Avec l'appui de l'ONU, des Afghanes exigent le droit d'étudier dans leur pays

Des écolières afghanes fréquentent une école primaire en plein air dans le district de Khogyani, dans la province de Nangarhar, le 14 mai 2023 (Photo, AFP).
Des écolières afghanes fréquentent une école primaire en plein air dans le district de Khogyani, dans la province de Nangarhar, le 14 mai 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 16 août 2023

Avec l'appui de l'ONU, des Afghanes exigent le droit d'étudier dans leur pays

  • Avec pour devise #AfghanGirlsVoices, c'est un appel mondial au droit à l'éducation de toutes les filles et femmes afghanes
  • Certaines ont quitté leur pays depuis deux ans

NATIONS UNIES: Depuis leur retour au pouvoir en Afghanistan il y a deux ans, les talibans ont bloqué l'accès à l'enseignement secondaire et universitaire à plus de 1,1 million de jeunes femmes afghanes selon l'ONU: l'une d'elles, Somaya Faruqi, a dû s'exiler aux Etats-Unis pour réaliser son rêve d'être ingénieure.

Cette femme de 21 ans est le visage d'une campagne lancée mardi par le Fonds mondial des Nations unies pour l'Education dans les situations d'urgence et de crise, "Education Cannot Wait" (ECW, "L'éducation ne peut pas attendre"), à l'occasion du second anniversaire de la prise de pouvoir "de facto" des autorités talibanes non reconnues par la communauté internationale.

Avec pour devise #AfghanGirlsVoices, c'est un appel mondial au droit à l'éducation de toutes les filles et femmes afghanes.

Certaines ont quitté leur pays depuis deux ans.

Somaya Faruqi est partie avec neuf compatriotes membres d'une équipe locale de robotique, "The Afghan Dreamers" ("Les rêveuses afghanes").

Après avoir terminé ses études secondaires au Qatar, elle entre en septembre en deuxième année d'ingénierie mécanique à l'Université d'État de Sacramento, en Californie, grâce à une bourse du Qatari Development Fund.

«L'Afghanistan oublié»

"Cette campagne est censée recentrer l'attention mondiale sur les filles afghanes et sur les questions d'éducation", a déclaré Somaya Faruqi, lors d'un entretien téléphonique avec l'AFP, déplorant que "l'Afghanistan semble avoir été oublié".

Les restrictions des droits des femmes - exclues de la vie publique et des voies d'accès à l'emploi et à l'éducation - sont l'obstacle majeur à la reconnaissance de Kaboul par la communauté internationale et l'aide qu'elle pourrait apporter.

D'ailleurs, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, dont le pays s'est retiré d'Afghanistan dans le chaos en 2021, a réaffirmé mardi que "le chemin vers des relations plus normales entre les talibans et d'autres pays sera bloqué jusqu'à ce que les droits des femmes et des filles, entre autres, soient respectés".

Un panel d'experts des Nations unies a, en juillet, estimé que le sort réservé aux Afghanes était le "pire au monde" et que le régime islamiste pouvait être reconnu coupable "d'apartheid et de persécution (fondés) sur le genre".

De son côté, l'envoyé spécial de l'ONU pour l'Education, l'ancien Premier ministre travailliste britannique Gordon Brown, s'est engagé mardi à se "battre contre la violation la plus odieuse et la plus indéfendable dans le monde des droits des filles et des femmes".

«Crime contre l'humanité»

Lors d'un point de presse par liaison vidéo au siège des Nations unies à New York, M. Brown a de nouveau réclamé des poursuites pour "crime contre l'humanité" devant la Cour pénale internationale pour "discrimination de genre" en Afghanistan.

En septembre 2021, un mois après leur retour au pouvoir dont ils avaient été évincés en 2001, les talibans avaient refermé aux filles les portes de l'enseignement secondaire, avant de faire de même en décembre 2022 à l'université, puis de leur interdire de travailler dans nombre de secteurs.

Toute amélioration des relations avec les talibans est tributaire des droits des femmes, réaffirme Blinken

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a de nouveau affirmé mardi que toute amélioration des relations avec les dirigeants talibans de l'Afghanistan dépendait du traitement des femmes, deux ans après le retour au pouvoir des fondamentalistes.

Aucun pays n'a reconnu les autorités talibanes, et les Etats-Unis ont évité tout engagement économique direct, en partie en raison de l'éviction des femmes des établissements scolaires secondaires et universitaires et des espaces publics.

"Nous continuons d'oeuvrer afin que les talibans rendent des comptes pour les nombreux engagements qu'ils ont pris et n'ont pas remplis, en particulier en ce qui concerne les droits des femmes et des filles", a dit M. Blinken à la presse.

"Nous avons été très clairs avec les talibans - et des dizaines de pays à travers le monde ont été très clairs - sur le fait que le chemin vers des relations plus normales entre les talibans et d'autres pays sera bloqué jusqu'à ce que les droits des femmes et des filles, entre autres, soient respectés", a ajouté M. Blinken.

Depuis son exil californien, Somaya Faruqi réclame aujourd'hui pour les Afghanes "les mêmes opportunités (que les hommes), notamment l'éducation qui est la clé de la liberté".

"Les filles ne peuvent plus sortir dans l'espace public: écoles, salles de sport, parcs et jardins, elles ont juste le droit de rester à la maison" à moins d'être "accompagnées par leurs pères, frères ou maris", relate-t-elle en s'insurgeant d'une situation qui "dépasse l'entendement".

Pour de nombreuses familles, la seule échappatoire est le mariage "peu importe" que les filles soient "d'accord ou pas".

"Beaucoup de mes camarades de classe ont été contraintes à se marier depuis deux ans", affirme Somaya Faruqi.

Conséquence, "un développement important des dépressions" et une "forte augmentation du taux de suicide chez les filles ces deux dernières années", selon Somaya Faruqi.

Présente sur les réseaux sociaux jusqu'au 18 septembre, la campagne ECW espère une prise de conscience de l'opinion publique mondiale et que les voix des femmes afghanes soient entendues par les dirigeants de la planète réunis à l'Assemblée générale des Nations unies à partir des 18-19 septembre.


La menace de l'Iran sur les câbles sous-marins d'Ormuz: de quoi parle-t-on ?

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont menacé lundi d'instaurer des "permis" pour autoriser l'utilisation des câbles sous-marins traversant le détroit d'Ormuz. (AFP)
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont menacé lundi d'instaurer des "permis" pour autoriser l'utilisation des câbles sous-marins traversant le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • Les réseaux de câbles FALCON et Gulf Bridge relient eux les pays du Golfe - dont l’Iran - à l'Inde et à l'Afrique de l'Est, remontant jusqu'à l'Egypte
  • Transitent par ces câbles, "n'importe quelles données que vous pouvez imaginer: vidéos, courriers électroniques, réseaux sociaux, transactions financières, communications gouvernementales"

PARIS: Les Gardiens de la Révolution iraniens ont menacé lundi d'instaurer des "permis" pour autoriser l'utilisation des câbles sous-marins traversant le détroit d'Ormuz. De quelles infrastructures s'agit-il exactement? Et comment ces menaces pourraient-elles se concrétiser?

Quels câbles passent par Ormuz ? 

Une section de l’AAE-1 (Asie, Afrique, Europe), vaste infrastructure sous marine qui relie des points allant de Hong Kong à l'Italie et à la France, passe par le détroit d'Ormuz.

Les réseaux de câbles FALCON et Gulf Bridge relient eux les pays du Golfe - dont l’Iran - à l'Inde et à l'Afrique de l'Est, remontant jusqu'à l'Egypte.

Transitent par ces câbles, "n'importe quelles données que vous pouvez imaginer: vidéos, courriers électroniques, réseaux sociaux, transactions financières, communications gouvernementales", explique à l'AFP Alan Mauldin, directeur de la recherche au sein de la société spécialisée TeleGeography.

Le potentiel de perturbation mondiale de la menace iranienne serait limité, selon Alan Mauldin, car les données qui circulent entre l'Asie et l'Europe sur l’AAE-1 ne passent pas par le détroit d'Ormuz mais par une autre liaison.

Et "tous les pays du Golfe qui utilisent des câbles sous-marins qui traversent le détroit d'Ormuz disposent de plusieurs autres options", ajoute l'expert.

Néanmoins, "la capacité des réseaux terrestres pourrait ne pas suffire à gérer un reroutage complet du trafic" si les connexions sous-marines du Golfe étaient coupées, remarquait en mars l'expert dans un blog.

Et le Qatar, qui est le point terminal de la branche de l'AAE-1 dans le Golfe, pourrait être particulièrement affecté.

Quelle menace pèse sur ces câbles ? 

"On est dans un espace géographique restreint, dans un détroit, avec des eaux peu profondes, une mer fermée. C'est particulièrement propice à des opérations de harcèlement.

Par des capacités habitées (bateaux, sous-marins) ou non-habitées (drones, missiles), donc à proximité d'une côte qui, pour l'instant, reste libre de tout mouvement", analyse Eric Lavault, ancien officier de la marine française.

D'ailleurs, observe-t-il, les forces américaines n'ont pas été en mesure d'empêcher l'Iran, qui conserve "un solide potentiel militaire", de lancer des opérations depuis sa longue côte.

Les autorités iraniennes pourraient donc empêcher les opérations de maintenance, la pose de nouveaux câbles, sans compter que si ces câbles sont volontairement ou involontairement endommagés, il faudra les réparer, énumère Eric Lavault.

Partout dans le monde, les câbles sous-marins sont régulièrement endommagés, la plupart du temps par accident par exemple avec les ancres de navires. TeleGeography recense environ 200 incidents par an. Et une flotte de réparation dédiée est en alerte.

Mais ces navires de réparation ont besoin d'autorisations pour pénétrer dans les eaux d'un pays. Lors de leurs opérations, ils restent immobiles sur zone pendant un certain temps, vulnérables à de potentielles attaques.

Un seul navire de ce type appartenant à la société e-Marine, basée aux Emirats arabes unis, se trouve actuellement dans le Golfe, selon Alan Mauldin, limitant les possibilités de réparation tant que le détroit d'Ormuz est bloqué.

Est-ce conforme au droit ?

A ce stade, les déclarations iraniennes restent floues. S'agit-il de mettre en place des péages? Des permis? Qui serait concerné entre les poseurs de câbles, les propriétaires, les exploitants et les utilisateurs?

"Compte tenu des problèmes de longue date avec l'Iran, tous les câbles qui passent par le détroit d'Ormuz, ont été posés dans les eaux omanaises" mais Téhéran, dont les côtes sont de l'autre côté du détroit, revendique "la souveraineté absolue sur le fond et le sous-sol de sa mer territoriale", soulignait Alan Mauldin dans sa note de mars.

Et "l'Iran joue sur le droit international", souligne Eric Lavault. Car si ce pays a signé la convention de Nations Unies de Montégo Bay de 1982 (CNUDM) qui codifie le droit de la mer, il ne l'a jamais ratifiée, remarque-t-il.

En principe, "ils n'ont pas le droit d'exiger des péages" aux navires ni aux câbles.

La CNUDM autorise la pose de câbles et d'oléoducs dans les zones économiques exclusives des Etats, qui s'étendent jusqu'à 200 milles nautiques (370 kilomètres) de leurs côtes.

"L'Etat côtier n'a normalement pas le droit de s'y opposer", rappelle Eric Lavault pour qui "c'est une fois de plus un pilier fondamental du droit international qui se fissure".


Israël: les militants d'une nouvelle flottille en détention après leur interception en mer

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  • Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël
  • Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus

ASHDOD: Les autorités israéliennes ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention à Ashdod, dans le sud d'Israël, de centaines de militants propalestiniens arrêtés à bord d'une flottille à destination de Gaza, selon une ONG.

Les forces israéliennes avaient intercepté lundi au large de Chypre des bateaux participant à une nouvelle "flottille pour Gaza".

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales et conduits en territoire israélien entièrement contre leur volonté" a déclaré Adalah.

Une cinquante de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif une nouvelle tentative de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

Un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré dans la nuit de mardi à mercredi que les 430 militants pourraient rencontrer leurs représentants consulaires.

"Cette flottille s'est une fois de plus révélée n'être rien de plus qu'un coup de communication au service du Hamas", a ajouté le porte-parole, en référence au mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait dénoncé plus tôt "un plan malveillant destiné à briser le blocus (...) imposé aux terroristes du Hamas".

Neuf ressortissants indonésiens, membres de la flottille, "ont été signalés comme ayant été arrêtés par Israël", a déclaré une porte-parole du ministère indonésien des Affaires étrangères, citant des informations datées de mercredi.

L'Indonésie a appelé Israël à libérer immédiatement tous les navires et membres d'équipage. Le journal indonésien Republika avait indiqué plus tôt que deux de ses journalistes figuraient parmi les personnes interpellées.

La Turquie et l'Espagne ont condamné l'interception. Les organisateurs ont indiqué que la flottille comptait également 15 citoyens irlandais, dont Margaret Connolly, la sœur de la présidente Catherine Connolly.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe. Deux d'entre eux ont été amenés en Israël, détenus pendant plusieurs jours puis expulsés.

 


Négociations Etats-Unis-Iran: nouvelle visite d'un ministre pakistanais à Téhéran

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  • Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine
  • "Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran"

TEHERAN: Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine, a rapporté mercredi l'agence officielle Irna, en pleine impasse dans les négociations de paix.

"Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran", a précisé l'agence, citant "des sources diplomatiques à Islamabad".