Les Soudanaises sont en danger alors que le conflit et la migration forcée font des ravages

Le risque de violence sexiste est particulièrement élevé lorsque les femmes et les filles se déplacent à la recherche d’endroits plus sûrs. (Reuters)
Le risque de violence sexiste est particulièrement élevé lorsque les femmes et les filles se déplacent à la recherche d’endroits plus sûrs. (Reuters)
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Publié le Mardi 08 août 2023

Les Soudanaises sont en danger alors que le conflit et la migration forcée font des ravages

  • Un nouveau rapport publié jeudi par Amnesty International détaille de multiples cas de violences sexuelles contre des femmes et des filles
  • Les militants au Soudan appellent les donateurs à fournir davantage d’équipements médicaux, de trousses d’hygiène et de kits de prophylaxie postexposition pour prévenir la transmission du VIH

DJOUBA (Soudan du Sud): Alors que le conflit au Soudan entre les forces armées soudanaises et les Forces paramilitaires de soutien rapide persiste, on assiste à une crise de violence sexiste. Les femmes et les jeunes filles sont exposées au risque de viol, de traite d’êtres humains et de mariage précoce.

Avant même que les combats n’éclatent, le 15 avril, plus de 3 millions de femmes et de filles étaient déjà sujettes à la violence sexiste. Selon l’ONU, ce nombre est désormais passé à 4,2 millions, ce qui montre les répercussions dévastatrices du conflit sur les civils.

Une survivante de 37 ans, qui a accordé un entretien à Arab News sous couvert d’anonymat, confie qu’elle avait dû fuir vers le nord du Darfour après que son village a été attaqué par des combattants des Forces de soutien rapide, au mois de juin. Elle affirme que son mari ainsi que plusieurs amis et parents ont été tués.

Dans son témoignage poignant, elle explique qu’elle a été arrêtée en compagnie d’autres personnes par les assaillants avant que les hommes ne soient séparés et roués de coups. «J’ai pris la fuite après avoir été agressée sexuellement par l’un des combattants, laissant mes enfants derrière moi», raconte-t-elle à Arab News.

«En tant que personne déplacée, ma vie est devenue une lutte constante pour la survie. La dure réalité d’être déracinée de chez moi et séparée de mes proches et le fait de vivre dans l’incertitude pèsent lourd sur mes épaules. Chaque jour, je me bats pour que nous trouvions, d’autres personnes déplacées et moi, de la nourriture, de l’eau potable et un abri.»

«La peur d’être une nouvelle fois victime d’abus sexuels ne me quitte jamais. C’est une inquiétude constante qui me rend anxieuse et méfiante envers les étrangers. J’essaie de rester en sécurité, mais les souvenirs continuent de me hanter et il est difficile de faire confiance à qui que ce soit.»

Une autre femme d’El-Geneina, dans l’ouest du Darfour, qui a également préféré garder l’anonymat, dit avoir été témoin du meurtre, de la torture et du viol de civils innocents lorsque des combattants ont attaqué sa communauté, au mois de mai.

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Des combattants des Forces de soutien rapide montent à bord d’une camionnette militarisée dans le district du Nil oriental du Grand Khartoum. (AFP)

«En tant que mère de six enfants, je ne peux être témoin de ces atrocités inimaginables sans demander justice pour toutes ces vies innocentes perdues», explique-t-elle à Arab News.

«Nous avons peut-être perdu des êtres chers, des maisons et notre sentiment de sécurité, mais notre détermination à demander justice est infaillible. Je ne parle pas seulement pour moi, mais pour chaque âme innocente qui a été victime de la brutalité.»

Elle espère que son témoignage servira de catalyseur pour que justice soit rendue et que les auteurs des crimes de guerre soient tenus responsables.

Un nouveau rapport publié jeudi par Amnesty International détaille de multiples cas de violences sexuelles contre des femmes et des filles, des attaques ciblées contre des infrastructures comme les hôpitaux et les églises ainsi que des pillages à grande échelle.

Plusieurs violations documentées dans le rapport représentent des crimes de guerre.

«Des dizaines de femmes et de filles, dont certaines étaient âgées de 12 ans à peine, ont été violées et soumises à d’autres formes de violence sexuelle par des membres des parties belligérantes. Aucun endroit n’est sûr», alerte Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, dans un communiqué.

«Les Forces de soutien rapide et les forces armées soudanaises, ainsi que les groupes armés qui leur sont affiliés, doivent mettre fin à leurs attaques contre les civils et garantir un passage sûr à ceux qui recherchent la sécurité. Des mesures urgentes doivent être prises pour garantir la justice et dédommager les victimes.»

Le bureau des droits de l’homme des Nations unies au Soudan affirme avoir reçu des informations crédibles sur 21 incidents de violences sexuelles liées au conflit qui touchent au moins 57 personnes, dont 10 filles. Au cours d’une même agression, jusqu’à 20 femmes auraient été violées.

L’unité de lutte contre la violence à l’égard des femmes du gouvernement soudanais a documenté au moins 42 cas présumés dans la capitale, Khartoum, et 46 dans la région du Darfour.

Cependant, il est généralement établi que le nombre réel de cas est probablement beaucoup plus élevé: la honte, la peur de la stigmatisation et des représailles empêchent souvent les victimes de dénoncer les actes qu’elles ont subis.

En outre, le manque d’électricité, de connectivité et d’accès humanitaire en raison de la situation sécuritaire rend la documentation et la recherche de soutien pour les victimes exceptionnellement difficiles, voire impossibles.

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Le risque de violence sexiste est particulièrement élevé lorsque les femmes et les filles se déplacent à la recherche d’endroits plus sûrs alors qu’elles souffrent de graves privations financières. (AFP)

Les attaques contre les établissements de santé ont encore aggravé la situation, ce qui a empêché les victimes d’accéder aux soins de santé d’urgence.

Les prestataires de soins, les travailleurs sociaux, les conseillers et les réseaux de protection communautaires au Soudan ont tous signalé une forte augmentation des cas de violence sexiste dans le contexte du conflit.

Des femmes qui étaient réfugiées au Soudan avant même le dernier conflit ont signalé des violences lorsqu’elles ont fui vers de nouvelles régions.

Les organismes d’aide affirment qu’une assistance urgente est nécessaire sur les sites d’accueil des personnes déplacées dans les régions du Soudan touchées par le conflit et les pays voisins.

 

En bref

La violence sexiste fait référence à toutes les formes de violence contre une femme ou un homme en raison de son sexe.

Des dizaines de femmes et de filles, dont certaines étaient âgées de 12 ans à peine, ont été violées et soumises à d’autres formes de violence sexuelle par des membres des parties belligérantes.

Dans la plupart des cas documentés par Amnesty International, les victimes ont déclaré que les auteurs des agressions étaient des membres des Forces de soutien rapide ou des milices alliées.

Le viol, l’esclavage sexuel et les autres cas de violence sexuelle commis dans le cadre d’un conflit armé sont des crimes de guerre.

 

Avant le dernier conflit, le Soudan était déjà aux prises avec un problème de violence sexuelle de longue date qui s'étendait au-delà des frontières de la région perturbée du Darfour.

Cependant, les combats ont exacerbé la situation et ils ont plongé les victimes dans un désespoir particulièrement profond au milieu de l’anarchie qui prévaut.

Dans un témoignage récent, cinq femmes appartenant à Beja et Al-Bani Amer, deux tribus qui ont été attaquées par des combattants des Forces de soutien rapide dans la ville orientale de Port-Soudan en 2020 continuent de vivre dans la peur en raison de l’absence de responsabilité.

Elles ont enduré un «traumatisme indescriptible», selon un journaliste local qui s’est entretenu avec elles. L’une des femmes a même été forcée de subir un avortement à la suite de cette effroyable attaque.

La peur de la stigmatisation sociale occupe une place importante. Les victimes redoutent la réaction de leurs proches.

L’absence de justice et de responsabilité au fil des générations ne fait qu’aggraver la situation des victimes, leur laissant peu d’espoir pour se reconstruire.

Fournir un soutien psychologique dans ces circonstances difficiles au Soudan met en lumière «l’urgence de résoudre cette crise humanitaire», déclare Selma Kamel Osman, psychologue clinicienne originaire de Khartoum, dans un entretien accordé à Arab News.

Compte tenu de l’absence de justice et de la violence généralisée, «il est difficile d’aider les victimes à faire face à leur traumatisme et d’obtenir les soins médicaux nécessaires», poursuit-elle.

Conseillère médicale depuis le début du conflit, la psychologue aide les gens à lutter contre l’anxiété.

Avec l’apparition des cas d’agression sexuelle, elle commence à fournir des conseils sur les  réseaux sociaux, qui s’avèrent un moyen plus sûr pour discuter de sujets sensibles à la lumière de la stigmatisation dominante.

Elle encourage les femmes à s’exprimer et à demander de l’aide, tout en offrant une assistance aux survivantes d’agressions sexuelles.

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Avec la situation politique instable au Soudan, la communauté internationale dispose d’outils limités pour intervenir sur le terrain. (AFP)

Malgré les difficultés, la psychologue a fourni un soutien à huit survivantes de violences sexuelles qui ont été attaquées dans des maisons pillées à Khartoum.

«Un cas, cependant, s’est produit dans la rue», rapporte-t-elle, soulignant que la violence sexuelle n’est spécifique à aucune tribu ni à aucune ethnie et qu’elle touche les femmes soudanaises de tous les âges et de tous les horizons.

Pour les victimes de violences sexuelles, l’accès rapide aux services de santé peut sauver la vie. Les militants au Soudan appellent les donateurs à fournir davantage d’équipements médicaux, de trousses d’hygiène et de kits de prophylaxie postexposition pour prévenir la transmission du VIH.

Il est essentiel de veiller à ce que ces articles parviennent aux cliniques locales, aux organisations communautaires et aux intervenants de première ligne lorsque les victimes ne peuvent accéder aux établissements de santé.

«Les ressources sont très limitées et toutes les victimes n’ont pu bénéficier du dépistage du VIH ni de tests de grossesse», déclare la psychologue Osman à Arab News.

«Toutefois, The Emergency Room, une plate-forme en ligne, fournit des conseils médicaux et des protocoles pour traiter les infections sexuellement transmissibles ou les grossesses potentielles», ajoute-t-elle.

Avec la situation politique instable au Soudan, la communauté internationale dispose d’outils limités pour intervenir sur le terrain. En effet, les parties belligérantes ont exigé la non-intervention dans leurs affaires intérieures.

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Un nouveau rapport publié jeudi par Amnesty International détaille plusieurs cas de violences sexuelles contre des femmes et des filles. (AFP)

Cependant, le 1er août, dans une tentative urgente de faire face à l’exacerbation de la crise de violences sexuelles au Soudan, Pramila Patten, la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU sur la violence sexuelle dans les conflits, a tenu une réunion avec le général Abdelrahim Dagalo, commandant adjoint des Forces de soutien rapide.

La réunion s’inscrit dans le cadre du mandat du Conseil de sécurité de l’ONU de dialoguer avec toutes les parties impliquées dans un conflit armé.

La représentante a évoqué l’augmentation inquiétante de la violence sexuelle à Khartoum et au Darfour, soulevant des questions prioritaires comme les attaques ciblées contre les installations et le personnel de santé, l’enlèvement de femmes et de filles et les marchés d’esclaves au Darfour.

Elle soutient que les forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide figurent sur la liste des parties soupçonnées d’être responsables de viols ou de violences sexuelles depuis 2017. Elle appelle à ce que les chaînes de commandement observent une tolérance zéro pour les violences sexuelles dans le cadre de la discipline militaire.

La psychologue Osman déclare à Arab News: «La situation appelle à une intervention et une responsabilité internationales plus larges afin de mettre fin aux atrocités en cours et de garantir la justice pour les victimes.»

«Tenir les auteurs responsables et faire entendre la voix des victimes peut ouvrir la voie à un Soudan libéré de la peur et des traumatismes.»


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les Emirats arabes unis disent avoir fait face à un drone venant d'Iran

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  • Les Emirats arabes unis ont affirmé lundi avoir "réagi" à un drone provenant d'Iran détecté au-dessus de leurs eaux territoriales
  • Les forces aériennes émiraties "ont réagi à un drone détecté au-dessus des eaux territoriales du pays, venant d'Iran", a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué sur X

DUBAI: Les Emirats arabes unis ont affirmé lundi avoir "réagi" à un drone provenant d'Iran détecté au-dessus de leurs eaux territoriales, après que Téhéran a dit avoir attaqué une base américaine dans le pays du Golfe.

Les forces aériennes émiraties "ont réagi à un drone détecté au-dessus des eaux territoriales du pays, venant d'Iran", a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué sur X.

 


Premier échange de frappes entre les Etats-Unis et l'Iran en un mois

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  • Alors que le conflit vient de passer le cap des six mois, ces attaques tranchent avec les déclarations récentes de l'administration de Donald Trump qui a affirmé privilégier la pression économique sur la République islamique
  • "Les forces américaines ont frappé deux lanceurs iraniens sur l'île de Larak", située dans le stratégique détroit d'Ormuz, a déclaré le porte-parole du Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), Tim Hawkins

TEHERAN: L'Iran a affirmé lundi avoir attaqué des cibles militaires américaines en Jordanie et aux Emirats arabes unis en réponse à des bombardements menés par les Etats-Unis, un premier échange de frappes depuis un mois qui fragilise plusieurs semaines d'accalmie dans la guerre au Moyen-Orient.

Alors que le conflit vient de passer le cap des six mois, ces attaques tranchent avec les déclarations récentes de l'administration de Donald Trump qui a affirmé privilégier la pression économique sur la République islamique.

"Les forces américaines ont frappé deux lanceurs iraniens sur l'île de Larak", située dans le stratégique détroit d'Ormuz, a déclaré le porte-parole du Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), Tim Hawkins, dans un communiqué transmis à l'AFP.

Ces attaques ont été lancées après que des "forces des Gardiens de la Révolution islamique ont été observées en train de se préparer à lancer des roquettes chargées de mines marines dans le détroit d'Ormuz", a-t-il indiqué.

L'attaque a fait deux morts et deux blessés, selon l'agence iranienne de presse Tasnim.

En représailles, les Gardiens de la Révolution ont affirmé avoir attaqué, avec des missiles balistiques et des drones, des installations de l'armée américaine sur deux bases aériennes en Jordanie.

Ils ont ensuite indiqué avoir ciblé une base aux Emirats arabes unis où les Etats-Unis disposeraient de troupes et d'hélicoptères. Ils ont ajouté avoir abattu un drone américain MQ-9 Reaper, qui peut être utilisé pour la surveillance comme pour l'attaque, dans le détroit d'Ormuz.

L'armée jordanienne a précisé avoir abattu huit missiles ayant pénétré son espace aérien, sans en préciser l'origine. L'armée américaine n'a pas commenté ces attaques.

Pétrole en hausse 

Les hostilités avaient perdu en intensité ce dernier mois, même si des échanges de tirs sporadiques s'étaient poursuivis dans la région, surtout dans et autour du détroit d'Ormuz.

Ce stratégique passage maritime par lequel transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures mondiaux est au coeur du conflit entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran verrouillant son passage.

En réponse, les Etats-Unis conduisent un blocus des ports iraniens et se disent être prêts "à protéger la libre circulation des échanges commerciaux sur cette voie navigable essentielle", le Centcom affirmant dimanche avoir "achevé le déminage des voies de navigation internationales".

Après l'annonce des nouvelles frappes américaines, les cours de l'or noir sont repartis en hausse lundi, le baril de Brent, référence internationale, dépassant le seuil symbolique des 90 dollars.

La guerre a été déclenchée le 28 février par des frappes conjointes des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran, qui a riposté en visant notamment les pays du Golfe alliés de Washington. Elle a ébralé l'économie mondiale.

En avril, un cessez-le-feu avait mis fin à près de 40 jours de bombardements intenses, et un protocole d'accord visant à mettre fin au conflit a été conclu en juin.

Mais celui-ci a volé en éclats en juillet après une reprise des hostilités, et les négociations sont depuis dans l'impasse.

"Agression" 

"Nous ne cherchons pas la guerre", a assuré le président iranien Massoud Pezeshkian. "Cependant, face à toute agression, nous ne resterons jamais les bras croisés", a-t-il ajouté, cité par les médias d'Etat iraniens avant de s'envoler pour le Kirghizstan.

Il doit y participer à un sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), où sont attendus également les président chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine, ainsi que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif dont le pays joue le rôle de médiateur dans la guerre au Moyen-Orient.

Face à un conflit impopulaire aux Etats-Unis, et à l'approche des élections de mi-mandat, l'administration Trump privilégie désormais la "guerre économique" contre l'Iran, déjà sous le coup de sanctions internationales depuis des décennies.

Le ministre américain des Finances, Scott Bessent, a présenté lundi dernier un nouveau train de sanctions dites "secondaires", touchant non pas l'Iran directement mais ses partenaires commerciaux, sur l'or, la technologie, les actifs numériques, l'aviation et le transport maritime.

M. Bessent dirigera lundi et mardi aux Etats-Unis une réunion de ses homologues des pays du G20, dont fait partie la Chine, partenaire économique majeur de Téhéran.

Pékin a déjà assuré vouloir défendre "fermement" ses intérêts et sa coopération avec l'Iran.


« Les calculs à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien

« Les calculs politiques à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien. (Photo ONU)
« Les calculs politiques à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien. (Photo ONU)
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  • Ibrahim Olabi déclare au Conseil de sécurité de l’ONU qu’Israël a frappé la base aérienne d’Abu Al-Duhur à huit reprises et que les incursions et les « actes d’agression » se poursuivent, notamment les enlèvements, les bombardements et d’autres violations
  • La Syrie se trouve « à un moment charnière » alors que des millions de personnes déplacées rentrent enfin chez elles, a déclaré le coordinateur adjoint des secours d’urgence de l’ONU, mais « ce retour ne signifie pas la fin des besoins humanitaires »

NEW YORK : Les frappes militaires et les incursions israéliennes poussent la région vers la catastrophe, a déclaré jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU le représentant permanent de la Syrie auprès de l’ONU, Ibrahim Olabi. 

« La région tout entière se trouve au seuil d’une guerre régionale qui n’épargnerait personne », a-t-il déclaré, en raison des « calculs électoraux étroits du Premier ministre israélien ». 

Ses remarques interviennent alors que de hauts responsables de l’ONU ont informé le Conseil de la situation humanitaire en Syrie et de l’avancement de la transition politique post-Assad. 

Israël a mené huit frappes aériennes contre la base aérienne d’Abu Al-Duhur, a poursuivi ses incursions sur le territoire syrien et a persisté dans des « actes d’agression, notamment des enlèvements, des bombardements et des violations » qui « ne cessent pas », a déclaré M. Olabi. 

Il a critiqué « l’attitude irresponsable » du ministre israélien de la Défense, Israel Katz, qui s’est rendu cette semaine auprès des troupes israéliennes du côté syrien du mont Hermon et a déclaré qu’elles y resteraient indéfiniment, qualifiant cela de « défi flagrant à la légitimité internationale et aux résolutions de ce Conseil ». 

Il a indiqué que la Syrie s’engageait sérieusement dans les efforts diplomatiques menés sous l’égide des États-Unis visant à désamorcer l’escalade, mais a averti que « tous les efforts internationaux et régionaux déployés depuis des mois pour assurer la sécurité et la stabilité dans la région risquent désormais d’être réduits à néant par les illusions qui n’existent que dans l’imagination d’un gouvernement imprudent et extrémiste ». 

Les attaques israéliennes « ne nous feront pas changer de cap », a ajouté M. Olabi, ni « le choix de la Syrie en faveur de la stabilité », qui, selon lui, ne peut être réalisé que si Israël met fin à ses attaques, cesse ses incursions, se conforme pleinement à l’accord de désengagement de 1974 et se retire des territoires qu’il occupe depuis le 8 décembre 2024. 

Abordant la question du Golan occupé, M. Olabi a cité la résolution 497 du Conseil de sécurité, adoptée en 1981, et en a rappelé la conclusion selon laquelle la « décision d’Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le Golan syrien occupé » était « nulle et non avenue, et sans effet juridique international ». 

Il a noté qu’une résolution de l’Assemblée générale adoptée ce mois-ci, réaffirmant ce principe, avait recueilli le soutien de 123 États, contre 97 auparavant. 

M. Olabi a exposé sa vision de ce qu’il a qualifié de tournant pour la Syrie. Il a notamment mis en avant trois événements marquants survenus ce mois-ci. Premièrement, la visite du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à Damas, qui, selon lui, a mis fin à « une ère de tensions entre les Nations unies et la Syrie » au profit d’« une nouvelle phase […] placée sous le signe du partenariat ». 

Deuxièmement, la visite du Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, qui a marqué ce qu’il a qualifié de fin de « l’ère des déplacements et des réfugiés » et le début d’une ère de « retour », plus de 3 millions de Syriens étant déjà rentrés chez eux. 

Et troisièmement, la visite de Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui, selon lui, a ouvert «une nouvelle phase de coopération plus large» après «l’ère de l’ambiguïté». 

M. Olabi s’est également félicité de la décision prise cette semaine par les États-Unis de retirer la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme après 47 ans, et a remercié le président Donald Trump. 

Il a évoqué le réchauffement des relations avec la Russie, la Chine et le Pakistan, et a souligné que l’intégration et la dissolution complètes des Forces démocratiques syriennes au sein de l’Armée arabe syrienne constituaient la preuve d’« un véritable processus d’intégration nationale […] fondé sur l’égalité entre les citoyens et non sur des quotas sectaires ». 

Il a cité une série de signes de reprise économique en Syrie : la reprise des vols internationaux vers l’Allemagne ; de nouveaux systèmes de paiement électronique ; les préparatifs en vue de sortir de la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI), qui recense les pays présentant des faiblesses reconnues dans leurs efforts de lutte contre le blanchiment d’argent et d’autres crimes financiers ; et la réouverture du salon commercial de la Foire internationale de Damas. 

Pour les Syriens, « le rétablissement d’un vol direct ou l’ouverture d’un compte bancaire… ce ne sont pas des détails mineurs ; ce sont au contraire des signes du retour à la vie elle-même », a déclaré M. Olabi. 

Il a également noté que les tribunaux avaient rendu des jugements à l’encontre de l’ancien président syrien, Bachar al-Assad, de son frère Maher et d’autres membres de l’ancien régime pour des crimes commis contre des citoyens syriens, et a remercié le Liban d’avoir extradé un ancien officier recherché. 

Moment charnière

Lors d’un point d’information au Conseil sur la situation humanitaire en Syrie, Indrika Ratwatte, secrétaire général adjoint par intérim et coordinateur adjoint des secours d’urgence, a déclaré que le pays se trouvait « à un moment charnière », avec près de 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et plus de 1,7 million de réfugiés ayant regagné leur foyer depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024. 

Il a toutefois averti que « le retour ne signifie pas la fin des besoins humanitaires », soulignant que plus de 5,5 millions de personnes restent déplacées à l’intérieur du pays, dont 833 000 vivent dans plus de 1 200 camps. 

Il a indiqué que les engins explosifs avaient fait plus de 2 400 victimes, dont 865 morts, depuis décembre 2024, et que l’appel humanitaire international en faveur de la Syrie n’était financé qu’à hauteur de 30 %. 

« C’est précisément le moment où les investissements peuvent transformer des progrès fragiles en une reprise durable », a déclaré M. Ratwatte, appelant à un financement soutenu, à un soutien aux rapatriés et à des efforts pour « empêcher la Syrie d’être entraînée dans un conflit régional ». 

S’exprimant depuis Damas, le représentant spécial adjoint pour la Syrie, Claudio Cordone, s’est félicité de la décision américaine de lever la désignation de la Syrie comme «État soutenant le terrorisme », et a cité une projection du Fonds monétaire international prévoyant «une croissance à deux chiffres en 2026» pour le pays. 

Il a toutefois averti que « la pauvreté généralisée et la recrudescence de l’inflation signifient que les conditions restent très difficiles pour la plupart des Syriens ». 

M. Cordone a également fait part de ses inquiétudes concernant la poursuite des opérations militaires israéliennes dans le sud de la Syrie, « notamment les incursions terrestres répétées, les perquisitions domiciliaires et la destruction de biens privés et agricoles », et a déclaré que la présence d’Israël à l’est de la ligne de cessez-le-feu « violait la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie ». 

Il a condamné la frappe israélienne du 18 août contre la base aérienne d’Abu Al-Duhur, dans le gouvernorat d’Idlib, et s’est félicité des « récents contacts directs entre Israël et la Syrie et des pourparlers en Jordanie », ainsi que des efforts de médiation américains. Il a également soulevé un certain nombre de préoccupations d’ordre national, notamment des informations faisant état de décès en détention et de disparitions, et a exhorté les autorités syriennes à instaurer « un moratoire sur toutes les exécutions ».