La sécheresse en Europe a été une bénédiction pour les producteurs d'huile d'olive du Moyen-Orient

Des agriculteurs palestiniens cueillent des olives pendant la saison des récoltes dans une oliveraie à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. (AFP)
Des agriculteurs palestiniens cueillent des olives pendant la saison des récoltes dans une oliveraie à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. (AFP)
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Publié le Vendredi 15 septembre 2023

La sécheresse en Europe a été une bénédiction pour les producteurs d'huile d'olive du Moyen-Orient

  • Les récoltes décevantes en Europe ont donné aux producteurs arabes l'occasion d'affirmer leur domination sur leurs concurrents
  • L'ingrédient a une valeur économique, culturelle et agricole considérable dans le monde entier

DUBAΪ: L'olivier ancien semble être la dernière victime des changements climatiques à l'échelle de la planète.

En raison d'une sécheresse qui a duré toute l'année et d'un été torride dans le sud de l'Europe, le cœur de la production d'huile d'olive, l'Espagne, premier producteur mondial, et d'autres pays ont dû se battre pour satisfaire la demande mondiale de cet ingrédient de base pour la cuisine.

En conséquence, les fabricants européens se sont tournés vers le Moyen-Orient pour tenter de remédier à la pénurie.

«Le déficit d'approvisionnement doit être comblé et il n'y a pas de meilleur moment pour que le Moyen-Orient, et en particulier les États du Golfe, commence à le faire», déclare Mazen Assaf, sommelier et entrepreneur dans le domaine de l'huile d'olive.

Le monde arabe est considéré comme le berceau de l'huile d'olive et compte près de 1 600 variétés d'olives, explique M. Assaf, sommelier en huile d'olive et entrepreneur.

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Le monde arabe est considéré comme le berceau de l'huile d'olive et compte environ 1 600 variétés d'olives, explique Mazen Assaf, sommelier en huile d'olive et entrepreneur. (Photo fournie)

«Les opportunités sont là et plus évidentes que jamais.»

Au cours des derniers mois, l'Italie et le Portugal, respectivement deuxième et quatrième producteurs mondiaux d'huile d'olive, ont également connu des revers liés au climat, ce qui a entraîné une diminution des stocks.

En revanche, la Grèce, troisième producteur mondial, a bénéficié d'un climat doux et de précipitations suffisantes tout au long de l'année. Malgré ces conditions, elle a du mal à répondre à la demande internationale croissante pour ce produit.

«L'huile d'olive est un aliment de base profondément ancré dans la culture méditerranéenne. Toutefois, son influence s'étend au monde entier», souligne Mazen Assaf à Arab News.

«La demande grimpe en flèche à l’échelle mondiale et l'offre diminue considérablement en Europe, ce qui entraîne une hausse des prix dans le monde entier.»

En règle générale, l'Espagne produit plus de 50% de l'huile d'olive mondiale, avec une moyenne de 1,2 million de tonnes par an.

Mais au cours des deux dernières années, une série de vagues de chaleur marquées par des températures dépassant les 40 °C ont réduit la production du pays à quelque 600 000 tonnes.

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Les variétés Chetoui et Chemlali sont populaires au Maroc et en Tunisie, ainsi que la Souriani qui est originaire des pays du Levant. (AFP)

Le prix d'une bouteille d'huile d'olive en Espagne a donc augmenté de près de 60% en 2022 et il s'élève actuellement à 10 euros le litre pour le type extra vierge.

Les répercussions de la sécheresse et de la pénurie d'huile d'olive en Espagne se font sentir en Turquie, où le ministère du Commerce a imposé une interdiction de trois mois sur les exportations d'huile d’olive.

«Les inquiétudes de l'Espagne ne sont pas les seules», indique M. Assaf, ajoutant que les incendies de forêt devenaient un phénomène de plus en plus courant dans l'ensemble de la Méditerranée.

«La présence de la bactérie xylella fastidiosa sur ces terres tue aussi lentement les oliviers, ce qui entraîne une nouvelle baisse de l'offre», ajoute-t-il en faisant référence à la Grèce et à l'Italie.

Selon certains rapports, la bactérie mortelle a tué plus de 21 millions d'oliviers dans la région des Pouilles, au sud de l'Italie, qui représentait jusqu'à récemment la moitié de la production d'huile d'olive du pays.

Naïm ben Saïd, partenaire du moulin Dear Goodness en Tunisie, déclare que la production mondiale d'huile d'olive avait chuté de 20% par rapport à la saison de récolte précédente, principalement en raison de la réduction de la production en Europe.

 

Types d'huile d'olive

- Vierge: Il s'agit du jus pur extrait des olives par des moyens mécaniques. En fonction de paramètres de qualité spécifiques tels que l'acidité et l'oxydation, elle peut également être qualifiée d'«extra vierge».

- Mixte: Également connue sous le nom d'«huile d'olive pure ou ordinaire», il s'agit d'un mélange d'huile vierge extra et, généralement, d'huile raffinée chimiquement.

- Pomme: elle est extraite du résidu des olives après le processus de pressage initial.

Source: Naïm ben Saïd, partenaire du moulin Dear Goodness en Tunisie.

 

«En termes de consommation mondiale, l'Union européenne (UE), les États-Unis et la Turquie représentent plus de 65% du total», précise-t-il à Arab News.

En termes de consommation par habitant, la Grèce arrive en tête avec une moyenne annuelle de 12,7 litres, suivie de l'Espagne avec 11,6 litres et de l'Italie avec 9,1 litres.

En comparaison, dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (Mena), le Maroc a la consommation annuelle moyenne par habitant la plus élevée avec 4 litres, suivi de la Syrie avec 3,9 litres et de la Tunisie avec 2,5 litres, selon M. Ben Saïd.

Les niveaux de production actuels étant appelés à devenir la nouvelle norme, plusieurs pays du Moyen-Orient, notamment le Liban, la Tunisie, le Maroc et la Jordanie, contribuent à combler le déficit.

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Vue aérienne d'un verger d'oliviers et de figuiers dans le village de Kurin, dans le sud de la province d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie, tenue par les rebelles. (AFP)

Mazen Assaf précise que le monde arabe est considéré comme le berceau de l'huile d'olive et compte près de 1 600 variétés d'olives, dont la Chetoui et la Chemlali, populaires au Maroc et en Tunisie, ainsi que la Souriani, originaire des pays du Levant et connue pour sa saveur exquise et ses niveaux élevés d'antioxydants.

«Le Liban a connu une forte augmentation de ses exportations, tandis que la Tunisie et le Maroc ont toujours exporté plus de 90% de leur production vers l'Europe, où elle est mise en bouteille et conditionnée en tant qu'huile européenne», explique-t-il.

Bien qu'il soit en proie à une crise économique grave et prolongée, ainsi qu'aux défis liés aux pénuries de main-d'œuvre, aux perturbations de l'approvisionnement en électricité et à l'inflation galopante, le Liban a produit 17 000 tonnes d'huile d'olive en 2022-23, conformément à sa moyenne quinquennale.

Les infrastructures d'Arabie saoudite et de Jordanie ont également augmenté leur capacité de production.

La Jordanie a maintenu un approvisionnement régulier en huile d'olive malgré les revers causés par le changement climatique et la pénurie d'eau. Selon le Jordanian Olive Presses Owners' Syndicate, la production devrait augmenter de 25% au cours de la prochaine saison, ce qui s'accompagnera d'une légère hausse des prix.

Ces dernières années, la production d'huile d'olive en Jordanie a connu des fluctuations, notamment une baisse de 34 720 tonnes en 2019 à 23 000 tonnes en 2021. Mais les perspectives sont prometteuses.

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La filière de l'huile d'olive joue un rôle crucial dans les pays de la région Mena, en assurant la subsistance des agriculteurs et en soutenant le commerce intérieur et international. (AFP)

Selon le ministère de l'Agriculture, la Jordanie compte quelque 11 millions d'oliviers, qui représentent 72% des arbres fruitiers et près de 30% des surfaces cultivées.

La probabilité que les températures mondiales dépassent le seuil critique de 1,5 °C d'augmentation d'ici à 2027 constitue une menace importante pour le cycle de récolte de l'huile d'olive dans de nombreux pays arabes, dont la Jordanie.

«L'impact de cette situation plonge le monde dans l'incertitude, car des scénarios climatiques similaires à ceux qui se déroulent en Europe ne peuvent être exclus pour les pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord», déclare Farah Najem, consultante principale au sein de la société d'ingénierie et de services professionnels WSP.

Elle souligne que la crise actuelle de l'huile d'olive constitue une occasion unique pour les économies de la région Mena, dont beaucoup dépendent traditionnellement des industries primaires telles que la récolte des olives.

«Des Grecs aux Romains, en passant par de nombreuses régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, les olives ont trouvé leur place dans les bols et les assiettes de la civilisation depuis des siècles», précise-t-elle à Arab News.

La filière de l'huile d'olive joue un rôle crucial dans les pays de la région Mena, en assurant la subsistance des agriculteurs et en soutenant le commerce national et international.

Malgré les défis auxquels la filière est confrontée, il y a encore des raisons d'être optimiste, avec des stratégies innovantes et durables qui contribuent à assurer son avenir, selon Mme Najem.

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Selon Fortune Business, la taille du marché mondial de l'huile d'olive s'élève actuellement à 14,20 milliards de dollars (1 dollar = 0,94 euro). (AFP)

«De nombreuses initiatives visant à accroître la production alimentaire dans la région témoignent de la volonté de surmonter les contraintes géographiques, la pénurie d'eau et les difficultés climatiques», affirme-t-elle.

Ces initiatives montrent que la production durable peut être un facteur essentiel pour préserver la sécurité alimentaire et la stabilité économique, ajoute-t-elle.

«L’avantage pour les pays du Moyen-Orient qui prennent des initiatives actives en matière de sécurité alimentaire et hydrique est qu'ils peuvent se positionner pour créer des mécanismes nationaux de sécurité alimentaire robustes tout en renforçant la stabilité économique face aux fluctuations du marché mondial», souligne Farah Najem.

Selon Fortune Business, la taille du marché mondial de l'huile d'olive s'élève actuellement à 14,20 milliards de dollars (1 dollar = 0,94 euro) et il devrait atteindre 18,42 milliards de dollars en 2030, soit un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 3,3%. Dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique en particulier, la taille du marché devrait croître à un TCAC de 2,18% au cours de la même période.

«Cela représente une projection de croissance significative pour la région Mena, une région qui abrite plusieurs pays en première ligne de la sécurité alimentaire mondiale», note Mme Najem.

Entre-temps, les pays non méditerranéens ont également été témoins d'une augmentation constante de la demande d'huile d'olive.

«L'huile d'olive est la plus saine des matières grasses, elle regorge d'antioxydants et constitue un ingrédient essentiel du régime méditerranéen sain», explique M. Assaf.

«Comme elle est d’origine entièrement végétale, elle suscite un intérêt croissant de la part du consommateur moyen.»

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"L'huile d'olive est la plus saine des graisses, elle regorge d'antioxydants et constitue un ingrédient essentiel du régime méditerranéen sain", a déclaré Mazen Assaf. (Photo fournie)

Il déclare que la demande d'huile d'olive a explosé aux États-Unis – parallèlement à une forte augmentation de la production, en particulier en Californie – ainsi qu'en Asie du Sud-Est et de l'Est, où des pays comme le Japon ont manifesté un vif intérêt pour sa production en raison de l'augmentation de la consommation.

Le Chili, l'Australie, l'Argentine et le Brésil augmentent également leur production, ce qui laisse présager un avenir radieux pour le secteur de l'huile d'olive, dont la valeur économique, culturelle et agricole est considérable dans le monde entier.

Mazen Assaf conclut: «Je suis persuadé que nous n'abandonnerons pas facilement ce secteur. L'huile d'olive est notre culture, notre patrimoine, notre passion, notre bouée de sauvetage et notre vocation.»

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 


La crise avec l’Iran pousse les économies du Golfe à accélérer leur transformation

La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités. (AFP)
La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités. (AFP)
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  • C’est l’analyse développée par Jean-Baptiste Chauvel, responsable des services du Trésor français dans la région du Golfe, lors d’une visioconférence organisée par la Chambre de commerce franco-arabe
  • Selon lui, cette crise constitue moins une rupture qu’un puissant accélérateur des transformations engagées depuis plusieurs années

PARIS: La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités.

C’est l’analyse développée par Jean-Baptiste Chauvel, responsable des services du Trésor français dans la région du Golfe, lors d’une visioconférence organisée par la Chambre de commerce franco-arabe. Selon lui, cette crise constitue moins une rupture qu’un puissant accélérateur des transformations engagées depuis plusieurs années.

À ses yeux, il n’existe pas de modèle économique unique dans le Golfe. Les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont certes engagé des politiques de diversification, mais ils avancent à des rythmes différents et disposent de marges de manœuvre très inégales pour absorber un choc géopolitique majeur.

Les Émirats arabes unis apparaissent, selon lui, comme l’économie la plus solide de la région. Une croissance soutenue, des finances publiques excédentaires et un faible niveau d’endettement leur offrent une capacité d’adaptation que peu de leurs voisins possèdent. Cette discipline budgétaire permet au pays de continuer à investir dans la diversification de son économie tout en faisant face aux conséquences d’une crise régionale.

La situation est plus contrastée ailleurs, estime-t-il. Certains États continuent de financer leur croissance par d’importants déficits publics, ce qui réduit leur capacité à amortir les chocs.

L’Arabie saoudite, indique Chauvel, demeure, malgré les progrès réalisés dans le cadre de Vision 2030, plus dépendante des recettes pétrolières pour équilibrer son budget, même si les réformes engagées doivent progressivement réduire cette dépendance.

Des économies résilientes, mais des vulnérabilités persistantes

L’autre enseignement majeur concerne précisément le pétrole. Si les statistiques montrent une baisse progressive de la part des hydrocarbures dans le produit intérieur brut, Chauvel souligne qu’il ne faut pas se laisser tromper par les chiffres. Une grande partie de l’activité économique reste indirectement liée au secteur pétrolier, qu’il s’agisse de l’industrie, de la pétrochimie, de la logistique, des infrastructures ou encore des services. La diversification est réelle, affirme-t-il, mais elle demeure inachevée.

La crise actuelle rappelle également que la géographie continue de peser lourdement sur les économies du Golfe et que tous les pays ne sont pas exposés de la même manière. Leur vulnérabilité dépend notamment de leur proximité avec l’Iran et de leur dépendance au détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle des exportations d’hydrocarbures.

Au sein même des Émirats, les conséquences varient, affirme Chauvel. Il souligne que Dubaï, dont le modèle économique repose largement sur le commerce international, le tourisme, les transports et les services financiers, est naturellement plus sensible à une dégradation de la situation régionale qu’Abou Dhabi, dont les ressources pétrolières et les importants fonds souverains offrent un amortisseur plus efficace.

Les premières conséquences sont déjà visibles. Les grandes institutions internationales, comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ont commencé à réviser leurs prévisions de croissance pour plusieurs économies du Golfe. L’Arabie saoudite, indique Chauvel, figure parmi les pays les plus concernés, tandis que les Émirats devraient connaître un ralentissement plus limité grâce à la solidité de leurs finances publiques.

Par ailleurs, Chauvel ne croit pas à un retour rapide à la normale. Même si un accord diplomatique devait intervenir entre Washington et Téhéran, il estime que le risque géopolitique restera durablement présent. Cette nouvelle réalité devrait, selon lui, modifier les stratégies économiques des États de la région.

La priorité ira désormais aux investissements dans les secteurs considérés comme stratégiques : la défense, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, l’industrie manufacturière, les infrastructures critiques et la sécurité énergétique. Les gouvernements chercheront à renforcer leur autonomie technologique afin de réduire leur dépendance aux fournisseurs occidentaux, notamment dans les industries de défense.

La géopolitique accélère la diversification 

Cette réorientation ne remet toutefois pas en cause leur volonté d’attirer les capitaux étrangers, bien au contraire. Les États du Golfe entendent poursuivre leur ouverture économique. L’Arabie saoudite maintient, par exemple, son objectif ambitieux d’attirer près de 100 milliards de dollars d’investissements directs étrangers par an, tandis que les fonds souverains de la région continueront d’investir massivement à l’international afin de diversifier leurs actifs.

L’un des principaux défis demeure toutefois celui de l’innovation. Malgré des investissements considérables, les économies du Golfe restent en retrait dans les classements internationaux mesurant leur capacité à produire des technologies de pointe. De son point de vue, cette faiblesse constitue probablement le principal chantier de la prochaine décennie, car construire un véritable écosystème d’innovation suppose de former des talents, de développer la recherche et de produire localement des technologies, plutôt que de se contenter de les importer. Ce processus est long et coûteux, mais il est désormais rendu encore plus indispensable par les tensions géopolitiques.

Cette nouvelle donne pourrait également rebattre les cartes de la coopération régionale. Chauvel voit se dessiner deux trajectoires. La première prolongerait la concurrence actuelle entre les grandes places économiques du Golfe, chaque pays cherchant à renforcer son statut de hub régional pour le tourisme, la finance, la logistique ou le transport aérien. Une telle compétition favoriserait, selon lui, les réformes, mais risquerait aussi d’entraîner des investissements redondants, voire excessifs.

La seconde voie privilégierait une intégration plus poussée entre les membres du CCG, à travers une meilleure coordination des infrastructures, une interconnexion logistique renforcée, une harmonisation des politiques de mobilité, une coopération industrielle et financière, voire le développement de capacités communes dans les secteurs de la sécurité et de la défense. Cependant, si cette option apparaît économiquement plus rationnelle, Jean-Baptiste Chauvel reconnaît que la logique concurrentielle reste aujourd’hui la plus probable.

Au fond, conclut-il, la crise avec l’Iran ne remet pas en cause la trajectoire économique du Golfe, mais elle en accélère le rythme. Les États de la région disposent d’importants atouts : des réserves financières considérables, des fonds souverains parmi les plus puissants au monde et une volonté politique affirmée de transformer leurs économies.


Bercy met le frein à la hausse des dépenses pour 2027

Le ministre français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, Roland Lescure (à gauche), et le ministre délégué chargé des Comptes publics, David Amiel (à droite), quittent le palais de l’Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 20 mai 2026. (AFP)
Le ministre français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, Roland Lescure (à gauche), et le ministre délégué chargé des Comptes publics, David Amiel (à droite), quittent le palais de l’Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 20 mai 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement français présente un projet de budget 2027 visant à limiter fortement la hausse des dépenses de l’État (+0,4% hors défense), avec une priorité donnée à la défense, à l’écologie, à l’éducation et à la recherche
  • Le plan suscite des critiques : syndicats et oppositions dénoncent une politique d’austérité, tandis que Bercy insiste sur la nécessité de réduire le déficit public et de préserver les choix démocratiques

PARIS: Le gouvernement a publié jeudi son projet de dépenses pour un budget 2027 "de sauvegarde républicaine", selon le ministre des Comptes publics David Amiel, marqué par une hausse des dépenses de l'Etat quatre fois inférieure à l'inflation, hors défense et intérêts de la dette.

Bercy a publié jeudi ce document annuel fixant les "plafonds de dépenses du projet de loi de finances pour 2027", le "tiré à part" en jargon budgétaire.

En juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait écrit aux ministres pour leur demander de revoir à la baisse leurs demandes initiales.

Résultat, hormis la hausse des dépenses de Défense (+6,4 milliards d'euros), le gouvernement affiche l'ambition de limiter l'an prochain la progression des dépenses ministérielles à 0,4%, "soit quatre fois moins que l'inflation attendue en 2027".

Ainsi, hors Défense, les crédits des ministères n'augmenteront que de 1,5 milliard d'euros au total, à raison de 1,5 milliard d'euros pour l'écologie, notamment après les épisodes de canicule, 0,8 pour l'enseignement scolaire, 0,6 pour la recherche et l'enseignement supérieur, 0,6 pour "les sécurités" ou 0,4 pour la justice.

- "Livre ouvert" -

En revanche, la mission "travail" perdrait 2,8 milliards, l'aide publique au développement, 0,3, les missions "agriculture" et "santé", 0,1 milliard chacune.

"Les crédits de l'apprentissage seront préservés, par les temps qui courent, c'est un choix fort !", s'est défendu dans les Echos le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, qui reconnaît néanmoins un nouveau coup de vis sur le compte personnel de formation (CPF) ainsi que la poursuite de la lutte contre la fraude à la formation professionnelle, et à l'apprentissage. Le ministre du Travail évoque ainsi "une nouvelle version du référentiel Qualiopi (...) officialisée la semaine prochaine".

Au total, les dépenses de l'administration centrale sont fixées à 708,4 milliards d'euros pour l'an prochain.

Mais celles de la Sécurité sociale "croîtront plus vite que l'inflation", remarque le document, pour progresser de 17 milliards d'euros, à 838,3 milliards.

Le gouvernement demandera également aux collectivités territoriales, dont il ne maîtrise pas les budgets, de ne pas augmenter leurs dépenses de fonctionnement au-delà de l’inflation en 2027, tandis que leurs dépenses d'investissement devraient reculer légèrement, en année post-municipales.

"Un budget de sauvegarde républicaine, a dit David Amiel, protège l'avenir sans confisquer les choix démocratiques", avec des mesures "réversibles".

Le "tiré à part", a souligné le ministre, n'est pas "un point d'arrivée mais un point de départ, et constitue la base d'un dialogue que nous voulons conduire jusqu'à la rentrée".

Il a confirmé que le gouvernement avait l'intention de déposer le projet de budget le mercredi 30 septembre, revenant à "la pratique habituelle", alors que les deux budgets post-dissolution avaient débordé sur octobre pour leur présentation, et sur l'année suivante pour leur adoption.

"On nous parle de budget de sauvegarde républicaine, mais on ne parle pas d'anticipation, encore une fois, on est sur des mesures d'économies", a réagi auprès de l'AFP Nathalie Bazire, secrétaire confédérale de la CGT.

"Cela ne peut que ne pas nous convenir, nous ne comprenons pas pourquoi les arbitrages vont dans ce sens-là", a réagi de son côté Patricia Drevon, secrétaire confédérale de FO, dénonçant "encore un mauvais coup".

- "Science-fiction" -

Cette année, Bercy a procédé de manière "inédite", en confiant à quatre économistes reconnus le soin d'examiner les comptes publics "à livre ouvert" depuis fin mai, a rappelé M. Amiel.

Leur rapport rendu public mercredi signale que le déficit public, prévu à 5% du PIB cette année - et donc bien supérieur aux 3% exigés par Bruxelles - pourrait déraper jusqu'à 6,8% en 2030, à "politique économique inchangée".

Ils préconisent un effort de 126 milliards d'euros d'ici à la fin du prochain quinquennat à entamer impérativement dès 2027, sans exclure qu'il faille recourir aussi à des hausses d'impôts pour réduire le déficit.

Un point qu'a soulevé le président de la Commission des Finances Eric Coquerel (LFI), regrettant que le gouvernement ne semble pas disposé à toucher aux recettes, "et notamment aux cadeaux fiscaux faits aux ultra-riches".

M. Coquerel a remarqué aussi qu'en tenant compte de l'inflation, les crédits hors défense prévus pour 2027 seraient en baisse de 6 milliards d'euros, et non en hausse de 0,4%.

Il a considéré également que la promesse du gouvernement de revenir à 3% du PIB de déficit public en 2029 relevait désormais "de la science-fiction".

Sur ce point, "il appartiendra aux candidats de définir leur trajectoire de finances publiques 2028 et 2029", a éludé M. Amiel.


Le pétrole accentue sa flambée après de nouvelles frappes en Iran

L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
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  • Le pétrole bondit après de nouvelles frappes en Iran et l'annonce du retour du blocus des ports iraniens
  • Les tensions autour d'Ormuz renforcent les craintes pour l'approvisionnement mondial

LONDRES: Les cours du pétrole accélèrent mardi leur ascension, après de nouvelles frappes en Iran, à quelques heures du rétablissement du blocus naval des ports iraniens annoncé par Donald Trump, qui a aussi dit vouloir de mettre en place un péage sur le détroit d'Ormuz.

En pleine escalade militaire entre Téhéran et Washington, les autorités locales ont rapporté de nouveaux bombardements américains sur la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, et au sud-ouest du pays, dans une zone pétrolifère proche de l'Irak et du Koweït.

Peu après avoir brièvement pris plus de 5%, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, montait de 4,93% à 87,41 dollars vers 10H55 GMT (12H55 à Paris). Celui de son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en août, progressait de 3,75% à 81,07 dollars.

Les deux références du brut ont atteint mardi des prix inédits depuis mi-juin, après s'être envolées jusqu'à plus de 10% la veille.

Le président américain a annoncé lundi sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz, avec la mise en place d'un nouveau blocus des ports iraniens, qui doit entrer en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

"La perte de pétrole brut iranien, qui a représenté en moyenne 2% de la demande mondiale depuis la signature du protocole d'accord" entre Washington et Téhéran le 17 juin - qui s'était traduit par la levée du précédent blocus - "se fera sentir sur les marchés mondiaux", note Vivek Dhar, de CBA.

L'analyste estime qu'environ 40 à 50% du pétrole ayant quitté le détroit d'Ormuz depuis le 18 juin est attribuable à l'Iran, contre une part de 10 à 15% avant la guerre.

"La véritable inconnue est la réaction de l'offre non iranienne" selon lui, car la République islamique "est désormais fortement incitée à rétablir son propre blocus".

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, Donald Trump a aussi dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Pour l'association d'armateurs Bimco, "le surcoût qui en résulterait constituerait un frein supplémentaire au transit" via Ormuz.

"Un tournant extraordinaire des événements est en train de se jouer au Moyen-Orient", résume John Evans, de PVM Energy, qui constate que "cette dégradation de la diplomatie et cette accélération des échanges de tirs ont pris le marché quelque peu de court".

Mais Donald Trump tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible", les consultations avec les médiateurs se poursuivant selon la diplomatie iranienne.