La couverture médiatique du Titanic et la tragédie des bateaux de migrants révèle de profonds préjugés

Les garde-côtes grecs le 14 juin 2023, montre des dizaines de personnes sur un bateau de pêche endommagé qui a ensuite chaviré et coulé au large du sud de la Grèce. (Garde-côtes grecs via l’AP / Archives)
Les garde-côtes grecs le 14 juin 2023, montre des dizaines de personnes sur un bateau de pêche endommagé qui a ensuite chaviré et coulé au large du sud de la Grèce. (Garde-côtes grecs via l’AP / Archives)
Quatre navires recherchent le submersible Titan disparu le 22 juin 2023 dans l'océan Atlantique (Photo,AP).
Quatre navires recherchent le submersible Titan disparu le 22 juin 2023 dans l'océan Atlantique (Photo,AP).
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Publié le Dimanche 25 juin 2023

La couverture médiatique du Titanic et la tragédie des bateaux de migrants révèle de profonds préjugés

  • Les commentaires de l'ancien président des États-Unis Obama déplorant l'indifférence des médias face à la gravité des deux tragédies font réagir
  • La même politique de deux poids deux mesures a été observée lorsque près de 500 migrants africains ont perdu la vie dans un incendie imputé aux Houthis, au Yémen

LONDRES: Pendant une bonne partie de la semaine dernière, les médias internationaux ont fait face à une couverture permanente d'un incident dont la place dans les annales de l'histoire est loin d'être assurée. Tant que le sort des cinq personnes qui se trouvaient à l'intérieur du Titan, un submersible qui se dirigeait vers le site du naufrage du Titanic, est resté inconnu, les grands médias n'ont pas lésiné sur les moyens pour faire parler les experts médiatiques sur le sujet.

Il n'est pas nécessaire d'être un ancien homme d'État américain pour souligner le contraste scandaleux entre l'intense couverture médiatique du voyage funeste du Titan et l'attention presque superficielle accordée à la mort de centaines de personnes au large des côtes grecques, quelques jours plus tôt. C'est pourtant ce qu'a fait Barack Obama lors d'un forum public à Athènes jeudi dernier. Ses commentaires ont non seulement touché une corde sensible dans l'auditoire, mais ils ont également permis d'exprimer les frustrations refoulées des consommateurs d'informations du monde entier.

«Il s'agit d'une tragédie potentielle qui se déroule à bord d'un sous-marin et qui est couverte minute par minute dans le monde entier. C'est compréhensible car, bien entendu, nous voulons tous et nous prions pour que ces personnes soient sauvées», a déclaré l'ancien président des États-Unis dans la capitale grecque, où il participait à une conférence sur les initiatives en matière de santé mentale des enfants et des adolescents.

«Mais le fait que cette question ait reçu beaucoup plus d'attention que celle des 700 personnes qui ont coulé, est une situation intenable.» 

La catastrophe à laquelle il faisait référence — décrite comme «l'une des pires histoire récente» — s'est déroulée loin du regard des médias, en Méditerranée centrale, mardi. Un bateau de pêche transportant environ 750 personnes originaires de Palestine, de Syrie, d'Égypte et du Pakistan a chaviré dans les eaux internationales au large de Pylos, dans le sud de la Grèce. Selon le Bureau des droits de l'homme des Nations unies, 78 personnes ont trouvé la mort et au moins 500 autres sont portées disparues.

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Des survivants d'un naufrage dorment dans un entrepôt du port de Kalamata, à environ 240 kilomètres au sud-ouest d'Athènes, le 14 juin 2023 (Photo, AP/Archives).

La conversation médiatique sur la tragédie a cependant été rapidement noyée par le bruit des experts techniques et des explorateurs océaniques analysant en direct les efforts de recherche et de sauvetage de plusieurs pays occidentaux pour localiser le Titan, qui transportait de riches passionnés de marine pour une visite de l'épave du Titanic au large de la côte de Terre-Neuve au Canada, avant qu'il ne disparaisse dimanche.

«Malheureusement, la seule raison pour laquelle les gens parlent du manque relatif d'attention au nombre stupéfiant de migrants et de réfugiés qui meurent tout le temps au cours de voyages dangereux est le moment choisi», a déclaré à Arab News Judith Sunderland, directrice associée pour l'Europe et l'Asie centrale à Human Rights Watch. «Cela s'est produit juste après l'horrible naufrage au large des côtes grecques, l'un des pires de l’histoire récente.»

Nour Halabi, chercheuse à l'université d'Aberdeen, partage son point de vue: «Si le Titan n'avait pas disparu la même semaine que la tragédie qui a frappé le navire de migrants, l'attitude ‘blasée’ des médias occidentaux n'aurait peut-être pas été aussi évidente et nous n'aurions pas eu cette discussion.»

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Le navire submersible Titan a disparu la semaine dernière avec 5 riches passionnés de la mer qui visitaient l'épave du Titanic au large de la côte de Terre-Neuve, au Canada (OceanGate Expeditions via l’AP / Archives).

La «juxtaposition des deux événements» a attiré l'attention du public sur «ce contraste entre victimes «dignes» et «indignes», a déclaré à Arab News Halabi, auteure de «Radical Hospitality», qui examine la couverture médiatique de l'immigration.

Alors que les médias internationaux ont fait leurs choux gras des gros plans, des noms et des récits de vie des cinq «explorateurs», tels que décrits par l'opérateur du submersible OceanGate, le monde n'a eu droit qu'à des images floues d'une masse de migrants en détresse alors que leur bateau chavirait, dernière d'une longue série de tragédies qui ont transformé la mer Méditerranée en un véritable cimetière de personnes fuyant la pauvreté et la violence dans leur pays d'origine.

«C'est un problème récurrent que la couverture médiatique des migrants et des réfugiés ait tendance à inclure des photos de grands groupes de personnes sur lesquelles on ne peut pas distinguer les visages», a déclaré Sunderland de HRW.

«Il est donc plus difficile de percevoir leur humanité individuelle, d'imaginer leur histoire, de compatir au chagrin de leur mère», a-t-elle ajouté.

«Cela fait partie de la déshumanisation des personnes en déplacement qui contribue à l'indifférence et à l'impunité pour les violences et les abus auxquels elles sont confrontées», a-t-elle déploré.

EN CHIFFRES

Principales tragédies récentes impliquant des bateaux de migrants 

• 9 avril 2016: Un bateau de pêche transportant jusqu'à 500 Africains espérant atteindre l'Italie depuis l'est de la Libye fait naufrage, tuant environ 459 personnes.

 

• 3 juin 2016: Plus de 339 personnes perdent la vie lorsqu'un bateau transportant environ 700 migrants chavire au large de la Crète.

 

• 21 septembre 2016: Un bateau transportant environ 600 personnes chavire au large des côtes égyptiennes, tuant au moins 300 personnes.

 

• 14 janvier 2017: 176 migrants disparaissent après le naufrage d'un bateau au large des côtes libyennes.

 

• 25 juillet 2019: Un bateau transportant environ 250 personnes originaires de pays africains et arabes chavire au large des côtes libyennes.

 

• 22 septembre 2022: 122 migrants portés disparus après le naufrage d'un bateau au large des côtes syriennes.

 

• 14 juin 2023: Un chalutier transportant environ 750 personnes chavire au large des côtes grecques. Jusqu'à 500 personnes sont portées disparues et présumées mortes.

 

De même, selon Halabi, «la juxtaposition de migrants sans nom et sans visage» a rendu difficile la compassion pour le «groupe massif de personnes qui se sont noyées dans la Méditerranée».

Élaborant sur ce point, elle a ajouté: « Les médias sont guidés par les décisions prises par les dirigeants mondiaux, qui mettent l'accent sur l'importance d'un groupe par rapport à un autre.»

«Les médias sont guidés, tout d'abord, par la réponse humanitaire, et les gouvernements ici en Europe... sont à l'avant-garde de la mobilisation des ressources qui créent ce que l'on appelle un événement digne d'être signalé dans les médias.»

«Dans un cas, il n'y a pas eu de réaction, de sorte que la situation n'a pas dégénéré en événement médiatique, alors que dans un autre cas, la réaction est un signe d'importance.»

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Le 24 juin 2022, 37 migrants sont morts et plus de 70 sont portés disparus dans des combats avec la police alors qu'ils tentaient de franchir la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Melilla (Photo, AP Photo/Archives).

En conclusion, Halabi a indiqué: «Les images que nous avons vues cette semaine ont été traumatisantes pour de nombreux immigrés — non pas isolément, mais avec cette juxtaposition, qui «a mis en évidence le contraste entre la valeur de la vie humaine.»

Les événements de la semaine dernière n'étaient évidemment pas le premier cas où des organisations internationales de médias ont été mises en cause pour avoir appliqué une politique de deux poids deux mesures.

En mars 2021, la milice houthie du Yémen a été accusée d'avoir brûlé vifs jusqu'à 500 migrants africains à Sanaa, un massacre que les principaux médias occidentaux ont pratiquement ignoré alors qu'ils consacraient beaucoup de temps et de ressources à l'annonce d'un règlement du conseil municipal de Minneapolis aux États-Unis, le plus important règlement préalable à un procès en matière de droits civils jamais conclu en Amérique.

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En mars 2021, la milice houthie du Yémen a été accusée d'avoir brûlé vifs jusqu'à 500 migrants africains à Sanaa, un massacre que les principaux médias occidentaux ont pratiquement ignoré. (Photo fournie)

L'accord, conclu un an après la mort de George Floyd, un Afro-Américain, en garde à vue, a été salué comme un message fort par d'éminents médias occidentaux: les vies des Noirs comptent. Pourtant, aucune indignation morale comparable ne s'est manifestée face à l'assassinat et aux blessures d'environ 450 migrants, principalement éthiopiens, dans un centre de détention, le 7 mars 2021, dans un incendie causé par des bombes apparemment tirées par les forces houthies.

Environ un an plus tard, lorsque la guerre en Ukraine a éclaté en février 2022, les correspondants de plusieurs grands médias occidentaux ont établi des comparaisons choquantes entre les réfugiés ukrainiens et ceux du Moyen-Orient, qualifiant les premiers de «civilisés» et de «prospères», tandis que les seconds étaient décrits comme une «crise», un handicap et un fardeau pour l'économie de l'Europe.

Cette attitude problématique a été illustrée par les remarques faites à la télévision par Kelly Cobiella, journaliste de NBC News, à propos des Ukrainiens déplacés par l'invasion russe: «Pour parler franchement, ce ne sont pas des réfugiés de Syrie, ce sont des réfugiés d'Ukraine... Ils sont chrétiens, ils sont blancs, et ils nous ressemblent.»

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Le survivant syrien Fedi, 18 ans, à droite, l'une des centaines de personnes qui ont été sauvées de la mer Égée après le naufrage de leur bateau de pêche rempli de migrants, réagit alors qu'il retrouve son frère Mohammed, venu d'Italie pour le rejoindre, dans le port de Kalamata, en Grèce, le 16 juin 2023 (Photo, Time News via l’AP /Archives).

Comme l'ont souligné les analystes des médias, les photos des réfugiés ukrainiens utilisées par les médias occidentaux sont des portraits de dignité, montrant des enfants bien habillés portant des jouets, par opposition aux images des migrants et réfugiés du Moyen-Orient et d'Afrique: des masses humaines sans visage, échouées en mer ou blotties autour de clôtures de sécurité.

Dans un autre exemple de sectarisme pure et simple au début de la guerre en Ukraine, le journaliste de CBS Charlie D'Agata a déclaré que l'Ukraine «n'est pas un endroit, avec tout le respect que je lui dois, comme l'Irak ou l'Afghanistan, où un conflit fait rage depuis des décennies. Il s'agit d'une ville relativement civilisée, relativement européenne — je dois aussi choisir ces mots avec soin — où l'on ne s'attend pas à ce que cela se produise et où l'on n'espère pas que cela se produise.»

Ces commentaires indiquaient que, contrairement à l'Irak et à l'Afghanistan, l'Ukraine ne méritait pas d'être envahie parce que des choses comme la guerre et la souffrance étaient du ressort de pays non européens. Il n'est pas certain que le tollé provoqué par les nombreux commentaires controversés sur la crise humanitaire en Ukraine ait conduit à une introspection de la part de la direction des médias internationaux.

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Des migrants attendent de débarquer d'un navire des garde-côtes espagnols, dans le port d'Arguineguin, sur l'île de Grande Canarie, en Espagne, le 22 juin 2023 (Photo, REUTERS).

Selon Cameron Boyle, responsable de la communication à Manchester City of Sanctuary, la combinaison de la politique et du langage utilisés dans le cas de tragédies telles que le dernier naufrage de migrants en Méditerranée «a créé une situation où leur mort est normalisée».

Il a déclaré à Arab News: «C'est ce qui explique la disparité de la couverture médiatique de ces derniers jours. Les réfugiés sont traités comme un problème à résoudre, plutôt que comme des êtres humains cherchant à reconstruire leur vie dans un endroit sûr.»

«Ce n'est que lorsque la vague d'hostilité aura cessé que les tragédies impliquant des réfugiés recevront l'attention et l'empathie qu'elles méritent», a-t-il précisé.

Josie Naughton, PDG de l'organisation caritative britannique Choose Love, estime que la couverture médiatique contrastée de ces deux tragédies pourrait avoir des effets positifs.

«Toute l'attention portée à ce qui est arrivé au Titan et à la manière dont la tragédie aurait pu être évitée doit maintenant s'appliquer aux décès de migrants en mer», a-t-elle souligné à Arab News.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Trump se moque du couple Macron lors d'un déjeuner

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  • "Macron, que sa femme traite extrêmement mal,… il se remet encore du coup de poing qu'il a pris à la mâchoire"
  • Il faisait vraisemblablement référence à une vidéo virale, tournée en mai 2025 en Indonésie, montrant Brigitte Macron porter les deux mains au visage de son mari dans ce qui pouvait ressembler à un petit coup

WASHINGTON: Donald Trump s'en est pris mercredi à Emmanuel et Brigitte Macron lors d'un déjeuner, faisant suite à une série de remontrances contre les dirigeants de pays de l'Otan à qui il reproche de ne pas prendre part à la guerre contre l'Iran.

"Macron, que sa femme traite extrêmement mal,… il se remet encore du coup de poing qu'il a pris à la mâchoire", a déclaré le président américain dans une vidéo postée brièvement sur la chaîne YouTube de la Maison Blanche qui en a ensuite fermé l'accès.

Il faisait vraisemblablement référence à une vidéo virale, tournée en mai 2025 en Indonésie, montrant Brigitte Macron porter les deux mains au visage de son mari dans ce qui pouvait ressembler à un petit coup.

Ces images avaient été largement exploitées sur les réseaux sociaux par des comptes hostiles au président français. Emmanuel Macron avait démenti toute "scène de ménage" et affirmé que cette petite chamaillerie n'était qu'un "moment de complicité".

La classe politique française s'est indignée jeudi matin de cette nouvelle déclaration irrespectueuse de Donald Trump.

"Franchement, c'est pas au niveau (...) On est en train de parler de l'avenir du monde, en ce moment en Iran, ça a des conséquences sur la vie de millions de personnes, des gens meurent sur les théâtres d'opérations et on a un président (américain) qui rigole, qui se moque des autres", a réagi la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet sur franceinfo.

"Vous connaissez l'ampleur de mes désaccords avec le président de la République, mais que Donald Trump se permette de lui parler comme ça et de parler comme ça de son épouse, je trouve ça absolument inacceptable", a réagi le coordinateur de la France insoumise (gauche radicale), Manuel Bompard, sur BFMTV.

M. Trump a aussi affirmé avoir demandé au chef de l'État français un soutien militaire dans le Golfe: "J'ai dit: +Emmanuel, on aimerait bien avoir un peu d'aide dans le Golfe, même si on bat tous les records en matière d'élimination des méchants et de destruction de missiles balistiques+".

Puis, imitant son homologue avec un accent français: "+Non, non, non… on ne peut pas faire ça, Donald. On pourra le faire une fois la guerre gagnée+".


Trump dit que l'Iran sera frappé «extrêmement durement» pendant encore deux à trois semaines

 Donald Trump a promis mercredi de frapper sans relâche l'Iran pendant encore deux à trois semaines, menaçant notamment le réseau électrique. (AFP)
Donald Trump a promis mercredi de frapper sans relâche l'Iran pendant encore deux à trois semaines, menaçant notamment le réseau électrique. (AFP)
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  • "S'il n'y a pas d'accord, nous allons frapper chacune de leurs centrales électriques très durement et probablement simultanément"
  • Lors de sa première allocution à la nation depuis les premières heures du conflit il y a un peu plus d'un mois, le président américain a vanté des victoires "décisives" et "écrasantes" obtenues par les Etats-Unis

WASHINGTON: Donald Trump a promis mercredi de frapper sans relâche l'Iran pendant encore deux à trois semaines, menaçant notamment le réseau électrique.

"Nous allons les frapper extrêmement durement au cours des deux à trois prochaines semaines. Nous allons les ramener à l'âge de pierre, auquel ils appartiennent. En attendant, les discussions se poursuivent", a lancé le président américain lors d'une allocution aux Américains depuis la Maison Blanche.

"S'il n'y a pas d'accord, nous allons frapper chacune de leurs centrales électriques très durement et probablement simultanément", a-t-il ajouté.

Lors de sa première allocution à la nation depuis les premières heures du conflit il y a un peu plus d'un mois, le président américain a vanté des victoires "décisives" et "écrasantes" obtenues par les Etats-Unis, réaffirmant que les frappes étaient nécessaires pour empêcher l'Iran d'avoir l'arme nucléaire.

Malgré tout, le locataire de la Maison Blanche a martelé que la fin du conflit n'était pas encore venue.

"Nous allons les frapper extrêmement durement au cours des deux à trois prochaines semaines. Nous allons les ramener à l'âge de pierre auquel ils appartiennent", a-t-il lancé.

Donald Trump a de nouveau menacé de s'en prendre aux infrastructures énergétiques iraniennes, affirmant qu'en l'absence d'accord, les Etats-Unis allaient "frapper chacune de leurs centrales électriques très durement et probablement simultanément".

Le président américain a également appelé les pays qui dépendent du détroit d'Ormuz à "s'occuper" de résoudre le blocage par l'Iran de cette voie maritime stratégique pour la distribution d'hydrocarbures à travers le monde.

Demandes "maximalistes" 

Dans la matinée, il avait pourtant exclu toute trêve sans réouverture de détroit, dont le blocage déstabilise l'économie mondiale. Sans levée du blocus, l'Iran serait bombardé "jusqu'à l'anéantissement", avait-il averti.

La quasi-fermeture de ce passage maritime a entraîné une envolée des cours du pétrole, nourrissant la peur d'une inflation durable.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont réaffirmé mercredi que le détroit resterait fermé aux "ennemis" du pays.

Dans ce contexte, Londres a annoncé la tenue jeudi d'une réunion virtuelle impliquant une trentaine de pays prêts à garantir la sécurité dans le détroit une fois les hostilités terminées.

Avant son allocution, Donald Trump avait assuré sur son réseau Truth Social que son homologue iranien, Massoud Pezeshkian, aurait réclamé "un CESSEZ-LE-FEU".

Des affirmations "fausses", a balayé le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, qui a aussi démenti l'existence de négociations directes avec les Etats-Unis, et a qualifié les demandes de Washington de "maximalistes et irrationnelles".

Massoud Pezeshkian avait évoqué mardi une volonté "de mettre fin" à la guerre, mais il avait listé des exigences, comme des garanties de sécurité et des compensations financières.

Le Brent repart à la hausse 

Portées par un espoir d'une désescalade, les Bourses européennes et Wall Street avaient terminé en hausse mercredi avant le discours de Donald Trump.

Mais après l'allocution, le baril de pétrole Brent -- référence mondiale -- est reparti à la hausse, au-delà des 105 dollars.

Les répercussions économiques du conflit continuent de se faire sentir dans le monde.

Dans un entretien à l'AFP, le directeur général de la Banque mondiale, Paschal Donohoe, s'est dit mercredi "très inquiet" des conséquences de la guerre, notamment "sur l'inflation, les emplois et la sécurité alimentaire".

Dans la journée de mercredi, les pays du Golfe ont été encore visés par des attaques iraniennes, comme aux Emirats, où un Bangladais a été tué.

Comme aussi en Israël, où l'armée a dit avoir contré des tirs de missiles depuis l'Iran dans la nuit de mercredi à jeudi, après une journée marquée par d'autres tirs qui ont fait 14 blessés près de Tel-Aviv.

Dans son allocution, Donald Trump a promis qu'il n'abandonnerait pas ces alliés du Golfe, nommément "Israël, l'Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, le Koweït et Bahreïn".

"Vengeance" 

De son côté, Israël a également poursuivi ses bombardements, avec une "vague de frappes de grande ampleur" à Téhéran.

De puissantes explosions ont retenti mercredi après-midi dans l'ouest de la ville, selon un journaliste de l'AFP.

Malgré les frappes, des milliers d'Iraniens ont assisté dans la capitale aux funérailles d'un commandant, tué par une frappe israélienne. "Vengeance", proclamait en anglais une pancarte tenue par un enfant.

Côté israélien, si le gouvernement a estimé qu'une partie de ses objectifs était atteint en portant "un coup" aux programmes nucléaires et balistiques iraniens, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a insisté: la "campagne n'est pas terminée".

Au Liban, le bilan d'un mois de frappes israéliennes s'élève désormais à plus de 1.300 tués, selon le gouvernement qui a fait état mercredi de sept morts dans la région de Beyrouth.

Le mouvement pro-iranien Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en attaquant Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, dès le premier jour du conflit le 28 février.

Israël a averti qu'il prévoyait d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée.

 

 


Rubio affirme que les Etats-Unis doivent "réexaminer" leurs relations avec l'Otan

Donald Trump a qualifié l’alliance de l’OTAN de « tigre de papier ». (ARCHIVES/REUTERS)
Donald Trump a qualifié l’alliance de l’OTAN de « tigre de papier ». (ARCHIVES/REUTERS)
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  • Marco Rubio évoque un possible réexamen du rôle des États-Unis dans l’OTAN, après des tensions liées au conflit avec l’Iran et au manque de coopération de certains alliés européens
  • Donald Trump intensifie ses critiques contre l’alliance, remettant en cause l’engagement américain et accusant l’OTAN d’être déséquilibrée au détriment des États-Unis

WASHINGTON: Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a remis en cause comme jamais le lien transatlantique avec l'Otan, déclarant mardi que les Etats-Unis devaient "réexaminer" leurs relations avec l'alliance atlantique militaire une fois la guerre contre l'Iran terminée.

"Je pense qu'il ne fait malheureusement aucun doute qu'une fois ce conflit terminé, nous devrons réexaminer cette relation. Nous devrons réexaminer l'intérêt que présente l'Otan pour notre pays dans le cadre de cette alliance", a déclaré M. Rubio sur la chaîne Fox News, ajoutant qu'il reviendrait au président Donald Trump de trancher cette question.

Les Etats-Unis reprochent à des pays de l'Otan dont la France, l'Espagne et l'Italie de ne pas avoir autorisé le survol de leurs territoires ou d'utiliser les bases américaines pour acheminer des équipements militaires à Israël dans le cadre de la guerre contre l'Iran, déclenchée le 28 février.

Donald Trump avait lui-même déclaré vendredi dernier que les Etats-Unis pourraient ne pas venir en aide à l'Otan en cas de besoin, réitérant ses critiques contre l'Alliance atlantique, lors d'un forum d'affaires à Miami.

"Nous dépensons des centaines de milliards de dollars par an pour l'Otan, des centaines de milliards, pour les protéger, et nous aurions toujours été là pour eux, mais maintenant, au vu de leurs actions, je suppose que nous n'avons plus à l'être, n'est-ce pas ?", a-t-il dit.

Ces dernières semaines, le président américain a multiplié les prises de parole belliqueuses envers l'Otan, la qualifiant notamment sur son réseau Truth Social de "TIGRE DE PAPIER" et de "LACHES". Les Etats-Unis "s'en souviendront", avait-il déjà déclaré en Conseil des ministres.

"Si nous en sommes arrivés au point où l'alliance de l'Otan nous empêche d'utiliser ces bases, où nous ne pouvons en fait plus les utiliser pour défendre les intérêts des Etats-Unis, alors l'Otan est une voie à sens unique", a déclaré M. Rubio.

"L'Otan se résume alors simplement à la présence de nos troupes en Europe pour défendre l'Europe (...) Lorsque nous avons besoin qu'ils nous autorisent à utiliser leurs bases militaires, leur réponse est +non+ ? Alors pourquoi sommes-nous dans l'Otan ? Il faut se poser cette question", a ajouté le chef de la diplomatie américaine.

Il a encore souligné qu'il revenait aux alliés des Etats-Unis de sécuriser le détroit d'Ormuz, bloqué de facto par l'Iran, dont ils dépendent pour leur pétrole.

Parlant de la guerre en Iran, il a indiqué que "nous sommes proches de la ligne d'arrivée" sans donner de calendrier.

Les relations entre les Etats-Unis, qui en sont membre fondateur et principal acteur, et l'Otan traversent depuis le retour au pouvoir du président américain une zone de fortes turbulences, les premiers accusant les Européens de prendre leur sécurité pour argent comptant, les seconds inquiets d'un éventuel désengagement américain.