Le procès de l'attentat de Magnanville s'ouvre lundi à Paris

Des policiers enlèvent la photo du policier français Jean-Baptiste Salvaing et de sa partenaire Jessica Schneider qui ont été tués devant leur domicile à Magnanville, après l'hommage rendu sur la place de la Mairie à Pezenas, dans le sud de la France, le 20 juin 2016. (Photo par Sylvain Thomas AFP)
Des policiers enlèvent la photo du policier français Jean-Baptiste Salvaing et de sa partenaire Jessica Schneider qui ont été tués devant leur domicile à Magnanville, après l'hommage rendu sur la place de la Mairie à Pezenas, dans le sud de la France, le 20 juin 2016. (Photo par Sylvain Thomas AFP)
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Publié le Samedi 23 septembre 2023

Le procès de l'attentat de Magnanville s'ouvre lundi à Paris

  • Acquis à la cause de l'organisation Etat islamique, Larossi Abballa, 25 ans, assassin de Jean-Baptiste Salvaing, 42 ans et de sa compagne Jessica Schneider, 36 ans, avait été tué dans l'assaut du Raid, le 13 juin 2016
  • «Le seul coupable de l'assassinat» des deux policiers c'est Larossi Abballa, qualifié de «loup solitaire», soutiennent les avocats de l'accusé

PARIS : Sept ans après l'assassinat à l'arme blanche d'un couple de policiers à leur domicile de Magnanville (Yvelines), sous les yeux de leur fils âgé alors de trois ans, le procès de Mohamed Lamine Aberouz, complice présumé de l'assaillant, s'ouvre lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris.

Acquis à la cause de l'organisation Etat islamique (EI), Larossi Abballa, 25 ans, assassin de Jean-Baptiste Salvaing, 42 ans, commandant adjoint du commissariat des Mureaux et de sa compagne Jessica Schneider, 36 ans, agent administratif au commissariat de Mantes-la-Jolie, avait été tué dans l'assaut du Raid, le 13 juin 2016.

Il avait auparavant revendiqué l'attaque au nom de l'EI, en direct sur les réseaux sociaux.

Trois hommes avaient été mis en examen après cet attentat qui a durablement choqué la police mais, au terme de l'instruction, un seul comparaîtra dans le box des accusés.

Mohamed Lamine Aberouz, 30 ans, est poursuivi pour «complicité d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique», «association de malfaiteurs terroriste criminelle» et «complicité de séquestration» en relation avec une entreprise terroriste. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour l'accusation, c'est lui qui a «désigné» à Larossi Abballa le couple de policiers «comme cible de l'attentat».

M. Aberouz «s'est rendu avec (Larossi Abballa) au domicile des victimes le soir des faits, en se connectant sur place sur l'ordinateur des victimes afin de visionner des photographies de Jean-Baptiste Salvaing permettant ainsi à Larossi Abballa d'identifier immédiatement l'intéressé pour passer à l'acte à son encontre avant même qu'il n'ait eu le temps de réintégrer son domicile», devant sa porte, affirme le dossier d'accusation.

L'accusation soutient également que l'accusé à participé «à l'endoctrinement idéologique» de Larossi Abballa.

Mis en examen le 11 décembre 2017 et placé en détention provisoire, à l'isolement, Mohamed Lamine Aberouz, ami d'enfance de Larossi Abballa, clame son innocence, assurant s'être rendu dans une salle de prière le soir de l'attentat.

- Les mille et un +Pourquoi?+ -

L'ADN de Mohamed Aberouz a été trouvé sur le repose-poignet de l'ordinateur du couple, utilisé pour la revendication. Des expertises, rejetées par la défense, ont jugé «peu convaincante» l'hypothèse avancée d'un «transfert» d'ADN car il aurait «serré la main» d'Abballa quelques jours auparavant.

Le soir de l'attentat, Abballa avait effectué un Facebook Live, en direct de la maison des policiers, juste après les assassinats. «Je viens de tuer un policier et je viens de tuer sa femme et derrière moi il y a le petit. Je ne sais pas ce que je vais faire de lui encore», déclarait-il. L’enfant, témoin de l'assassinat de sa mère dans le pavillon, avait finalement été retrouvé sain et sauf après l’intervention du Raid, à minuit.

L'EI a revendiqué l'attentat dès la nuit du 13 au 14 juin qualifiant Abballa de «combattant de l'Etat islamique» et «soldat du califat».

En dehors des traces ADN de Mohamed Lamine Aberouz sur le repose-poignet de l’ordinateur aucune autre preuve tangible de sa présence sur les lieux n’a pu être établie, font valoir ses avocats, Mes Vincent Brengarth et Nino Arnaud.

«Le seul coupable de l'assassinat» des deux policiers c'est Larossi Abballa, qualifié de «loup solitaire», soutiennent les avocats de l'accusé.

Ils rappellent qu'Abballa faisait l'objet d'une fiche S et avait déjà été condamné en 2013 pour «association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes».

Larossi Abballa n'avait pas besoin de Mohamed Lamine Aberouz pour passer à l'acte même si, ont reconnu ses avocats, leur client a «un profil difficile», «se revendiquant comme ayant une pratique extrêmement orthodoxe de sa religion».

L'accusation affirme que Mohamed Lamine Aberouz a pu s'échapper de la maison des policiers «avant l'intervention des forces de l'ordre». Ses conseils soulignent quant à eux qu'il n'existe «aucun témoin visuel» pour conforter cette hypothèse.

Avant le procès, la famille de Jean-Baptiste Salvaing a indiqué dans un communiqué, via leur avocate Me Pauline Dufourq, qu'elle serait présente au procès «consciente de ne pas y trouver les réponses au mille et un +Pourquoi?+ avec lesquels nous devons vivre maintenant depuis sept ans».

Les forces de l'ordre, cibles d'attaques meurtrières depuis 2012

Plusieurs membres des forces de l'ordre ont trouvé la mort depuis 2012 en France dans des attaques ciblées, le plus souvent commises au nom du jihadisme.

- 2021 -

Le 23 avril, Stéphanie Monfermé, 49 ans, fonctionnaire de police, est mortellement poignardée à la gorge dans l'entrée du commissariat de Rambouillet (Yvelines) par Jamel Gorchene, un chauffeur-livreur tunisien de 36 ans, abattu ensuite par un policier.

Le parquet national antiterroriste ouvre une information judiciaire.

- 2019 -

Le 3 octobre, un informaticien travaillant à la direction du renseignement, Mickaël Harpon, converti depuis une dizaine d'années à l'islam, poignarde à mort trois policiers et un agent administratif dans l'enceinte de la préfecture de police de Paris, avant d'être abattu. L'enquête est confiée à des juges antiterroristes.

- 2018 -

Le 23 mars, le lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, 45 ans, est mortellement blessé à la gorge par le jihadiste Radouane Lakdim alors qu'il avait pris la place d'une otage dans un supermarché de Trèbes (Aude). Un boucher et un client du supermarché sont également tués par Lakdim qui est abattu par les gendarmes. L'attaque est revendiquée par le groupe Etat islamique (EI).

Le procès de sept personnes de l'entourage de l'assaillant est prévu du 22 janvier au 23 février 2024.

- 2017 -

Le 20 avril, trois jours avant le premier tour de la présidentielle, le policier Xavier Jugelé est tué par balles et deux autres sont blessés à Paris, sur les Champs-Elysées, par un homme de 39 ans déjà condamné pour des tentatives d'homicide, Karim Cheurfi, qui est aussitôt abattu. L'attentat est revendiqué peu après par l'EI.

Trois hommes impliqués dans la vente de la kalachnikov utilisée ont écopé de peines allant de cinq à dix ans de prison.

- 2016 -

Le 13 juin, un policier du commissariat des Mureaux et sa compagne, agente administrative au commissariat de Mantes-la-Jolie, Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider, sont tués à coups de couteau à Magnanville (Yvelines) par un homme de 25 ans affirmant agir au nom de l'EI. Une agence liée au groupe islamiste endosse l'attaque.

Originaire de Mantes-la-Jolie, l'assaillant tue le policier devant sa maison, puis se retranche dans le domicile où il tue la compagne, avant d'être abattu lors d'un assaut du Raid. Leur petit garçon de 3 ans est retrouvé "choqué mais indemne".

- 2015 -

Les 7 et 8 janvier, trois policiers meurent lors des attentats islamistes commis par les frères Chérif et Saïd Kouachi, et Amédy Coulibaly.

Deux d'entre eux, Franck Brinsolaro et Ahmed Merabet, tombent sous les balles des frères Kouachi, qui se revendiquent d'Al Qaïda, lors de l'attaque de l'hebdomadaire Charlie Hebdo (12 morts au total). Une troisième, Clarissa Jean-Philippe, est tuée par Amédy Coulibaly qui se revendique du groupe EI et attaquera le lendemain un supermarché casher (4 morts).

- 2012 -

Le 11 mars, à Toulouse, Mohamed Merah tue au nom du jihad un parachutiste, Imad Ibn Ziaten, d'une balle dans la tête. Le 15, il tue en pleine rue deux autres parachutistes, Mohamed Legouad et Abel Chennouf, devant leur caserne à Montauban. Quatre jours plus tard, il attaque une école juive, tuant trois enfants et un enseignant. Il est abattu le 22 mars par les policiers du Raid.


Paris: la visite du prince héritier saoudien, un geste fort qui illustre le dynamisme des relations bilatérales

Mohammed ben Salmane a ainsi débuté son séjour parisien en assistant, avec Macron, à la finale de l’Esports World Cup, une compétition initialement prévue à Riyad et délocalisée à Paris. (AFP)
Mohammed ben Salmane a ainsi débuté son séjour parisien en assistant, avec Macron, à la finale de l’Esports World Cup, une compétition initialement prévue à Riyad et délocalisée à Paris. (AFP)
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  • Paris et Riyad ont déjà mis en place une task force bilatérale consacrée aux interconnexions énergétiques et logistiques, qui se réunit au niveau ministériel pendant la visite
  • Mais la visite de ben Salmane ne se résume évidemment pas aux questions énergétiques. Le Moyen-Orient dans son ensemble est au centre des discussions

PARIS: En se rendant à Paris les 23 et 24 août - pour sa première visite à l’étranger depuis son déplacement à Washington en novembre 2025 - le prince héritier et Premier ministre saoudien Mohammed ben Salmane fait un choix diplomatique qui en dit beaucoup sur l’état des relations entre Paris et Riyad.

« C’est sa première visite à l’étranger depuis ce moment-là et donc il a choisi la France », souligne le palais de l’Élysée, qui estime que ce déplacement constitue « un signal important et un geste fort » qui témoigne du « dynamisme de la relation entre la France et l’Arabie saoudite ».

Ce choix intervient pourtant dans un contexte régional particulièrement tendu, avec la guerre avec l’Iran, qui se prolonge depuis plusieurs mois, la fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations des routes énergétiques et commerciales, qui placent la sécurité des approvisionnements au cœur des préoccupations européennes.

Dans ce contexte à risque, l’Arabie saoudite occupe une position stratégique, étant l’un des maillons essentiels des nouvelles routes permettant de relier le Moyen-Orient à l’Europe.

Paris et Riyad ont déjà mis en place une task force bilatérale consacrée aux interconnexions énergétiques et logistiques, qui se réunit au niveau ministériel pendant la visite.

L’objectif est d’identifier les projets prioritaires, de les financer et de permettre leur réalisation.

Il ne s’agit pas seulement de contourner le détroit d’Ormuz, mais de tracer des routes portuaires alternatives, de développer des projets de pipelines, qui seront renforcés ou doublés en volume, ainsi que des liaisons ferroviaires.

La France entend y associer ses entreprises et son expertise, l’enjeu étant de transformer une crise régionale en accélérateur de coopération.

Le Moyen-Orient au cœur des préoccupations bilatérales

Mais la visite de ben Salmane ne se résume évidemment pas aux questions énergétiques. Le Moyen-Orient dans son ensemble est au centre des discussions avec le président Emmanuel Macron, à commencer par l’Iran, le conflit israélo-palestinien, le Liban et la Syrie.

Le Liban occupe notamment une place importante, puisque la France et l’Arabie saoudite travaillent étroitement sur ce dossier et partagent, selon l’Élysée, une même volonté de soutenir la souveraineté du pays et ses autorités.

La Syrie constitue également un sujet majeur, notamment en ce qui concerne les enjeux énergétiques et logistiques.

Au-delà de cette convergence politique, les deux pays partagent d’autres ambitions.

Lundi, le président et le prince héritier coprésident pour la première fois le Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, créé lors de la visite du président français à Riyad à la fin de 2024.

Si cette première réunion intervient près de deux ans après la création du conseil, ce n’est pas faute de contacts, assure l’Élysée, en soulignant que « les contacts bilatéraux sont évidemment très étroits », et en évoquant les échanges réguliers entre les deux dirigeants et les nombreux travaux menés par les différents sous-comités ministériels.

La réunion de Paris donne simplement à cette relation le cadre politique au plus haut niveau qui lui manquait encore.

L’économie est aussi l’un des grands piliers de cette nouvelle étape. Un forum consacré aux investissements franco-saoudiens réunit à Paris les grands dirigeants français et une importante délégation économique saoudienne.

La logique est désormais de rapprocher les ambitions de la Vision 2030 saoudienne et celles de France 2030, d’autant plus que Riyad cherche à transformer son économie et à développer de nouveaux secteurs.

Paris, pour sa part, veut attirer davantage de capitaux étrangers. Le fonds souverain saoudien PIF ayant annoncé l’ouverture d’un bureau à Paris, l’Élysée espère voir se multiplier les investissements saoudiens en France.

La France veut également se positionner sur les grands projets du Royaume, notamment l’Expo 2030, qui se tiendra à Riyad. Là encore, l’objectif est de faire valoir l’expertise française dans des projets dont les dimensions dépassent largement les seuls marchés traditionnels.

La finale de l'Esports World Cup

Interrogée sur un éventuel investissement saoudien dans un parc d’attractions consacré à Dragon Ball Z en région parisienne, l’Élysée esquive en indiquant qu’aucune annonce n’est prévue à ce stade.

Pour ce qui est des accords attendus lundi, plusieurs signatures sont annoncées dans des secteurs aussi variés que le quantique, les transports, l’énergie ou encore la santé, et viennent consolider la relation économique entre les deux pays.

Le sport et le divertissement offrent une illustration de cette nouvelle relation, et ben Salmane a ainsi débuté son séjour parisien en assistant, avec Macron, à la finale de l’Esports World Cup, une compétition initialement prévue à Riyad et délocalisée à Paris.

« Les choses se sont bien passées à Paris », souligne l’Élysée, qui rapporte la satisfaction saoudienne concernant l’organisation, la participation et les résultats de l’événement. Pour Riyad comme pour Paris, l’opération apparaît donc comme « gagnante-gagnante ».

La culture constitue un autre terrain emblématique de ce rapprochement. La coopération franco-saoudienne autour d’AlUla, engagée depuis près d’une décennie, est présentée par l’Élysée comme l’un des piliers de la relation.

Il est donc clair que la relation franco-saoudienne ne repose plus sur un seul secteur, ni même sur une simple proximité politique, mais s’étend de la diplomatie régionale aux infrastructures, de l’énergie à l’intelligence artificielle, et du sport à la culture.


Le prince héritier saoudien assiste à la cérémonie de clôture de l’Esports World Cup à Paris

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président français Emmanuel Macron ont assisté à la cérémonie de clôture de l’EWC. (SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président français Emmanuel Macron ont assisté à la cérémonie de clôture de l’EWC. (SPA)
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  • La cérémonie célèbre les clubs, les joueurs et les moments inoubliables qui ont marqué l’EWC 2026

RIYAD: Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président français Emmanuel Macron ont assisté dimanche à Paris à la cérémonie de clôture de l’Esports World Cup.

L’événement, qui réunit les meilleurs acteurs de l’esport, des jeux vidéo aux échecs, se tient pour la première fois en dehors de l’Arabie saoudite.

Les deux premières éditions de l’EWC avaient été organisées dans la capitale saoudienne avec un grand retentissement, mais un contexte géopolitique régional incertain a conduit à choisir un nouveau lieu pour 2026. Paris, désignée comme nouvelle ville hôte seulement en mai, s’est finalement révélée être un choix particulièrement inspiré.

La capitale française avait pour mission urgente de garantir une transition fluide de l’événement depuis Riyad. Depuis, Paris a démontré à quel point l’EWC est désormais devenu un événement mondial, attirant plus de 2 000 joueurs et 200 clubs issus de plus de 100 pays depuis son lancement le 3 juillet.

Dimanche, l’équipe chinoise All Gamers a battu le double champion Team Falcons, d’Arabie saoudite, pour remporter l’EWC dans la catégorie jeu vidéo. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Entre Paris et Riyad, une relation économique qui change d’échelle

Le 20 mai 2026, des responsables du ministère saoudien de l’Industrie et des Ressources minérales ont rencontré des représentants du groupe français Lesaffre afin d’explorer les possibilités de renforcer la coopération dans le secteur de l’industrie alimentaire et de développer localement la production de levure en Arabie saoudite. Un protocole d’accord (MoU) a ensuite été signé. (Photo SPA)
Le 20 mai 2026, des responsables du ministère saoudien de l’Industrie et des Ressources minérales ont rencontré des représentants du groupe français Lesaffre afin d’explorer les possibilités de renforcer la coopération dans le secteur de l’industrie alimentaire et de développer localement la production de levure en Arabie saoudite. Un protocole d’accord (MoU) a ensuite été signé. (Photo SPA)
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  • La relation économique franco-saoudienne change d’échelle, avec une hausse des exportations françaises et une diversification des échanges au-delà du pétrole
  • L’Arabie saoudite et la France renforcent leur partenariat stratégique, porté par les investissements, les grands projets liés à Vision 2030 et l’expertise des entreprises françaises, tandis que Riyad cherche à devenir un hub économique et logistique inte

​​​​​​PARIS : La relation économique entre la France et l’Arabie saoudite semble avoir franchi un nouveau cap, après avoir été longtemps marquée par une balance commerciale favorable au royaume.

Elle présente désormais un visage différent depuis 2025, année durant laquelle la France a exporté près de 4,5 milliards de dollars de biens vers l’Arabie saoudite, contre environ 3,7 milliards de dollars d’importations.

Pour Dominique Brunin, directeur de la Chambre de commerce franco-arabe, interrogé par Arab News en français, ce renversement est révélateur d’une transformation plus profonde des deux économies.

« Le solde est redevenu bénéficiaire pour la France », souligne-t-il, en mettant en avant la progression régulière des exportations françaises au cours des dernières années.

En parallèle, les importations françaises en provenance d’Arabie saoudite ont fortement diminué. Elles atteignaient encore environ 7 milliards de dollars en 2022.

Ce changement s’explique d’abord par la nature même des échanges : les importations françaises en provenance du royaume restent essentiellement constituées de pétrole et de produits pétroliers.

Or, la France a progressivement diversifié ses sources d’approvisionnement énergétique, tandis que la fluctuation des cours du pétrole, relativement bas en 2025, a réduit la valeur des importations.

Mais pour Brunin, il faut surtout y voir le reflet de la transformation engagée par l’Arabie saoudite, qui cherche désormais à réduire sa dépendance aux revenus pétroliers et à diversifier son économie dans le cadre de sa stratégie Vision 2030.

En revanche, la demande saoudienne pour les produits français apparaît particulièrement diversifiée. L’aéronautique et les composants aéronautiques occupent une place importante, auxquels s’ajoutent les équipements industriels, les produits pharmaceutiques, les technologies, les parfums et les cosmétiques.

Le commerce franco-saoudien ne repose donc plus uniquement sur quelques secteurs traditionnels, souligne Brunin. Il accompagne la mutation de l’économie du royaume et de son marché, qui attire toujours davantage les entreprises françaises.

Cette transformation se traduit aussi par une présence croissante des entreprises françaises en Arabie saoudite. « C’est un marché important, c’est un marché stable », observe Brunin, qui souligne également sa dimension régionale et son potentiel comme porte d’entrée vers d’autres marchés internationaux.

L’attractivité du royaume tient ainsi autant à sa taille qu’aux gigantesques projets qui accompagnent sa transformation économique, dans le digital, la santé, le tourisme, les infrastructures et l’environnement, autant de secteurs dans lesquels les entreprises françaises disposent d’un savoir-faire susceptible de répondre aux nouvelles priorités saoudiennes.

Le premier avantage français, selon le directeur de la Chambre de commerce franco-arabe, réside précisément dans cette expertise technologique. Il cite notamment le groupe Veolia, présent dans le traitement des déchets issus de l’activité pétrochimique et dans la distribution d’eau.

Pour lui, les entreprises saoudiennes reconnaissent « cette valeur technologique, cet avantage technologique » aux entreprises françaises.

Mais la France dispose d’un autre atout, peut-être moins visible : son expérience internationale. Les entreprises françaises ont, selon lui, « une longue tradition historique de présence à l’étranger » et savent travailler avec des gouvernements et des partenaires locaux dans une logique de partenariat.

Cette dimension prend aujourd’hui une importance particulière en Arabie saoudite, car les entreprises françaises ne viennent plus seulement vendre une technologie ou réaliser un projet, mais sont également attendues sur leur capacité à contribuer au développement de l’économie locale, notamment à travers la formation de leurs collaborateurs et l’augmentation de la valeur locale générée par leurs activités.

« Les entreprises françaises sont capables à la fois de faire preuve d’innovation et de construire des partenariats », résume Brunin, pour qui cette approche concerne les grands groupes, mais également les PME et ETI françaises capables de proposer des solutions innovantes tout en développant une véritable présence locale.

Reste cependant un domaine où les échanges semblent encore déséquilibrés : celui des investissements saoudiens en France.

Il existe bien des investissements saoudiens dans l’immobilier, sur les marchés financiers et dans le capital de certaines entreprises françaises, mais Brunin reconnaît que les montants sont difficiles à évaluer et que les investissements saoudiens apparaissent moins visibles que ceux du Qatar ou des Émirats arabes unis.

Cette discrétion ne signifie pas nécessairement un désintérêt, ajoute-t-il. Des investissements peuvent être réalisés sans faire l’objet d’une communication importante. « Ce sont des investissements qui se font de façon relativement discrète », nuance-t-il.

Dans ce contexte, l’ouverture récente d’un bureau à Paris par l’autorité saoudienne chargée des investissements constitue un signal important et traduit, selon Brunin, la volonté de rapprocher les deux économies et de dynamiser non seulement les investissements français en Arabie saoudite, mais également les investissements saoudiens en France.

Cette dynamique commerciale bénéficie enfin d’un contexte politique particulièrement favorable, d’autant plus que la France a fait le choix de placer l’Arabie saoudite parmi ses partenaires stratégiques, en accompagnant de grands projets comme AlUla, en soutenant la candidature saoudienne à l’Exposition universelle et en développant une concertation politique étroite sur les grands dossiers régionaux.

Pour Brunin, cette relation d’État à État constitue un véritable levier pour les entreprises françaises. « Ça vient alimenter, ça vient donner encore un peu plus de poids » aux entreprises françaises présentes ou désireuses de s’implanter dans le royaume.

Et cette relation est appelée à fonctionner dans les deux sens, puisque l’Arabie saoudite voit elle aussi dans la France un partenaire stratégique, notamment en raison de la taille de son marché, de son influence internationale et de son expertise dans de nombreux secteurs.

Riyad, indique Brunin, entend devenir une plateforme économique reliant plusieurs régions du monde, et il cite à cet égard le corridor économique Inde–Moyen-Orient–Europe (IMEC), qui doit favoriser la circulation des marchandises, de l’énergie et des données.

Ce projet illustre, à ses yeux, la nouvelle ambition saoudienne : ne plus être seulement une puissance énergétique, mais devenir un carrefour économique et logistique international.