Libye: à Derna, l'insoutenable attente des proches des disparus

Des hommes marchent devant des bâtiments détruits dans une ruelle couverte de boue de la ville de Derna, dans l'est de la Libye, le 19 septembre 2023, à la suite d'inondations soudaines meurtrières. (Photo: Mahmud Turkia / AFP)
Des hommes marchent devant des bâtiments détruits dans une ruelle couverte de boue de la ville de Derna, dans l'est de la Libye, le 19 septembre 2023, à la suite d'inondations soudaines meurtrières. (Photo: Mahmud Turkia / AFP)
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Publié le Mercredi 20 septembre 2023

Libye: à Derna, l'insoutenable attente des proches des disparus

  • Lorsque les flots ont envahi la maison familiale, Mohamad Badr s'est accroché au climatiseur. L'eau continuait à monter, ne lui laissant qu'un petit espace sous le toit pour pouvoir garder la tête hors de l'eau
  • «J'entendais beaucoup de hurlements. C'étaient des voisins qui avaient crié jusqu'à ce qu'ils rendent l'âme. Il faisait noir et il n'y avait personne» pour les aider

DERNA: Dans la ville libyenne de Derna, la brise marine se mêle à l'odeur nauséabonde de corps ensevelis sous les décombres. Dix jours après les inondations meurtrières, des proches de disparus attendent avec angoisse de connaître leur sort, sans se faire d'illusions.

Les rescapés racontent que les cadavres sont "partout": sous les décombres et sous une couche épaisse de boue que les flots ont laissée derrière, après avoir tout emporté sur leur passage. D'autres ont été charriés par le déluge vers la Méditerranée qui en a rejeté des centaines.

Selon un bilan officiel encore provisoire, le drame a fait plus de 3 300 morts mais les autorités et les organisations humanitaires internationales redoutant un bilan beaucoup plus lourd en raison du nombre de disparus, qui se comptent par milliers.

Mohamad Badr est occupé à nettoyer sa maison noyée dans la boue dans l'un des quartiers sinistrés de Derna, mais s'arrête par moments pour évoquer ses voisins et ses proches disparus.

"La famille Bouzid, la famille Fachiani, la famille al-Khalidi, ce sont des familles entières. Il n'en reste plus personne", raconte à l'AFP cet homme de 23 ans, les mains et les vêtements maculés de boue.

Il est revenu chez lui avec six ouvriers pour tenter de sauver ce qui restait des meubles et des affaires de la famille.

Sur le toit de sa maison, Mohamad Badr fait le tri: des canapés, des coussins, des vêtements, un tapis roulant, des chaises, des rideaux, des équipements électriques. "Dieu sait s'ils fonctionnent encore", dit-il.

L'émotion le rattrape lorsqu'il raconte comment il a miraculeusement survécu dans la nuit du 10 septembre après avoir été cerné par les eaux des heures durant.

«Plus d'un cauchemar»

"J'entendais beaucoup de hurlements. C'étaient des voisins qui avaient crié jusqu'à ce qu'ils rendent l'âme. Il faisait noir et il n'y avait personne" pour les aider.

Il affirme avoir vécu "plus d'un cauchemar" cette nuit-là.

"Mon frère est mort après avoir saigné pendant des heures à cause d'une blessure au bras causée par la chute d'un objet", sans que personne ne puisse l'aider.

Lorsque les flots ont envahi la maison familiale, Mohamad Badr s'est accroché au climatiseur. L'eau continuait à monter, ne lui laissant qu'un petit espace sous le toit pour pouvoir garder la tête hors de l'eau.

Il a failli se noyer quand le climatiseur s'est décroché, mais il a pu s'agripper à un canapé qui flottait.

Il a attendu des heures avant que le niveau de l'eau, qui a laissé des traces encore visibles sur les murs, ne commence à baisser.

Ses parents, sa belle-sœur et ses trois enfants ont survécu, mais il est sans nouvelles de ses oncles et leurs familles. Trente-deux au total. L'immeuble où ils vivaient s'est affaissé et ses décombres sont inaccessibles.

"Leurs corps ont peut-être été retrouvés et personne n'a pu les identifier. Avec le temps, on ne reconnait plus les traits", confie-t-il.

«Aucun trait reconnaissable»

Durant les premiers jours, des équipes de secours et des bénévoles ont enterré à la hâte des centaines de corps dans des fosses communes sans les identifier, ont regretté les autorités qui affirment avoir entrepris la collecte d'échantillons ADN des victimes dans l'espoir de pouvoir connaître leur identité plus tard.

Dans un autre quartier de la ville, Mahmoud Erqiq, 50 ans, offre de l'eau potable et des rafraîchissements aux secouristes.

Les yeux embués, il énumère les noms de familles voisines dont il est sans nouvelles. "La famille Karaz, la famille Bou Chatila, la famille Ghariani, la famille Snidel, la famille Tashani..."

Le lendemain des inondations, "j'ai récupéré 20 corps dans mon quartier", affirme-t-il.

L'appartement de Mahmoud, situé dans un étage supérieur, a été épargné, mais il a perdu sa "source de subsistance", déplore-t-il en montrant l'emplacement de l'atelier, entièrement détruit, dans lequel il exerçait comme tourneur fraiseur.

A côté de lui, Miloud Boussertia, 40 ans, visiblement encore sous le choc, dit avoir perdu 25 membres de sa famille. "Notre immeuble s'est effondré. Il y avait 25 personnes à l'intérieur et elle sont toutes mortes", raconte l'homme, qui n'était pas chez lui quand le drame s'est produit.

Il affirme avoir perdu "jusqu'à 70" de ses proches ailleurs dans la ville. "Nous avons encore des personnes portées disparues."

Miloud Boussertia reste en permanence aux côtés des équipes de secours.

"Dès qu'ils trouvent un corps, nous venons ouvrir le sac mortuaire", dit-il. "Mais maintenant, les traits ne sont plus reconnaissables."


L'Iran offre 30.000 dollars pour tuer ou capturer des soldats américains

L'armée iranienne a annoncé dimanche une prime de 30.000 dollars pour toute personne qui tuerait ou capturerait un soldat américain, avec une récompense doublée si l'action est menée par une femme. (AFP)
L'armée iranienne a annoncé dimanche une prime de 30.000 dollars pour toute personne qui tuerait ou capturerait un soldat américain, avec une récompense doublée si l'action est menée par une femme. (AFP)
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  • "Quiconque tue ou capture et remet à l'armée de la République islamique d'Iran un militaire américain envahisseur recevra une récompense équivalente à 30.000 dollars, soit cinq milliards de tomans"
  • En employant le terme "envahisseur", Amir Hatami suggère qu'il s'agirait du cas où l'Iran ferait l'objet d'une violation de son territoire

TEHERAN: L'armée iranienne a annoncé dimanche une prime de 30.000 dollars pour toute personne qui tuerait ou capturerait un soldat américain, avec une récompense doublée si l'action est menée par une femme.

Le chef d'état-major de l'armée, Amir Hatami, a affirmé que ce dispositif avait été mis en place à la suite d'un "grand nombre de demandes" de personnes souhaitant contribuer financièrement, selon l'agence officielle Irna.

"Quiconque tue ou capture et remet à l'armée de la République islamique d'Iran un militaire américain envahisseur recevra une récompense équivalente à 30.000 dollars, soit cinq milliards de tomans", a-t-il déclaré, en utilisant cette unité monétaire informelle équivalant à 10.000 rials iraniens.

En employant le terme "envahisseur", Amir Hatami suggère qu'il s'agirait du cas où l'Iran ferait l'objet d'une violation de son territoire.

Aucun déploiement connu de troupes américaines au sol n'a eu lieu en Iran pendant la guerre au Moyen-Orient, à l'exception d'une mission de sauvetage menée en avril pour porter secours à un pilote américain dont l'appareil s'était écrasé.

"Les courageuses femmes iraniennes qui accompliront une telle action recevront le double de cette récompense", a-t-il ajouté.

La guerre entre Téhéran et Washington a été déclenchée le 28 février par des frappes conjointes des Etats-Unis et d'Israël contre la République islamique qui a répliqué en lançant des frappes sur les pays du Golfe alliés de Washington.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un accord-cadre en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats.

L'Iran et les Etats-Unis ont depuis échangé sporadiquement des frappes qui se concentrées principalement autour du stratégique détroit d'Ormuz.


L'émissaire de Trump se rendra en Israël pour tenter d'aplanir les divergences sur Gaza

Une première version du plan pour la bande de Gaza rendue publique par le "Conseil de Paix", à laquelle le Hamas avait donné son accord, prévoyait un retrait israélien progressif d'une grande partie de ce territoire palestinien. (AFP)
Une première version du plan pour la bande de Gaza rendue publique par le "Conseil de Paix", à laquelle le Hamas avait donné son accord, prévoyait un retrait israélien progressif d'une grande partie de ce territoire palestinien. (AFP)
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  • M. Netanyahu, sur la sellette avant les élections législatives d'octobre dont le résultat paraît incertain, a promis qu'il n'y aurait pas de retrait et a mis en doute la volonté du Hamas de se désarmer
  • Le Hamas de son côté a insisté sur le fait qu'il soutenait l'accord. "Nous continuons à attendre que les médiateurs et la partie américaine fassent pression sur Netanyahu et son gouvernement pour les contraindre à respecter la feuille de route"

JERUSALEM: Jared Kushner, l'émissaire et gendre de Donald Trump, se rendra en Israël la semaine prochaine pour tenter d'aplanir les divergences entre les deux alliés sur le plan américain pour la bande de Gaza, a déclaré une source au sein du "Conseil de paix".

Il se rendra avec Nikolaï Mladenov, le haut représentant pour ce territoire palestinien du "Conseil de paix" créé par le président américain, en Israël et en Egypte, un pays médiateur-clé.

Cette visite interviendra après que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rejeté publiquement le 9 août la feuille de route américaine en 15 points annoncée fin juillet par M. Mladenov, qui prévoit le désarmement du Hamas et le retrait israélien de la bande de Gaza.

Si ce mouvement islamiste palestinien l'a acceptée, Israël a dit lier tout départ de ses soldats à un "véritable" désarmement du Hamas.

Selon une source au sein du "Conseil de Paix", MM. Kushner et Mladenov espèrent "des discussions constructives" sur le plan de paix global de Donald Trump pour la bande de Gaza, dont le premier jalon a été le cessez-le-feu décrété en octobre 2025. Depuis, les frappes israéliennes ont diminué en intensité, sans s'arrêter pour autant.

"Les Etats-Unis et Israël s'accordent sur l'issue souhaitée à Gaza, c'est-à-dire un Hamas démilitarisé", a précisé la même source, qui a requis l'anonymat.

"Nous allons écouter les préoccupations soulevées et discuter des prochaines étapes", a-t-elle poursuivi.

Une première version du plan pour la bande de Gaza rendue publique par le "Conseil de Paix", à laquelle le Hamas avait donné son accord, prévoyait un retrait israélien progressif d'une grande partie de ce territoire palestinien.

Mais M. Mladenov est ensuite revenu sur ses propos et a déclaré qu'Israël n'aurait pas à retirer ses forces tant que le Hamas ne se serait pas entièrement désarmé.

M. Netanyahu, sur la sellette avant les élections législatives d'octobre dont le résultat paraît incertain, a promis qu'il n'y aurait pas de retrait et a mis en doute la volonté du Hamas de se désarmer, exigeant que celui-ci détruise ses armes de manière vérifiable.

Le Hamas de son côté a insisté sur le fait qu'il soutenait l'accord. "Nous continuons à attendre que les médiateurs et la partie américaine fassent pression sur Netanyahu et son gouvernement pour les contraindre à respecter la feuille de route", a dit à l'AFP Bassem Naim, membre du bureau politique de ce mouvement islamiste.

Il a appelé les Etats-Unis à "empêcher la perturbation du processus (de mise en oeuvre) de l'accord de cessez-le-feu pour des raisons politiques et électorales".

 


Kushner doit rencontrer le Hamas en Egypte

Hassan Rashad (2e à droite), chef des services de renseignement égyptiens, a rencontré dimanche une délégation du Hamas. (ARCHIVES/AFP)
Hassan Rashad (2e à droite), chef des services de renseignement égyptiens, a rencontré dimanche une délégation du Hamas. (ARCHIVES/AFP)
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  • Le Hamas a donné son accord fin juillet à une feuille de route américaine, censée lancer la deuxième étape du plan américain, prévoyant le désarmement du mouvement islamiste et le retrait israélien du territoire palestinien
  • Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui rejeté officiellement le texte en exigeant un désarmement "véritable" du Hamas

LE CAIRE: Des sources au sein du Hamas ont indiqué dimanche que l'émissaire américain Jared Kushner allait rencontrer des dirigeants du mouvement islamiste palestinien en Egypte, avant sa visite en Israël, au moment les Etats-Unis cherchent à faire avancer le plan de paix à Gaza.

L'entretien, qui n'a pas été confirmé par les Etats-Unis, devrait se tenir à Al-Alamein, dans le nord de l'Egypte, un pays qui fait office depuis des années de médiateur dans le conflit israélo-palestinien.

M. Kushner, également gendre du président Donald Trump, s'est déjà entretenu dimanche à Al-Alamein avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, alors que le chef du Hamas, Khalil al-Hayya, a rencontré de son côté le chef du renseignement égyptien, Hassan Rachad.

Ces rencontres surviennent au moment où les Etats-Unis tentent d'aplanir les divergences entre Israël et le Hamas sur la mise en oeuvre du plan du président américain Donald Trump pour mettre fin durablement à la guerre à Gaza.

Le Hamas a donné son accord fin juillet à une feuille de route américaine, censée lancer la deuxième étape du plan américain, prévoyant le désarmement du mouvement islamiste et le retrait israélien du territoire palestinien.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui rejeté officiellement le texte en exigeant un désarmement "véritable" du Hamas.

Visite américaine en Israël 

"Les médiateurs ont informé le Hamas que l'émissaire américain Jared Kushner rencontrerait sa direction, en présence de responsables égyptiens et qataris", a déclaré une source du Hamas, qui a demandé à garder l'anonymat, sans donner de date.

Pendant des années, les Etats-Unis ont refusé tout contact avec le Hamas, qu'ils classent parmi les organisations terroristes et qui a mené l'attaque sans précédent du 7 octobre 2023 contre Israël, déclenchant la guerre de Gaza.

Une deuxième source du Hamas a indiqué que les Etats-Unis avaient demandé au mouvement des précisions sur plusieurs points, notamment sur "la collecte, le regroupement et le stockage des armes de manière réelle, et non simplement symbolique, ainsi que sur le renoncement total du Hamas à gouverner Gaza".

Le Hamas, qui gouverne Gaza depuis 2007, a annoncé début juillet dissoudre son administration civile et vouloir transférer ses responsabilités au Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), un organe créé par le "Conseil de Paix" composé de technocrates palestiniens et chargé d'assurer la transition dans le territoire palestinien.

Lors de la rencontre entre M. Sissi et Jared Kushner, il a été "rappelé la nécessité pour toutes les parties de respecter leurs obligations au titre de l'accord de cessez-le-feu" à Gaza, a déclaré le porte-parole de M. Sissi, Mohamed al-Chennawi, dans un communiqué.

De son côté, la délégation dirigée par Khalil al-Hayya, dont c'est la première visite en Egypte depuis sa nomination fin juillet, "a réaffirmé son engagement à mener à bien le plan" américain, selon l'agence officielle égyptienne Mena.

La réunion avec M. Rachad portait sur "les efforts déployés pour contraindre Israël à respecter l'accord, qui comprend la feuille de route en 15 points, et à entamer sa mise en œuvre", a précisé un responsable du mouvement islamiste palestinien à l'AFP.

Le "Conseil de Paix", chargé de mettre en œuvre le plan de paix, avait indiqué que M. Kushner devait, outre l'Egypte, se rendre la semaine prochaine en Israël avec Nikolaï Mladenov, haut représentant pour Gaza de cet organe créé par M. Trump.

Blessés dans des frappes 

Le Hamas et Israël s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu d'octobre 2025 dans le territoire palestinien, dévasté par deux ans de guerre.

Sur le terrain, plusieurs personnes ont été blessées dimanche après des frappes israéliennes sur une maison dans le centre de la bande de Gaza, a rapporté Mahmoud Bassal, porte-parole de la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours opérant sous l'autorité du Hamas.

L'armée israélienne a déclaré qu'elle répondait à une menace émanant du Jihad islamique.

D'autres personnes ont été blessées après des tirs israéliens sur des tentes abritant des personnes déplacées dans le sud, selon la même source.

Au moins 1.262 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis le début de la trêve, selon le ministère de la Santé du territoire, dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.

Dans le même temps, Israël y a recensé cinq soldats et un contractuel travaillant pour le ministère de la Défense tués.