Frankly Speaking: Deux ans plus tard, à quoi devrait-on s’attendre en Afghanistan sous le régime taliban?

S’adressant à Katie Jensen, dans le dernier épisode de l’émission « Frankly Speaking » d’Arab News, Suhail Shaheen déclare que les talibans avaient hérité d’une économie faible et d’un pays extrêmement appauvri lorsqu’ils ont pris le pouvoir à Kaboul en août 2021. (Photo, capture d'écran)
S’adressant à Katie Jensen, dans le dernier épisode de l’émission « Frankly Speaking » d’Arab News, Suhail Shaheen déclare que les talibans avaient hérité d’une économie faible et d’un pays extrêmement appauvri lorsqu’ils ont pris le pouvoir à Kaboul en août 2021. (Photo, capture d'écran)
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Publié le Mardi 18 juillet 2023

Frankly Speaking: Deux ans plus tard, à quoi devrait-on s’attendre en Afghanistan sous le régime taliban?

  • Suhail Shaheen accuse les puissances occidentales « qui ont imposé les sanctions et renforcé les seigneurs de la guerre » d’être à l’origine de la crise économique
  • Concernant les affrontements frontaliers avec l’Iran en mai de cette année, le dirigeant taliban déclare que le problème est enraciné dans le traité de partage de l’eau de 1973 entre les deux pays

RIYAD : Un haut dirigeant taliban a admis que son pays faisait face à une situation économique difficile en raison de sanctions éreintantes et d’un manque de reconnaissance de la part de la communauté mondiale.

S’adressant à Katie Jensen, dans le dernier épisode de l’émission « Frankly Speaking » d’Arab News, Suhail Shaheen déclare que les talibans avaient hérité d’une économie faible et d’un pays extrêmement appauvri lorsqu’ils ont pris le pouvoir à Kaboul en août 2021.

« La pauvreté que nous connaissons aujourd’hui provient du passé, de ces vingt années au cours desquelles des forces étrangères étaient présentes en Afghanistan », dit-il.

Bien qu’on dise que les puissances occupantes ont investi des milliards de dollars dans le pays, ajoute-t-il, « cet argent a été versé dans les poches des seigneurs de la guerre. Les gens ordinaires ont continué de vivre en dessous du seuil de pauvreté ».

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Suhail Shaheen lors de son entretien avec Frankly Speaking. (Photo, capture d'écran).

Cette situation s’est aggravée, affirme-t-il, lorsque des sanctions économiques ont été imposées à l’Afghanistan après que les talibans ont pris le contrôle du pays, puisque les restrictions ont conduit à davantage de pauvreté.

Il rejette toute responsabilité dans la détérioration de la situation en Afghanistan depuis que les talibans ont pris le pouvoir, et accuse plutôt les puissances occidentales « qui ont imposé les sanctions et renforcé les seigneurs de la guerre » d’être à l’origine de la crise économique.

« Nous œuvrons pour résoudre ces problèmes et il existe de grands projets comme la construction de routes qui génèrent des revenus internes », précise-t-il.

Il se montre évasif en parlant des restrictions imposées à l’éducation des femmes. Parfois, ses déclarations étaient très contradictoires et il était sur la défensive.

Au début, il soutient qu’il n’y avait aucune interdiction à ce que les femmes étudient. Mais une fois confronté à des faits irréfutables sur l’interdiction d’accès des femmes aux écoles et aux établissements d’enseignement supérieur, il tente de justifier cela en disant : « Mais l’éducation devrait être conforme à nos règles et à nos valeurs ».

Lorsqu’on lui dit que tous les pays musulmans et islamiques du monde offrent des possibilités d’éducation complètes aux femmes dans les collèges et les universités, le dirigeant répond : « Les femmes devraient avoir accès à l’éducation dans un environnement islamique. Le nôtre est une société islamique et quand il y aura un environnement adéquat, elles auront le droit d’avoir accès à l’éducation.

Il considère que les relations politiques du pays avec ses voisins sont fondées sur le respect mutuel et a longuement évoqué les récents affrontements frontaliers entre les forces afghanes et iraniennes, les relations tendues du pays avec le Pakistan et l’évolution de ses liens avec les États-Unis sous l’administration Biden.

Il indique que l’ONU doit examiner la situation sur le terrain, affirmant que la décision de l’ONU et de nombreux pays de ne pas reconnaître les talibans « se base sur des motivations politiques plutôt que les réalités sur le terrain ».

Il insiste sur le fait que les talibans ont actuellement pris le contrôle de tout l’Afghanistan. « Nous avons sécurisé toutes les frontières. Nous contrôlons tout le pays. Nous sommes capables de défendre notre peuple et notre pays. Nous avons le soutien du peuple », insiste-t-il.

Évoquant les relations du Pakistan avec son voisin sous le régime taliban, il affirme que l’Afghanistan est un pays indépendant, avant d’ajouter : « Nous avons libéré notre pays. Nous nous sommes battus pendant vingt ans contre cinquante-quatre pays ».

« Nous sommes des gens épris de liberté. Nous voulons une coexistence pacifique et des liens non seulement avec nos voisins, mais avec le monde entier ».

Il déclare que les talibans ne permettraient à personne d’utiliser le territoire afghan comme base pour des opérations contre les pays voisins ou toute autre nation, y compris les États-Unis.

Il cherche à faire comprendre que les talibans n’ont aucun lien avec les forces de sécurité pakistanaises. « Notre politique est la coexistence pacifique et les relations positives avec les voisins d’autres pays », souligne-t-il. « Quant à leurs politiques, il faudra leur demander ».

Répondant à l’accusation du Pakistan – une source majeure de friction entre les deux voisins – selon laquelle les talibans soutiennent et hébergent le Tehreek-e-Taliban Pakistan, un groupe terroriste interdit au Pakistan, le dirigeant affirme que le TTP n’était « pas en Afghanistan ».

Il soutient que le TTP opère à partir des zones tribales anarchiques du Pakistan : « Ils sont à l’intérieur du Pakistan. C’est donc leur responsabilité et non la nôtre ».

Concernant les affrontements frontaliers avec l’Iran en mai de cette année, le dirigeant taliban déclare que le problème est enraciné dans le traité de partage de l’eau de 1973 entre les deux pays, faisant référence à un accord en vertu duquel l’Afghanistan s’est engagé à partager l’eau de la rivière Helmand avec l’Iran à un certain taux.

Selon lui, le problème devrait être réglé sur la base du traité de 1973, ainsi que les évolutions qui se sont produites depuis sa signature, y compris le changement climatique.

« Mais si quelqu’un utilise la force, nous défendrons notre peuple. C’est notre droit. Nous ne violons les droits de personne », renchérit-il.

Insistant sur le fait que les Iraniens « ont attaqué nos forces », il affirme : « Nos forces doivent se défendre et c’est ce qui s’est passé. L’autodéfense est notre droit et personne ne peut nous imposer des accords basés sur l’usage de la force ».

Il dit que « les hauts responsables » des parties iranienne et afghane «se sont réunis pour résoudre le problème au moyen de pourparlers ».

Lorsqu’on lui demande si les Afghans avaient les moyens, l’armée et la volonté de tenir tête à l’Iran, il fait un commentaire révélateur : « Ce qui s’est passé au cours des 20 dernières années est une bonne preuve de la façon dont nous défendons notre pays ».

Lorsqu’il déclare que le territoire afghan ne serait pas utilisé pour former des terroristes étrangers, on lui rappelle la présence du chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, qui se trouvait à Kaboul lorsqu’il a été tué lors d’une frappe de drone américain en juillet de l’année dernière. Cependant, le dirigeant taliban rejette cette théorie qu’il considère comme une simple allégation.

« Si les journalistes affirment qu’il y a des centres de formation, alors ils devraient nous dire où sont situés ces centres », dit-il. « Si quelqu’un est assis à son bureau à 10 000 kilomètres et qu’il écrit des rapports en se basant uniquement sur ce qui est écrit dans les médias, comment cela peut-il refléter la réalité en Afghanistan » ?

« Ces rapports ne sont pas basés sur ce qui se passe en Afghanistan; ils répondent à des motivations politiques. Ce ne sont que des allégations ».

Les talibans ont récemment salué les propos tenus par le président américain Joe Biden en marge d’une conférence de presse le 30 juin sur le retrait des forces américaines d’Afghanistan en 2021. Le président Biden nie que des erreurs aient été commises lors du retrait, déclarant : « Vous vous souvenez de ce que j’ai dit sur l’Afghanistan? J’ai dit qu’Al-Qaïda ne serait pas là. J’ai dit que nous allions obtenir de l’aide des talibans. Qu’est-ce qui se passe maintenant ? Lisez la presse. J’avais raison ».

Néanmoins, Suhail Shaheen rejette l’idée que les talibans coopèrent avec les États-Unis. « Nous avons l’accord de Doha. Sur la base de cet accord, les Américains ont accepté de retirer leurs forces d’Afghanistan, et nous avons décidé de ne permettre à personne d’utiliser l’Afghanistan comme terrain pour combattre les États-Unis », dit-il.

« C’est notre engagement et nous l’honorerons. Nous opérons de manière indépendante, sans aucun gouvernement – voisin, régional ou n’importe où dans le monde – y compris les États-Unis ».

Cependant, il indique que les relations des talibans avec les États-Unis avaient changé depuis « l’occupation ».

« Quand ils ont occupé notre pays, nous nous sommes battus contre eux pour libérer notre pays. Si votre pays est occupé, ne vous battriez-vous pas pour le libérer ?»

« C’est ce que nous avons fait et maintenant nous construisons notre pays. Notre objectif est d’éradiquer la pauvreté et d’offrir des possibilités d’emploi à notre peuple. Pour cela, nous avons besoin de la coopération de tous les pays, et s’ils le souhaitent, nous les accueillons ».

Il lance un appel à la communauté mondiale pour qu’elle vienne au secours des agriculteurs afghans qui ont abandonné la culture du pavot.

« Au cours des vingt dernières années, les forces étrangères affirment avoir dépensé des milliards de dollars pour éradiquer la culture du pavot, mais elles ont échoué. Elles essayaient également d’empêcher le trafic de drogue, mais elles ont échoué », soutient-il.

« Nous avons désormais une interdiction totale de la culture du pavot conformément au décret d’avril 2022 de notre guide suprême (Hibatullah Akhundzada). Et nous avons réussi. Des rapports indépendants indiquent que la culture du pavot a diminué de 80%, mais selon nos statistiques, elle a diminué davantage. Nous y sommes parvenus par nos propres voies et moyens ».

Un rapport publié le mois dernier par la société d’analyse géospatiale Alcis indique que de récentes images satellites montrent une diminution « sans précédent » de la culture du pavot à opium en Afghanistan. En effet, la culture dans les provinces du sud les plus productrices a diminué d’au moins 80% par rapport à l’année dernière.

« La communauté internationale a désormais l’obligation d’aider les agriculteurs (afghans) et de leur fournir des cultures de substitution afin de rendre l’interdiction durable », poursuit-il.

« En Afghanistan, les agriculteurs ont deux ou trois acres de terre, ce qui n’est pas suffisant pour nourrir leur famille. La communauté internationale devrait soutenir les agriculteurs qui respectent l’interdiction et qui ont cessé de cultiver du pavot ».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran accuse les Etats-Unis d'avoir violé le cessez-le-feu et menace de riposter

L'Iran a accusé mardi les Etats-Unis d'avoir violé le cessez-le-feu après des frappes américaines nocturnes dans le sud du pays, qui portent un coup aux apparents progrès dans les négociations pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
L'Iran a accusé mardi les Etats-Unis d'avoir violé le cessez-le-feu après des frappes américaines nocturnes dans le sud du pays, qui portent un coup aux apparents progrès dans les négociations pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • "L'armée terroriste américaine, poursuivant ses actions illégales et injustifiées depuis le cessez-le-feu (...), a commis au cours des dernières 48 heures une violation flagrante du cessez-le-feu dans la région d'Hormozgan"
  • Et de prévenir: "La République islamique ne laissera aucun acte malveillant sans réponse et n'hésitera pas à défendre la nation iranienne"

TEHERAN: L'Iran a accusé mardi les Etats-Unis d'avoir violé le cessez-le-feu après des frappes américaines nocturnes dans le sud du pays, qui portent un coup aux apparents progrès dans les négociations pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient.

Les signes d'ouverture de ces derniers jours ont de nouveau cédé la place à une rhétorique martiale, dans un conflit où les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril mais où les menaces ne cessent pas tout comme le blocage du détroit d'Ormuz, faisant flamber les prix du pétrole.

"L'armée terroriste américaine, poursuivant ses actions illégales et injustifiées depuis le cessez-le-feu (...), a commis au cours des dernières 48 heures une violation flagrante du cessez-le-feu dans la région d'Hormozgan", a déclaré le ministère des Affaires étrangères, sans préciser la nature des faits.

Et de prévenir: "La République islamique ne laissera aucun acte malveillant sans réponse et n'hésitera pas à défendre la nation iranienne".

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) avait annoncé plus tôt avoir frappé dans la nuit des sites de lancement de missiles dans le sud de l'Iran.

L'Iran n'a pas officiellement confirmé l'information, mais les médias d'Etat ont rapporté des explosions dans la ville portuaire de Bandar Abbas, et annoncé qu'une enquête était en cours pour en déterminer l'origine.

Dans un autre incident, les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé avoir abattu un drone américain et tiré sur d'autres aéronefs tentant de pénétrer dans l'espace aérien du pays, sans préciser la date de ces incidents.

Les dernières frappes américaines connues remontent à début mai quand le sud de l'Iran avait été visé, provoquant une riposte de l'armée iranienne sur des bateaux dans le détroit d'Ormuz. Une "broutille", avait alors dit Donald Trump.

 Internet partiellement rétabli 

Portés la veille par l'espoir d'un accord, les marchés mondiaux ont "retrouvé un ton plus prudent", malgré "l'optimisme du week-end", commente Daniela Hathorn, analyste chez Capital.com. Les Bourses européennes hésitaient à la mi-journée et le pétrole est reparti à la hausse.

En Iran, les autorités ont annoncé de premières mesures pour rétablir internet après une coupure quasi-totale depuis le début de la guerre, déclenchée par une attaque israélo-américaine le 28 février. L'ONG étrangère de surveillance de la cybersécurité NetBlocks avait auparavant fait état d'un rétablissement "partiel".

"Depuis quelques minutes, je peux ouvrir des sites internet internationaux avec mon fournisseur d'accès", a déclaré à l'AFP une habitante de 22 ans de la ville occidentale de Kermanshah, ajoutant qu'elle avait toutefois toujours besoin de VPN (réseau privé virtuel) pour accéder aux réseaux sociaux.

Malgré les menaces, les tractactions diplomatiques se poursuivent. De hauts responsables iraniens, dont le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, se sont rendus lundi à Doha, une première depuis le début de la guerre.

Le gouverneur de la Banque centrale a également fait le déplacement pour discuter des fonds gelés à l'étranger en raison des sanctions américaines. Téhéran exige le déblocage de 24 milliards d'avoirs, selon l'agence de presse Tasnim.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps. Washington, qui soupçonne Téhéran de vouloir se doter de la bombe atomique, réclame la destruction du stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain depuis de précédentes frappes israélo-américaines, en juin 2025.

11 morts au Liban 

Si Téhéran avait averti lundi qu'il n'était pas imminent, l'accord reste possible, a avancé le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, parlant de discussions "autour de la formulation précise du texte initial".

"Le président a exprimé sa volonté de parvenir (à un accord). Soit il conclura un accord, soit il n'y aura aucun accord", a-t-il ajouté.

Donald Trump cherche une issue à cette guerre qui a gravement perturbé l'économie mondiale en raison du quasi blocage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

Sa réouverture est un enjeu majeur des négociations en cours et les tensions y restent vives: un pétrolier a ainsi été touché mardi au large d'Oman, selon l'agence maritime britannique UKMTO.

Sur le front libanais, Israël a appelé mardi pour la première fois les habitants de Nabatiyé dans le sud du Liban à évacuer toute la ville, au lendemain d'une frappe qui a fait onze morts dans l'est.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a juré d'intensifier les frappes pour "écraser" le Hezbollah pro-iranien, faisant peser plus d'incertitude encore sur les négociations en cours, alors que Téhéran veut qu'un accord avec les Etats-Unis comprenne le Liban.


Les Etats-Unis frappent l'Iran malgré les progrès des négociations

Les Etats-Unis ont annoncé lundi avoir frappé des sites de missiles dans le sud de l'Iran, portant un coup au cessez-le-feu malgré d'apparents progrès dans les négociations pour régler la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé lundi avoir frappé des sites de missiles dans le sud de l'Iran, portant un coup au cessez-le-feu malgré d'apparents progrès dans les négociations pour régler la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • L'armée américaine a précisé "faire preuve de retenue durant le cessez-le-feu" en vigueur depuis le 8 avril entre l'Iran et les Etats-Unis après plusieurs semaines de guerre qui ont fait des milliers de morts et secoué l'économie mondiale
  • Mais le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a fait savoir qu'un accord avec l'Iran restait possible. Les discussions tournent essentiellement "autour de la formulation précise du texte initial, cela prendra donc quelques jours"

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé lundi avoir frappé des sites de missiles dans le sud de l'Iran, portant un coup au cessez-le-feu malgré d'apparents progrès dans les négociations pour régler la guerre au Moyen-Orient.

Après des semaines de blocages et de menaces, Washington et Téhéran ont fait état d'avancées ces derniers jours dans les discussions. Donald Trump avait même laissé entrevoir un compromis imminent au cours du week-end.

Mais les espoirs de paix ont été douchés lundi, d'une part par l'annonce du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d'une intensification de l'offensive de son armée au Liban, puis par une attaque contre l'Iran.

"Les forces américaines ont mené aujourd'hui des frappes de légitime défense dans le sud de l'Iran afin de protéger nos troupes contre les menaces posées par les forces iraniennes. Les cibles comprenaient des sites de lancement de missiles et des embarcations iraniennes qui tentaient de poser des mines", a déclaré le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans un communiqué.

Les médias iraniens ont rapporté que plusieurs fortes explosions avaient été entendues à Bandar Abbas (sud) vers minuit (20H30 GMT). La télévision d'Etat a ensuite précisé que la situation était revenue à la normale, ajoutant qu'une enquête était en cours pour déterminer l'origine des bruits.

L'armée américaine a précisé "faire preuve de retenue durant le cessez-le-feu" en vigueur depuis le 8 avril entre l'Iran et les Etats-Unis après plusieurs semaines de guerre qui ont fait des milliers de morts et secoué l'économie mondiale.

Mais le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a fait savoir qu'un accord avec l'Iran restait possible. Les discussions tournent essentiellement "autour de la formulation précise du texte initial, cela prendra donc quelques jours", a-t-il déclaré lors d'une visite officielle en Inde, sans fournir d'informations sur les dernières frappes.

Donald Trump cherche une issue à cette guerre qui a gravement perturbé l'économie mondiale en raison du blocage du stratégique détroit d'Ormuz par Téhéran, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

Marco Rubio a soutenu mardi que le détroit rouvrirait "d'une manière ou d'une autre". Et d'ajouter: "ce qui se passe là-bas est illégal, c'est illégal, c'est insoutenable pour le monde entier".

Les cours du pétrole ont réagi de manière contrastée aux derniers développements, après être repassés sous la barre des 100 dollars lundi. Le WTI perdait 5,2% mardi matin en Asie, tandis que le baril de Brent prenait 1,8%.

Question nucléaire 

Les dernières heures avaient été marquées par une nouvelle accélération des échanges diplomatiques.

De hauts responsables iraniens, incluant le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, se sont rendus lundi à Doha. C'est la première visite de ce type depuis les frappes de représailles menées par Téhéran contre ses voisins du Golfe.

Donald Trump avait déjà tempéré les espoirs d'un accord imminent, disant ne pas vouloir "se précipiter".

Téhéran s'est également montré prudent. "Nous sommes parvenus à une conclusion sur une grande partie des questions", a commenté le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï. "Mais de là à dire que la signature d'un accord est imminente, personne ne peut l'affirmer."

En parallèle, une délégation du Pakistan incluant le médiateur principal dans le conflit et chef de l'armée Asim Munir ainsi que le Premier ministre Shehbaz Sharif se trouvait lundi en Chine, pays soutenant les efforts pakistanais pour résoudre la crise.

La réouverture du détroit d'Ormuz, verrouillé de facto par l'Iran depuis le début de la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël le 28 février, est un enjeu majeur du conflit.

Donald Trump a évoqué samedi un compromis "largement négocié" prévoyant sa réouverture, tandis que l'Iran insiste sur le fait que la question nucléaire ne fait pas partie "à ce stade" du protocole en discussion et qu'elle serait abordée lors de négociations séparées.

Lundi soir, le président Trump a aussi mentionné le dossier de l'uranium enrichi iranien, affirmant qu'il serait "soit immédiatement remis aux Etats-Unis (...) et détruit, soit, de préférence, en collaboration et en coordination avec la République islamique d'Iran, détruit sur place ou dans un autre lieu acceptable". On ignore s'il signifiait par là qu'il s'agissait d'un point de l'accord en discussion.

Violations au Liban 

Plus tôt lundi, il a aussi semblé faire monter les enjeux d'un éventuel accord de paix.

Dans un message sur les réseaux sociaux, il a énuméré les dirigeants de pays à majorité musulmane avec lesquels il a discuté dernièrement, affirmant "qu'après tout le travail effectué par les Etats-Unis (...) tous ces pays devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément les accords d'Abraham".

Signés en 2020, ces accords ont débouché sur une normalisation des relations des Emirats arabes unis et de Bahreïn, deux proches alliés de Washington, avec Israël. Nombre d'Etats ont jusqu'ici refusé de les imiter, en particulier l'Arabie saoudite ainsi que la Syrie et le Liban, a fortiori depuis le conflit qui a ravagé la bande de Gaza.

Sur le front libanais, un autre cessez-le-feu a été conclu depuis le 17 avril, mais Israël et le Hezbollah pro-iranien s'accusent mutuellement de le violer, poursuivant leurs attaques quotidiennes.

Benjamin Netanyahu a affirmé lundi qu'Israël allait "intensifier" son offensive pour "écraser" le Hezbollah, après des dizaines de frappes israéliennes qui ont fait trois morts, selon l'agence nationale d'information libanaise, Ani.

Le Hezbollah a revendiqué de son côté une série d'attaques contre trois casernes et un poste militaire dans le nord d'Israël.


Une vingtaine de blessés après qu'un homme a pulvérisé une substance dans un centre commercial de Tokyo

Une vingtaine de personnes ont été blessées dans un centre commercial de luxe du centre de Tokyo après qu'un homme y a pulvérisé une substance, ont indiqué lundi des responsables de la police et des pompiers. (AFP)
Une vingtaine de personnes ont été blessées dans un centre commercial de luxe du centre de Tokyo après qu'un homme y a pulvérisé une substance, ont indiqué lundi des responsables de la police et des pompiers. (AFP)
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  • A la mi-journée, quelques rues autour du bâtiment, situé dans le quartier commerçant de Ginza qui abrite de nombreuses marques de luxe, ont été bloquées après l'incident et des camions de pompiers et des ambulances se sont alignés le long de la rue
  • En revanche les passants, essentiellement des touristes, continuaient à déambuler, filmant et photographiant sur les trottoirs de l'autre côté de la rue, et certains sortaient même tranquillement par les autres accès du bâtiment

TOKYO: Une vingtaine de personnes ont été blessées dans un centre commercial de luxe du centre de Tokyo après qu'un homme y a pulvérisé une substance, ont indiqué lundi des responsables de la police et des pompiers.

Le porte-parole de la police de Tokyo, Yusuke Koide, a expliqué à l'AFP qu'un homme avait pulvérisé une substance près d'un distributeur automatique au rez-de-chaussée du bâtiment, tandis qu'un responsable local des pompiers a précisé qu'une "vingtaine de personnes ont été blessées" après un signalement faisant état d'une "odeur" dans ce quartier très touristique.

A la mi-journée, quelques rues autour du bâtiment, situé dans le quartier commerçant de Ginza qui abrite de nombreuses marques de luxe, ont été bloquées après l'incident et des camions de pompiers et des ambulances se sont alignés le long de la rue.

En revanche les passants, essentiellement des touristes, continuaient à déambuler, filmant et photographiant sur les trottoirs de l'autre côté de la rue, et certains sortaient même tranquillement par les autres accès du bâtiment.

"Pour le moment, 19 personnes ont été transportées à l'hôpital", a dit aux journalistes le responsable des pompiers, Ryosuke Kobayashi.

Un journaliste de l'AFP sur place a vu deux personnes sur des brancards être installées dans une ambulance, tandis que des pompiers et des responsables vêtus de combinaisons de protection chimique faisaient sortir des personnes du centre commercial pour les examiner dans des véhicules spécialisés.

"Ma gorge me grattait" 

"Quand je suis arrivée, l'agitation avait déjà commencé, et j'ai pensé qu'il y avait peut-être eu un petit incendie ou quelque chose comme ça. Une fois entrée dans le coin des distributeurs, ma gorge me grattait, presque engourdie", a témoigné auprès de la chaine de télévision NHK une femme de 70 ans qui se trouvait dans le centre commercial.

NHK a indiqué que les blessures semblaient légères.

Selon une source proche de l'enquête citée par NHK, la substance pulvérisée contiendrait de la capsaïcine, un composant actif du piment qui provoque une sensation de brûlure.

L'enquête de police a rapidement débuté, a déclaré un officier des pompiers présent sur les lieux, sans donner plus de détails.

La capitale japonaise reste marquée par l'attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo, perpétrée en mars 1995 par la secte Aum et qui avait fait 14 morts et plus de 5.800 blessés.

Le 20 mars 1995, vers 08H00 du matin, cinq disciples de la secte Aum ont quasi simultanément déposé des sacs en plastique remplis de ce gaz liquéfié, un virulent agent neurotoxique, dans des rames de métro de différentes lignes avant de les percer avec la pointe d'un parapluie et de s'enfuir.

La criminalité violente est relativement rare au Japon, qui affiche un faible taux d'homicides, et ses lois sur les armes à feu sont parmi les plus strictes au monde.

Cependant, des attaques au couteau et même des fusillades se produisent occasionnellement, comme lors de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Shinzo Abe en juillet 2022.

En décembre dernier, quatorze personnes ont été blessées lors d'une attaque au couteau dans une usine du centre du Japon, au cours de laquelle un liquide non spécifié avait également été pulvérisé.