La réélection d'Erdogan inquiète les kurdes de Syrie

Le président turc Tayyip Erdogan s'adresse à ses partisans après sa victoire au second tour de l'élection présidentielle au palais présidentiel d'Ankara tôt le 29 mai 2023 (Photo, AFP).
Le président turc Tayyip Erdogan s'adresse à ses partisans après sa victoire au second tour de l'élection présidentielle au palais présidentiel d'Ankara tôt le 29 mai 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 30 mai 2023

La réélection d'Erdogan inquiète les kurdes de Syrie

  • Les Kurdes en Turquie – environ un cinquième des 85 millions d'habitants de ce pays – ont voté principalement en faveur de Kiliçdaroglu
  • Tout au long de la campagne électorale, Erdogan n'a cessé d'attaquer son rival en le traitant de «terroriste»

QAMICHLI: Au marché de Qamichli, l'inquiétude prévaut lundi au lendemain de la réélection du président turc Recep Tayyip Erdogan qui menace régulièrement d'attaquer ces zones sous administration kurde du nord de la Syrie.

"En tant que Kurdes, nous ne souhaitions pas qu'Erdogan soit réélu", affirme, en kurde, Hozan Abou Bakr, propriétaire d'une boutique de vêtements qui discute avec ses voisins des répercussions du scrutin en Turquie.

"Nous voulions (le candidat de l'opposition) Kemal Kiliçdaroglu, non pas parce qu'il est meilleur, mais parce qu'il s'était allié aux Kurdes et qu'il n'est peut-être pas aussi mauvais qu'Erdogan", ajoute cet homme de 30 ans.

Les Kurdes en Turquie – environ un cinquième des 85 millions d'habitants de ce pays – ont voté principalement en faveur de M. Kiliçdaroglu, le chef du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), battu par M. Erdogan dimanche.

Tout au long de la campagne électorale, M. Erdogan n'a cessé d'attaquer son rival en le traitant de "terroriste", en raison de l'appui que lui ont apporté des responsables du parti pro-Kurde HDP.

Peuple sans État, les Kurdes sont répartis entre la Turquie, l'Irak, la Syrie et l'Iran.

À la faveur de la guerre en Syrie, ils ont établi une administration autonome dans de vastes secteurs du nord et du nord-est de ce pays.

Mais ils s'inquiètent que le président turc ne mette à exécution ses menaces répétées d'attaquer ces zones kurdes, et redoutent également un rapprochement entre Damas et Ankara dont ils feraient les frais.

«Nous ne voulons pas nous battre contre la Turquie»

La Turquie a lancé depuis 2016 trois offensives sur le sol syrien contre les forces kurdes dans le nord, qui lui ont permis de contrôler une bande frontalière de 120 km de longueur côté syrien.

Ankara a aussi mené en novembre une campagne de raids contre les combattants kurdes dans le nord de la Syrie et a brandi la menace d'une offensive terrestre.

La Turquie considère comme "terroriste" le Parti de l'Union démocratique (PYD), dont la branche armée, les YPG, a été le fer de lance de la lutte contre le groupe État islamique dans le nord de la Syrie avec l'appui des États-Unis, au grand dam de la Turquie.

Hizny Souleiman, un autre commerçant du marché de Qamichli, confie "craindre qu'Erdogan n'attaque à nouveau le peuple kurde".

Devant sa boutique d'électroménager, Mohammad Achraf assure : "Nous ne voulons pas nous battre contre la Turquie (…) nous voulons juste vivre en paix, surtout que toute la région est en guerre."

Le soulèvement pacifique en Syrie qui a dégénéré en guerre civile a fait plus d'un demi-million de morts. Près de la moitié des Syriens sont désormais des réfugiés ou des déplacés.

"La victoire d'Erdogan constitue sans aucun doute un développement négatif pour les Kurdes, notamment en Syrie", a estimé l'analyste Mutlu Civiroglu, spécialiste de la question kurde.

Selon lui, les Kurdes syriens auront affaire à "davantage d'attaques de drones et à la montée en puissance des groupes armés syriens soutenus par la Turquie".

"Les Kurdes sont déjà dans une situation difficile qui va s'accentuer, le gouvernement d'Erdogan voyant les Kurdes comme une menace pour la sécurité nationale", a poursuivi M. Civiroglu.

«Erdogan va poursuivre sa politique passée»

M. Erdogan a tenté ces derniers mois de se rapprocher de son homologue syrien Bachar al-Assad, notamment grâce à une médiation russe, ce qui, selon l'analyste, constitue "une autre inquiétude pour les Kurdes syriens".

"Nous ne pouvons pas prédire les agissements d'Erdogan, mais tout rapprochement entre lui et Bachar al-Assad se fera aux dépens des Kurdes", affirme pour sa part Saleh Muslim, qui copréside le PYD.

Pour sa part, M. Assad a exigé en préalable à toute rencontre avec son homologue le retrait des forces turques stationnées dans le nord de la Syrie sous contrôle rebelle et la fin du soutien d'Ankara aux groupes rebelles opposés à Damas.

"Il semble qu'Erdogan va poursuivre sa politique passée, et nous devons être prêts à toutes les éventualités", ajoute-t-il.

Il assure : "le plan d'Erdogan se fonde sur l'éradication des Kurdes partout, dont les Kurdes syriens s'il le peut."


Le prince héritier saoudien et le président ukrainien tiennent des pourparlers à Djeddah

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  • Zelensky s’est rendu à Djeddah et a rencontré le prince héritier saoudien pour renforcer les relations bilatérales
  • Les discussions portent sur la coopération en sécurité, énergie et infrastructures, après un soutien financier européen

DJEDDAH : Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est arrivé à Djeddah vendredi pour sa deuxième visite en Arabie saoudite en un mois.

Au cours de cette visite, Zelensky a rencontré le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, où les deux dirigeants ont discuté des moyens de renforcer les liens entre Kyiv et Riyad et d’élargir la coopération dans des secteurs clés, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

« Hier, lors d’une réunion avec des dirigeants européens, nous avons obtenu des garanties financières pour notre résilience. Aujourd’hui, nous faisons avancer nos accords avec l’Arabie saoudite dans les domaines de la sécurité, de l’énergie et des infrastructures », a déclaré Zelensky dans un message publié sur X à son arrivée dans le Royaume. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Washington sanctionne Bagdad pour l'obliger à démanteler les milices pro-Iran

 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
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  • Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire"
  • Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter"

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias.

Le Wall Street Journal, citant des sources officielles irakiennes et américaines, a affirmé mardi soir que Washington avait, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, suspendu la livraison par avion-cargo de près de 500 millions de dollars en cash, provenant des ventes de pétrole irakien.

Un responsable du gouvernement irakien a affirmé à l'AFP que seul un envoi n'était pas arrivé, invoquant "des raisons logistiques liées à la guerre" et la fermeture de l'espace aérien.

Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire".

Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter".

Les revenus des exportations de pétrole irakiennes sont en grande partie déposés à la Réserve fédérale de New York, en vertu d'un arrangement conclu après l'invasion américaine de 2003, qui avait renversé Saddam Hussein.

Un accord qui donne à Washington un levier majeur sur les autorités de Bagdad.

En parallèle, les Etats-Unis ont suspendu le financement de formations des forces armées irakiennes et de programmes de lutte contre les jihadistes, au premier rang desquels le groupe Etat islamique.

Un responsable de la sécurité irakien a confirmé à l'AFP l'arrêt de cette coopération bilatérale, en raison "des milices et des (...) bombardements".

Il n'a fourni aucun détail mais les deux pays coopèrent depuis plusieurs années, en particulier dans la lutte antijihadiste.

L'Irak, voisin de l'Iran, a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient par des frappes imputées aux Etats-Unis ou à Israël visant des groupes pro-iraniens. Ces derniers ont revendiqué des attaques contre les intérêts américains dans le pays.

L'équilibre précaire de l'Irak 

Au début de la guerre régionale déclenchée par les frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février, Washington et Bagdad avaient déclaré vouloir "intensifier la coopération" pour prévenir les attaques contre les intérêts américains et garantir que le territoire irakien ne serait pas utilisé pour ces opérations.

Mais Washington s'est plaint d'efforts insuffisants de la part de l'Irak, qui tente depuis des années de conserver un équilibre précaire entre ses liens avec les Etats-Unis et sa proximité avec Téhéran.

Le 9 avril, le département d'Etat américain avait déclaré avoir "convoqué" l'ambassadeur irakien à Washington, pour condamner ces attaques.

Sollicitée mercredi par l'AFP, la diplomatie américaine n'a pas confirmé la suspension des livraisons de dollars mais affirmé que "l'incapacité du gouvernement irakien à prévenir ces attaques (...) nuit aux relations entre les Etats-Unis et l'Irak".

"Les Etats-Unis ne toléreront pas les attaques contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu'il prenne immédiatement toutes les mesures nécessaires pour démanteler les milices alignées sur l'Iran en Irak", a déclaré le porte-parole par intérim du département d'Etat, Tommy Pigott.

Plusieurs de ces factions ont cessé leurs attaques contre les "bases ennemies" dans le pays et la région après le cessez-le-feu irano-américain.

Avant la fin des combats, l'ambassade des Etats-Unis en Irak avait rapporté "de nombreuses attaques de drones" lancées selon elle par des milices pro-iraniennes contre des installations diplomatiques et l'aéroport international de Bagdad.

En janvier, Donald Trump avait menacé de retirer tout soutien à Bagdad si l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, 75 ans, perçu comme proche de l'Iran, revenait au pouvoir.

L'Iran, pour autant, n'entend pas lâcher ses leviers sur son voisin.

Le général Esmaïl Qaani, un haut responsable militaire iranien, s'est rendu samedi à Bagdad pour rencontrer des responsables politiques et des groupes armés pro-iraniens, a indiqué à l'AFP un haut responsable irakien.


Journaliste tuée: les dirigeants libanais dénoncent un «crime de guerre»

Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
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  • "Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre"
  • Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales

BEYROUTH: Les dirigeants libanais ont accusé jeudi Israël d'avoir perpétré un "crime de guerre" après la mort d'une journaliste dans une frappe aérienne israélienne dans le sud du pays.

Amal Khalil, 42 ans, journaliste du quotidien Al-Akhbar, a été tuée mercredi et sa collègue indépendante Zeinab Faraj blessée dans cette frappe dans le sud, où les forces israéliennes occupent plusieurs régions.

"Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre".

Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales.

Les deux journalistes s'étaient réfugiées dans une maison du village d'al-Tiri, après qu'une frappe israélienne a visé une voiture qui les précédait, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Les deux occupants du véhicule, le maire de la ville voisine de Bint Jbeil, occupée par Israël, et un homme qui l'accompagnait, ont été tués, a précisé la même source.

Une frappe israélienne a ensuite visé la maison où s'étaient réfugiées les deux journalistes. Les secours ont évacué dans un premier temps la journaliste blessée, avant que "des tirs israéliens visent l'ambulance", selon le ministère de la Santé.

Les autorités libanaises ont dû mener des contacts avec les Casques bleus déployés dans le sud du Liban et il a fallu plusieurs heures avant que les secouristes puissent à nouveau accéder au secteur pour retirer des décombres le corps de l'autre journaliste.

Le ministère de la Santé a accusé jeudi Israël d'avoir "entravé les opérations de sauvetage" et "visé une ambulance portant clairement le signe de la Croix-Rouge".

L'armée israélienne a de son côté affirmé avoir frappé dans le secteur d' al-Tiri deux véhicules à bord desquels se trouvaient des "terroristes", qui avaient "franchi la ligne de défense avancée" de ses troupes dans le sud du Liban.

Israël dit avoir tracé une "ligne jaune" ou ligne de défense avancée en profondeur dans le sud du Liban où ses troupes sont entrées, et interdit aux habitants d'y retourner.

Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 17 avril, après une guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien qui a fait plus de 2.400 morts au Liban.

L'armée israélienne a démenti avoir "empêché les équipes de secours d'accéder à la zone". Elle a indiqué que "des informations font état de deux journalistes blessés lors des frappes" et affirmé que l'incident était "en cours d'examen".

Correspondante dans le sud du Liban pour le journal al-Akhbar, proche du Hezbollah, Amal Khalil a couvert les différentes guerres dans cette région. Elle était connue pour son courage et était respectée par ses collègues.

Le 28 mars, trois journalistes avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud et des experts de l'ONU avaient réclamé une enquête internationale.