La couverture médiatique du Titanic et la tragédie des bateaux de migrants révèle de profonds préjugés

Les garde-côtes grecs le 14 juin 2023, montre des dizaines de personnes sur un bateau de pêche endommagé qui a ensuite chaviré et coulé au large du sud de la Grèce. (Garde-côtes grecs via l’AP / Archives)
Les garde-côtes grecs le 14 juin 2023, montre des dizaines de personnes sur un bateau de pêche endommagé qui a ensuite chaviré et coulé au large du sud de la Grèce. (Garde-côtes grecs via l’AP / Archives)
Quatre navires recherchent le submersible Titan disparu le 22 juin 2023 dans l'océan Atlantique (Photo,AP).
Quatre navires recherchent le submersible Titan disparu le 22 juin 2023 dans l'océan Atlantique (Photo,AP).
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Publié le Dimanche 25 juin 2023

La couverture médiatique du Titanic et la tragédie des bateaux de migrants révèle de profonds préjugés

  • Les commentaires de l'ancien président des États-Unis Obama déplorant l'indifférence des médias face à la gravité des deux tragédies font réagir
  • La même politique de deux poids deux mesures a été observée lorsque près de 500 migrants africains ont perdu la vie dans un incendie imputé aux Houthis, au Yémen

LONDRES: Pendant une bonne partie de la semaine dernière, les médias internationaux ont fait face à une couverture permanente d'un incident dont la place dans les annales de l'histoire est loin d'être assurée. Tant que le sort des cinq personnes qui se trouvaient à l'intérieur du Titan, un submersible qui se dirigeait vers le site du naufrage du Titanic, est resté inconnu, les grands médias n'ont pas lésiné sur les moyens pour faire parler les experts médiatiques sur le sujet.

Il n'est pas nécessaire d'être un ancien homme d'État américain pour souligner le contraste scandaleux entre l'intense couverture médiatique du voyage funeste du Titan et l'attention presque superficielle accordée à la mort de centaines de personnes au large des côtes grecques, quelques jours plus tôt. C'est pourtant ce qu'a fait Barack Obama lors d'un forum public à Athènes jeudi dernier. Ses commentaires ont non seulement touché une corde sensible dans l'auditoire, mais ils ont également permis d'exprimer les frustrations refoulées des consommateurs d'informations du monde entier.

«Il s'agit d'une tragédie potentielle qui se déroule à bord d'un sous-marin et qui est couverte minute par minute dans le monde entier. C'est compréhensible car, bien entendu, nous voulons tous et nous prions pour que ces personnes soient sauvées», a déclaré l'ancien président des États-Unis dans la capitale grecque, où il participait à une conférence sur les initiatives en matière de santé mentale des enfants et des adolescents.

«Mais le fait que cette question ait reçu beaucoup plus d'attention que celle des 700 personnes qui ont coulé, est une situation intenable.» 

La catastrophe à laquelle il faisait référence — décrite comme «l'une des pires histoire récente» — s'est déroulée loin du regard des médias, en Méditerranée centrale, mardi. Un bateau de pêche transportant environ 750 personnes originaires de Palestine, de Syrie, d'Égypte et du Pakistan a chaviré dans les eaux internationales au large de Pylos, dans le sud de la Grèce. Selon le Bureau des droits de l'homme des Nations unies, 78 personnes ont trouvé la mort et au moins 500 autres sont portées disparues.

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Des survivants d'un naufrage dorment dans un entrepôt du port de Kalamata, à environ 240 kilomètres au sud-ouest d'Athènes, le 14 juin 2023 (Photo, AP/Archives).

La conversation médiatique sur la tragédie a cependant été rapidement noyée par le bruit des experts techniques et des explorateurs océaniques analysant en direct les efforts de recherche et de sauvetage de plusieurs pays occidentaux pour localiser le Titan, qui transportait de riches passionnés de marine pour une visite de l'épave du Titanic au large de la côte de Terre-Neuve au Canada, avant qu'il ne disparaisse dimanche.

«Malheureusement, la seule raison pour laquelle les gens parlent du manque relatif d'attention au nombre stupéfiant de migrants et de réfugiés qui meurent tout le temps au cours de voyages dangereux est le moment choisi», a déclaré à Arab News Judith Sunderland, directrice associée pour l'Europe et l'Asie centrale à Human Rights Watch. «Cela s'est produit juste après l'horrible naufrage au large des côtes grecques, l'un des pires de l’histoire récente.»

Nour Halabi, chercheuse à l'université d'Aberdeen, partage son point de vue: «Si le Titan n'avait pas disparu la même semaine que la tragédie qui a frappé le navire de migrants, l'attitude ‘blasée’ des médias occidentaux n'aurait peut-être pas été aussi évidente et nous n'aurions pas eu cette discussion.»

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Le navire submersible Titan a disparu la semaine dernière avec 5 riches passionnés de la mer qui visitaient l'épave du Titanic au large de la côte de Terre-Neuve, au Canada (OceanGate Expeditions via l’AP / Archives).

La «juxtaposition des deux événements» a attiré l'attention du public sur «ce contraste entre victimes «dignes» et «indignes», a déclaré à Arab News Halabi, auteure de «Radical Hospitality», qui examine la couverture médiatique de l'immigration.

Alors que les médias internationaux ont fait leurs choux gras des gros plans, des noms et des récits de vie des cinq «explorateurs», tels que décrits par l'opérateur du submersible OceanGate, le monde n'a eu droit qu'à des images floues d'une masse de migrants en détresse alors que leur bateau chavirait, dernière d'une longue série de tragédies qui ont transformé la mer Méditerranée en un véritable cimetière de personnes fuyant la pauvreté et la violence dans leur pays d'origine.

«C'est un problème récurrent que la couverture médiatique des migrants et des réfugiés ait tendance à inclure des photos de grands groupes de personnes sur lesquelles on ne peut pas distinguer les visages», a déclaré Sunderland de HRW.

«Il est donc plus difficile de percevoir leur humanité individuelle, d'imaginer leur histoire, de compatir au chagrin de leur mère», a-t-elle ajouté.

«Cela fait partie de la déshumanisation des personnes en déplacement qui contribue à l'indifférence et à l'impunité pour les violences et les abus auxquels elles sont confrontées», a-t-elle déploré.

EN CHIFFRES

Principales tragédies récentes impliquant des bateaux de migrants 

• 9 avril 2016: Un bateau de pêche transportant jusqu'à 500 Africains espérant atteindre l'Italie depuis l'est de la Libye fait naufrage, tuant environ 459 personnes.

 

• 3 juin 2016: Plus de 339 personnes perdent la vie lorsqu'un bateau transportant environ 700 migrants chavire au large de la Crète.

 

• 21 septembre 2016: Un bateau transportant environ 600 personnes chavire au large des côtes égyptiennes, tuant au moins 300 personnes.

 

• 14 janvier 2017: 176 migrants disparaissent après le naufrage d'un bateau au large des côtes libyennes.

 

• 25 juillet 2019: Un bateau transportant environ 250 personnes originaires de pays africains et arabes chavire au large des côtes libyennes.

 

• 22 septembre 2022: 122 migrants portés disparus après le naufrage d'un bateau au large des côtes syriennes.

 

• 14 juin 2023: Un chalutier transportant environ 750 personnes chavire au large des côtes grecques. Jusqu'à 500 personnes sont portées disparues et présumées mortes.

 

De même, selon Halabi, «la juxtaposition de migrants sans nom et sans visage» a rendu difficile la compassion pour le «groupe massif de personnes qui se sont noyées dans la Méditerranée».

Élaborant sur ce point, elle a ajouté: « Les médias sont guidés par les décisions prises par les dirigeants mondiaux, qui mettent l'accent sur l'importance d'un groupe par rapport à un autre.»

«Les médias sont guidés, tout d'abord, par la réponse humanitaire, et les gouvernements ici en Europe... sont à l'avant-garde de la mobilisation des ressources qui créent ce que l'on appelle un événement digne d'être signalé dans les médias.»

«Dans un cas, il n'y a pas eu de réaction, de sorte que la situation n'a pas dégénéré en événement médiatique, alors que dans un autre cas, la réaction est un signe d'importance.»

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Le 24 juin 2022, 37 migrants sont morts et plus de 70 sont portés disparus dans des combats avec la police alors qu'ils tentaient de franchir la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Melilla (Photo, AP Photo/Archives).

En conclusion, Halabi a indiqué: «Les images que nous avons vues cette semaine ont été traumatisantes pour de nombreux immigrés — non pas isolément, mais avec cette juxtaposition, qui «a mis en évidence le contraste entre la valeur de la vie humaine.»

Les événements de la semaine dernière n'étaient évidemment pas le premier cas où des organisations internationales de médias ont été mises en cause pour avoir appliqué une politique de deux poids deux mesures.

En mars 2021, la milice houthie du Yémen a été accusée d'avoir brûlé vifs jusqu'à 500 migrants africains à Sanaa, un massacre que les principaux médias occidentaux ont pratiquement ignoré alors qu'ils consacraient beaucoup de temps et de ressources à l'annonce d'un règlement du conseil municipal de Minneapolis aux États-Unis, le plus important règlement préalable à un procès en matière de droits civils jamais conclu en Amérique.

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En mars 2021, la milice houthie du Yémen a été accusée d'avoir brûlé vifs jusqu'à 500 migrants africains à Sanaa, un massacre que les principaux médias occidentaux ont pratiquement ignoré. (Photo fournie)

L'accord, conclu un an après la mort de George Floyd, un Afro-Américain, en garde à vue, a été salué comme un message fort par d'éminents médias occidentaux: les vies des Noirs comptent. Pourtant, aucune indignation morale comparable ne s'est manifestée face à l'assassinat et aux blessures d'environ 450 migrants, principalement éthiopiens, dans un centre de détention, le 7 mars 2021, dans un incendie causé par des bombes apparemment tirées par les forces houthies.

Environ un an plus tard, lorsque la guerre en Ukraine a éclaté en février 2022, les correspondants de plusieurs grands médias occidentaux ont établi des comparaisons choquantes entre les réfugiés ukrainiens et ceux du Moyen-Orient, qualifiant les premiers de «civilisés» et de «prospères», tandis que les seconds étaient décrits comme une «crise», un handicap et un fardeau pour l'économie de l'Europe.

Cette attitude problématique a été illustrée par les remarques faites à la télévision par Kelly Cobiella, journaliste de NBC News, à propos des Ukrainiens déplacés par l'invasion russe: «Pour parler franchement, ce ne sont pas des réfugiés de Syrie, ce sont des réfugiés d'Ukraine... Ils sont chrétiens, ils sont blancs, et ils nous ressemblent.»

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Le survivant syrien Fedi, 18 ans, à droite, l'une des centaines de personnes qui ont été sauvées de la mer Égée après le naufrage de leur bateau de pêche rempli de migrants, réagit alors qu'il retrouve son frère Mohammed, venu d'Italie pour le rejoindre, dans le port de Kalamata, en Grèce, le 16 juin 2023 (Photo, Time News via l’AP /Archives).

Comme l'ont souligné les analystes des médias, les photos des réfugiés ukrainiens utilisées par les médias occidentaux sont des portraits de dignité, montrant des enfants bien habillés portant des jouets, par opposition aux images des migrants et réfugiés du Moyen-Orient et d'Afrique: des masses humaines sans visage, échouées en mer ou blotties autour de clôtures de sécurité.

Dans un autre exemple de sectarisme pure et simple au début de la guerre en Ukraine, le journaliste de CBS Charlie D'Agata a déclaré que l'Ukraine «n'est pas un endroit, avec tout le respect que je lui dois, comme l'Irak ou l'Afghanistan, où un conflit fait rage depuis des décennies. Il s'agit d'une ville relativement civilisée, relativement européenne — je dois aussi choisir ces mots avec soin — où l'on ne s'attend pas à ce que cela se produise et où l'on n'espère pas que cela se produise.»

Ces commentaires indiquaient que, contrairement à l'Irak et à l'Afghanistan, l'Ukraine ne méritait pas d'être envahie parce que des choses comme la guerre et la souffrance étaient du ressort de pays non européens. Il n'est pas certain que le tollé provoqué par les nombreux commentaires controversés sur la crise humanitaire en Ukraine ait conduit à une introspection de la part de la direction des médias internationaux.

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Des migrants attendent de débarquer d'un navire des garde-côtes espagnols, dans le port d'Arguineguin, sur l'île de Grande Canarie, en Espagne, le 22 juin 2023 (Photo, REUTERS).

Selon Cameron Boyle, responsable de la communication à Manchester City of Sanctuary, la combinaison de la politique et du langage utilisés dans le cas de tragédies telles que le dernier naufrage de migrants en Méditerranée «a créé une situation où leur mort est normalisée».

Il a déclaré à Arab News: «C'est ce qui explique la disparité de la couverture médiatique de ces derniers jours. Les réfugiés sont traités comme un problème à résoudre, plutôt que comme des êtres humains cherchant à reconstruire leur vie dans un endroit sûr.»

«Ce n'est que lorsque la vague d'hostilité aura cessé que les tragédies impliquant des réfugiés recevront l'attention et l'empathie qu'elles méritent», a-t-il précisé.

Josie Naughton, PDG de l'organisation caritative britannique Choose Love, estime que la couverture médiatique contrastée de ces deux tragédies pourrait avoir des effets positifs.

«Toute l'attention portée à ce qui est arrivé au Titan et à la manière dont la tragédie aurait pu être évitée doit maintenant s'appliquer aux décès de migrants en mer», a-t-elle souligné à Arab News.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Grèce: deux touristes agressés au couteau à l'entrée de l'Acropole

Un couple de touristes américains d'origine grecque a été victime d'une agression au couteau à l'entrée du site archéologique de l'Acropole à Athènes mardi matin, a indiqué la police grecque, les médias évoquant le geste d'un déséquilibré. (AFP)
Un couple de touristes américains d'origine grecque a été victime d'une agression au couteau à l'entrée du site archéologique de l'Acropole à Athènes mardi matin, a indiqué la police grecque, les médias évoquant le geste d'un déséquilibré. (AFP)
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  • Selon la police grecque, un homme a attaqué au couteau ce couple vers 08h05, blessant légèrement à la main la femme tandis que l’homme a été plus grièvement touché à la jambe
  • Tous deux ont été hospitalisés, rapporte l'agence de presse grecque Ana

ATHENES: Un couple de touristes américains d'origine grecque a été victime d'une agression au couteau à l'entrée du site archéologique de l'Acropole à Athènes mardi matin, a indiqué la police grecque, les médias évoquant le geste d'un déséquilibré.

Selon la police grecque, un homme a attaqué au couteau ce couple vers 08h05, blessant légèrement à la main la femme tandis que l’homme a été plus grièvement touché à la jambe. Tous deux ont été hospitalisés, rapporte l'agence de presse grecque Ana.

Des policiers motorisés sont arrivés rapidement sur les lieux, ont posé un garrot à l'homme pour arrêter l’hémorragie et immobilisé l'attaquant qui a ensuite été arrêté, précise Ana.

D'après les médias grecs, l'auteur de l'agression, un Grec d'une soixantaine d'années, semble avoir des problèmes psychologiques.


Analyse : Que signifie « Rahm Emanuel 2.0 » pour le Moyen-Orient ?

Longtemps considéré comme un critique virulent des dirigeants palestiniens, Rahm Emanuel envisagerait une candidature à la présidence américaine. (AFP)
Longtemps considéré comme un critique virulent des dirigeants palestiniens, Rahm Emanuel envisagerait une candidature à la présidence américaine. (AFP)
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  • L’ancien maire de Chicago a dévoilé une nouvelle vision de la paix au Moyen-Orient alors que les spéculations sur une candidature à la Maison-Blanche en 2028 s’intensifient
  • Autrefois connu comme un soutien indéfectible à Israël, Emanuel affirme désormais que les États-Unis doivent utiliser leur influence pour relancer la diplomatie

CHICAGO : En politique moyen-orientale, la paix ne se construit pas entre amis, mais entre ennemis. Cela signifie que les adversaires les plus acharnés ont parfois davantage de chances de parvenir à un accord que ceux qui se présentent comme des alliés.

Cette réalité a façonné certaines des avancées les plus importantes de la région, du traité de paix israélo-égyptien de 1979 aux accords d’Oslo de 1993, en passant par l’accord de paix entre la Jordanie et Israël en 1994.

Chacun de ces accords était imparfait, chacun a laissé la question centrale palestinienne sans réponse, mais tous reflétaient une même vérité difficile : les progrès n’ont généralement été possibles que lorsque les adversaires ont accepté de s’asseoir à la même table. 

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Une colonne de fumée s’élève après une frappe israélienne contre une zone industrielle de Gaza City. (AFP)

Aujourd’hui, Rahm Emanuel — fin stratège politique, ancien chef de cabinet de la Maison-Blanche et ancien maire de Chicago, ainsi que l’un des alliés américains d’Israël les plus connus — apparaît comme une voix qui estime que le cycle de l’hostilité peut être brisé.

Longtemps considéré comme un opposant farouche aux dirigeants palestiniens, Emanuel envisagerait une candidature présidentielle fondée en partie sur la promesse de restaurer l’influence américaine dans la région et de réengager les deux parties dans un véritable processus de paix.

Fort d’une carrière marquée par plusieurs succès politiques, Emanuel réfléchit à une candidature à la présidence en 2028 sous les couleurs du Parti démocrate, se présentant comme une personnalité capable d’aider Israéliens et Palestiniens à revenir à la table des négociations.


Le nouveau Premier ministre Burnham réunit son gouvernement, sans les proches de Starmer

Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham prononce son premier discours devant le 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 20 juillet 2026, après avoir été chargé par le roi de former le nouveau gouvernement. (Photo : AFP)
Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham prononce son premier discours devant le 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 20 juillet 2026, après avoir été chargé par le roi de former le nouveau gouvernement. (Photo : AFP)
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  • Andy Burnham a pris ses fonctions comme Premier ministre britannique, remaniant profondément son gouvernement et écartant plusieurs proches de Keir Starmer
  • Il doit annoncer ses premières mesures pour le pouvoir d'achat, tout en promettant une réindustrialisation, davantage de logements sociaux et des réformes majeures

LONDRES: Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham réunit mardi son gouvernement marqué par le départ de fidèles de son prédécesseur Keir Starmer et doit annoncer des mesures pour le pouvoir d'achat.

A 56 ans, celui qui était maire du Grand Manchester (nord de l'Angleterre) jusqu'au mois dernier est devenu le septième Premier ministre britannique depuis 2016, année du Brexit, en succédant lundi au démissionnaire Keir Starmer et ses deux ans au pouvoir.

Si l'on retrouve dans les rangs du nouveau gouvernement des figures déjà présentes dans l'équipe de Keir Starmer, des fidèles de l'ex-Premier ministre ont été éloignés, le journal The Times titrant même sur une "purge".

Le Financial Times pointe lui une "surprise": l'ancien ministre de la Défense John Healey, qui avait quitté le gouvernement Starmer sur fond de désaccord budgétaire, remplace Rachel Reeves aux Finances - une fidèle de Keir Starmer écartée.

John Healey fait face à une lourde tâche, dans un contexte de croissance atone et de finances contraintes par une dette publique élevée.

Le portefeuille de la Défense revient à Wes Streeting, ambitieux ex-ministre de la Santé qui avait envisagé un temps de défier Keir Starmer à la tête du Labour. Il sera chargé de mettre en œuvre le plan d'investissement sur dix ans pour moderniser l'armée britannique.

"Nous veillerons à ce que nos forces armées disposent des ressources nécessaires", a appuyé Wes Streeting dans une publication sur X suivant sa nomination, revenant sur la question des moyens alloués à la défense qui avait fragilisé en juin le gouvernement Starmer et accéléré sa chute.

Le nouveau ministre a également assuré l'Ukraine de son soutien, après que Andy Burnham a échangé par téléphone avec son dirigeant Volodymyr Zelensky, mais aussi avec Donald Trump ou Emmanuel Macron.

Ed Miliband, ministre de l'Energie sortant, devient chef de la diplomatie britannique. Shabana Mahmood, connue pour sa fermeté sur l'immigration, est elle maintenue à l'Intérieur.

Un autre très proche de Keir Starmer, ex-ministre de la Justice et vice-Premier ministre David Lammy, a lui été mis à l'écart du nouvel exécutif.

- "Changements profonds" -

La figure de l'aile gauche du parti Angela Rayner, qui fut numéro deux de Keir Starmer, retrouve son portefeuille du Logement.

Andy Burnham doit réunir mardi son équipe gouvernementale, et annoncer de premières mesures de lutte contre le coût de la vie.

Il souhaite agir rapidement en accord avec sa première allocution devant Downing Street la veille, où il a promis d'engager "les changements les plus profonds de ces quarante dernières années" au Royaume-Uni, lui faire retrouver sa "stabilité" et "redonner de l'espoir".

S'exprimant sans notes et sans pupitre en présence de son épouse Marie-France van Heel, de ses enfants et de sa mère, le nouveau Premier ministre a dit vouloir réindustrialiser le pays, construire plus de logements sociaux et bâtir une "nouvelle économie" dans laquelle les services essentiels sont davantage contrôlés par l'Etat.

Il a érigé en priorité de "mettre fin au sans-abrisme", après s'être rendu dans un refuge pour personnes sans domicile fixe au matin de sa nomination.

Les travaillistes comptent aussi sur Andy Burnham, surnommé "le roi du Nord", pour stopper l'ascension du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage, en tête des sondages pour les prochaines élections législatives prévues en 2029.

Après deux échecs pour prendre la tête du Labour en 2010 et 2015, Andy Burnham est devenu l'une des personnalités politiques les plus populaires du pays grâce au renouveau connu par l'agglomération de Manchester. Il a dit vouloir décentraliser le pouvoir et créer un "N°10 du Nord" à Manchester.