France-Maghreb: l’ère de l’incertitude

Le président français Emmanuel Macron boit un thé à l'intérieur de la discothèque Maghreb Shopin, label mythique de la musique rai, appartenant à Boualem Benhaoua lors de sa visite à Oran le 27 août 2022, alors en visite de trois jours en Algérie afin de rétablir les liens avec l'ancienne colonie française. (AFP).
Le président français Emmanuel Macron boit un thé à l'intérieur de la discothèque Maghreb Shopin, label mythique de la musique rai, appartenant à Boualem Benhaoua lors de sa visite à Oran le 27 août 2022, alors en visite de trois jours en Algérie afin de rétablir les liens avec l'ancienne colonie française. (AFP).
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Publié le Mardi 06 juin 2023

France-Maghreb: l’ère de l’incertitude

  • Depuis son premier mandat, entamé en 2017, Emmanuel Macron s'est montré déterminé à réchauffer les relations franco-algériennes
  • La tâche d'Emmanuel Macron n’est pas aisée, car les mesures qu’il annonce sont accueillies par un sentiment d’incompréhension

PARIS: Situation en Libye, panne de la démocratie en Tunisie, installation d’un climat lourd entre l’Algérie et le Maroc: le Maghreb vit une phase critique. Cet état des lieux provoque un immobilisme politique et économique très préjudiciable au Maghreb. Un coup de froid s’est abattu sur les relations entre la France et le Maghreb. Dans ce climat incertain, l’Élysée tente un délicat jeu d’équilibre qui s’apparentera à une gageure si la diplomatie française ne prend pas soin de ses positions dans le cadre de la reconfiguration géopolitique en cours.

Paris-Alger: une relation ambivalente et délicate 

Depuis son premier mandat, entamé en 2017, Emmanuel Macron s'est montré déterminé à réchauffer les relations franco-algériennes. Toutefois, ce rapprochement reste fragile et semé d’embûches, comme l’ont récemment montré plusieurs polémiques. La problématique de l’immigration pèse toujours sur le lien bilatéral. À la fin de mai dernier est apparu le spectre d’une abrogation unilatérale de l’accord franco-algérien de 1968 sur l’immigration, qui est perçu comme le déclencheur potentiel d’une grave crise et, au-delà de la Méditerranée, comme un geste intentionnel pour priver les Algériens de leurs privilèges en France.

La réaction algérienne, particulièrement vive, s’est manifestée avant une prise de décision officielle qui s’est positionnée contre les conclusions de la note de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) sur cet accord franco-algérien. Ce dernier régit l'entrée et le séjour des Algériens en France. Les rapports entre Paris et Alger sont souvent traversés par divers faits et nourris par différents signes de tensions. Des deux côtés, en effet, il y a des partisans de la normalisation, et les réticents. De surcroît, les interlocuteurs français remarquent qu’une «ligne dure» antifrançaise joue la surenchère à Alger et plaide pour un «rapprochement avec la Russie afin de contrer la France en Afrique».

En février dernier, le rapatriement en France à partir de la Tunisie de l’activiste franco-algérienne Amira Bouraoui a provoqué un incident diplomatique lorsqu’Alger a fustigé une «exfiltration illégale» et a rappelé son ambassadeur. Cette brouille a été probablement l’une des causes du report de la visite du président algérien, Abdelmadjid Tebboune, initialement prévue les 2 et 3 mai, vers la deuxième moitié du mois de juin.

Cependant, malgré les efforts destinés à aplanir la question mémorielle avec la commission mixte des deux parties, il ne faut pas exclure le fait que les mesures françaises pour restreindre l’immigration pourraient reporter ou perturber la visite présidentielle algérienne.

Situation en Libye, panne de la démocratie en Tunisie, installation d’un climat lourd entre l’Algérie et le Maroc: le Maghreb vit une phase critique.

La tâche du président Macron n’est pas aisée, car les mesures qu’il annonce sont accueillies par un sentiment d’incompréhension. En outre, les liens entre Paris et Rabat restent intimement liés à la politique de Paris envers l'Algérie, ce qui exige une approche globale et équilibrée.

Les griefs de Rabat à l’encontre de Paris

D’un point de vue historique, le partenariat franco-marocain a résisté à de nombreuses épreuves. Toutefois, la tension qui marque depuis 2020 les liens entre Paris et Rabat ne pourrait guère être plus vive.

Même si l’entourage de l’Élysée refuse de parler d'une crise diplomatique avec le Maroc, les relations entre les deux pays sont très dégradées. Il est certain que la question épineuse des visas n’est pas la principale cause d’une escalade d’une telle ampleur qu’elle a provoqué le report de la visite officielle d'Emmanuel Macron au Maroc. Tout indique que la position française à l’égard du Sahara occidental et de l’amélioration des liens entre Paris et Alger sont les principales raisons du mécontentement marocain. 

Ces liens franco-marocains, déjà tendus, ont été violemment ébranlés par le problème des visas. En effet, pendant l'automne 2021, la France avait annoncé sa volonté de réduire de manière drastique le nombre de visas accordés aux voyageurs marocains (ce dernier a été divisé par deux, comme celui des Algériens ; dans le même temps, celui des Tunisiens a baissé d'un tiers). C’est là pour Paris une manière d’accentuer la pression sur ces trois pays réticents à accueillir leurs ressortissants en situation irrégulière et visés par des expulsions du territoire français. Pour le Maroc, il s’agit d’une forme de «chantage» inacceptable et un frein à la libre circulation. Cette question de flux migratoires demeure la pomme de la discorde en dépit de la visite de la ministre française Catherine Colonna en décembre 2022.

Pour le moment, l’entourage du roi marocain attribue à la France la responsabilité de la dégradation du lien bilatéral au «positionnement proalgérien de l’Élysée»!

La France, accusée de jouer «la carte algérienne», ne parvient pourtant pas non plus à ouvrir un nouveau chapitre serein avec Alger, en réalité. Et les relations françaises avec la Tunisie et la Libye ne sont pas meilleures.

Bien que l’Hexagone plaide contre l’effondrement économique de la Tunisie (en matière d’aide économique pour maîtriser les flux migratoires), une position que la France partage avec l’Italie, ni le pouvoir tunisien ni les oppositions et les démocrates n’apprécient cette position française très prudente – celle d’une ancienne puissance coloniale qui se trouve fragilisée au Maghreb, et plus largement en Afrique francophone.

On le voit, les liens franco-maghrébins sont décidément incertains.


Macron près de Nantes pour dévoiler le nom du futur porte-avions géant

Le président français Emmanuel Macron salue des militaires à bord du porte-avions Charles de Gaulle, en Méditerranée, après des frappes de drones iraniens sur Chypre, le 9 mars 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron salue des militaires à bord du porte-avions Charles de Gaulle, en Méditerranée, après des frappes de drones iraniens sur Chypre, le 9 mars 2026. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron se rend à Indret pour dévoiler le nom du futur porte-avions français, qui remplacera le Charles de Gaulle en 2038
  • Le projet, estimé à 10 milliards d’euros sur 20 ans, représente un symbole de puissance militaire française et intègre une technologie américaine électromagnétique pour les catapultes, tout en restant évolutif pour accueillir drones et aéronefs futurs

PARIS: Un nouveau navire amiral, embarquant des drones et fort de trois catapultes: Emmanuel Macron se rend mercredi à Indret, près de Nantes, où il dévoilera le nom du futur porte-avions français dont la construction vient de débuter.

Le chef de l'Etat est attendu vers 15H00 sur le site du constructeur Naval Group où seront fabriquées les deux chaufferies nucléaires du bâtiment. Il remplacera en 2038 le Charles de Gaulle, sur lequel Emmanuel Macron s'est récemment rendu alors qu'il naviguait en Méditerranée orientale face aux risques d'extension de la guerre au Moyen-orient.

Le chef de l'État a donné le feu vert à la construction de ce porte-avions de nouvelle génération en décembre, concrétisant un projet en gestation depuis 2018. Ce déplacement devrait être l'occasion de dévoiler le nom du navire, dont la coque sera façonnée à Saint-Nazaire à partir de 2031.

Le "Richelieu" ? "François Mitterrand" ? Le "Marie Marvingt", pionnière de l'aviation ?  Ou encore le "Simone Veil", figure politique française ? Les paris vont bon train sur internet, en attendant le verdict présidentiel. Donner le nom d'une femme à un tel bâtiment serait en tout cas une première.

Ce nouveau fleuron, qui représentera 10 milliards d'euros d'investissements sur une vingtaine d'années, est d'ores et déjà paré de tous les superlatifs. "Ce sera le plus gros navire militaire construit en France, avec 77.000 tonnes contre 42.000 pour le Charles de Gaulle", relève l'Elysée.

Seuls deux pays au monde disposent de porte-avions nucléaires, les Etats-Unis (11 bâtiments) et la France. La Chine et l'Inde en ont à propulsion classique et les autres (Royaume-uni, Italie..) sont équipés de porte-aéronefs à décollage vertical.

De quoi faire du navire un symbole de la puissance militaire française, à l'heure où Emmanuel Macron met un accent particulier sur l'effort de défense, à l'image de son récent discours sur la dissuasion nucléaire qui marque l'augmentation de l'arsenal français et une coopération avec huit pays européens.

Ce futur bâtiment "sera capable à la fois de catapulter et de récupérer des avions. Actuellement, sur la plupart des porte-avions, vous catapultez et vous reconfigurez ensuite le pont pour récupérer, ce qui limite en termes de capacité opérationnelle", souligne la présidence.

- "Plan B" -

Avec trois rails de catapulte, au lieu de deux actuellement, il maximisera aussi la capacité d'envol des 40 aéronefs embarqués.

Un gros bémol toutefois: la technologie électromagnétique des futures catapultes relèvera de l'américain General Atomics, source de vulnérabilité potentielle dans un monde aux rapports de forces de plus en plus exacerbés.

"Le choix a été fait, et c'est un choix économique de travailler avec les États-Unis, qui est parfaitement cohérent, mais il existe bien évidemment d'autres plans, un plan B, si jamais on avait des contraintes particulières", assure toutefois un conseiller présidentiel.

Le bâtiment devra aussi être "évolutif" pour pouvoir accueillir tous les types d'avions qui seront déployés pendant sa durée de vie, mais aussi des drones, le nouveau défi militaire révélé par les guerres en Ukraine et au Moyen-orient.

Un enjeu énorme. "On ne peut pas se contenter de reproduire un outil qui a été conçu à la moitié du siècle dernier", souligne le chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandon.

"Demain, le porte-avions ne sera pas qu'un porte-avions (..) Nous aurons besoin de drones qui vont pénétrer les défenses adverses, que ce soit des drones de combat ou des munitions téléopérées, de drones ravitailleurs, de drones de surveillance...", renchérit le chef d'état-major de la Marine, l'amiral Nicolas Vaujour.

Vecteur de projection de puissance, les porte-avions représentent aussi des coûts astronomiques, en période de restriction budgétaire. "Sur un programme de près de 20 ans, nous sommes précautionneux", concède l'Elysée tout en maintenant l'estimation de 10 milliards d'euros.

La question d'un deuxième porte-avions continue aussi de se poser, alors qu'un seul bâtiment n'est disponible que 65% du temps. "A ce stade, non", répond-on toutefois à l'Elysée.


Un hommage national rendu au militaire français tué en Irak

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
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  • "La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital"
  • Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France

VARCES-ALLIERES-ET- RISSET: Emmanuel Macron a salué mardi, au début d'un conseil de défense sur le conflit au Moyen-Orient, la mémoire du major Arnaud Frion "mort pour la France" en Irak, auquel la ministre des Armées Catherine Vautrin a aussi rendu un hommage solennel au 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces (Isère) où il servait.

"Le major Frion est mort pour la France en Irak en fin de semaine dernière lors d'une attaque de drones perpétrée par une milice pro-iranienne, alors qu'il œuvrait à la lutte contre le terrorisme, au combat contre Daech (État islamique, NDLR), à la défense de la souveraineté irakienne et, ce faisant, à notre sécurité", a déclaré le chef de l’État.

"La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital", a-t-il ajouté.

Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France.

"La France n'oubliera pas le prix de la vie d'Arnaud Frion (...) ce prix douloureux, c'est celui de notre sécurité, de notre souveraineté, de notre liberté", a également affirmé Catherine Vautrin à Varces.

Face à elle, le cercueil du major est recouvert du drapeau bleu blanc rouge et de trois coussins sur lesquels reposent ses décorations, la croix de chevalier de la Légion d'honneur reçue à titre posthume et la tarte, béret distinctif des chasseurs alpins.

"Le parcours d'Arnaud Frion raconte un homme qui était devenu par le travail, par la valeur, par l'exemple, l'une des plus belles figures du soldat français", a salué la ministre au côté du chef d'état-major de l'armée de Terre, le général Pierre Schill.

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. Marié et père d'un enfant, il avait reçu la médaille militaire le 31 décembre 2021.

Il a été frappé avec ses compagnons d'armes alors qu'il se trouvait dans une base placée sous l'autorité des combattants kurdes peshmergas, située au sud-ouest d'Erbil, à Mala Qara, dans le Kurdistan irakien. Ils y étaient déployés dans le cadre de la coalition internationale mise en place en 2014 contre le groupe jihadiste État islamique.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le Kurdistan irakien et Erbil ont essuyé de multiples attaques de drones Shahed imputées à des factions pro-iraniennes, visant notamment les dispositifs militaires américains dans la région. Ces attaques ont été pour la plupart neutralisées par la défense antiaérienne.


Macron convoque un nouveau conseil de défense mardi après-midi sur la situation au Moyen-Orient

Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron convoque un conseil de défense sur la situation en Iran et au Moyen-Orient, dans un contexte de pressions de Donald Trump concernant la sécurisation du détroit d’Ormuz
  • Isaac Herzog appelle les pays européens à agir contre le Hezbollah, tandis que la France propose une médiation entre le Liban et Israël pour éviter une escalade régionale

PARIS: Le président Emmanuel Macron a convoqué un nouveau conseil de défense et de sécurité nationale mardi après-midi "sur la situation en Iran et au Moyen-Orient", a annoncé l'Elysée.

Ce nouveau conseil de défense réunissant les ministres et responsables chargés des questions de sécurité - le dernier remonte au 10 mars - intervient alors que Donald Trump fait pression sur la France pour qu'elle réponde positivement à sa demande d'aide pour la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Le président israélien Isaac Herzog a de son côté appelé lundi les pays européens à "soutenir tout effort visant à éradiquer" le mouvement islamiste libanais Hezbollah, allié de l'Iran.

Il a aussi salué l'offre française de faciliter des discussions directes entre le Liban et Israël qui a lancé des frappes aériennes massives et des "opérations terrestres limitées" contre le Hezbollah.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient lorsque le Hezbollah a attaqué Israël le 2 mars pour venger l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué deux jours plus tôt par une frappe israélienne à Téhéran.

Emmanuel Macron a appelé samedi Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban, qu'il s'est dit prêt à "faciliter" en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Israël a poursuivi mardi ses bombardements sur Téhéran et contre le Hezbollah pro-iranien dans la banlieue sud de Beyrouth, au 18e jour de la guerre au Moyen-Orient qui embrase aussi l'Irak, théâtre de nombreuses attaques.