Coran brûlé en Suède: l’importance de la lutte contre l’islamophobie d’Europe jusqu’en Amérique latine

Les femmes musulmanes de Colombie sensibilisent à l’islam en Amérique du Sud, où les cas de harcèlement, qui ciblent plus particulièrement les musulmanes au Brésil, sont à la hausse. (Photo fournie)
Les femmes musulmanes de Colombie sensibilisent à l’islam en Amérique du Sud, où les cas de harcèlement, qui ciblent plus particulièrement les musulmanes au Brésil, sont à la hausse. (Photo fournie)
Maria José Acevedo Garcia discute avec des groupes d’élèves d’islam et d’islamophobie. (Photo fournie)
Maria José Acevedo Garcia discute avec des groupes d’élèves d’islam et d’islamophobie. (Photo fournie)
Maria José Acevedo Garcia fait la Dawah (invitation à écouter le message de l’islam, NDLR) dans une école. Beaucoup de filles s’intéressent à l’islam et demandent à essayer un hijab. (Photo fournie)
Maria José Acevedo Garcia fait la Dawah (invitation à écouter le message de l’islam, NDLR) dans une école. Beaucoup de filles s’intéressent à l’islam et demandent à essayer un hijab. (Photo fournie)
Maria José Acevedo Garcia discute avec des groupes de scouts de l’islam en Colombie dans le but de sensibiliser à la diversité religieuse. (Photo fournie)
Maria José Acevedo Garcia discute avec des groupes de scouts de l’islam en Colombie dans le but de sensibiliser à la diversité religieuse. (Photo fournie)
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Publié le Jeudi 20 juillet 2023

Coran brûlé en Suède: l’importance de la lutte contre l’islamophobie d’Europe jusqu’en Amérique latine

  • L’islamophobie a pris de l’ampleur au Brésil sous l’ancien président Jair Bolsonaro (entre 2019 et 2022), lorsque plusieurs groupes antimusulmans sont devenus plus puissants
  • Les femmes qui portent le hijab doivent faire face à toutes sortes de remarques sexistes dans la rue et dans les transports en commun

SAO PAULO: Alors que le nombre de musulmans qui vivent en Amérique latine augmente et que les communautés islamiques gagnent en visibilité, de plus en plus de cas d’islamophobie sont signalés dans la région. Les dirigeants communautaires, pour la plupart des femmes, tentent par tous les moyens de remédier au problème.

Avec une population musulmane estimée entre 800 000 et 1,5 million d’habitants, le Brésil est le seul pays d’Amérique latine où une étude approfondie sur l’islamophobie a été menée.

L’accent est mis sur ce sujet depuis qu’un exemplaire du Saint Coran a été brûlé le 28 juin devant la mosquée centrale de Stockholm – un acte offensant qui a été toléré par les autorités suédoises. Bien que l’Amérique du Sud n’ait pas été témoin d’une telle manifestation d’intolérance, on pense que l’islamophobie existe bel et bien, mais qu’elle est dissimulée, dans de nombreux pays.

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La police suédoise regarde Salwan Momika, qui a fui l’Irak pour la Suède il y a plusieurs années, tenir un discours avant de brûler le livre sacré musulman devant une mosquée à Stockholm, le 28 juin 2023, pendant les vacances de l’Aïd al-Adha. (AFP)

Dirigée par l’anthropologue Francirosy Barbosa, professeure à l’Université de Sao Paulo et elle-même musulmane convertie, l’étude comprend une enquête menée auprès de 653 musulmans. Elle montre que la plupart d’entre eux ont déjà souffert d’une sorte d’islamophobie.

«La majorité des personnes interrogées sont des femmes, ce qui montre déjà que ce sont elles qui en souffrent le plus», déclare l’anthropologue à Arab News.

Environ 54% des hommes qui ont participé à l'étude – à la fois ceux qui sont nés musulmans et ceux qui se sont convertis à l’islam – affirment avoir ressenti une forme de gêne en raison de leur religion. La plupart des incidents se seraient produits dans la rue, au travail ou à l’école.

Les proportions sont plus élevées chez les femmes. En effet, 66% de celles qui sont nées musulmanes déclarent avoir été victimes d’offense ou d’agression en raison de leur foi. Il en est de même pour 83% des femmes qui se sont converties à l’islam.

De nombreux incidents concernent des blagues ou des commentaires subtils. Par exemple, une personne qui traite son collègue au travail de «kamikaze» après avoir découvert qu’il était musulman, ou encore une femme qui insiste pour que son amie ne porte pas de voile parce que c’est le symbole de la domination masculine.

Mais l’étude fait également état de cas graves de violence physique, comme cet agresseur inconnu qui a pulvérisé de l’insecticide dans les yeux d’une femme qui portait le hijab ou cette fille qui a été battue par un homme dans la rue après être sortie d’une mosquée.

Les femmes converties «sont les principales victimes de l’islamophobie parce qu’elles sont plus vulnérables. Beaucoup d’entre elles viennent de quartiers pauvres et doivent utiliser les transports en commun», précise l’anthropologue. Elles doivent également faire face aux pressions de leur propre famille. Beaucoup d’entre elles renoncent à porter un voile après avoir été agressées, ce qui leur «inflige de la souffrance parce qu’elles sentent qu’elles ne respectent pas un commandement divin», ajoute Francirosy Barbosa.

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Au Brésil, les cas de harcèlement qui ciblent particulièrement les musulmanes sont en augmentation. (Photo fournie)

L’enseignante ajoute que l’islamophobie s’est développée au Brésil sous l’ancien président Jair Bolsonaro, entre 2019 et 2022, lorsque plusieurs groupes antimusulmans sont devenus plus puissants.

«À cette époque, les églises évangéliques prosionistes étaient en plein essor, par exemple», explique Mme Barbosa. Les personnes interrogées dans le cadre de l’enquête déclarent que les chrétiens évangéliques sont le groupe religieux qui les discrimine le plus.

L’anthropologue a été invitée plus tôt cette année à participer à un atelier organisé par le ministère des Droits de l’homme et de la Citoyenneté afin d’évoquer les discours de haine.

Son étude sur l’islamophobie a été présentée au groupe et fera partie de son rapport final, qui orientera la politique gouvernementale de lutte contre l’intolérance.

«Dans notre étude, nous avons inclus quelques lignes directrices pour la lutte contre l’islamophobie, comme la nécessité d’investir dans l’éducation aux religions et à l’islam. Maintenant, ces suggestions pourraient enfin voir le jour avec le nouveau gouvernement [du président Luiz Inacio Lula da Silva]», poursuit l’anthropologue.

En Argentine, les militants contre l’islamophobie comptent également sur des partenariats avec des institutions gouvernementales.

En 2022, l’organisation Islam para la Paz («Islam pour la paix») a signé un accord avec l’Institut national contre la discrimination, la xénophobie et le racisme – connu sous l’acronyme espagnol «Inadi» – dans le but de promouvoir la coopération contre la discrimination religieuse.

Melody Amal Khalil Kabalan, qui dirige Islam para la Paz, soutient que de nombreux organes de presse diffusaient des informations erronées sur le Qatar lorsqu’il a accueilli la Coupe du monde de football, l’année dernière. Son organisation et l’Inadi ont donc mis en place un atelier sur le pays pour les journalistes.

«Cette année, nous organiserons un programme appelé École sans discrimination, qui comprendra des ateliers sur les habitudes islamiques pour les élèves», déclare-t-elle à Arab News.

Bien que l’islamophobie en Argentine ne soit pas comparable à ce qui se passe dans les pays européens, on assiste à une augmentation des cas ces derniers temps, indique-t-elle encore. La plupart des cas concernent des femmes, comme au Brésil.

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En Argentine, même les burkinis discrets dans les lieux publics pourraient susciter la haine puisqu’ils sont associés à l’islam. (Photo fournie)

«Il y a eu un incident particulièrement commenté: il a été interdit à une femme d’entrer dans une piscine de la ville de Mendoza parce qu’elle portait un burkini», souligne la directrice d’Islam para la Paz.

«Dans d’autres situations, des responsables gouvernementaux ont interdit à des femmes de se faire prendre en photo en hijab pour des documents officiels, ce qui est pourtant leur droit.»

Les victimes de l’islamophobie peuvent signaler les incidents à l’Inadi, mais beaucoup ne le font pas «parce qu’elles pensent que les autorités ne défendront pas les musulmans comme elles défendent d’autres groupes», ajoute-t-elle.

«Cette perception découle sans doute du fait que, en Argentine, nos communautés ne sont pas aussi organisées que d’autres pour résister à la discrimination.»

Elle précise qu’il appartient aux musulmans d’informer et d’éduquer la société argentine au sujet de leurs besoins et de leurs spécificités.

«Nous avons la responsabilité de parler aux gens de notre mode de vie. Ce n’est pas seulement le problème du gouvernement», poursuit-elle.

Islam para la Paz a récemment créé un observatoire chargé des affaires musulmanes et recueille des informations sur les problèmes des communautés.

En Colombie, un groupe de femmes dirigé par Maria José Acevedo Garcia a créé il y a cinq ans la Fondation islamique Assalam, destinée aux femmes musulmanes colombiennes. Son but est de protéger les femmes musulmanes et de lutter contre l’islamophobie.

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Maria José Acevedo Garcia lors d’un événement portant sur la liberté religieuse en Colombie. (Photo fournie)

Maria José Acevedo Garcia déclare que les incidents les plus courants concernent la discrimination à l’école, sur le lieu de travail et dans les agences gouvernementales.

«Les femmes sont parfois victimes de discrimination parce qu’elles portent le hijab au travail. Dans ce genre de cas, j’envoie une lettre au responsable de l’entreprise et programme une visite dans les locaux afin d’informer les gens sur l’islam», souligne-t-elle à Arab News.

Élevée dans une famille catholique, elle s’est convertie à l’islam il y a vingt ans. Au début, elle entendait souvent des commentaires offensants et se mettait en colère, mais, avec le temps, elle «a appris à réagir calmement et à éduquer les gens».

«Assalam se rend fréquemment dans les écoles et les universités pour proposer des ateliers contre la discrimination. C’est le seul moyen de changer les choses.»

Pendant les crises qui ont eu lieu dans les pays musulmans – comme la guerre en Syrie et la prise de contrôle des talibans en Afghanistan –, l’islamophobie augmente généralement, précise-t-elle.

«Les agressions physiques ne sont forcément pas nombreuses, mais des incidents au cours desquels des personnes ont tenté d’enlever le hijab d’une femme dans les transports en commun ont déjà été signalés», précise-t-elle.

Assalam a récemment rencontré les autorités gouvernementales afin de leur présenter les besoins des femmes musulmanes en Colombie.

Des problèmes surviennent souvent à l’aéroport, par exemple, lorsque des femmes qui viennent de pays musulmans sont contraintes d’enlever le hijab lors de l’inspection.

La responsable de la fondation espère que davantage d’employés du gouvernement comprendront l’essence de l’islam à l’avenir.

Au Mexique, où la communauté musulmane s’est développée ces dernières années, l’islamophobie est perceptible dans les arts, les livres et l’actualité, où «les expressions négatives sont couramment employées au sujet de l’islam», signale l’anthropologue Samantha Leyva Cortes à Arab News.

Dans le cadre d’études sur les communautés musulmanes de Mexico et de San Cristobal de Las Casas, de nombreuses femmes ont informé Samantha Leyva Cortes qu’elles étaient traitées comme des étrangères en raison de leur hijab.

«Les commerçants supposent souvent qu’elles ne sont pas originaires du Mexique et leur font payer un produit plus cher que son prix», rapporte-t-elle.

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Sonia Garcia, une Mexicaine convertie à l’islam, s’est associée à Mayte Gutierrez, une autre Sud-Américaine convertie à l’islam, pour aider à construire et à exploiter un tout nouveau centre. Son objectif est d’aider les musulmans à se sentir davantage chez eux à Tijuana. (Photo: The Latina Muslim Foundation)

Les femmes qui portent le hijab doivent faire face à toutes sortes de remarques sexistes dans la rue et dans les transports en commun, soutient Samantha Leyva Cortes.

«Les gens les prennent généralement pour des femmes passives et privées de leurs droits. Elles ne considèrent pas que le port du hijab est leur choix», poursuit-elle.

Toutefois, ces derniers temps, les jeunes générations ont ouvert de nouvelles voies. De nombreuses femmes musulmanes sont désormais présentes sur les réseaux sociaux et dans l’espace public.

«Beaucoup de conversions se déroulent en ligne. Internet est donc un espace important pour elles», ajoute l’anthropologue.

Mme Barbosa déclare pour sa part que la plupart des dirigeants musulmans ne gèrent pas l’islamophobie de la bonne manière. «En général, ils ne se préoccupent que de répandre la religion et pensent que parler de discrimination et de violence est une mauvaise chose, qui peut soulever davantage de problèmes encore», explique-t-elle.

Son objectif est désormais de mener la même enquête dans d’autres pays d’Amérique latine afin que les problèmes liés à l’islamophobie que connaît l’ensemble de la région soient connus et que les communautés et les gouvernements puissent agir.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran se dit prêt à aider les navires japonais a traverser le détroit d'Ormuz (agence japonaise)

L’Iran est prêt à laisser passer des navires liés au Japon dans le détroit d’Ormuz, une artère vitale pour l’approvisionnement mondial en pétrole, a rapporté Kyodo News. Ci-dessus, un cargo près du détroit d’Ormuz le 11 mars 2026. (Reuters)
L’Iran est prêt à laisser passer des navires liés au Japon dans le détroit d’Ormuz, une artère vitale pour l’approvisionnement mondial en pétrole, a rapporté Kyodo News. Ci-dessus, un cargo près du détroit d’Ormuz le 11 mars 2026. (Reuters)
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  • L’Iran affirme être prêt à garantir la sécurité des navires japonais dans le détroit d’Ormuz, malgré les tensions régionales et les perturbations du trafic maritime
  • Le Japon, fortement dépendant du pétrole transitant par ce détroit stratégique, active ses réserves face aux risques pesant sur l’approvisionnement mondial

TOKYO: L’Iran est disposé à aider les navires japonais à emprunter le détroit d'Ormuz, a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi à l’agence Kyodo News dans une interview publiée samedi.

Le Japon dépend des importations de pétrole brut en provenance du Moyen-Orient, dont la majeure partie transite par le détroit d’Ormuz, une voie commerciale cruciale pour l’approvisionnement mondial en carburant.

En pratique, l'Iran a bloqué l'accès au détroit en réponse aux frappes menées par Israël et les Etats-Unis, laissant les pays tributaires de cette voie maritime se démener pour trouver des de remplacement et puiser dans leurs réserves.

"Nous n’avons pas fermé le détroit. Il est ouvert", a contesté M. Araghchi, lors d'une interview téléphonique avec l'agence japonaise Kyodo News vendredi.

Selon lui, les pays qui attaquent l'Iran font face à des restrictions, mais d'autres se voient offert une assistance.

L'Iran est préparé à assurer des traversées en toute sécurité pour le Japon, a-t-il ajouté.

La quatrième économie mondiale est le cinquième plus grand importateur de pétrole, dont 95% vient du Moyen-Orient et 70% passe par le détroit d'Ormuz.

Lundi, Tokyo a annoncé commencer à puiser dans ses réserves stratégiques de pétrole, qui sont parmi les plus importantes au monde, équivalant à 254 jours de consommation intérieure.

Les membres de l’Agence internationale de l’énergie ont convenu, le 11 mars, d’utiliser leurs stocks de pétrole pour atténuer la flambée des prix provoquée par la guerre au Moyen-Orient, ce qui représente de loin la plus vaste opération de ce type jamais menée.


L'Iran cible une base hébergeant des forces américaines en plein océan Indien (média)

Cette image satellite de Planet Labs PBC montre quatre bombardiers furtifs B-2 stationnés à Camp Thunder Cove, sur l’atoll de Diego Garcia, le samedi 29 mars 2025. (AP)
Cette image satellite de Planet Labs PBC montre quatre bombardiers furtifs B-2 stationnés à Camp Thunder Cove, sur l’atoll de Diego Garcia, le samedi 29 mars 2025. (AP)
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  • L’Iran a tiré deux missiles balistiques visant la base américano-britannique de Diego Garcia dans l’océan Indien, mais aucun n’a atteint sa cible selon des responsables américains
  • Les missiles auraient été neutralisés (défaillance et interception), tandis que la base reste un site militaire stratégique majeur pour les États-Unis et le Royaume-Uni

WASHINGTON: L'Iran a tiré deux missiles balistiques vers la base américano-britannique de Diego Garcia, située en plein milieu de l'océan Indien, a rapporté vendredi le Wall Street Journal.

Aucun des deux missiles tirés vers cette base à quelque 4.000 kilomètres du territoire iranien n'a touché sa cible, selon le journal, qui cite plusieurs responsables américains.

L'un des missiles a connu une défaillance en vol et un navire de guerre américain a tiré un missile pour intercepter le second, selon deux des responsables.

Sollicité par l'AFP, le Pentagone s'est refusé à tout commentaire.

Située sur une île isolée de l'archipel des Chagos, un territoire britannique, Diego Garcia est l'une des deux bases que le Royaume-Uni a permis aux Etats-Unis d'utiliser pour des "opérations défensives spécifiques contre l'Iran".

Il s'agit d'une base stratégique pour les Etats-Unis, qui y stationnent notamment des sous-marins nucléaires, bombardiers et destroyers.

Le Royaume-Uni a signé en 2025 un accord pour rétrocéder l'archipel des Chagos à l'île Maurice tout en conservent un bail de 99 ans sur Diego Garcia afin de maintenir la base.


Les États-Unis renforcent leur présence au Moyen-Orient tandis que Trump envisage de réduire les opérations militaires

Le président Donald Trump se prépare à monter à bord d’Air Force One le 18 mars 2026, sur la base aérienne de Dover, dans le Delaware, après avoir assisté au rapatriement des dépouilles de six membres d’équipage de l’US Air Force morts dans le crash d’un avion ravitailleur dans l’ouest de l’Irak, alors qu’ils soutenaient des opérations contre l’Iran. (AP)
Le président Donald Trump se prépare à monter à bord d’Air Force One le 18 mars 2026, sur la base aérienne de Dover, dans le Delaware, après avoir assisté au rapatriement des dépouilles de six membres d’équipage de l’US Air Force morts dans le crash d’un avion ravitailleur dans l’ouest de l’Irak, alors qu’ils soutenaient des opérations contre l’Iran. (AP)
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  • Donald Trump évoque une possible réduction progressive des opérations militaires contre l’Iran, tout en excluant un cessez-le-feu immédiat et en assouplissant certaines sanctions pétrolières pour limiter l’impact économique
  • Le conflit s’intensifie au Moyen-Orient avec des frappes et ripostes entre l’Iran, Israël et leurs alliés, perturbant les marchés mondiaux et faisant craindre une crise économique liée à l’énergie

WASHINGTON: Donald Trump a pour la première fois dit vendredi envisager de "réduire graduellement" les opérations militaires contre l'Iran, juste après avoir exclu un cessez-le-feu, et assoupli les sanctions contre le pétrole iranien.

Alors que la guerre, qui dure depuis trois semaines, pèse sur l'activité mondiale, les Etats-Unis ont indiqué avoir autorisé la vente et la livraison de pétrole iranien se trouvant sur des navires avant le 20 mars, et ce jusqu'au 19 avril.

Cette détente doit permettre d'endiguer la flambée des prix de l'énergie due à la guerre au Moyen-Orient.

"Nous sommes sur le point d'atteindre nos objectifs alors que nous envisageons de réduire graduellement nos importants efforts militaires au Moyen-Orient contre le régime terroriste iranien", a écrit vendredi soir le président américain sur son réseau Truth Social en plein Norouz, le Nouvel an persan.

Mais cette affirmation coïncide avec l'annonce de plusieurs médias américains d'un prochain déploiement de forces militaires supplémentaires dans la région.

Et quelques heures auparavant, le président américain avait écarté tout cessez-le-feu à ce stade.

"Vous savez, vous ne faites pas de cessez-le-feu quand vous anéantissez littéralement l'adversaire", a-t-il dit à la presse à son départ de la Maison Blanche pour la Floride.

Sur X, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a souligné peu après que le président et le Pentagone avaient "prédit qu'il faudrait entre 4 à 6 semaines pour achever la mission".

Le président américain a aussi réitéré le fait que le détroit d'Ormuz, passage maritime stratégique pour le pétrole et le gaz, devrait être "surveillé et contrôlé, si nécessaire, par les autres pays qui l'empruntent - ce qui n'est pas le cas des Etats-Unis !".

- "Vaincu" -

Le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, s'est exprimé vendredi dans un message écrit. Probablement blessé au début de la guerre, il n'est toujours pas apparu en public depuis sa nomination.

"L'ennemi a été vaincu", a écrit l'ayatollah Khamenei. Les Iraniens lui ont "asséné un coup vertigineux, au point qu'il se met maintenant à prononcer des paroles contradictoires et absurdes".

Le successeur et fils d'Ali Khamenei - dont l'assassinat par les forces israéliennes le 28 février a marqué le début des hostilités menées avec les forces américaines contre l'Iran - est dans le viseur d'Israël.

L'armée israélienne a affirmé vendredi avoir tué lors d'une frappe à Téhéran le chef des renseignements de la force paramilitaire des Bassidj. Quelques heures seulement après l'annonce, confirmée par les Gardiens de la Révolution, de la mort de leur porte-parole, "tombé en martyr".

Des détonations ont aussi retenti dans la capitale iranienne en fin de journée, provenant de l'est et du nord de la ville, selon un journaliste de l'AFP.

Aux attaques israéliennes ont répondu celles de Téhéran sur Jérusalem et contre des installations dans le Golfe, où une raffinerie a été touchée par une attaque de drones au Koweït.

L'armée israélienne a averti tôt samedi matin qu'une nouvelle vague de missiles avait été tirée depuis l'Iran en direction de son territoire, et ajouté que les défenses aériennes s'étaient déclenchées pour abattre les projectiles.

Au Liban, l'armée israélienne a dit frapper samedi matin des cibles du Hezbollah pro-iranien à Beyrouth.

- "Lâches" -

Donald Trump, qui a multiplié ces derniers temps les déclarations contradictoires sur la durée potentielle du conflit, a assuré vendredi que l'objectif des Etats-Unis et d'Israël était la "victoire".

"Nous les frappons terriblement fort. Je ne crois pas qu'il soit possible d'être frappé plus fort", a-t-il dit à propos de l'Iran.

Jeudi, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait assuré que l'Iran était "en train d'être décimé". Téhéran n'a selon lui plus "la capacité d'enrichir de l'uranium" ni "de produire des missiles balistiques", deux des objectifs fixés avant le début des frappes israélo-américaines, fin février.

Mais le blocage de facto par l'Iran de la navigation dans le détroit d'Ormuz vient compliquer l'équation pour Washington.

Donald Trump s'en est pris avec virulence aux pays de l'Otan, qu'il a qualifiés de "lâches" car selon lui ils "ne veulent pas aider à ouvrir le détroit d'Ormuz".

Le Royaume-Uni a cependant dit autoriser les Etats-Unis à utiliser des bases britanniques pour frapper des sites iraniens visant le détroit dans le cadre de ses "opérations défensives" contre l'Iran, selon Downing Street.

L'armée américaine peut "neutraliser" l'île de Kharg, site pétrolier névralgique pour l'Iran, "n'importe quand si le président Trump en donne l'ordre", a par ailleurs assuré Anna Kelly, une porte-parole de la Maison Blanche, dans une déclaration transmise à l'AFP.

L'attaque sur la raffinerie koweïtienne Mina Al-Ahmadi a entraîné la fermeture de plusieurs unités du site, selon l'agence officielle koweïtienne.

Les Emirats arabes unis ont fait état d'attaques de missiles et de drones, tandis que Bahreïn maîtrisait l'incendie d'un entrepôt.

L'Arabie saoudite a annoncé samedi matin avoir intercepté et détruit plus de vingt drones dans l'est du pays.

La Turquie pour sa part a condamné vendredi les frappes israéliennes sur un quartier général et des camps militaires dans le sud de la Syrie, dénonçant une "dangereuse escalade".

- Choc profond -

Les attaques visant les raffineries et sites de production d'hydrocarbures du Moyen-Orient font trembler l'économie mondiale.

"Les dommages durables entraînent un choc économique profond", a relevé Robert Pape, expert militaire à l'Université de Chicago. "C'est ainsi qu'une guerre régionale peut devenir une crise économique mondiale historique".

Les Bourses mondiales ont ainsi terminé en net recul vendredi, pour clôturer une semaine d'incertitudes liées au conflit au Moyen-Orient et aux conséquences économiques de la flambée des prix de l'énergie.