "Je remercie sincèrement le président Trump d'avoir gracieusement accepté notre demande de prolongation du cessez-le-feu afin de permettre aux efforts diplomatiques en cours de se poursuivre"
  • Un nouveau round de discussions initialement annoncé pour le début de semaine à Islamabad a toutefois lui aussi été ajourné sine die

ISLAMABAD: Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays joue un rôle de médiateur dans le conflit opposant les Etats-Unis à l'Iran, a salué mercredi l'extension du cessez-le-feu annoncée par Donald Trump.

"Je remercie sincèrement le président Trump d'avoir gracieusement accepté notre demande de prolongation du cessez-le-feu afin de permettre aux efforts diplomatiques en cours de se poursuivre", a indiqué sur X M. Sharif, précisant s'exprimer également au nom du chef d'état-major, le maréchal Asim Munir.

"Fort de la confiance qui lui est accordée, le Pakistan poursuivra ses efforts en vue d'un règlement négocié du conflit", a ajouté le dirigeant.

Donald Trump a annoncé mardi une extension sine die du cessez-le-feu dont il avait précédemment fixé l'expiration à mercredi soir, disant vouloir donner davantage de temps à la diplomatie.

Un nouveau round de discussions initialement annoncé pour le début de semaine à Islamabad a toutefois lui aussi été ajourné sine die.

"J'espère sincèrement que les deux parties continueront à respecter le cessez-le-feu et parviendront à conclure un +accord de paix+ global lors du deuxième cycle de négociations prévu à Islamabad, afin de mettre définitivement fin au conflit", a souligné M. Sharif mercredi.