Mutique sur la police, Darmanin prépare sa rentrée politique

Gérald Darmanin a pour l'heure soigneusement évité tout commentaire, son entourage minimise (Photo, AFP).
Gérald Darmanin a pour l'heure soigneusement évité tout commentaire, son entourage minimise (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 27 juillet 2023

Mutique sur la police, Darmanin prépare sa rentrée politique

  • Gérald Darmanin reste mutique sur les propos incendiaires du patron de la police, qui ont pourtant reçu l'aval de son cabinet
  • En attendant, déçu de ne pas avoir été promu à Matignon, l'ambitieux ministre prépare sa rentrée politique, avec des visées sur 2027

PARIS: Gérald Darmanin reste mutique sur les propos incendiaires du patron de la police, qui ont pourtant reçu l'aval de son cabinet. En attendant, déçu de ne pas avoir été promu à Matignon, l'ambitieux ministre prépare sa rentrée politique, avec des visées sur 2027.

"C'était l'éléphant dans la pièce". Dans l'avion emmenant Emmanuel Macron et son ministre de l'Intérieur vers la Nouvelle-Calédonie, l'entretien au Parisien du directeur général de la police nationale Frédéric Veaux a provoqué la gêne, raconte un membre de la délégation.

Car si le cabinet de Gérald Darmanin a bien validé cet entretien - dans lequel M. Veaux estime que les policiers ne devraient pas être placés en détention provisoire -, le chef de l'État et son ministre l'ont découvert en direct.

Ces propos ont pollué le début du déplacement de M. Macron, obligé de réagir lundi soir. "Nul en République n'est au-dessus des lois", a-t-il soufflé, renouvelant par ailleurs son soutien aux policiers, dont il a dit comprendre "l'émotion".

Alors que M. Darmanin a pour l'heure soigneusement évité tout commentaire, son entourage minimise. "Il n'y a pas de polémique", se borne-t-on à dire depuis 48 heures, invoquant la réserve liée au déplacement d'Emmanuel Macron dans le Pacifique.

Avec le ministre de l'Intérieur, "je vous confirme qu'on est tous sur la même ligne", a tenu à déminer mercredi soir sur BFM la Première ministre Elisabeth Borne.

Pourra-t-il observer longtemps son vœu de silence ? M. Darmanin a justement rendez-vous vendredi avec la cheffe du gouvernement, dont il a un temps brigué la place, comme il s'en est vanté auprès d'un parlementaire LR à qui il a assuré que le président "a hésité jusqu'à la dernière minute".

"C'est assez classique que certains visent le poste de Premier ministre", a minimisé Elisabeth Borne mercredi soir, interrogée sur les prétendants à Matignon, assurant sobrement que le ministre de l'Intérieur était "pleinement au travail".

«Darmanin va devoir compter sur les forces de l'ordre»

L'ambitieux locataire de Beauvau se trouve en tous cas pris en étau.

"Il est obligé de soutenir sa police mais en même temps il y a une ligne macronienne donc il ne peut pas s'opposer au Président", analyse Jean-Michel Schlosser, chercheur en sociologie et ancien officier de police judiciaire.

Connaissant "sa stratégie habituelle de communication très, très active", le politologue Bruno Cautrès voit trois hypothèses dans ce long silence : soit "lui-même n'est pas à l'aise avec cette déclaration" de Frédéric Veaux ; soit "il a été mis au courant, au moins formellement, mais sans répercuter à l'exécutif" ; soit encore "il applique une règle de la politique, c'est-à-dire que quand il y a un sujet hautement inflammable le silence est d'or", poursuit-il.

De fait, la fronde policière, dont l'ampleur reste difficile à évaluer faute de chiffres, couve notamment à Marseille, selon les syndicats, où un policier de la BAC a été incarcéré pour avoir roué de coups un jeune homme lors des émeutes urbaines.

"Il y a la Coupe du monde de rugby, les JO qui arrivent, Gérald Darmanin va devoir compter sur les forces de l'ordre qui apparaissent plus que jamais comme des remparts", rappelle Jean-Michel Schlosser.

Un député macroniste souligne en outre qu'en interne le ministre de l'Intérieur estime qu'"il vaut mieux que la police ne nous lâche pas, après les émeutes".

Et malgré sa déception pour Matignon, la place Beauvau l'intéresse dans ses ambitions personnelles. "La stratégie politique de Gérald Darmanin est corrélée à cette position de ministre de l'Intérieur, qui lui permet de réactiver le mythe sarkozyste", fait valoir Bruno Cautrès.

Il peut ainsi rester "sur ses deux créneaux, autorité et ordre, il sait que c'est ça que les gens veulent", abonde un cadre de la majorité.

Car l'ex-LR âgé de 40 ans et ministre depuis six ans continue de tracer sa route vers une possible candidature en 2027. Juste après le remaniement, il a annoncé sa rentrée politique le 27 août à Tourcoing lors d'un "après-midi de réflexion" consacré aux "attentes des classes populaires". Il "veut incarner la boussole sociale et populaire de la majorité", décrypte son entourage.

Mais le chemin est semé d'embûches pour M. Darmanin, confronté à des indicateurs de la délinquance en hausse en 2022. S'il a obtenu une victoire en début d'année avec l'adoption d'une loi de programmation consacrant la création de 8 500 postes, il reste empêtré dans les concertations avec la droite sur le projet de loi immigration.


A Paris, blessés et gardes à vues après des bagarres impliquant des supporters niçois

Les supporters du RC Lens font la fête sur le terrain après la victoire de leur équipe à l'issue de la demi-finale de la Coupe de France de football opposant le RC Lens au Toulouse FC au Stade Bollaert-Delelis à Lens, dans le nord de la France, le 21 avril 2026. (AFP)
Les supporters du RC Lens font la fête sur le terrain après la victoire de leur équipe à l'issue de la demi-finale de la Coupe de France de football opposant le RC Lens au Toulouse FC au Stade Bollaert-Delelis à Lens, dans le nord de la France, le 21 avril 2026. (AFP)
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  • Les forces de l'ordre sont intervenues et ont procédé à l'interpellation de 65 personnes qui ont été placées en garde à vue "notamment pour participation à un groupement en vue de commettre des violences", précise encore la PP
  • Des armes blanches et armes par destination ont été découvertes ainsi que des cagoules et gants coqués

PARIS: Soixante-cinq personnes ont été placées en garde à vue après des incidents jeudi soir à Paris, impliquant des supporters de l'OGC Nice, qui ont fait six blessés, dont un grièvement.

Une centaine de supporters de Nice, qui affronte Lens en finale de la Coupe de France de football vendredi à 21H00 au Stade de France, se sont réunis vers 23H30 dans le Xe arrondissement, dans l'est de la capitale, "cherchant manifestement à en découdre", selon la Préfecture de police à l'AFP.

Ces supporters niçois ont déambulé le long du Canal Saint-Martin et une importante rixe a éclaté quai de Valmy "pour un motif ignoré à ce stade". Six personnes ont été blessées, dont une grièvement.

Les forces de l'ordre sont intervenues et ont procédé à l'interpellation de 65 personnes qui ont été placées en garde à vue "notamment pour participation à un groupement en vue de commettre des violences", précise encore la PP.

Des armes blanches et armes par destination ont été découvertes ainsi que des cagoules et gants coqués.

Selon une autre source policière, un couteau à pain avec une lame de 20 cm et des traces de sang ont été également découverts au sol dans une rue du Xe arrondissement. Toujours selon cette source, certaines victimes n'auraient aucun lien avec le milieu du supporterisme, il s'agirait de simples badauds.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos amateurs montrent des personnes masquées s'en prenant à un bar du quartier, L'Atmosphère, jetant notamment des chaises contre la devanture.

"Tout ce qu'on n'aime pas" 

"Ce sont des groupes certainement marginaux car l'essentiel des supporters niçois doit arriver aujourd'hui à Paris", a assuré le président de la Fédération française de football Philippe Diallo sur France Info. "On est dans tout ce qu'on n'aime pas dans le football, c'est-à-dire de la violence, alors même qu'une finale de Coupe de France, c'est la fête...".

Le maire du XIe arrondissement, David Belliard, a dénoncé sur son compte X "un cortège de militants d'extrême droite en plein Paris, qui se battent et sont violents".

"Ces gens n'ont rien à faire là. Nous ne voulons ni d'eux, ni de leur idéologie raciste ici", a ajouté l'élu écologiste.

Classée à risque en raison de l'animosité entre les supporters de Nice et ceux du PSG, cette finale de Coupe de France fait l'objet d'un important dispositif, avec plus de 2.000 policiers prévus.

La préfecture de Seine-Saint-Denis a également décidé d'interdire la vente de boissons alcoolisées sur place et aux abords immédiats du Stade de France, ainsi que leur consommation sur la voie publique.

Le RC Lens, qui a terminé 2e du championnat derrière le Paris Saint-Germain, peut écrire l'une des plus belles pages de son histoire en remportant sa première Coupe de France.

De son côté, Nice tentera avant tout de reprendre confiance quelques jours avant des barrages décisifs pour son maintien en Ligue 1, contre Saint-Etienne.


Le Drian: Le Liban est «en situation de péril» 

Une photo diffusée par le service de presse de la présidence libanaise le 8 décembre 2025 montre le président libanais Joseph Aoun (à droite) en compagnie de l'envoyé français Jean-Yves Le Drian (à gauche) au palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth. (Photo : Handout / Présidence libanaise / AFP)
Une photo diffusée par le service de presse de la présidence libanaise le 8 décembre 2025 montre le président libanais Joseph Aoun (à droite) en compagnie de l'envoyé français Jean-Yves Le Drian (à gauche) au palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth. (Photo : Handout / Présidence libanaise / AFP)
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  • "Aujourd'hui, le Liban est en situation de péril sur son unité et sur son intégrité", a déclaré Jean-Yves Le Drian sur BFM TV/RMC, soulignant la division des "communautés libanaises à l'égard du Hezbollah et à l'égard d'Israël"
  • "Le Liban est menacé dans son intégrité parce qu'il y a une partie de son territoire qui est occupée par Israël et une autre partie qui est agitée et animée par le Hezbollah, qui sert les intérêts iraniens, donc d'une puissance étrangère", a-t-il rappelé

PARIS: Le Liban est "en situation de péril", a estimé jeudi l'envoyé spécial du président français pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, tout en saluant la poursuite des discussions qui offrent "une perspective" de sortie du conflit entre Israël et le Hezbollah pro-iranien.

"Aujourd'hui, le Liban est en situation de péril sur son unité et sur son intégrité", a déclaré Jean-Yves Le Drian sur BFM TV/RMC, soulignant la division des "communautés libanaises à l'égard du Hezbollah et à l'égard d'Israël".

"Le Liban est menacé dans son intégrité parce qu'il y a une partie de son territoire qui est occupée par Israël et une autre partie qui est agitée et animée par le Hezbollah, qui sert les intérêts iraniens, donc d'une puissance étrangère", a-t-il rappelé.

Il a néanmoins salué la poursuite de la trêve, y voyant "une perspective de 45 jours où on va continuer à discuter".

Et dans ce processus, les dirigeants libanais sont "de haute qualité" et "sont courageux", a-t-il souligné, en référence à la demande de négocier directement avec le gouvernement israélien pour faire sortir leur pays "de cet étau et d'aboutir à un processus qui redonnera à l'État libanais les moyens d'agir et d'exister".

Il a en outre jugé "positif" que les Etats-Unis s'impliquent dans le processus de négociation et ce, "même si Israël a refusé que la France fasse partie de cette discussion alors que les Libanais le demandaient".

Israël et le Hezbollah poursuivent leurs affrontements au Liban malgré la trêve.

L'armée israélienne a mené des frappes au-delà de la "ligne jaune" qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle les soldats israéliens poursuivent leurs opérations, disant protéger la population du nord d'Israël des tirs du mouvement pro-iranien.

 


L'ex-Premier ministre Edouard Philippe soupçonné de détournement de fonds publics

L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi. (AFP)
L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi. (AFP)
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  • Une lanceuse d'alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025
  • Sollicité par l'AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d'instruction et de lui désigner un périmètre d'enquête

PARIS: L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi.

Une lanceuse d'alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025 avec constitution de partie civile.

Sollicité par l'AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d'instruction et de lui désigner un périmètre d'enquête.

La lanceuse d'alerte, "Judith" (prénom modifié), "se félicite de l'ouverture d'une information judiciaire sur les faits qu'elle dénonce et attend avec impatience d'être entendue par le juge d'instruction", a réagi auprès de l'AFP son avocat Jérôme Karsenti.

Les faits sont contestés depuis le début par M. Philippe, qui a été le premier chef de gouvernement d'Emmanuel Macron (2017-2020).

La maire du Havre "prend acte de l'ouverture d'une information judiciaire. Il l'apprend par la presse. Et il répondra bien évidemment à toutes les questions que posera la justice", a réagi auprès de l'AFP son entourage.

Etaient également visées par la plainte Stéphanie de Bazelaire, adjointe chargée de l'innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine havraise.

La plainte consultée par l'AFP estimait que le juge d'instruction devait "apprécier si un pacte a été conclu entre M. Edouard Philippe et Mme de Bazelaire, caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique", un tiers-lieu d'innovation.

Les soupçons portent sur une convention d'objectifs pluriannuelle pour l'animation de la Cité numérique du Havre, signée en juillet 2020 notamment par Edouard Philippe, président de la communauté urbaine, et Stéphanie de Bazelaire, en tant cette fois que présidente bénévole de l'association LH French Tech.

LH French Tech, créée en juillet 2020, a été désignée pour cette mission après un appel à manifestation d'intérêt lancé par la communauté urbaine en mars 2020 et dans le cadre d'un service d'intérêt économique général (SIEG).

L'association, seule candidate, devait toucher 2,154 millions d'euros de compensation de service public pour mener des projets.

Le conflit d'intérêts "semble absolument évident", a considéré à l'époque la lanceuse d'alerte, directrice générale adjointe à la communauté urbaine de septembre 2020 à avril 2023 et qui avait obtenu le statut de lanceuse d'alerte en janvier 2025.