L'Ukraine frappe un pont entre la Crimée annexée et une zone occupée

L'Ukraine a frappé un important pont reliant la Crimée annexée à une région du sud partiellement occupée par la Russie (Photo, AFP).
L'Ukraine a frappé un important pont reliant la Crimée annexée à une région du sud partiellement occupée par la Russie (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 23 juin 2023

L'Ukraine frappe un pont entre la Crimée annexée et une zone occupée

  • L'Ukraine a frappé ce jeudi un important pont reliant la Crimée à une région du sud partiellement occupée par la Russie
  • La Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou en 2014, sert de base arrière aux forces russes

MOSCOU: L'Ukraine a frappé jeudi un important pont reliant la Crimée annexée à une région du sud partiellement occupée par la Russie, au moment où Moscou affirme que la contre-offensive menée par Kiev marque le pas.

La Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou en 2014, sert de base arrière aux forces russes, notamment pour l'envoi de renforts et la maintenance d'équipements. Les quelques ponts reliant la péninsule au sud occupé de l'Ukraine sont essentiels à la conduite de ces opérations.

"Dans la nuit, une frappe a touché le pont de Tchongar", constitué de deux routes parallèles reliant la Crimée à la région de Kherson dans le sud de l'Ukraine, a annoncé le gouverneur russe de la péninsule annexée, Sergueï Aksionov.

Il a ajouté que la frappe n'avait pas fait de victimes. Ce pont se trouve sur la route la plus directe entre la Crimée et Melitopol, l'une des plus grandes villes prises par les Russes dans le sud de l'Ukraine dans le cadre de leur offensive.

Le responsable de l'administration pour la partie occupée de la région de Kherson, Vladimir Saldo, a déclaré que les forces ukrainiennes avaient vraisemblablement utilisé des missiles britanniques de longue portée Storm Shadow, une affirmation invérifiable de source indépendante.

M. Saldo a publié une vidéo montrant les deux tronçons du pont endommagés par la frappe, l'un d'eux visiblement plus gravement atteint avec un trou béant dans la chaussée s'ouvrant sur l'eau en contrebas.

Les forces ukrainiennes "cherchent à intimider les habitants de Kherson, à semer la panique au sein de la population", a-t-il accusé.

«Impact psychologique»
La Crimée est régulièrement visée par des attaques ukrainiennes, notamment de drones.

En octobre 2022, une puissante explosion avait gravement endommagé le seul pont reliant directement la Crimée annexée à la Russie.

Un membre de l'administration ukrainienne de Kherson, Iouriï Sobolevskiï, a estimé que les dégâts infligés au pont de Tchongar étaient d'une "grande importance", car "c'est un coup porté à la logistique militaire" russe qui aura aussi un "impact psychologique".

Pour autant, la Russie ne cesse d'affirmer que la contre-offensive ukrainienne est un échec.

Jeudi, le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a affirmé que les forces ukrainiennes avaient "réduit leurs activités" pour se "regrouper" après avoir subi de "lourdes pertes".

Mais le chef du groupe paramilitaire russe Wagner, Evguéni Prigojine, a accusé jeudi l'état-major russe de "mentir" à Vladimir Poutine sur l'état de la situation sur le front. "Il y a des problèmes colossaux", a-t-il affirmé.

Prudent, M. Poutine a lui estimé jeudi que "le potentiel offensif de l'adversaire n'est pas épuisé", évoquant des "réserves stratégiques" encore inutilisées par Kiev. Il a demandé à l'armée russe de "prendre cette réalité en compte".

L'Ukraine dit de son côté progresser lentement mais sûrement, affirmant avoir repris huit localités depuis début juin. Le Premier ministre ukrainien, Denys Chmygal, a prévenu ainsi jeudi que la contre-offensive "prendra du temps", car Kiev cherche à mener des actions "intelligentes". Il s'est néanmoins dit "optimiste".

Les analystes estiment que Kiev est toujours en train de tester les défenses russes avant de lancer le gros de ses forces dans la bataille.

Village repris dévasté
A Storojevé, un village récemment repris par les forces de Kiev dans l'est, les dégâts sont visibles partout: quasiment plus aucune trace de présence de civils, des maisons aux toits détruits, des murs criblés de balles.

Le corps d'un soldat russe gît sur le dos, tandis que des militaires ukrainiens exhibent fièrement leurs prises, comme des gilets pare-balles ou un casque, au son des échanges d'artillerie entre les deux camps.

"Nous sommes chez nous", lance Valentin, qui a pris part aux combats pour reprendre Storojevé. Il espère que la contre-offensive permettra de repousser les Russes et dit avec malice vouloir manger un jour "une glace sur la Place Rouge", à Moscou, qu'il aura achetée avec de la monnaie ukrainienne.

En pleine contre-offensive, le chancelier allemand Olaf Scholz a appelé jeudi les dirigeants des pays de l'Otan, qui se réuniront mi-juillet en Lituanie, à se concentrer sur le renforcement de l'aide militaire à l'Ukraine, la "priorité absolue".

Par ailleurs, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé jeudi la Russie de préparer une attaque "terroriste" pour provoquer une fuite radioactive à la centrale nucléaire de Zaporijjia qu'elle occupe. Le Kremlin a dénoncé un "mensonge".

Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi doit justement s'entretenir vendredi à Kaliningrad avec le chef de l'agence atomique russe, Alexeï Likhatchev, pour discuter de la sécurité de la centrale de Zaporijjia où il s'est rendu la semaine dernière.


Des missiles Patriot redéployés en Crète face aux menaces iraniennes

Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
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  • Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer
  • Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale

ATHENES: Une batterie de missiles Patriot était en cours de transfert lundi de l'île de Karpathos, à l'extrême est de la Grèce, jusqu'en Crète, en raison de menaces iraniennes visant des bases américaines en Europe, a rapporté la presse grecque.

Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer.

Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale.

Toujours selon la presse, ce redéploiement fait suite à des informations selon lesquelles l'Iran envisagerait des attaques contre des cibles militaires américaines en Europe si le président Donald Trump intensifiait le conflit dans le détroit d'Ormuz.

Le ministère de la Défense grec n'a pas communiqué sur le sujet.

Selon un article du Financial Times (FT) publié la semaine dernière, citant des sources au sein du régime iranien, l'Iran ne se contentera plus de limiter sa riposte au Moyen-Orient et envisage de frapper des cibles américaines en Europe en cas de nouvelle escalade militaire américaine.

Selon ces deux sources, les forces iraniennes ont évalué la possibilité de frapper des installations américaines dans les Balkans et autour de la Méditerranée. Sont notamment évoquées la Bulgarie, où la base aérienne de Bezmer a autorisé son usage pour le ravitaillement d'appareils américains, entre juillet et octobre 2026, et Chypre, où une base britannique avait déjà été visée par un drone en mars.

La Grèce compte de plusieurs bases américaines, à Alexandroupoli – dans le nord du pays – et en Crète, à Souda.

Depuis la publication du FT, le ministère de la Défense nationale et l'état-major "étaient en état d'alerte", selon le quotidien de référence I Kathimerini.

Ce journal explique que la décision de déployer une batterie de Patriot en Crète a été fortement influencée par l'évaluation des capacités de l'arsenal iranien qui, selon les informations transmises à Athènes par les alliés, dispose encore d'un nombre suffisant de missiles balistiques d'une portée supérieure à 2 000 kilomètres, susceptibles de cibler des bases et des infrastructures en Europe du Sud-Est.

Les missiles Patriot avaient été transférés sur l'île de Karpathos,  au voisinage de la Turquie, en mars.

En mars dernier, après une attaque de drones menée par le Hezbollah libanais contre la base anglaise d'Akrotiri à Chypre, la Grèce avait envoyé des F-16 et une frégate équipée d'un système de neutralisation de drones dans l'île.

Une autre batterie de Patriot grecque est par ailleurs déployée en Arabie Saoudite depuis septembre 2021, qui est déjà entrée en action à plusieurs reprises contre des missiles et drones iraniens visant le royaume.


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
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  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.