La réconciliation entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie est «possible», selon le conseiller du président Aliev

Hikmet Hajiyev, conseiller du président azerbaïdjanais et chef du département des Affaires de politique étrangère accorde une interview à Arab News (Photo, Capture d’écran).
Hikmet Hajiyev, conseiller du président azerbaïdjanais et chef du département des Affaires de politique étrangère accorde une interview à Arab News (Photo, Capture d’écran).
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Publié le Mercredi 06 septembre 2023

La réconciliation entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie est «possible», selon le conseiller du président Aliev

  • Hikmet Hajiyev rejette les allégations selon lesquelles l'Azerbaïdjan affame délibérément les Arméniens du Haut-Karabakh
  • ll affirme qu'un traité de paix changerait le paysage du Caucase du Sud,

NEW YORK : Les tensions entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie se sont fortement aggravées ces derniers mois, chaque partie accusant l'autre de mener des attaques transfrontalières dans le cadre de leur différend de longue date sur le Haut-Karabakh.

Les deux anciennes républiques soviétiques ont mené deux guerres, au début des années 1990 et à nouveau en 2020, pour le contrôle de la région, qui est internationalement reconnue comme faisant partie de l'Azerbaïdjan, mais qui est largement peuplée d'Arméniens.

Malgré les efforts de médiation de l'UE, des États-Unis et de la Russie et l'appel unanime lancé par le Conseil de sécurité des Nations unies en août pour résoudre leur différend, Bakou et Erevan n'ont pas été en mesure de parvenir à un accord de paix durable.

Aujourd'hui, Erevan accuse Bakou de bloquer délibérément les livraisons de nourriture et d'aide aux villes du Haut-Karabakh peuplées d'Arméniens, via le corridor de Lachin, la seule route reliant l'Arménie à la région.

Les autorités arméniennes et les groupes d'aide internationale ont prévenu que la situation humanitaire des quelque 120 000 Arméniens vivant là-bas se détériorait, avec des pénuries de nourriture et de médicaments.

Dans une longue interview accordée à Arab News, Hikmet Hajiyev, conseiller du président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, et chef du département des Affaires de politique étrangère de l'administration présidentielle, a répondu à ces allégations.

Hajiyev a également décrit ce qu'il faudrait faire pour garantir la paix et tourner la page sur les atrocités du passé. Une bonne façon de commencer, a-t-il affirmé, serait que l'Arménie présente des excuses.

Q : Le Conseil de sécurité des Nations unies a récemment discuté de la situation dans le corridor de Lachin, où les membres du Conseil ont appris que l'Azerbaïdjan bloquait la seule route qui relie l'Arménie aux 120 000 Arméniens de souche vivant dans le Haut-Karabakh, les privant de nourriture, de médicaments et d'autres produits de première nécessité, ce qui entraîne une détérioration de la situation humanitaire.

R : Il s'agit d'allégations injustifiées et sans fondement à l'encontre de l'Azerbaïdjan. Il n'y a pas d'embargo ou de blocus à l’encontre des résidents arméniens de la région azerbaïdjanaise du Karabakh.

Ce que l'Azerbaïdjan propose, c'est d'avoir plusieurs routes. L'une des routes les plus importantes est la route Aghdam-Khankendi. Elle est beaucoup plus efficace et dispose de plus de capacités logistiques pour atteindre la région du Karabakh, car l'Azerbaïdjan l'a entièrement reconstruite.

Actuellement, la route Lachin-Khankendi est opérationnelle et fonctionnelle. Le Comité international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge organise des convois le long de cette route.

Mais ce que nous disons, c'est qu'il faut ouvrir la route Aghdam-Khankendi. L'Azerbaïdjan aura ainsi un accès direct à Khankendi et un contact direct avec les Arméniens du Karabakh qui, à leur tour, auront la possibilité d'utiliser le principal réseau routier de l'Azerbaïdjan pour se rendre dans d'autres régions de l'Azerbaïdjan.

Mais, malheureusement, les seigneurs de la guerre à la tête de l'actuel régime arménien subordonné et fantoche dans ces territoires de l'Azerbaïdjan utilisent la situation humanitaire à leur profit, pour prolonger leur survie en tant qu'entité séparatiste qui n'acceptera pas la souveraineté de l'Azerbaïdjan, et au profit de la propagande, de l’intox et de la désinformation de la communauté internationale. Cela a toujours été leur raison d'être.

Nous les avons invités à dialoguer. Mais ils refusent le dialogue. C'est une attitude destructrice. Ils refusent également les denrées alimentaires de base ou tout ce qui vient d'Azerbaïdjan. C'est du racisme. À cause de l'origine du produit alimentaire, ils ont dit qu'ils ne l'accepteraient pas.

Les forces azerbaïdjanaises ont repris Fuzuli en 2020, trois décennies après avoir perdu le contrôle de la ville au profit de l'Arménie, et ont trouvé des maisons en ruines envahies par la végétation (Photo, AN/Ephrem Kossaify).
Les forces azerbaïdjanaises ont repris Fuzuli en 2020, trois décennies après avoir perdu le contrôle de la ville au profit de l'Arménie, et ont trouvé des maisons en ruines envahies par la végétation (Photo, AN/Ephrem Kossaify).

Q : Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) affirme qu'il n'a pas été en mesure d'apporter de l'aide à la population depuis plusieurs semaines et a demandé à votre administration de lui permettre de reprendre ses activités. Il a déclaré qu'en vertu du droit international humanitaire, toutes les parties doivent permettre et faciliter le passage rapide et sans entrave de l'aide humanitaire pour les citoyens dans le besoin. Quelle est votre réponse à l'appel du CICR ?

R : Nous avons une coopération et un engagement très étroits avec le CICR. Il opère déjà en Azerbaïdjan.

Le CICR sait également très bien, parce que nous sommes en contact régulier, qu’il y a eu un engagement d'honneur le 5 août selon lequel le CICR était invité à utiliser la route Aghdam-Khankendi pour ses convois humanitaires.

Dans les prochaines vingt-quatre heures (à partir du 31 août, jour de l'interview), nous assurerons également l'ouverture complète de la route Lachin-Khankendi, mais les douanes de l'Azerbaïdjan et le système de sécurité et de contrôle des frontières doivent être respectés.

Malheureusement, depuis la signature de la déclaration trilatérale (des dirigeants de l'Azerbaïdjan et de la Russie) en 2021, la partie arménienne a utilisé la route de Lachin à mauvais escient pour expédier des munitions militaires, du personnel et des mines terrestres dans la région azerbaïdjanaise du Karabakh.

L'Azerbaïdjan a donc été contraint d'établir le poste de contrôle de Lachin à sa frontière avec l'Arménie. L'Azerbaïdjan ne peut se permettre d'avoir une nouvelle zone grise sur son territoire souverain.

Mais ma question est la suivante : pourquoi le régime arménien illégal s’oppose-t-il à l'ouverture de cette deuxième route ? Par tous les moyens, il continue à manipuler l'opinion de la communauté internationale.

La route représente la civilisation. La route représente la culture. Dire non à une route comporte un élément de racisme. C'est une politique destructrice. Mais le temps de l'occupation est révolu.

Des camions arméniens transportant de l'aide humanitaire pour la région du Haut-Karabakh, peuplée d'Arméniens, sont bloqués non loin d'un poste de contrôle azerbaïdjanais installé à l'entrée du corridor de Lachin, la seule liaison terrestre du Karabakh avec l'Arménie (Photo, AFP).
Des camions arméniens transportant de l'aide humanitaire pour la région du Haut-Karabakh, peuplée d'Arméniens, sont bloqués non loin d'un poste de contrôle azerbaïdjanais installé à l'entrée du corridor de Lachin, la seule liaison terrestre du Karabakh avec l'Arménie (Photo, AFP).

Q : En août, l'ancien procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, a publié un rapport qualifiant de génocide le blocus du corridor de Lachin.

«Il n'y a pas de crématoires, pas d'attaques à la machette. La famine est l'arme invisible du génocide», a déclaré Ocampo, avertissant que «sans changement radical, le groupe d'Arméniens sera détruit en quelques semaines». Quelle est votre réaction à ce rapport ?

R : Tout d'abord, la personnalité, l'honnêteté de cet individu qui prétend parler au nom de la justice, est discutable. Il y a beaucoup de faits dans les médias internationaux qui montrent qu'il a commis des actes répréhensibles. Mais ce n'est pas mon affaire.

Deuxièmement, je regrette qu'une personne qui prétend être juriste puisse abuser du concept de génocide comme si elle ne savait pas ce qu'il signifie.

Troisièmement, il est partial. Pourquoi ne parle-t-il pas du génocide et des crimes de guerre commis au niveau de l'État par la République d'Arménie contre l'Azerbaïdjan ?

Huit villes d'Azerbaïdjan ont été complètement détruites, ainsi que la population civile. Où se trouve ce fait dans le rapport d’Ocampo ?

Où était Ocampo lorsqu'en 1992, avant Srebrenica, toute la population de Khojaly, en Azerbaïdjan, a été massacrée par les Arméniens ?

Qui a mené un génocide contre qui ? Telle est la grande question. C'est une question à laquelle il faut répondre en ce qui concerne un million d'Azerbaïdjanais, qui ont été ethniquement nettoyés de leur terre et qui vivent en tant que personnes déplacées et réfugiés depuis trente ans.

Pourquoi Ocampo reste-t-il silencieux en ce qui concerne le patrimoine culturel de l'Azerbaïdjan, notamment les mosquées d'Azerbaïdjan qui ont été complètement détruites par l'Arménie ?

Margarita Khanaghyan, 81 ans, passe devant un véhicule blindé de la force russe de maintien de la paix dans la ville de Lachin, le 26 novembre 2020, après six semaines de combats entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan au sujet de la région contestée du Haut-Karabakh (Photo, AFP).
Margarita Khanaghyan, 81 ans, passe devant un véhicule blindé de la force russe de maintien de la paix dans la ville de Lachin, le 26 novembre 2020, après six semaines de combats entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan au sujet de la région contestée du Haut-Karabakh (Photo, AFP).

Q : Mais il n'y a pas qu’Ocampo. D'autres institutions spécialisées ont déjà affirmé qu'un génocide était en cours dans le Haut-Karabakh.

Là encore, la Cour internationale de justice (CIJ) a ordonné à l'Azerbaïdjan de «prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir l'incitation et la promotion de la haine et de la discrimination raciales, en particulier par ses responsables et ses institutions publiques, à l'encontre des personnes d'origine nationale ou ethnique arménienne».

R : En vertu de la Convention internationale sur l'élimination complète de toutes les formes de discrimination raciale, l'Azerbaïdjan a également déposé un projet très sérieux contre la République d'Arménie devant la CIJ. En Arménie, le mot Azerbaïdjanais ou Turc est utilisé comme une insulte.

Cela en dit long sur le courant de pensée dominant dans la société arménienne. Je pourrais vous donner de nombreux autres exemples de haine ethnique et de phobie de l'Azerbaïdjan. Mais les faits sur le terrain parlent d'eux-mêmes. L'Arménie a détruit tous les éléments du patrimoine culturel, religieux et même humain de l'Azerbaïdjan dans les territoires qu'elle occupe.

Je regrette donc que certains médias internationaux tombent dans le piège de la propagande politique arménienne.

Pourquoi les Arméniens s'opposent-ils à l'importation de farine de blé en provenance d'Azerbaïdjan ? Vous me posez une question sur la haine ethnique. De quoi s'agit-il alors ? La farine de blé n'a pas d'origine ethnique. C'est un aliment de base que tout le monde peut utiliser. Mais pourquoi la refusent-ils ?

Q : Passons aux pourparlers de paix. Les membres du Conseil de sécurité des Nations unies restent unis dans leur soutien à une solution négociée du conflit du Haut-Karabakh. La guerre a pris fin. Une déclaration a été signée. Les Arméniens ont déclaré que le Karabakh appartenait à l'Azerbaïdjan. Que reste-t-il à faire pour parvenir à la paix ?

R : L'Azerbaïdjan souhaite réellement signer un traité de paix et tourner la page sur le chapitre de la confrontation et des atrocités dans cette région. Nous aimerions vivre en paix. Mais la balle est dans le camp de la République d'Arménie. Plus vite elle comprendra cette réalité, mieux ce sera pour tout le monde.

La sale propagande de l'Arménie contre l'Azerbaïdjan nous a fait dévier de la voie des négociations sur le traité de paix, sur une plate-forme fournie par Washington DC, que nous apprécions beaucoup. Nous avions réalisé des progrès très importants. Près de 70 % du document avait été approuvé. Dans un sens, nous étions d'accord.

La signature du traité de paix changera complètement le paysage de la région du Caucase du Sud. Mais le Premier ministre arménien reconnaît d'une part l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan et maintient d'autre part les forces armées arméniennes sur notre territoire. Il finance toujours le régime subordonné illégal sur notre territoire.

Des policiers arméniens arrêtent un manifestant lors d'un rassemblement contre l'accord conclu avec l'Azerbaïdjan pour mettre fin aux combats dans la région contestée du Haut-Karabakh, à Erevan, le 12 novembre 2020 (Photo, AFP).
Des policiers arméniens arrêtent un manifestant lors d'un rassemblement contre l'accord conclu avec l'Azerbaïdjan pour mettre fin aux combats dans la région contestée du Haut-Karabakh, à Erevan, le 12 novembre 2020 (Photo, AFP).

Q : Pensez-vous que la confrontation actuelle entre la Russie et certains pays occidentaux au sujet de l'Ukraine a un impact sur les perspectives de paix entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie ?

R : Malheureusement, nous voyons des éléments de la rivalité géopolitique se manifester dans la région du Caucase du Sud, et notre message aux grandes puissances est le suivant : n'exportez pas votre agenda politique interne dans notre région.

Ce que nous voyons également, c'est que l'Arménie devient, malheureusement, une autre Syrie dans notre région, car elle est divisée entre les grandes puissances en fonction de leurs propres intérêts géopolitiques.

L'une des missions là-bas est la mission de l'UE. On nous a dit qu'il s'agissait d'une mission civile à court terme. Mais elle est devenue une mission à long terme. Elle comprend du personnel militaire.

Tous ceux qui veulent contribuer à la paix et à la sécurité dans la région, au lieu de l'aventurisme diplomatique et de la propagande, devraient s'engager sérieusement à soutenir les pourparlers sur le traité de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Q : Existe-t-il un partenaire international fiable ou un mécanisme qui serait plus efficace que             d'autres ?

R : Il existe plusieurs plates-formes. Nous n'avons pas de préférence pour l'une ou l'autre. Notre approche est que toute personne désireuse de contribuer à une paix réelle sur le terrain est la bienvenue.

D'une part, nous avons un processus de Bruxelles facilité par le président du Conseil européen, Charles Michel. Ce processus est très apprécié. Des éléments importants des pourparlers sur le traité de paix concernant un Conseil de normalisation entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan ont été générés à partir de cette plate-forme.

Nous apprécions également le gouvernement américain, et en particulier l'engagement personnel du secrétaire d'État, Antony Blinken, dans les discussions sur le traité de paix. Ils ont eu un grand impact.

Nous ne pouvons pas non plus nier le rôle de la Russie. Elle y contribue également parce qu'elle fait partie de la région et qu'elle a des relations historiques avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Des policiers arméniens arrêtent un manifestant lors d'un rassemblement contre l'accord conclu avec l'Azerbaïdjan pour mettre fin aux combats dans la région contestée du Haut-Karabakh, à Erevan, le 12 novembre 2020 (Photo, AFP).
Des policiers arméniens arrêtent un manifestant lors d'un rassemblement contre l'accord conclu avec l'Azerbaïdjan pour mettre fin aux combats dans la région contestée du Haut-Karabakh, à Erevan, le 12 novembre 2020 (Photo, AFP).

Q : Pensez-vous sincèrement qu'il est encore possible de mettre en place un processus de réconciliation ? Des habitants de Bakou ont déclaré à Arab News que dans le passé, les Arméniens et les Azerbaïdjanais étaient frères et sœurs et vivaient côte à côte. Cela se reproduira-t-il à nouveau ?

R : Cela pourrait se reproduire, mais il est toujours difficile de faire des prévisions à ce sujet. La réconciliation est vraiment l'un des aspects les plus difficiles de toute situation post-conflit. En Azerbaïdjan, des centaines de milliers de familles ont perdu leurs proches et sont des réfugiés et des personnes déplacées.

Imaginez que des gens rentrent chez eux et voient leurs maisons complètement en ruines. Ce n'est pas facile. Et ils cherchent des réponses. Il n'y a pas de réponse parce que personne du côté arménien n'a eu le courage d'oser dire : «Veuillez nous pardonner. Nous présentons nos excuses pour tous nos actes répréhensibles.»

En Arménie, aucun procès n'a été intenté contre les personnes qui ont mené des actions horribles contre l'Azerbaïdjan. Le fait de rendre justice aux victimes pourrait également envoyer un signal positif.

Oui, je pense que la réconciliation est possible, mais cela prendra du temps. Beaucoup de choses dépendent de la partie arménienne.

J'ai également étudié attentivement tous les livres scolaires et les manuels de la République d'Arménie. Tout n'est que haine, haine et haine contre leurs voisins azerbaïdjanais, et supériorité exclusive des Arméniens.

Ce type de pensée raciste est toujours dominant dans l'esprit de la littérature arménienne, des médias arméniens, etc.

Q : Le Premier ministre arménien a dit la même chose. La paix est un appel qui doit venir du peuple azerbaïdjanais, qui doit l'exiger de son gouvernement.

A : Je vais demander au Premier ministre arménien s'il est prêt à dire, au nom du peuple arménien et du gouvernement arménien : «Veuillez nous pardonner». Je suis convaincu que cela pourrait changer beaucoup de choses.

Pourquoi l'Arménie refuse-t-elle de fournir des informations sur les fosses communes des 4 000 Azerbaïdjanais ? Qui compensera les trente années perdues dans la vie d'un million d'Azerbaïdjanais qui ont grandi dans des tentes de réfugiés ?

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Des pourparlers indirects en cours entre les États-Unis et l’Iran, dit le Pakistan

Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
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  • M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais du Pakistan"
  • "Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X

ISLAMABAD: Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar.

M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais de messages transmis par le Pakistan".

"Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X.

"Des pays frères comme la Turquie et l'Égypte, entre autres, apportent également leur soutien à cette initiative", a-t-il ajouté.

Les déclarations de M. Dar constituent la première confirmation officielle de la part d'Islamabad que le Pakistan joue un rôle de facilitateur.

Islamabad a été présenté comme un médiateur potentiel, compte tenu de ses liens anciens avec l’Iran voisin et avec les États-Unis, ainsi que de son réseau de contacts dans la région.

Le Premier ministre Shehbaz Sharif et M. Dar sont tous deux en contact régulier avec de hauts responsables du gouvernement iranien, ainsi qu'avec leurs alliés du Golfe, notamment l’Arabie saoudite.

Le puissant chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, est lui aussi impliqué dans ces efforts diplomatiques et a parlé au président américain Donald Trump dimanche dernier, ont indiqué des responsables.

Mais le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a maintenu que l'Iran n'avait "pas l'intention de négocier" et comptait "continuer à résister".

L'Iran veut "mettre fin à la guerre à ses propres conditions", a-t-il souligné. "Parfois, des messages peuvent être transmis (...) mais ça ne peut en aucun cas être qualifié de dialogue ni de négociation".


Trump affirme que l'Iran veut un accord pour mettre fin à la guerre

Donald Trump a assuré que Téhéran, malgré ses dénégations, participe bien à des pourparlers et veut un accord pour mettre fin à la guerre, tandis qu'Israël poursuit jeudi ses frappes sur l'Iran. (AFP)
Donald Trump a assuré que Téhéran, malgré ses dénégations, participe bien à des pourparlers et veut un accord pour mettre fin à la guerre, tandis qu'Israël poursuit jeudi ses frappes sur l'Iran. (AFP)
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  • "Ils négocient, et ils veulent absolument conclure un accord, mais ils ont peur de le dire" par crainte de "se faire tuer par les leurs"
  • "Ils ont aussi peur qu'on les tue", a lancé Donald Trump, au 27e jour d'un conflit qui embrase le Moyen-Orient et menace l'économie mondiale.

TEHERAN: Donald Trump a assuré que Téhéran, malgré ses dénégations, participe bien à des pourparlers et veut un accord pour mettre fin à la guerre, tandis qu'Israël poursuit jeudi ses frappes sur l'Iran.

"Ils négocient, et ils veulent absolument conclure un accord, mais ils ont peur de le dire" par crainte de "se faire tuer par les leurs", a affirmé le président américain mercredi soir devant un parterre de parlementaires républicains réunis mercredi soir à Washington.

"Ils ont aussi peur qu'on les tue", a-t-il lancé, au 27e jour d'un conflit qui embrase le Moyen-Orient et menace l'économie mondiale.

Plus tôt dans la journée de mercredi, la Maison Blanche avait prévenu que Donald Trump était "prêt à déchaîner l'enfer" si Téhéran faisait "encore un mauvais calcul".

Aucune information n'est disponible sur le ou les dirigeants iraniens en charge des négociations évoquées par Washington.

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a maintenu que l'Iran n'a "pas l'intention de négocier" et compte "continuer à résister".

Une proposition américaine pour faire taire les armes, qui, selon des médias américains et israéliens, contient quinze points, a été transmis à l'Iran par Islamabad, en bons termes avec les deux pays, selon deux hauts responsables pakistanais.

"Parfois, des messages peuvent être transmis (...) mais ça ne peut en aucun cas être qualifié de dialogue ni de négociation", a noté M. Araghchi à la télévision d'Etat.

L'Iran veut "mettre la fin à la guerre à ses propres conditions", a-t-il souligné.

Les initiatives diplomatiques se sont multipliées ces derniers jours pour tenter de mettre un terme à une guerre devenue "hors de contrôle", selon les termes du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.

Sans toutefois d'ouverture diplomatique jusqu'ici, même si Pékin a dit jeudi voir "des signaux en faveur de négociations" émis à la fois par les Etats-Unis et l'Iran.

Le conflit sera au menu jeudi d'une réunion en France des chefs de la diplomatie du G7, qui ne seront rejoints que vendredi par l'Américain Marco Rubio.

"Ce qui m’inquiète le plus dans cette guerre, c’est qu’il n’y a pas eu de consultation, il n’y a pas de stratégie, il n’y a pas d’objectif clair et, le pire de mon point de vue, c’est qu’il n’y a pas de stratégie de sortie", a lâché le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius, en visite en Australie.

Installations détruites 

Sur le terrain, les attaques se poursuivent dans un sens et dans l'autre. Tôt jeudi, l'armée israélienne a indiqué avoir achevé des "frappes à grande échelle" sur des infrastructures non spécifiées dans plusieurs zones d'Iran, dont Ispahan dans le centre du pays.

Israël a également dit faire l'objet d'une nouvelle attaque de missiles iraniens. L'Arabie saoudite, le Koweït et Bahreïn, où les infrastructures énergétiques et les intérêts américains sont régulièrement ciblés, ont aussi dit faire face à de nouvelles attaques.

L'armée américaine a assuré avoir endommagé ou détruit "plus des deux tiers" des installations de production de drones et de missiles ainsi que des chantiers navals iraniens, et "92%" de la flotte iranienne.

Le quasi blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal 20% du pétrole et gaz naturel liquéfié mondiaux, a provoqué une hausse d'environ 60% des cours du brut depuis le début de l'attaque israélo-américaine le 28 février.

Jeudi, les cours du baril de pétrole, tant du Brent, référence mondiale, que du WTI, référence américaine, remontaient à nouveau après un léger repli la veille, alors que l'Iran a dit autoriser le passage de navires de pays "non-hostiles".

Dépendant quasiment entièrement de pétrole transitant par Ormuz, le Japon a annoncé jeudi devoir puiser pour la deuxième fois dans ses réserves stratégiques.

Israël poursuit par ailleurs son intervention contre le Hezbollah pro-iranien au Liban, où ses frappes ont fait plus d'un million de déplacés depuis que ce pays a été entraîné dans la guerre.

Jeudi, l'armée israélienne a annoncé qu'un de ses soldats avait été grièvement blessé mercredi par un tir de mortier tiré en direction de ses troupes au Liban.

 

 


Iran: Trump fait soudain miroiter une fin du conflit et un «changement de régime»

Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
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  • Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique
  • Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran

PALM BEACH: Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington.

Le président américain a parlé sur son réseau Truth Social de "très bonnes et productives discussions pour une cessation totale" des hostilités.

Interrogé par téléphone par l'AFP, il a assuré peu après que "tout se passait très bien" avec Téhéran.

Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique.

Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran.

Khamenei "indisponible" 

Après cette volte-face, il a longuement parlé aux journalistes avant de quitter la Floride pour un déplacement rapide à Memphis (sud), mais ses propos ont suscité plus de questions qu'ils n'ont apporté d'éclaircissements.

Il a évoqué des "points d'accord majeurs" lors de négociations menées sans le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, qu'il a dit être "indisponible".

"Nous négocions avec des gens que je trouve très raisonnables, très solides (...) Ils sont très respectés et peut-être que l'un d’entre eux sera celui que nous cherchons", a-t-il dit.

"Il y a automatiquement un changement de régime" parce que "tous les représentants du régime ont été tués", a encore déclaré le président américain lors de ce dialogue au pied de l'avion.

Le milliardaire, comme souvent quand il évoque l'Iran, a donné l'exemple du Venezuela, où les Etats-Unis ont capturé l'ancien dirigeant Nicolas Maduro et traitent depuis avec l’ancienne vice-présidente Delcy Rodriguez, qu'il présente régulièrement comme une interlocutrice "formidable".

Uranium enrichi 

Le républicain, coutumier des déclarations contradictoires, a aussi menacé de "continuer à bombarder allègrement" l'Iran si les discussions échouaient, et dit qu'il ne "garantissait rien" quant à une fin des hostilités, débutées le 28 février par des frappes israélo-américaines, suivies de ripostes iraniennes.

"Nous voulons l'uranium enrichi" des Iraniens, a aussi déclaré Donald Trump, mais sans préciser comment il comptait en prendre possession.

Son message sur Truth Social, écrit intégralement en lettres capitales, a eu au moins un effet immédiat, celui de faire baisser le cours du pétrole et grimper les marchés.

"JE SUIS CONTENT DE RAPPORTER QUE LES ETATS-UNIS D'AMERIQUE ET LE PAYS DE L'IRAN ONT EU, CES DEUX DERNIERS JOURS, DE TRES BONNES ET PRODUCTIVES DISCUSSIONS POUR UNE CESSATION TOTALE ET COMPLETE DE NOS HOSTILITES AU MOYEN-ORIENT", a annoncé Donald Trump sur sa plate-forme.

Il avait donné samedi à l'Iran un ultimatum de 48 heures pour rouvrir le détroit d'Ormuz avant de frapper les infrastructures énergétiques iraniennes, et n'avait pas fait état récemment de négociations.

Mines 

Il a précisé que le moratoire de cinq jours sur des frappes sur les sites énergétiques dépendait "DU SUCCES DES REUNIONS ET DES DISCUSSIONS EN COURS", en concluant son annonce par sa formule habituelle: "MERCI DE VOTRE ATTENTION".

Les dernières annonces venues auparavant du Moyen-Orient ne laissaient pas présager d'un apaisement.

Défiant l'ultimatum émis samedi par le président américain, l'Iran a menacé lundi de poser des mines navales dans le Golfe.

Tôt lundi, l'armée israélienne a elle annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale.