Comme une «mise à mort», des Palestiniens attendent l'expulsion à Jérusalem

Après des décennies de querelles juridiques, ils sont sur le point d'être expulsés de leur domicile dans le quartier musulman pour faire place à des colons juifs (Photo, AFP).
Après des décennies de querelles juridiques, ils sont sur le point d'être expulsés de leur domicile dans le quartier musulman pour faire place à des colons juifs (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 10 juin 2023

Comme une «mise à mort», des Palestiniens attendent l'expulsion à Jérusalem

  • La cohabitation est difficile, confie la famille palestinienne
  • «J'ai vécu toute mon enfance dans cette maison, j'y ai grandi, j'y ai perdu mon père et ma mère», souffle Nora Sub Laban

JERUSALEM: Dans la Vieille Ville de Jérusalem, Nora et Moustapha Sub Laban, 68 et 73 ans, comptent les heures avant l'exécution d'une décision qui plane au-dessus de leurs têtes depuis 1978: l'arrivée de la police et leur expulsion au profit de colons israéliens.

Dans le coin d'une venelle du quartier musulman, ces Palestiniens ont une vue imprenable sur le Dôme du Rocher. Mais de leur fenêtre grillagée, ils voient également des guirlandes de drapeaux israéliens qui ont fleuri sur les bâtisses voisines, saisies par des colons.

Leur modeste appartement aux murs décrépits doit connaître le même sort à partir de dimanche, selon le dernier ordre israélien reçu en mai.

"Aujourd'hui, je suis comme une prisonnière qui attend sa mise à mort. Je ne dors pas bien. Je vis sous sédatifs et j'ai des pensées négatives", raconte Nora Sub Laban à l'AFP.

Habitants de Jérusalem-Est, secteur occupé et annexé par Israël, elle et son mari sont empêtrés dans une bataille judiciaire depuis 45 ans avec les autorités et des colons israéliens, expliquent-ils.

Ces colons sont regroupés au sein du groupe Atara Leyoshna, représenté au tribunal par Eli Attal, d'après la famille et l'organisation israélienne anti-colonisation Ir Amim.

Sollicité par l'AFP, M. Attal n'a pas souhaité s'exprimer.

Les plaignants israéliens affirment que des juifs habitaient dans ce logement avant la création de l'Etat d'Israël en 1948 et l'annexion de Jérusalem-Est par la Jordanie, consécutive à la première guerre israélo-arabe.

Ils invoquent une loi israélienne de 1970 qui permet à des juifs de récupérer une propriété possédée par des juifs avant 1948, même sans lien de parenté.

En face, les Sub Laban indiquent avoir obtenu le statut de "locataire protégé" auprès de la Jordanie dans les années 1950, avant qu'Israël ne conquière cette partie de la ville en 1967 puis procède à son annexion, jugée "non valide" par l'ONU.

«Hégémonie israélienne»

La famille a gardé le contrat de location jordanien datant de 1953 et des jugements de tribunaux israéliens, consultés par l'AFP, reconnaissant leur statut de "locataire protégé".

Mais la justice affirme qu'ils n'habitent pas de façon permanente dans l'appartement et que l'expulsion doit donc être mise en oeuvre, bien qu'ils paient leur loyer auprès d'un organisme israélien.

Pour Nora Sub Laban, cette décision se focalise sur une période pendant laquelle elle ne résidait pas quotidiennement dans l'appartement car elle était hospitalisée.

"Juridiquement parlant, au sein du système israélien, on ne peut plus rien faire", explique Rafat Sub Laban, 34 ans, employé du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme à Ramallah, en Cisjordanie occupée.

D'après l'ONG Ir Amim, environ 150 familles palestiniennes sont actuellement menacées d'expulsion dans la Vieille Ville et les quartiers adjacents, du fait de "lois discriminatoires et de la collusion de l'Etat (israélien) avec des organisations de colons".

Plus de 220.000 colons vivent à Jérusalem-Est, où résident environ 370.000 Palestiniens, d'après l'ONG.

Celle-ci pointe du doigt une "stratégie utilisée de façon croissante pour consolider l'hégémonie israélienne" dans le secteur de la Vieille Ville, "la partie la plus sensible de Jérusalem du point de vue religieux et politique, et un enjeu essentiel du conflit" israélo-palestinien.

Dans la rue des Sub Laban, plusieurs "yeshivas" (écoles talmudiques) ont été ouvertes et les colons vont et viennent. Le voisin israélien le plus proche habite sur le palier quelques marches en-dessous de chez eux et emprunte le même couloir d'entrée exigu.

La cohabitation est difficile, confie la famille palestinienne.

"Nous ne vivons ni en liberté ni en sécurité", résume Nora Sub Laban.

«C'est notre maison»

A l'intérieur de leur appartement, les Sub Lahan ont déjà décroché les photos et déménagé les quelques objets à valeur sentimentale. Le moment où la police israélienne va débarquer, ils n'auront que quelques instants pour déguerpir, présagent-ils.

"Lorsque malheureusement cela arrivera", dit leur fils Rafat Sub Laban, "nous amènerons nos parents chez ma soeur et moi", dans un autre quartier de Jérusalem-Est. C'est la seule option".

Dans le salon, la seule décoration du logis consiste en des inscriptions au marqueur noir laissées par les petits-enfants: "La Palestine sera libre", "Nous reviendrons", "C'est notre maison".

"J'ai vécu toute mon enfance dans cette maison, j'y ai grandi, j'y ai perdu mon père et ma mère", souffle Nora Sub Laban.

Les colons "n'ont que faire de nous". "Les gens pensent qu'une maison, ce ne sont que des murs", ajoute-t-elle.

"Mais ce sont aussi des souvenirs. C'est toute ma vie."


Liban: le chef de la diplomatie syrienne rencontre Berri

Le chef de la diplomatie syrienne Assaad al-Chaibani rencontre jeudi les dirigeants libanais lors d'une visite à Beyrouth marquée par une première réunion avec le président du Parlement, allié du Hezbollah pro-iranien. (AFP)
Le chef de la diplomatie syrienne Assaad al-Chaibani rencontre jeudi les dirigeants libanais lors d'une visite à Beyrouth marquée par une première réunion avec le président du Parlement, allié du Hezbollah pro-iranien. (AFP)
  • Cette visite intervient alors que Damas a assuré ne pas vouloir s'impliquer au Liban, malgré les pressions des Etats-Unis en ce sens
  • Le président Donald Trump a répété à plusieurs reprises que la Syrie pourrait "s'occuper du Hezbollah" dans le pays voisin, critiquant la stratégie d'Israël dans sa guerre avec le mouvement armé et financé par Téhéran

BEYROUTH: Le chef de la diplomatie syrienne Assaad al-Chaibani rencontre jeudi les dirigeants libanais lors d'une visite à Beyrouth marquée par une première réunion avec le président du Parlement, allié du Hezbollah pro-iranien.

Cette visite intervient alors que Damas a assuré ne pas vouloir s'impliquer au Liban, malgré les pressions des Etats-Unis en ce sens.

Le président Donald Trump a répété à plusieurs reprises que la Syrie pourrait "s'occuper du Hezbollah" dans le pays voisin, critiquant la stratégie d'Israël dans sa guerre avec le mouvement armé et financé par Téhéran.

Mais le président syrien Ahmad al-Chareh, qui a pris le pouvoir en décembre 2024 après la chute de Bachar al-Assad, a assuré qu'il n'avait pas l'intention d'intervenir et de rouvrir les plaies du passé.

Le ministre syrien, dont c'est la deuxième visite au Liban, a été reçu par le président libanais Joseph Aoun dès son arrivée, avant de se rendre auprès de Nabih Berri, président du Parlement et allié du Hezbollah, ont indiqué les médias.

M. Chaibani avait effectué en octobre 2025 la première visite d'un haut responsable syrien depuis l'accession de la coalition islamiste au pouvoir à Damas, qui a permis d'ouvrir une nouvelle page dans les relations entre les deux pays.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam s'était pour sa part rendu en mai dernier en Syrie.

Les nouvelles autorités syriennes sont hostiles au Hezbollah, allié du président déchu Bachar al-Assad, et ont annoncé l'arrestation ces derniers mois de cellules présumées affiliées au mouvement chiite, qui nie pour sa part toute présence en Syrie.

Depuis fin 2024, les routes d'approvisionnement du Hezbollah ont été coupées et plusieurs tentatives de contrebande d'armes à destination du Liban ont été déjouées selon Damas.

Sous le clan Assad, l'armée syrienne était intervenue au Liban pendant la guerre civile, en 1976, et Damas avait exercé pendant des décennies sa tutelle sur le pays voisin, où il était accusé de l'assassinat de nombreux responsables libanais.

La première visite de M. Chaibani avait permis de débloquer le dossier des prisonniers syriens au Liban, dont plus de 250 ont depuis été transférés en Syrie.

Environ 2.000 Syriens, soit près d'un tiers de la population carcérale du Liban, sont détenus dans les prisons surpeuplées du pays.


Négociations indirectes Iran-Etats-Unis: le porte-parole du Qatar fait état de "progrès positifs"

Le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al-Ansari, a déclaré que les négociateurs américains et iraniens avaient réalisé des « progrès positifs » lors de pourparlers indirects à Doha. (Photo d'archives AFP)
Le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al-Ansari, a déclaré que les négociateurs américains et iraniens avaient réalisé des « progrès positifs » lors de pourparlers indirects à Doha. (Photo d'archives AFP)
  • Les négociateurs américains et iraniens ont enregistré des progrès positifs lors de pourparlers indirects à Doha, selon le Qatar
  • Une nouvelle série de discussions est prévue après les funérailles d’Ali Khamenei, avec la poursuite de la médiation qatarie et pakistanaise

DOHA: Les négociateurs américains et iraniens ont réalisé "des progrès positifs" lors de leurs pourparlers indirects à Doha, une prochaine série de discussions étant prévue après les funérailles de l'ex-guide suprême iranien Ali Khamenei, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar.

"Les médiateurs qataris et pakistanais ont achevé aujourd'hui à Doha des réunions séparées avec les négociateurs américains et iraniens, avec des progrès positifs concernant les questions liées au memorandum d'accord d'Islamabad, en s'appuyant sur les résultats du sommet du Lac de Lucerne", a indiqué mercredi sur X le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Majed al-Ansari.

 


Iran: la télévision d’État écourte l’interview du négociateur iranien

La télévision d’État iranienne a interrompu mardi un entretien diffusé en différé avec Mohammad Bagher Ghalibaf, l'influent président du Parlement et principal négociateur du pays dans les pourparlers avec les États-Unis, suscitant les critiques de son équipe. (AFP)
La télévision d’État iranienne a interrompu mardi un entretien diffusé en différé avec Mohammad Bagher Ghalibaf, l'influent président du Parlement et principal négociateur du pays dans les pourparlers avec les États-Unis, suscitant les critiques de son équipe. (AFP)
  • Cet entretien étant enregistré, "le minimum que l'on pouvait attendre des responsables de l’IRIB était de se coordonner avec le centre médiatique du Parlement s’ils décidaient de ne pas diffuser une partie de la discussion, contrairement aux procédures"
  • La télévision d’État a elle affirmé que l'entretien avait été divisé en deux parties, dont la seconde serait diffusée mercredi soir

TEHERAN: La télévision d’État iranienne a interrompu mardi un entretien diffusé en différé avec Mohammad Bagher Ghalibaf, l'influent président du Parlement et principal négociateur du pays dans les pourparlers avec les États-Unis, suscitant les critiques de son équipe.

"Cette discussion a été remise à l'Organisation de la radiotélévision de la République islamique d’Iran (IRIB) plus de deux heures avant l'heure de diffusion; mais malheureusement, la diffusion a été interrompue en plein milieu", a regretté mercredi un communiqué du centre médiatique du Parlement.

Cet entretien étant enregistré, "le minimum que l'on pouvait attendre des responsables de l’IRIB était de se coordonner avec le centre médiatique du Parlement s’ils décidaient de ne pas diffuser une partie de la discussion, contrairement aux procédures", a ajouté le communiqué.

La télévision d’État a elle affirmé que l'entretien avait été divisé en deux parties, dont la seconde serait diffusée mercredi soir.

Le centre médiatique du Parlement a précisé que la partie non diffusée portait notamment sur des questions au coeur du protocole d'accord conclu le 17 juin entre Téhéran et Washington, soit les inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le dégel d'avoirs iraniens et la ligne de crédit prévue de 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Iran.

De nombreux partisans de l'inflexibilité face aux Etats-Unis, notamment des parlementaires conservateurs et des personnalités médiatiques, ont ces dernières semaines critiqué ce texte visant à mettre fin au conflit dans la région.

Le mois dernier, un présentateur de la télévision d’État avait appelé à la fermeture de l’aéroport de Téhéran afin que l’équipe de négociation iranienne ne puisse pas se rendre en Suisse pour discuter avec la délégation américaine.

Certains estiment qu'après la signature de cet accord, sous la médiation du Pakistan et du Qatar, l’Iran a rouvert de manière prématurée le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, sans obtenir en retour de bénéfices tangibles.

Dans la partie de l'entretien diffusée mardi, M. Ghalibaf a soutenu que l'entente avec les Américains avait permis à l’Iran de vendre son pétrole grâce à la levée, aux termes de l'accord, du blocus américain des ports iraniens.

Depuis "nous avons exporté plus de 40 millions de barils de pétrole (...) En revanche, durant les 50 à 60 jours précédents, nous avions été dans l'impossibilité totale d'exporter ne serait-ce qu'un seul baril de pétrole", a-t-il affirmé.