La Maison de la famille abrahamique d'Abu Dhabi: priorité au dialogue interconfessionnel

L'Abrahamic Family House, conçue par l'architecte ghanéen-britannique Sir David Adjaye, raconte de manière innovante les valeurs communes de l'islam, du christianisme et du judaïsme et construit des ponts de compréhension entre les religions (Photo, WAM).
L'Abrahamic Family House, conçue par l'architecte ghanéen-britannique Sir David Adjaye, raconte de manière innovante les valeurs communes de l'islam, du christianisme et du judaïsme et construit des ponts de compréhension entre les religions (Photo, WAM).
Un imam, un prêtre et un rabbin se réunissent dans une église de la maison de la famille abrahamique lors d'une tournée avec Arab News. (Photo de Peter Harrison)
Un imam, un prêtre et un rabbin se réunissent dans une église de la maison de la famille abrahamique lors d'une tournée avec Arab News. (Photo de Peter Harrison)
Des notes de prière sont inscrites sur le mur à l'intérieur du lieu de culte juif qui fait partie de la maison de la famille abrahamique à Abu Dhabi (Photo,SRP)
Des notes de prière sont inscrites sur le mur à l'intérieur du lieu de culte juif qui fait partie de la maison de la famille abrahamique à Abu Dhabi (Photo,SRP)
Un imam dirige une prière à l'Abrahamic Family House, un nouveau centre d'apprentissage, de dialogue et de pratique de la foi situé dans le district culturel de Saadiyat à Abu Dhabi (Photo, WAM).
Un imam dirige une prière à l'Abrahamic Family House, un nouveau centre d'apprentissage, de dialogue et de pratique de la foi situé dans le district culturel de Saadiyat à Abu Dhabi (Photo, WAM).
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Publié le Samedi 24 juin 2023

La Maison de la famille abrahamique d'Abu Dhabi: priorité au dialogue interconfessionnel

  • L’établissement, qui a ouvert ses portes au public en mars, permet aux musulmans, aux chrétiens et aux juifs de se rencontrer et d'échanger des idées
  • Il a été créé après que le pape François et le grand imam d'Al-Azhar Ahmed el-Tayeb ont signé le document sur la fraternité humaine

DUBAÏ: Un rabbin, un évêque et un imam entrent dans une pièce. On dirait le début d'une bonne blague. En réalité, il s'agit d'un moment historique pour les relations interconfessionnelles, qui s'est concrétisé par la signature du document sur la fraternité humaine en février 2019.

Signé par le pape François et le grand imam d'Al-Azhar Ahmed el-Tayeb, ce document appelait les adeptes des trois religions abrahamiques à créer des liens de paix et de dialogue. Ce document a conduit à la création de la Maison de la famille abrahamique, qui a ouvert ses portes à Abu Dhabi en mars.

Avec une synagogue, une église et une mosquée, toutes décorées avec des variations sur les mêmes piliers — en zigzag, droits et arqués — la maison donne à chaque lieu de culte une identité visuelle distincte, tout en faisant allusion à leurs nombreuses similitudes.

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L'établissement situé dans le district culturel de Saadiyat, à Abu Dhabi, a été inauguré en mars par des représentants religieux et des responsables des Émirats arabes unis. Il s'agit d'un lieu de respect mutuel où les fidèles, notamment la minorité juive locale, peuvent se sentir en sécurité (Photo, WAM).

L'idée était d'offrir aux adeptes des trois religions un lieu unique où ils pourraient pratiquer leur culte séparément sur le même site. Grâce à son jardin sur le toit, les visiteurs de toutes les confessions peuvent également se mélanger librement et échanger des idées.

Ce lieu intime est un nouveau concept pour les relations interconfessionnelles suivi de près par les gouvernements et les chefs religieux du monde entier. Si le succès est au rendez-vous, l'idée pourrait être reprise ailleurs.

Les fondateurs de l'établissement n'ont pas l'intention de fusionner les trois religions de quelque manière que ce soit. Néanmoins, Mahmoud Nagah, l'imam de la mosquée de l'éminence Ahmed el-Tayeb, a déclaré que de nombreuses personnes étaient initialement confuses quant à son objectif.

«Lorsque la Maison de la famille abrahamique a été construite et inaugurée pour la première fois, de nombreuses fausses idées ont été soulevées, invoquant qu'elle appelait à une seule religion, à la création d'une seule religion, qui est la religion abrahamique», a signalé Nagah, à Arab News.

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L'imam Mahmoud Nagah interviewé par Peter Harrison, rédacteur d'Arab News (Photo, AN).

C'est une idée qui s'est «ancrée dans le cœur des gens», a-t-il ajouté. Toutefois, ces idées fausses ont été rapidement corrigées, lorsque les gens ont eu la chance de visiter la maison et d'en faire l'expérience par eux-mêmes, a-t-il expliqué.

Lorsque les gens viennent à la mosquée — je parle des musulmans — ils disent: «C'est une mosquée normale comme les autres mosquées des Émirats arabes unis», a affirmé Nagah.

Il a tout à fait raison. La conception des trois lieux de culte est égalitaire; chacun occupe un espace de taille égale aux autres.

«Nous agissons ici en toute indépendance par rapport à l'église et à la synagogue», a indiqué Nagah. «Cela ne signifie pas que nous ne devrions pas nous rassembler ou nous engager dans un dialogue interconfessionnel afin de trouver les points qui nous rassemblent, et non ceux qui nous divisent.»

En effet, malgré ces espaces clairement délimités, la maison agit collectivement comme un symbole de tolérance religieuse et un lieu où toutes les confessions peuvent apprendre à se comprendre en harmonie.

«Nous ne devrions pas utiliser les religions comme quelque chose qui divise les gens ou qui les fait entrer en conflit les uns avec les autres», a estimé  Nagah. La moindre des choses, les croyances religieuses devraient rapprocher les communautés, a-t-il ajouté.

«Éliminer les barrières de l'ignorance qui, de mon point de vue personnel, sont considérées comme l'ennemi le plus puissant des gens», a-t-il jugé. «L'ignorance rend les gens incapables de communiquer les uns avec les autres.»

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Le cardinal Miguel Ángel Ayuso Guixot, fonctionnaire du Vatican, s'exprimant lors de l'inauguration de la Maison de la famille abrahamique, a déclaré que le nouvel établissement «est un exemple concret pour les personnes de différentes religions, cultures, traditions et croyances de revenir à l'essentiel: l'amour du prochain». (Photo, WAM).

Les musulmans représentent environ les trois quarts de la population des Émirats arabes unis, tandis que les diverses sectes chrétiennes représentent environ 10%. Les 15% restants comprennent un certain nombre d'autres religions, dont les hindous, les sikhs, les bouddhistes et les juifs, selon des chiffres publiés par le Washington Post.

Il convient de mentionner que les Émiratis — citoyens à part entière des Émirats arabes unis — ne représentent que 11% de la population totale du pays.

La constitution du pays garantit la liberté de culte, pour autant que cela n'aille pas à l'encontre de l'ordre public. L'islam est la religion officielle et il existe des lois interdisant le blasphème, le prosélytisme par des non-musulmans et la conversion de l'islam.

À partir de septembre 2020, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Maroc ont normalisé leurs relations avec Israël en signant les accords d'Abraham sous l'égide des États-Unis, ouvrant ainsi la voie au commerce mutuel, aux relations diplomatiques et à la coopération en matière de sécurité. Ces accords ont également permis aux personnes de confession juive de visiter les Émirats arabes unis et d'y émigrer.

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Sir Ephraim Mirvis, grand rabbin des Congrégations hébraïques unies du Commonwealth, a déclaré: «Dans un monde où les différences peuvent nous séparer, disons ici que nos valeurs communes existeront au nom de nos aspirations universelles.» (Photo, WAM)

Les accords d'Abraham et leur rôle dans le processus de paix au Moyen-Orient suscitent encore beaucoup de scepticisme, d'autant plus que les autorités israéliennes continuent d'occuper les territoires palestiniens et de soutenir la construction de colonies.

Mais ces divergences avec Israël sur des questions politiques n'ont pas freiné la croissance de la population juive des Émirats arabes unis. La synagogue Moses Ben Maimon, située dans la Maison de la famille abrahamique, est la première synagogue construite à cet effet dans le Golfe depuis près de 100 ans. Son grand rabbin, Yehuda Sarna, a déclaré que la population juive continuait de croître «de façon naturelle».

«La population juive s'est développée parce que les gens se sentaient en sécurité. Ils avaient le sentiment que la qualité de vie était élevée. Ils avaient l'impression de pouvoir être eux-mêmes. C'est ce qui m'a attiré», a confié Sarna, originaire du Canada, à Arab News.

«Je viens ici depuis 2010. Ce qui m'a attiré, c'est le mystère des raisons qui poussent les juifs à quitter les pays où ils sont nés pour venir s'installer ici. Et c'est parce qu'ils se sentent les bienvenus», a-t-il expliqué.

L'hostilité à l'égard des populations juives reste un problème très réel dans tous les pays du monde, mais pas dans les Émirats arabes unis, a assuré Sarna.

«Il y a eu des périodes, à différents moments, où il y a eu des pics d'actions antisémites dans le monde entier», a-t-il déclaré. «Ce qui est intéressant, c'est de voir que les juifs ici, aux Émirats arabes unis, sont ceux qui appellent maintenant leurs amis et leurs parents dans d'autres pays pour prendre de leurs nouvelles. Mais ici, ils se sentent en sécurité.»

La conception de la synagogue a été choisie par la communauté juive sans aucune intervention extérieure, a-t-il expliqué.

«Il n'y a eu aucun moment où quoi que ce soit a été imposé, du point de vue architectural. C'était emblématique de l'approche dans son ensemble», a indiqué Sarna.

«Certains juifs, enfants de survivants de l'Holocauste, sont venus ici. Il y a des gens qui ont été emprisonnés par les Houthis au Yémen en raison de leur religion. Il y a des gens qui ont échappé aux menaces de Saddam Hussein et de son régime en Irak, et qui sont venus ici. D'autres ont fui l'Iran avec leurs frères et sœurs. Nous sommes venus ici et nous faisons maintenant partie de cette communauté juive», a-t-il précisé.

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Des notes de prière sont inscrites sur le mur à l'intérieur du lieu de culte juif qui fait partie de la maison de la famille abrahamique à Abu Dhabi (Photo,SRP).

Compte tenu du succès initial de la Maison de la famille abrahamique, Sarna a déclaré qu'il entrevoyait un avenir prometteur pour des projets similaires dans d'autres parties du monde, qui pourraient contribuer à créer des liens de cohésion entre les adeptes de toutes les confessions, malgré leurs différences.

Sarna et Nagah s'accordent à affirmer que ces différences ne doivent pas faire obstacle à la coexistence pacifique, qui est l'objectif ultime de la Maison de la famille abrahamique.

Paulo Martinelli partage leur point de vue. Vicaire du vicariat apostolique d'Arabie du Sud et pasteur en chef de l'église Saint-François, il a été nommé par le pape François pour diriger la prière catholique à la Maison de la famille abrahamique. Il dirige également les communautés catholiques du Yémen et d'Oman. Avant la pandémie de la Covid-19, cette communauté combinée dans les trois pays était forte d'un million de personnes, concentrée principalement dans les Émirats arabes unis.

«C'est tellement beau de se rassembler ici pour célébrer la messe, pour prier ensemble», a déclaré Martinelli à Arab News.

«Ici aussi, certes, c'est un endroit particulièrement intéressant parce que ce n'est pas seulement une église catholique, mais c'est une église catholique dans la Maison de la Famille Abrahamique, dans laquelle nous avons trois lieux de culte différents», a-t-il ajouté.

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L'évêque Paulo Martinelli interviewé par Peter Harrison, rédacteur en ligne d'Arab News. (Photo, SRPC)

Il a spécifié: «Nous (les trois religions) sommes clairement différents, mais nous sommes aussi ensemble. Nous pouvons donc partager nos expériences et montrer au monde qu'il est possible de travailler ensemble, même si nous sommes différents.»

Martinelli estime qu'il existe un énorme potentiel de réussite pour des sites interconfessionnels similaires ailleurs dans le monde.

«Je suis convaincu que c'est une grande chance d'avoir un tel lieu et de montrer qu'il est possible d'être différent et, en même temps, d'être ensemble pour partager des valeurs», a-t-il soutenu.

La Maison de la famille abrahamique d'Abu Dhabi a ouvert ses portes au public en mars. Depuis lors, un rabbin, un évêque et un imam ont été régulièrement vus entrant dans le même bâtiment. Bien qu'ils prient dans des espaces distincts, ils partagent le même rêve d’une coexistence religieuse pacifique. Et un tel objectif n'a rien d'une plaisanterie.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".


L'Iran écarte tout compromis après le rejet de sa proposition par Trump

L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
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  • "Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs"
  • Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public

TEHERAN: L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle".

"Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs", a écrit sur X le négociateur en chef de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf, plus d'un mois après l'instauration d'une trêve précaire.

Celui qui est aussi président du Parlement a interpellé les négociateurs américains, estimant que "plus ils traîneront les pieds, plus les contribuables américains en paieront le prix", au moment où les cours du pétrole évoluent à des niveaux toujours élevés.

Ces déclarations sonnent comme une réponse à Donald Trump qui avait dénigré la veille les propositions iraniennes et assimilé le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril à un malade "sous assistance respiratoire", avec "1% de chances" de survie.

"Donner une leçon" 

Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public.

Selon certains médias, elle contient un protocole d'accord pour mettre fin aux combats, qui ont fait des milliers de morts depuis le début de la guerre le 28 février, et établir un cadre de négociations sur le dossier du nucléaire iranien.

Dans sa réponse, l'Iran appelle à une fin immédiate des hostilités dans la région, y compris au Liban où les tirs d'Israël et du Hezbollah pro-iranien ne cessent pas en dépit d'un autre cessez-le-feu. Mardi, deux secouristes sont morts dans une frappe israélienne dans le sud, selon la Défense civile libanaise.

Téhéran demande également l'arrêt du blocus de ses ports par la marine américaine et le dégel des avoirs iraniens détenus à l'étranger, selon le ministère des Affaires étrangères.

"Si l'ennemi ne se plie pas aux exigences légitimes et définitives de la nation iranienne sur le terrain diplomatique, il doit s'attendre à voir ses défaites se répéter sur le champ de bataille", a prévenu le porte-parole du ministère iranien de la Défense, Reza Talaei-Nik, cité par l'agence Irna.

Pression américaine sur Pékin 

Côté américain, Donald Trump a brandi la menace d'une relance de son opération de protection des navires pour franchir le détroit d'Ormuz, verrouillé par l'Iran.

Une situation qui désespère Maryam, une peintre téhéranaise de 43 ans: elle raconte à une journaliste de l'AFP basée à Paris "vivre au jour le jour" car "le futur est très incertain".

Les regards sont désormais tournés vers la visite à Pékin prévue à partir de mercredi du président Trump, qui doit rencontrer son homologue Xi Jinping.

Selon l'administration américaine, il entend faire pression pour que la Chine, principal importateur du pétrole iranien, use de son influence sur l'Iran.

Donald Trump a dit s'attendre à une "longue conversation" avec Xi sur la guerre.

La quasi paralysie du détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, fait à nouveau grimper les cours de l'or noir mardi, à plus de 107 dollars le baril (+3,25%) pour le Brent de la mer du Nord, référence internationale, vers 14H00 GMT.

"L'Iran ne devrait pas utiliser le détroit comme une arme pour faire pression", a dénoncé cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, Premier ministre du Qatar, en première ligne face à ce blocage.

29 milliards de dollars 

"Le levier d'Ormuz est essentiel", analyse Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa, pour qui Téhéran estime que Donald Trump perdra patience face à la hausse des prix à la pompe, avant les élections de mi-mandat en novembre. D'autant que le Pentagone vient de réévaluer à la hausse le coût de cette guerre à près de 29 milliards de dollars.

L'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a par ailleurs révélé, au détour d'une conférence, qu'Israël avait envoyé aux Emirats arabes unis des systèmes de défense antiaérienne pendant cette guerre où les pays du Golfe ont été ciblés par l'Iran quasi-quotidiennement.

Au Liban, un nouveau bilan du ministère de la Santé libanais fait état de 380 morts dans des frappes israéliennes depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 17 avril.

De nouvelles discussions censées ouvrir la voie à des négociations de paix doivent se tenir jeudi et vendredi à Washington entre les deux pays.

Mais le chef du Hezbollah Naïm Qassem a affirmé mardi que la question du désarmement de sa formation, exigé par Israël, ne faisait pas partie des "négociations avec l'ennemi" auxquelles le mouvement chiite est opposé.