Ouverture lundi à Paris du premier procès aux assises pour terrorisme d'ultradroite

Comme l'un des mis en cause avait 17 ans au moment des faits, ils comparaîtront devant la cour d'assises des mineurs spéciale, jusqu'au 30 juin. (Photo, AFP)
Comme l'un des mis en cause avait 17 ans au moment des faits, ils comparaîtront devant la cour d'assises des mineurs spéciale, jusqu'au 30 juin. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 17 juin 2023

Ouverture lundi à Paris du premier procès aux assises pour terrorisme d'ultradroite

  • Cette audience criminelle pour ces hommes aujourd'hui âgés de 22 à 28 ans constitue une première pour l'ultradroite. De précédents dossiers comme celui des Barjols ou du groupuscule OAS ont été jugés ces dernières années au tribunal correctionnel
  • Le procès pourrait donc se tenir à huis-clos. Le président de la cour peut toutefois rendre les débats publics, si une demande est formulée en ce sens et s'il estime que cela ne nuirait ni aux intérêts de l'accusé, ni à l'ordre public

PARIS: Ils parlaient de s'en prendre aux dîners du CRIF, au rappeur Médine ou aux meetings de Jean-Luc Mélenchon. Quatre hommes de la mouvance néonazie seront jugés aux assises des mineurs à Paris à partir de lundi, soupçonnés de projets terroristes criminels entre 2017 et 2018.

Cette audience criminelle pour ces hommes aujourd'hui âgés de 22 à 28 ans constitue une première pour l'ultradroite. De précédents dossiers comme celui des Barjols ou du groupuscule OAS ont été jugés ces dernières années au tribunal correctionnel.

Comme l'un des mis en cause avait 17 ans au moment des faits, ils comparaîtront devant la cour d'assises des mineurs spéciale, jusqu'au 30 juin.

Le procès pourrait donc se tenir à huis-clos. Le président de la cour peut toutefois rendre les débats publics, si une demande est formulée en ce sens et s'il estime que cela ne nuirait ni aux intérêts de l'accusé, ni à l'ordre public.

Un cinquième protagoniste, un collégien de 14 ans lors des faits, a déjà été condamné par le tribunal pour enfants de Paris, statuant en matière criminelle, à deux ans d'emprisonnement avec sursis.

D'après l'accusation, les cinq jeunes hommes, imprégnés de l'idéologie "néonazie", participaient à un forum privé nommé "projet WaffenKraft" - "puissance de feu" -, créé par Julien (prénom modifié), 17 ans à l'époque.

Selon les juges, les discussions avaient "très rapidement dérivé vers l'élaboration de projets terroristes sous l'impulsion d'Alexandre Gilet", le "plus radical et plus motivé" du groupe.

"Je pense qu'il voulait faire pire que le Bataclan", dira un autre mis en cause.

"C'est caricatural de dire que c'était le leader", déplore l'avocate d'Alexandre Gilet, Fanny Vial, décrivant un jeune homme qui "reconnaît des propos violents qui n'auraient jamais dû exister" mais qui "n'a recruté personne, et a toujours dit qu'il n'allait pas passer à l'acte".

«Explosifs artisanaux» 

Parmi les cibles évoquées: des mosquées, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et le siège de la Licra à Tours.

Mais aussi, selon un co-accusé, "le concert de Médine au Bataclan" (rappeur régulièrement accusé à droite et à l'extrême droite de complaisance envers l'islamisme) ou des "meetings de Jean-Luc Mélenchon".

Contrairement à d'autres cibles, "aucune recherche sur M. Mélenchon n'a été retrouvée dans les supports de M. Gilet", tempère une source proche du dossier.

Le fondateur de la France insoumise a annoncé vouloir se constituer partie civile à l'audience. L'avocate de la Licra a indiqué à l'AFP la même intention.

L'enquête a démarré par l'interpellation en septembre 2018 d'Alexandre Gilet, alors gendarme adjoint volontaire dans l'Isère, signalé après une commande de produits précurseurs d'engins explosifs.

A son domicile, les enquêteurs découvrent des armes "régulièrement détenues", dont deux kalachnikovs, de nombreuses munitions, un équipement de laboratoire et des produits permettant la fabrication d'explosifs.

"De nombreuses photographies et vidéos d'entraînement avec ses explosifs artisanaux et ses armes (...) notamment avec plusieurs personnes en forêt en juillet 2018" les mettent sur la piste des quatre autres participants à cette séance de tir.

Ils seront interpellés entre octobre 2018 et mai 2019: Julien, adolescent de la région de Tours au parcours scolaire émaillé d'incidents violents ; Gauthier Faucon, fils de militaire de 25 ans surnommé "Panzer"; Evandre Aubert, Ardéchois de 23 ans ; et le collégien de 14 ans.

Les magistrats antiterroristes seront saisis après la découverte des recherches internet d'Alexandre Gilet "sur ce qui s'apparentait à des cibles" ainsi que d'"un manifeste de passage à l'acte terroriste" rédigé "à la manière des tueurs de masse de l'ultra-droite", "détaillant notamment des fusillades ou des actions au camion-bélier".

Pendant son contrôle judiciaire, il continue ses entraînements en forêt et "entame une formation de conducteur de poids-lourd". Il est alors placé en détention provisoire, en décembre 2018.

Il voulait juste "gagner sa vie" après le non-renouvellement de son contrat de gendarme, estime Me Vial, balayant aussi le terme de "manifeste" pour ce texte: plutôt un "journal intime de la haine", "jamais diffusé et dont il a honte aujourd'hui".

Une dizaine de procédures en lien avec l'ultradroite ont été ouvertes ces dernières années au pôle antiterroriste de Paris. Une menace "prise très au sérieux" et qui "monte en puissance", selon un magistrat antiterroriste parisien.


Agriculture: pour ses cantines, l'Etat ne devra plus se fournir en produits hors UE, promet Lecornu

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement veut que la restauration collective de l’État s’approvisionne exclusivement en produits agricoles et alimentaires issus de l’Union européenne, afin de soutenir les filières locales et réduire l’empreinte carbone
  • Sébastien Lecornu affiche son soutien aux « contrats d’avenir » pour aider les agriculteurs à adapter leurs productions au changement climatique

PARIS: Le Premier ministre Sébastien Lecornu, en déplacement dans une ferme de l'Eure-et-Loir, a souhaité vendredi que la restauration collective dépendant de l'Etat se fournisse exclusivement en produits agricoles et alimentaires venus de l'Union européenne.

"Il est impensable que pour l'ensemble des marchés publics à venir, il y ait des matières premières agricoles, alimentaires qui viennent d'en dehors de l'Union européenne", a-t-il dit à la presse.

Sur quelque 900 millions à un milliard d'euros de commandes de cantines de l'Etat (armées, universités, etc.), "j'ai demandé aux différents services combien allait en dehors de l'Union européenne et combien reste en France, et on n'a toujours pas la réponse", a-t-il admis.

"Cela va nous amener à reprendre complètement en main la commande publique, à devoir aussi récompenser ou punir les acheteurs publics en fonction de ces objectifs" et "nous l'inscrirons (...) dans les lois à venir de décentralisation comme la loi agricole que nous préparons", a-t-il ajouté.

Les agriculteurs, et notamment les éleveurs, largement mobilisés contre le traité commercial UE-Mercosur, accusent régulièrement la puissance publique, qui sous-traite parfois sa restauration collective, de ne pas respecter les quotas de produits locaux ou biologiques figurant dans ses engagements voire dans la loi.

"Certains disent préférence nationale. Je pense que c'est une hérésie parce que la France est un grand pays d'exportation au sein de l'Union européenne", a précisé M. Lecornu vendredi.

"En revanche, plus personne ne peut comprendre dans le monde dans lequel nous vivons que l'argent du contribuable puisse permettre encore d'acheter de la nourriture qui en plus a un bilan carbone et climatique absolument épouvantable et qui vient du bout du monde".

Le chef du gouvernement a aussi exprimé son appui aux "contrats d'avenir", projet porté par le syndicat Jeunes agriculteurs (JA) et destiné à aider les exploitants à diversifier leur production face au réchauffement climatique, via une planification territoriale puis des contrats tripartites entre agriculteurs, pouvoirs publics et transformateurs.

"On est dans un moment dans lequel on n'a pas suffisamment tiré les conclusions du réchauffement climatique et de l'impact sur les productions", a estimé M. Lecornu.

Le Premier ministre qui, chaussé de bottes kaki, a visité une exploitation céréalière diversifiée dans la production d'amandes, n'a cependant pas abordé la mise en action ou le financement de tels "contrats".

Pierrick Horel, le président des JA, a salué "une prise de conscience collective, un engagement pris au plus haut niveau du gouvernement autour de ce sujet, cela pose les bonnes bases".

Les "transitions jusqu'à aujourd'hui se sont opérées de façon individuelle, sur des fonds propres, cela ne répond pas à l'enjeu des dérèglements climatiques. L'agriculteur seul ne peut supporter ces transitions", a-t-il dit à l'AFP, exprimant sa satisfaction "à quelques jours du lancement du Salon de l'agriculture", le 21 février.


Budget: Lecornu dégaine un ultime 49.3, l'épilogue approche

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu va recourir pour la troisième fois à l’article 49.3 pour faire adopter définitivement le budget 2026, malgré de nouvelles motions de censure attendues lundi
  • Le texte vise un déficit ramené à 5 % du PIB en 2026 et prévoit plusieurs concessions sociales, mais continue de susciter une forte opposition à gauche et à l’extrême droite

PARIS: La ligne d'arrivée du marathon budgétaire est proche: le Premier ministre Sébastien Lecornu va activer vendredi matin pour la troisième fois l'article 49 alinéa 3 de la Constitution à l'Assemblée nationale, ultime étape avant l'adoption définitive du budget de l'Etat, attendue lundi.

Après quatre mois de très denses discussions au Parlement, le projet de loi de finances pour 2026 va pouvoir aboutir.

Examiné à partir de 9H00 à l'Assemblée nationale en lecture définitive, le projet de budget ne sera pas discuté très longtemps: le chef du gouvernement est attendu au Palais Bourbon pour activer d'emblée un nouveau 49.3 sur le texte.

En engageant ainsi la responsabilité du gouvernement, Sébastien Lecornu devrait s'exposer à nouveau à deux motions de censure, issues de la gauche hors-PS et du Rassemblement national.

Celles-ci seront soumises aux députés "probablement lundi après-midi", ont indiqué des sources gouvernementales et parlementaires à l'AFP. Et sauf immense surprise, elles seront rejetées comme les deux précédentes grâce à la clémence des Républicains et surtout du Parti socialiste. Le gouvernement dispose en effet d'un matelas relativement confortable d'une vingtaine de voix d'avance.

Le rejet des motions vaudra alors adoption définitive du budget de l'Etat, qui devra tout de même passer le filtre du Conseil constitutionnel avant d'être promulgué. Sa mise en place mettra fin au régime fragile de la loi spéciale, votée fin décembre faute d'accord parlementaire pour assurer la continuité de l'Etat.

S'il est certes "imparfait", ce budget "est un texte utile pour les Français, car il nous permet de sortir du climat d'incertitude qui s'est installé depuis quelques mois", a salué jeudi la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin.

Elle s'exprimait devant les sénateurs, très mécontents de la copie finale. Ces derniers, qui devaient être saisis du texte avant son retour à l'Assemblée selon les règles de procédure parlementaire, n'ont pas souhaité retarder l'échéance, préférant le rejeter d'emblée sans rouvrir la discussion.

Si certains parlementaires, tout comme l'agence de notation Moody's, en doutent, le texte entend ramener le déficit à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025.

Il prévoit diverses concessions en direction notamment du PS, comme les repas à un euro pour les étudiants ou la hausse de la prime d'activité pour les salariés modestes.

Mais il continue de susciter l'hostilité de l'extrême droite et d'une grande partie de la gauche (Insoumis, écologistes, communistes), qui ont déposé à chaque occasion des motions de censure.

Il s'agira de la troisième utilisation du 49.3 par Sébastien Lecornu, qui s'était engagé à y renoncer au début de l'automne, à la demande du PS. Les deux premiers ont été activés lors de la "nouvelle lecture" du texte, l'un sur la partie "recettes", l'autre sur la partie "dépenses".


Le dernier vendeur de journaux à la criée de Paris fait "chevalier" par Macron

Le président français Emmanuel Macron (à gauche), remet la médaille de Chevalier de l'Ordre national du Mérite à Ali Akbar, qui vend des journaux dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, dans la capitale française, depuis 50 ans, à l'Élysée, à Paris, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à gauche), remet la médaille de Chevalier de l'Ordre national du Mérite à Ali Akbar, qui vend des journaux dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, dans la capitale française, depuis 50 ans, à l'Élysée, à Paris, le 28 janvier 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron a décoré Ali Akbar, dernier vendeur de journaux à la criée de Paris, chevalier de l'Ordre national du mérite, saluant son parcours exemplaire d’intégration et sa contribution culturelle au VIe arrondissement
  • À plus de 70 ans, Ali Akbar continue de vendre des journaux et de partager son humour satirique dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, symbole vivant de la tradition de la presse à la criée

PARIS: Le président français Emmanuel Macron a décoré mercredi des insignes de chevalier de l'Ordre national du mérite Ali Akbar, dernier vendeur de journaux à la criée de Paris, un "magnifique exemple" d'intégration "qui rend notre pays plus fort et plus fier".

"Très ému", ce Pakistanais âgé de plus de 70 ans, arrivé en France quand il n'en avait que vingt, a expliqué avoir déjà en tête la fausse manchette de journal qu'il criera dans les prochains jours, lui qui aime clamer des titres parodiques: "ça y est, je suis chevalier! J'ai réussi!".

"Vous êtes l'accent du VIe arrondissement, la voix de la presse française", lui a dit le chef de l'État dans la salle des fêtes de l'Élysée, saluant cette figure incontournable du quartier de Saint-Germain-des-Prés, où a longtemps vibré le Tout-Paris littéraire.

Il a souligné qu'après avoir affronté "la pauvreté, le travail imposé, les violences" dans son pays de naissance, "le sol français" lui avait donné "l'espoir d'une vie meilleure".

"C'est un magnifique exemple dans un moment où nous entendons si souvent les vents mauvais (...) il y a aussi beaucoup d'histoires comme Ali qui s'écrivent, de femmes et d'hommes qui ont fui la misère pour choisir un pays de liberté et qui y ont construit une vie qui rend notre pays plus fort et plus fier", a insisté le président.

- "Irrévérence tricolore" -

Dès ses débuts de crieur dans les années 1970, grâce à une rencontre avec le cofondateur des journaux satiriques Hara-Kiri et Charlie Hebdo, Ali Akbar a jeté son dévolu sur le quartier de Sciences Po.

Là, il raconte avoir croisé de nombreux étudiants devenus depuis ministres ou députés. Voire président de la République, à l'instar d'Emmanuel Macron.

Svelte, le visage fin, avec ses journaux sous le bras - essentiellement Le Monde aujourd'hui -, il sillonne encore ces rues de la rive gauche de la capitale en déclamant des manchettes humoristiques. Une manière de parodier les événements politiques avec le sourire.

Le français est "devenu votre langue", "vous apprenez à jouer avec, faisant vôtre, par là, une forme d'irrévérence tricolore", lui a glissé le chef de l'État.

"Vous avez porté, si je puis dire, le monde à bout de bras et la France dans votre cœur", lui a-t-il encore affirmé, dans un clin d'œil au quotidien du soir.

Il y a cinquante ans, Paris comptait une quarantaine de vendeurs de journaux à la criée, postés à des endroits stratégiques comme les bouches de métro. Lui s'était démarqué en choisissant de déambuler puis, dans les années 1980, en commençant à inventer des titres parodiques... et racoleurs.

Il perçoit 1.000 euros de retraite par mois mais continue à travailler de 15H00 à 22H00. À l'heure du tout numérique, il écoule en moyenne une trentaine de journaux par jour, contre 150 à 200 à ses débuts.

Et maintenant? "Je vais rester, je vais continuer à vendre les journaux", confie Ali Akbar, et "amuser les gens avec mes blagues".