Pourquoi le conflit au Soudan résiste à la diplomatie et à la désescalade

Des nuages de fumée s’élèvent d’un incendie dans le sud de Khartoum, dans le contexte des violences qui ont commencé le 15 avril entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide. (AFP)
Des nuages de fumée s’élèvent d’un incendie dans le sud de Khartoum, dans le contexte des violences qui ont commencé le 15 avril entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide. (AFP)
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Publié le Mardi 15 août 2023

Pourquoi le conflit au Soudan résiste à la diplomatie et à la désescalade

  • Les belligérants ont violé à plusieurs reprises une série de cessez-le-feu fragiles, ce qui a entraîné la suspension des pourparlers
  • Nombreux sont ceux qui considèrent un accord de partage du pouvoir comme la seule incitation à la désescalade à court ou à long terme

NAIROBI (Kenya): Le conflit au Soudan, qui dure depuis près de quatre mois, continue de s'intensifier. Peu de signes laissent présager un retour des factions rivales à la table des négociations.

Plus de 4 millions de personnes ont fui leur foyer jusqu’à présent: 3,2 millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays et près de 900 000 personnes qui ont traversé la frontière vers le Tchad, l'Égypte, le Soudan du Sud et d'autres pays.

Malgré les combats incessants, aucune des deux parties ne serait sur le point de remporter la victoire ou d’effectuer d’importantes avancées sur le champ de bataille. Néanmoins, nombreux sont ceux qui considèrent un accord de partage du pouvoir comme le seul moyen de parvenir à la désescalade à court ou à long terme.

Malik Agar, vice-président du Conseil souverain du Soudan, a récemment établi une feuille de route proposée par le gouvernement pour mettre fin au conflit en commençant par la séparation des parties belligérantes et en aboutissant à un processus politique global.

La proposition d'Agar, présentée le 6 août, accordait la priorité à l'acheminement de l'aide humanitaire et à la protection des civils, avec un changement d'orientation ultérieur vers un processus politique intégratif qui comprend des accords de partage du pouvoir.

Cependant, les analystes restent prudents face à de telles initiatives de paix. Ils mettent en avant plusieurs facteurs qui empêchent l'armée et ses ennemis paramilitaires de s'engager dans un règlement durable, prolongeant ainsi le conflit.

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Cette capture d'une séquence vidéo de l'UGC publiée sur les réseaux sociaux le 8 août montre un membre des Forces armées soudanaises (SAF) en train de tirer d’une tourelle de mitrailleuse automatique montée à l'arrière d'un camion vers des positions tenues par les Forces de soutien rapide (FSR) dans le centre d'Omdourman. (Image AFP/UGC)

«Il y a eu de rares cas de cessez-le-feu d’une certaine longévité. Les autres ont souvent été violés en quelques heures à peine, surtout au cours des premières phases du conflit», explique Abiol Lual Deng, une politologue sud-soudanaise et américaine, à Arab News.

«Cela révèle une situation dans laquelle les deux parties semblent peu disposées à accepter la victoire de la faction adverse.»

Les analystes estiment plutôt que des efforts sont nécessaires pour s'attaquer aux causes profondes du conflit si une résolution durable doit être trouvée, notamment des mesures pour réduire la militarisation et le tribalisme, tout en ranimant l'intérêt déclinant de la communauté internationale.

La lutte pour le pouvoir entre les Forces armées soudanaises, dirigées par Abdel Fattah Al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (FSR), commandées par Mohamed Hamdan «Hemeti» Dagalo, est entrée dans sa phase de violence le 15 avril.

Le conflit a fait des milliers de victimes, des millions de personnes déplacées et il a provoqué une urgence humanitaire majeure.

Les combats ont provoqué la mort d’au moins 3 900 personnes dans l’ensemble du pays, selon une estimation prudente de l’Armed Conflict Location and Event Data Project (Acled), tandis que plus de 4 millions de personnes étaient déplacées, selon l'Agence des nations unies pour les réfugiés (HCR).

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Des propriétaires de charrettes tchadiens transportant les effets personnels de Soudanais qui ont fui le conflit dans la région soudanaise du Darfour traversent la frontière entre le Soudan et le Tchad à Adré, au Tchad, le 4 août 2023. (Reuters)

L'ONU affirme que plus de 6 millions de personnes sont «au bord de la famine», alors que les groupes d'aide s'efforcent de fournir une assistance vitale malgré des obstacles bureaucratiques, des problèmes sécuritaires et des attaques ciblées.

En dépit des efforts de la communauté internationale pour engager des pourparlers et trouver une solution, le conflit continue, les deux parties ayant violé à plusieurs reprises une série de cessez-le-feu fragiles qui a entraîné la suspension des pourparlers de paix.

Les SAF ont retiré leur délégation de négociation du processus de Djeddah en juillet en raison du refus des RSF de redéployer leurs forces en dehors de Khartoum.

Les diplomates et les agences d'aide sont préoccupés par les conséquences d'un conflit prolongé d'un point de vue humanitaire, mais aussi en ce qui concerne la question d’une sécurité régionale plus étendue.

En effet, la violence menace de pousser le pays dans une guerre civile totale, qui pourrait entraîner les États voisins dans le conflit et laisser les frontières aux mains des groupes extrémistes.

Ces dernières semaines, les SAF ont intensifié leur mobilisation en créant des camps d'entraînement dans l'État du nord du Nil et dans la ville de Kassala. Elles ont donné une formation de base aux volontaires, dont certains seraient mineurs.

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Une capture d'image tirée d'une vidéo publiée sur la page Twitter des Forces de soutien rapide (RSF) soudanaises le 28 juillet montre son commandant, Mohamed Hamdan Dagalo, en train de s’adresser aux combattants des RSF, dans un lieu non divulgué. (AFP)

Les préoccupations sont rendues plus vives par le fait que le recrutement semble suivre des lignes tribales, ce qui pourrait aggraver les tensions intercommunautaires. De tels développements pourraient également avoir pour conséquence de prolonger le conflit.

Le Soudan subissait depuis longtemps un processus de militarisation, avant même la dernière recrudescence de la violence. La SAF et la RSF étaient déjà devenues les plus gros employeurs du pays, allant même jusqu’à dépasser le ministère de l'Éducation.

Au Soudan, pour de nombreuses personnes, les FAS, malgré un grand nombre d’allégations d'atrocités, restent associées au statut étatique, tandis que les RSF sont considérées comme une milice mercenaire qui est passée d'une unité paramilitaire régionale à une force capable de défier l'armée nationale.

Quelques chiffres

  • 3 900 personnes tuées, selon une estimation prudente. (Acled)
  • 4 millions de personnes déplacées. (HCR)
  • 80% des hôpitaux du Soudan désormais hors de fonctionnement. (OMS)
  • 6 millions de personnes «au bord de la famine». (ONU)

«Les RSF, qui n’ont aucun soutien de la part de la population dans la capitale, poursuivent sans relâche une campagne de violence pour déplacer des personnes en qui elles n'ont aucune confiance», affirme à Arab News Osama Ahmed Odorous Ahmed, professeur agrégé d'études stratégiques et de sécurité.

«Elles cherchent maintenant à prendre le contrôle de lieux stratégiques en commettant des crimes graves, notamment des pillages, des viols et des attaques sans merci contre des civils innocents.»

Le manque de soutien aux RSF parmi les habitants de Khartoum pourrait cependant devenir leur talon d'Achille et les obliger à rechercher finalement un compromis avec les SAF.

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L'histoire du Soudan est celle de la résistance et de la persévérance et son peuple mérite une chance de paix et de stabilité, affirme Abiol Lual Deng, une politologue sud-soudanaise et américaine. (Photo fournie)

Marco Arnaboldi, professionnel de la sécurité et spécialiste de l'islamisme militant, affirme que les RSF sont «bien conscientes de faire face à l'opposition d'une population insoumise, ce qui finalement entrave leur capacité à consolider le pouvoir»; de fait, elles s'entendront avec les SAF à un moment donné.

Il ajoute que l'approche stratégique des RSF est de renforcer leur position militaire avant de se lancer dans toute négociation, ce qui fait d'une stagnation prolongée le scénario le plus probable.

«Les RSF sont résolues à renforcer leur position grâce à des progrès militaires continus, reconnaissant les difficultés sur le terrain. Leur objectif n'est pas le contrôle total du pays, encore moins une gouvernance efficace», a indiqué M. Arnaboldi à Arab News.

«D'un point de vue purement militaire, une longue stagnation semble probable, car les SAF montrent également une lamentable incapacité à regagner les territoires perdus, en particulier à Khartoum.»

«Les RSF, tout en étendant leur contrôle militaire sur le pays, sont aux prises avec une désorganisation interne et des lignes d'approvisionnement inadéquates.»

L'idée de faire pression sur les RSF pour qu'elles renoncent à la domination et adoptent un véritable discours politique pourrait offrir une lueur d'espoir, même si cette voie n’est pas dépourvue de difficultés.

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Les experts affirment qu'il est essentiel de s'attaquer aux causes profondes du conflit pour prévenir une nouvelle escalade et parvenir à une solution durable. (Reuters)

«L'éclatement de l'autorité et des intérêts entre les différentes factions et dirigeants a réduit les chances d'un dénouement équilibré pour le pays», explique M. Odorous Ahmed.

«Il existe un potentiel pour une solution militaire soutenue par des renforts externes pour les RSF, car elles ont des soutiens externes, mais également de voies diplomatiques à travers des accords négociés, ainsi qu’une pression internationale exercée par les puissances régionales et la recherche inaccessible de la réconciliation politique», indique-t-il encore.

Mme Deng a souligné la nécessité d'une approche diversifiée pour désamorcer le conflit et reprendre le processus de transition avec les dirigeants civils, les puissances régionales et la communauté internationale.

«Une étape importante consiste à insister sur une transition démocratique dans laquelle le leadership civil jouerait un rôle central dans l'orientation du pays vers la stabilité et l'intégration», souligne-t-elle.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Des pourparlers entre Israël et le Liban prévus la semaine prochaine à Washington

Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
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  • Des négociations inédites entre le Liban et Israël sont prévues à Washington, mais restent fragiles en raison des désaccords (cessez-le-feu exigé par le Liban, rejet du Hezbollah)
  • La situation demeure tendue avec la poursuite des frappes israéliennes au Liban malgré les appels internationaux à la retenue, menaçant la trêve régionale

JERUSALEM: Des pourparlers entre le Liban et Israël sont prévus la semaine prochaine à Washington, a dit un responsable américain jeudi, après des frappes meurtrières de l'armée israélienne sur le pays voisin qui font peser un risque sur la trêve précaire conclue entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer que le département d'Etat accueillera une réunion la semaine prochaine pour discuter des négociations de cessez-le-feu avec Israël et le Liban", a dit ce responsable à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Après un appel à la retenue de Donald Trump, Benjamin Netanyahu a annoncé jeudi avoir ordonné à son cabinet d'engager des "négociations directes" avec le Liban.

Selon le Premier ministre israélien, ces négociations, inédites depuis des décennies, "porteront sur le désarmement du Hezbollah" et sur "l'établissement de relations de paix" entre les deux pays, toujours techniquement en état de guerre.

Le Liban veut cependant "un cessez-le-feu avant tout début de négociations", a déclaré à l'AFP un responsable libanais requérant l'anonymat.

De son côté le Hezbollah pro-iranien a rejeté toute négociation directe entre le Liban et Israël, appelant au "retrait israélien" du sud du pays.

- Retenue -

Benjamin Netanyahu a toutefois averti auparavant que les frappes contre le Hezbollah se poursuivraient pour rétablir la "sécurité pour les habitants du nord" d'Israël.

Dans la soirée, l'armée israélienne a annoncé ainsi avoir commencé à frapper des "sites de tir" du Hezbollah au Liban.

Après deux jours de cessez-le-feu, la communauté internationale redoute que celui-ci ne soit compromis par la poursuite de la campagne israélienne au Liban.

A Beyrouth, l'heure était encore à la recherche de victimes après les frappes menées simultanément par Israël sur plusieurs régions mercredi, qui ont fait plus de 300 morts et un millier de blessés.

Dans le quartier résidentiel d'Ain el Mreisseh, proche de la mer, des corps gisent encore sous l'amas de pierres et de métal d'où émergent, ici un bulletin de notes, là une peluche.

"Regardez, ce sont des cahiers, des cours, des livres! Où est le Hezbollah ici?" s'est insurgé Khaled Salam, sur place.

Donald Trump a confirmé jeudi à NBC News avoir plaidé la retenue auprès de Benjamin Netanyahu, après que le site d'information Axios a fait part d'échanges téléphoniques mercredi entre les deux hommes et l'émissaire américain Steve Witkoff.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a lui jugé "inacceptable" la poursuite des attaques d'Israël contre le Liban lors d'une tournée dans le Golfe.

- Obstacles -

Le Pakistan, médiateur dans le conflit, avait relevé en annonçant le cessez-le-feu que celui-ci s'appliquait "partout, y compris au Liban" -- ce que démentent Israël et Washington.

Le pays doit accueillir à partir de vendredi des négociations entre Iraniens et Américains, ces dernières étant menées par le vice-président JD Vance.

Mais avant même le début des négociations, les obstacles s'amoncellent, d'autant plus après le message sur X du ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, qui a qualifié Israël de "diabolique" et de "malédiction sur l'humanité", l'accusant de commettre un génocide au Liban.

Un message que les services du Premier ministre israélien ont qualifié de "honteux".

"Ce ne sont pas des déclarations qui peuvent être tolérées de la part de n'importe quel gouvernement, particulièrement d'un qui se revendique comme médiateur neutre pour la paix", ont-ils répondu sur X.

Auprès de NBC News, Donald Trump s'est dit "très optimiste" sur la possibilité de conclure un accord de paix, malgré l'écart entre les positions des deux pays.

- "Mauvais boulot" -

Le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique a lui exclu d'emblée toute restriction du programme d'enrichissement d'uranium de son pays, une demande fondamentale des Etats-Unis et d'Israël qui accusent l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique - ce que Téhéran nie.

Un pétrolier non-iranien, le premier depuis le cessez-le-feu, a franchi jeudi le détroit d'Ormuz, dont la réouverture était une condition du cessez-le-feu.

Mais le trafic via cette voie maritime essentielle au commerce mondial est encore loin d'un retour à la normale, et Donald Trump a mis en garde l'Iran jeudi contre toute volonté de mettre en place un péage.

Le président américain a fait état dans un message sur sa plateforme Truth Social "d'informations selon lesquelles l'Iran fait payer des frais aux pétroliers traversant le détroit d'Ormuz".

"Ils ont intérêt à ne pas le faire, et si c'est le cas, ils feraient mieux d'arrêter maintenant!", a-t-il ajouté, accusant l'Iran de faire "vraiment du mauvais boulot, indigne certains diraient, pour permettre au pétrole de traverser le détroit d'Ormuz".


« Le Hezbollah doit choisir entre le Liban et l’Iran », affirme Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
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  • Les frappes massives sur Beyrouth marquent une escalade majeure malgré une trêve censée s’appliquer à toute la région
  • Jean-Yves Le Drian met en avant la coopération étroite entre la France et l’Arabie saoudite en matière de sécurité régionale, illustrée par des échanges réguliers au plus haut niveau entre le président français et le prince héritier saoudien

DUBAÏ : Au lendemain de frappes israéliennes inédite sur Beyrouth, la communauté internationale s’inquiète d’une nouvelle phase d’escalade au Proche-Orient. En dix minutes, une centaine de frappes ont visé la capitale libanaise, sans avertissement, causant des centaines de morts et de blessés.

Pour Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, la violence de l’attaque marque un seuil critique, lors d’un entretien accordé à Arab News en français.

Il évoque « un carnage effrayant » et juge ces frappes « intolérable[s] », rappelant qu’elles interviennent alors même qu’une trêve venait d’être acceptée par les principales parties, notamment les États-Unis et l’Iran.

Au cœur de la crise, la trêve apparaît à la fois essentielle et déjà compromise. Selon l’ancien ministre, celle-ci est « claire dans ses principes, sans ambiguïté, et devait s’appliquer à l’ensemble de la région, incluant le Liban ».

Mais la poursuite des opérations militaires en vide largement la portée. En frappant Beyrouth, Israël agit, selon lui, à rebours de la dynamique diplomatique qui avait permis l’instauration de ce cessez-le-feu. Une contradiction qui rend la situation « extrêmement grave » et alimente une méfiance généralisée entre les acteurs.

Dans ce contexte, le Liban apparaît comme un théâtre secondaire d’un affrontement régional qui le dépasse. Jean-Yves Le Drian insiste sur ce point : les combats se poursuivent sur le sol libanais alors même que les protagonistes principaux ne sont pas directement liés au pays.

Cette situation met en péril des éléments fondamentaux de l’État libanais. « Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'intégrité et la souveraineté du Liban », souligne-t-il, décrivant un pays pris au piège d’une confrontation extérieure.

Malgré ses failles, la trêve reste, selon lui, une nécessité stratégique. Elle devait permettre de stopper une spirale jugée « inacceptable », tant pour la stabilité régionale que pour l’économie mondiale.

Mais sa fragilité est évidente. « Chacun suspecte l'autre de mensonge, de mauvaise interprétation ou de cacher son jeu », explique M. Le Drian, ajoutant que la poursuite des frappes sur le Liban empêche toute stabilisation réelle.

Dans cette crise, Jean-Yves Le Drian désigne clairement le rôle du Hezbollah, qu’il considère comme à l’origine de l’engrenage initial des frappes contre Israël, en lien avec l’Iran. Mais il dénonce simultanément la riposte israélienne, qu’il juge « complètement disproportionnée ».

Cette dynamique crée une situation paradoxale : loin d’affaiblir le Hezbollah, l’intensification des frappes pourrait renforcer son influence.

« L'aggravation des tensions aujourd'hui et l'aggravation du conflit renforcent indirectement le rôle du Hezbollah qui est en train de s'ériger en protecteur de la nation », ajoute M. Le Drian.

C’est dans ce contexte qu’il formule une mise en garde centrale : « Il faut que le Hezbollah choisisse ou c'est le Liban, ou c'est l'Iran. Il n'y a pas d'alternative. » Un choix qu’il espère voir tranché en faveur de l’État libanais, notamment par une partie de la population chiite.

Il souligne toutefois que le Liban dispose aujourd’hui d’un « gouvernement de qualité », qu’il décrit comme responsable et engagé dans le renforcement de l’État. Celui-ci a notamment affirmé que « seul l'État a le monopole des armes ».

Mais « ce gouvernement est aujourd'hui en difficulté face à l'aggravation de la crise », explique M. Le Drian, insistant sur la nécessité de le soutenir, notamment par les partenaires internationaux et les pays du Golfe.

Malgré l’intensité des combats, une voie politique demeure envisageable. Le gouvernement libanais a récemment proposé l’ouverture de discussions directes avec Israël, une initiative que Jean-Yves Le Drian qualifie d’effort « considérable ».

Il y voit une opportunité rare, estimant que cette initiative pourrait constituer un tournant si elle était saisie. Dans un contexte où la guerre ne produit pas de solution durable, il insiste sur la nécessité de redonner toute sa place à la négociation.

Les pays du Golfe apparaissent également comme des acteurs clés dans cette tentative de désescalade. Indirectement affectés par le conflit, ils ont soutenu les efforts de médiation.

« Il y a eu une offre de négociation […] avec le soutien de plusieurs pays du Golfe, en particulier avec le soutien de l'Arabie saoudite », explique M. Le Drian. 

Depuis le début de la crise, la France continue à soutenir l’Arabie saoudite dans sa défense, souligne M. le Drian. « Nous aidons les Saoudiens à assurer leur propre sécurité et le président français parle très souvent avec Son Altesse le prince héritier pour travailler dans cette direction-là », ajoute-t-il, insistant sur la continuité du dialogue franco-saoudien sur les questions de sécurité régionale. 

Pour Jean-Yves Le Drian, cette implication ouvre la voie à une redéfinition plus large de la sécurité régionale, fondée sur « une sécurité collective ».

Concernant les opérations israéliennes dans le sud du Liban, M. Le Drian met en garde : « toute intervention d'occupation de la part d'Israël sur le Liban est contraire au droit international. »

Il rappelle que les précédentes opérations de ce type ont favorisé le renforcement du Hezbollah, une dynamique qu’il estime à ne pas reproduire.

Au-delà des enjeux stratégiques, la situation humanitaire se dégrade rapidement. « L'intervention israélienne a mis sur la rue quasiment un million de déplacés qui aujourd'hui survivent », explique M. Le Drian.

Jean-Yves Le Drian alerte sur le risque d’une aggravation rapide, avec des conséquences potentiellement graves pour la cohésion interne du pays.

Face à cette crise, la France maintient son engagement. Elle soutient les forces armées libanaises, notamment par la livraison récente de véhicules blindés, et poursuit son action humanitaire.

L’objectif est clair : renforcer l’État libanais dans ses fonctions régaliennes, en particulier sa capacité à assurer le monopole de la force.

Pour Jean-Yves Le Drian, la poursuite du conflit ne peut mener qu’à une impasse. Tous les acteurs en sont conscients, estime-t-il, ce qui rend d’autant plus urgente la reprise des discussions.

Il réaffirme la nécessité d’une solution diplomatique : « La France a toujours considéré qu'il fallait régler les conflits par la voie de la négociation. »

Les paramètres d’un accord existent déjà : « C'est sur la table, il faut en discuter. »

Dans ce contexte, il élargit la réflexion aux enjeux régionaux et internationaux, en particulier la liberté de circulation maritime. « La libre circulation maritime dans le détroit d'Ormuz est essentielle », explique-t-il, avertissant que toute perturbation engendre « des difficultés considérables pour l'économie mondiale ».

Il souligne enfin que des initiatives sont déjà envisagées pour sécuriser cette zone stratégique, notamment par des dispositifs d’escorte maritime, une fois la désescalade suffisamment engagée. À cet égard, le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, ont permis de mobiliser un ensemble de pays volontaires pour accompagner la sécurisation du trafic maritime dans le Golfe.

Dans une région sous tension, le Liban apparaît ainsi à un moment décisif de son histoire — entre effondrement et sortie de crise par la diplomatie, sur fond d’équilibres régionaux et économiques encore fragiles.


Le prince héritier saoudien et le Premier ministre britannique discutent des développements régionaux

Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
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Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
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Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre britannique Keir Starmer pour renforcer la coopération stratégique entre leurs deux pays
  • Les discussions ont porté sur les enjeux régionaux, avec un soutien commun à la stabilité et à un cessez-le-feu durable, notamment concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz

RIYAD : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu mercredi à Djeddah le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Au cours de la rencontre, ils ont passé en revue les relations entre leurs deux pays et examiné les moyens de renforcer davantage leur partenariat stratégique dans divers domaines.

Ils ont également abordé les derniers développements régionaux et internationaux, notamment les évolutions dans la région ainsi que leurs implications en matière de sécurité et d’économie.

Les deux parties ont affirmé leur soutien à tous les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité de la région. Plusieurs questions d’intérêt commun ont également été discutées.

Keir Starmer est arrivé dans le Royaume plus tôt dans la journée, où il a été accueilli à l’aéroport de Djeddah par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, selon des photos diffusées par l’Agence de presse saoudienne.

Lors de sa visite, Starmer a salué le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, tout en soulignant qu’il restait « beaucoup de travail à faire » pour garantir sa pérennité.

« Il reste également beaucoup à faire concernant le détroit d’Ormuz, qui a un impact à l’échelle mondiale », a-t-il ajouté. 

À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, a rapporté l’Agence de presse saoudienne. Les ambassadeurs respectifs des deux pays étaient également présents.

*Avec SPA, Reuters 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com