De retour d'Asie, Biden rattrapé par la realpolitik locale

Le président américain Joe Biden débarque d'Air Force One à son arrivée à la base conjointe Andrews dans le Maryland, début 12 septembre 2023, à l'issue d'un voyage en Inde et au Vietnam. (Photo, SAUL LOEB / AFP)
Le président américain Joe Biden débarque d'Air Force One à son arrivée à la base conjointe Andrews dans le Maryland, début 12 septembre 2023, à l'issue d'un voyage en Inde et au Vietnam. (Photo, SAUL LOEB / AFP)
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Publié le Mardi 12 septembre 2023

De retour d'Asie, Biden rattrapé par la realpolitik locale

  • Le président de 80 ans a profité de ces visites à Delhi et Hanoï pour tenter de rehausser sa stature d'homme d'Etat et de commandant en chef
  • Malgré des indicateurs économiques plutôt au vert, le plus vieux président de l'histoire des Etats-Unis est au coude-à-coude avec son potentiel rival républicain Donald Trump, âgé lui de 77 ans

WASHINGTON: Le président américain Joe Biden a peut-être multiplié les gains lors de son épuisant périple en Asie, mais fait face à son retour au bercail à une série de défis qui pourraient lui coûter sa réélection.

En revenant du G20 en Inde et d'une visite au Vietnam, Joe Biden s'est targué d'avoir "renforcé le leadership des Etats-Unis sur la scène internationale" ayant aussi en ligne de mire sa réélection lors de la présidentielle de novembre 2024.

Le président de 80 ans a profité de ces visites à Delhi et Hanoï pour tenter de rehausser sa stature d'homme d'Etat et de commandant en chef à l'heure où, selon la presse américaine, son parti démocrate est de plus en plus alarmé par des sondages en berne.

Malgré des indicateurs économiques plutôt au vert, le plus vieux président de l'histoire des Etats-Unis est au coude-à-coude avec son potentiel rival républicain Donald Trump, âgé lui de 77 ans, dans ce qui serait alors un match retour de la présidentielle 2020.

Face à lui, Biden a une route semée d'embûches à commencer par une possible paralysie partielle des administrations publiques si un accord n'intervient pas au Congrès d'ici la fin du mois sur le budget; une grève des puissants syndicats américains de l'automobile qui pourraient intervenir dans les prochains jours; et les attaques nourries des républicains contre son fils, Hunter, accusé notamment de fraude fiscale.

D'autant plus que la politique étrangère n'a que peu d'écho auprès des électeurs américains.

"Je ne pense pas que de se rendre dans des pays étrangers pour des sommets et des rencontres va faire une grande différence dans les sondages", commente pour l'AFP David Karol, professeur associé de sciences politiques à l'université du Maryland.

"La majorité des électeurs n'ont cure des enjeux internationaux à moins qu'il n'y ait une guerre impliquant des soldats américains", ajoute-t-il.

Si les enjeux internationaux intéressent peu, ils ont donc peu de chance de faire bouger l'électorat dans les Etats clés, régions chaudement disputées entre démocrates et républicains où quelques milliers de votes peuvent avoir un impact crucial sur le résultat d'une présidentielle.

Panique

Et pourtant, le président Biden s'est plutôt bien tiré d'affaire lors de son périple en Asie "en occupant l'espace laissé libre par Xi Jinping", le président chinois, et "en lançant un ambitieux projet de +couloir+ logistique reliant l'Inde, le Moyen-Orient et l'Europe", note Josh Lipsky, chercheur au centre d'analyse Atlantic Council.

Au Vietnam, pays voisin du rival chinois, il a annoncé avoir conclu un "partenariat stratégique étendu", le plus haut degré de proximité diplomatique possible.

Mais il a aussi été rattrapé par son âge, ne pouvant s'empêcher de rire en recevant au Vietnam le compliment suivant: "Vous n'avez pas vieilli d'un jour".

Quelque 73% des électeurs s'inquiètent ainsi de la vitalité physique et de l'acuité mentale de l'octogénaire, tandis que 76% doutent de sa capacité à supporter un second mandat, selon une enquête d'opinion publiée jeudi dernier par CNN.

Les journalistes qui suivent le président américain relèvent de leur côté ses longs week-ends en famille et les petits aménagements de protocole.

La radio publique NPR a par exemple consacré tout un article au nombre de marches que l'octogénaire gravit quand il prend l'avion présidentiel Air Force One.

Les démocrates commencent à paniquer sur ses scores dans les sondages, en particulier en ce qui concerne "son âge et son déclin", notait lundi le Wall Street Journal.

Avec les défis au Congrès, un vote pour faire grève de la part des syndicats de l'automobile, dont les salariés constituent une partie de sa base électorale, et de surcroît des inquiétudes sur son âge, Biden risque de perdre le contrôle de son message selon lequel les Etats-Unis possèdent "l'économie la plus forte au monde".

Face à ce bruit ambiant, "faire passer ce message devient alors un défi, car les électeurs qui peuvent être persuadés ne l'écoutent que peu ou prou", fait remarquer M. Karol.


Erdogan et Netanyahu s'écharpent sur le Proche-Orient

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
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  • Recep Tayyip Erdogan a vivement accusé Benjamin Netanyahu de “marcher sur les pas d’Hitler”, dénonçant la politique israélienne à Gaza comme une “usine à souffrance” et un “réseau génocidaire”
  • Les échanges verbaux se sont durcis : Israël a répliqué en qualifiant Erdogan de “dictateur antisémite”, tandis que les tensions s’intensifient autour de Gaza, du Liban et de la sécurité régionale

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "marcher sur les pas d'Hitler", les deux dirigeants se renvoyant le qualificatif de "génocidaire" par discours et communiqués interposés.

Affirmant qu'Israël s'est mué en une "usine à créer de la souffrance" se nourrissant "de sang et de larmes", le chef de l'Etat turc a à nouveau comparé M. Netanyahu à Adolf Hitler, lui prédisant "le même sort que celui des autres tyrans de l'histoire".

Mercredi, le président Erdogan, à couteaux tirés avec Benjamin Netanyahu depuis le déclenchement de la guerre à Gaza fin 2023, avait déjà déclaré que "la sécurité de la Turquie commence (...) à Alep, Damas et Beyrouth", estimant que le Premier ministre israélien et "sa clique criminelle" menacent également la Turquie.

"Nous ne tolérerons aucun fait accompli dans les pays frères et ne resterons pas les bras croisés face aux attaques", a-t-il ajouté face aux députés de son parti. En soulignant que l'armée israélienne "refuse de se retirer du Liban", où ses frappes ont fait quelque 3.700 morts depuis le déclenchement le 2 mars de sa nouvelle guerre contre le Hezbollah, selon les autorités locales.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a rétorqué mercredi soir dans un communiqué en accusant "le dictateur antisémite Erdogan, auteur d'un génocide contre les Kurdes", de soutenir le Hamas et d'emprisonner ses opposants, jugeant qu'"il est bien le dernier à pouvoir donner des leçons de morale à Israël".

Revenant à la charge, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi les méfaits à Gaza du "réseau génocidaire sioniste dirigé par Netanyahu".

"Ceux qui s'attaquent à notre région comme des requins assoiffés de sang devront un jour répondre de leurs actes", a-t-il conclu.


Médiation Etats-Unis/Iran : le Premier ministre du Pakistan affirme qu'un accord sur un texte de paix a été "atteint"

Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
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  • Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme qu’un accord sur le texte final d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran aurait été atteint, le Pakistan jouant un rôle de médiation entre les deux parties
  • Malgré des tensions et des accusations de désinformation, l’Iran estime que la conclusion d’un accord avec les États-Unis n’a jamais été aussi proche, tandis que Donald Trump conteste des fuites et nie qu’un texte corresponde à ce qui a été convenu

ISLAMABAD: Le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif a déclaré vendredi qu'un accord avait été "atteint" sur le texte d'un accord de paix entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer qu'un accord sur le texte final de l'accord de paix a été atteint et que le Pakistan maintenant travaille avec les deux parties pour finaliser les étapes suivantes", a écrit M. Sharif sur X.

"La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", a-t-il dit.

L'Iran a lui-même affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis n'avait "jamais été aussi proche", semblant vouloir calmer le jeu après un message furieux de Donald Trump accusant Téhéran de faire circuler un faux texte.

"Alors que le Pakistan déploie d'intenses efforts de médiation, nous avons pleinement conscience du fait qu'une campagne de désinformation incessante est menée par ceux qui veulent saboter l'accord de paix", a encore déclaré le ministre pakistanais.


Téhéran dit ne pas avoir tranché sur un accord brandi par Trump après l'annulation de frappes

Le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprime dans le Bureau ovale de la White House, jeudi. (Reuters)
Le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprime dans le Bureau ovale de la White House, jeudi. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme qu’un accord avec l’Iran est proche et a annulé des frappes américaines prévues
  • Téhéran assure qu’aucune décision finale n’a encore été prise concernant cet accord

TEHERAN: Téhéran a indiqué vendredi ne pas avoir encore tranché sur l'accord annoncé par le président américain pour mettre fin à la guerre, tempérant cette nouvelle annonce de Donald Trump qui a évoqué une signature dès "ce week-end".

Donald Trump a annulé jeudi des frappes américaines qu'il avait menacées de lancer dans la soirée contre l'Iran, assurant qu'un terrain d'entente avait été trouvé.

"Nous venons de trouver un très bon accord pour mettre fin à la guerre avec l'Iran et, une fois les documents finalisés, ce qui devrait être fait dans les prochains jours, nous aurons probablement une signature, peut-être en Europe", a déclaré le président américain depuis le Bureau ovale.

La diplomatie iranienne a toutefois peu après assuré que Téhéran n'avoir pas encore décidé de signer.

"Jusqu'à présent, l'Iran n'a pas encore abouti à une conclusion définitive concernant l'accord", a déclaré le porte-parole Esmaeil Baqaei aux médias d'Etat iraniens.

Le dirigeant républicain a dit penser que le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, avait validé ce qu'il a qualifié "d'accord-cadre très solide" avec les Etats-Unis et avancé que son vice-président, JD Vance, le signerait possiblement dès "ce week-end".

Mais il n'a donné aucun détail sur le contenu de ce compromis, si ce n'est qu'il assurait une réouverture immédiate du détroit d'Ormuz après la signature, et l'impossibilité pour l'Iran de se doter de l'arme nucléaire.

Selon un message sur X du bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Donald Trump avait promis que tout accord final inclurait "l'élimination de l'uranium enrichi" de Téhéran.

Cet espoir de résolution du conflit a entraîné à la baisse le pétrole, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, cédant 1,11% à 89,37 dollars vers 2H30 GMT. Rassérénés, les marchés asiatiques bondissent aussi vendredi matin, l'indice Nikkei à Tokyo grimpant de presque 4%, et le Kospi à Séoul flambant de plus de 7%.

- Terminal pétrolier menacé -

Jeudi, Donald Trump avait promis de frapper "très fort" l'Iran dans la soirée, menaçant notamment de "prendre l'île de Kharg", son principal terminal pétrolier.

Mais "prenant acte du fait que les discussions avec la République islamique d'Iran ont été vues et approuvées par les plus hautes autorités iraniennes", il a annoncé plus tard avoir "annulé les frappes et les bombardements qui étaient prévus contre l'Iran", sur son réseau Truth Social.

Mardi, Donald Trump avait déjà promis un accord imminent avec l'Iran, pour la 38e fois depuis le début du conflit, selon un décompte de CNN.

L'Egypte a appelé Washington et Téhéran à saisir "l'opportunité" d'un accord pour mettre fin à la guerre, après l'annulation des frappes sur l'Iran, dans un communiqué publié tard jeudi.

Le cessez-le-feu au Moyen-Orient, entré en vigueur le 8 avril, a globalement été respecté jusqu'au week-end dernier, mais cette semaine a été marquée par une reprise marquée des hostilités, plus de trois mois après le début du conflit.

L'armée américaine a indiqué avoir ciblé dans la nuit de mercredi à jeudi "des installations de surveillance militaire, des systèmes de communication et des sites de défense aérienne iraniens à travers tout le pays".

L'Iran a riposté en tirant une vingtaine de missiles vers une base américaine à Azraq en Jordanie - tous interceptés - et a à nouveau ciblé les monarchies du Golfe avec des drones. A Bahreïn, une enfant a été blessée par des débris.

- Ormuz fermé -

Le détroit d'Ormuz, par lequel passait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, a concentré les tensions: l'autorité maritime iranienne a annoncé le fermer totalement "jusqu'à nouvel ordre", alors que le passage d'une vingtaine de navires par jour était jusque-là autorisé.

L'Iran le verrouille depuis le début du conflit le 28 février, les Etats-Unis imposant en retour un blocus des ports iraniens.

Le conflit avait repris dimanche quand l'Iran a lancé des missiles sur Israël, pour la première fois depuis le début de la fragile trêve, en représailles à des frappes israéliennes sur Beyrouth.

Téhéran, parrain du Hezbollah libanais, insiste pour que tout accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient inclue le Liban, dont Washington voudrait traiter le sort à part.

Israël avait riposté aux missiles iraniens, avant que les deux ennemis n'annoncent suspendre les hostilités, comme réclamé par Donald Trump.

Dix membres du personnel d'un hôpital de la ville de Tyr, dans le sud du Liban, ont été blessés dans un bombardement israélien jeudi, a indiqué à l'AFP le directeur de l'établissement.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le territoire israélien en soutien à l'Iran. Depuis, Israël pilonne le pays voisin, disant vouloir "éliminer" le mouvement chiite.

Les opérations israéliennes ont tué plus de 3.700 personnes, principalement dans le sud du pays où son armée occupe désormais une partie du territoire.